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	<title>LURBAINE REVUE</title>
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	<description>LA REVUE DE LURBAINE  /  www.revue.lurbaine.net</description>
	<pubDate>Tue, 15 May 2012 05:20:01 +0000</pubDate>
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		<title>NORDNMARK ONE POINT ! Disponible en ebooks sur Smashwords et Feedbooks et bientôt en édition papier sur lurbaine.net.</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 05:15:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[NORDNMARK ONE POINT! Enfin disponible en ebooks/multiple formats sur Smashwords :
http://www.smashwords.com/profile/view/lurbaine
Et provisoirement en téléchargement gratuit sur Feedbooks:
http://fr.feedbooks.com/userbook/26753/nordnmark-one-point

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			<content:encoded><![CDATA[<p>NORDNMARK ONE POINT! Enfin disponible en ebooks/multiple formats sur Smashwords :<br />
<a href="http://www.smashwords.com/profile/view/lurbaine">http://www.smashwords.com/profile/view/lurbaine</a></p>
<p>Et provisoirement en téléchargement gratuit sur Feedbooks:<br />
<a href="http://fr.feedbooks.com/userbook/26753/nordnmark-one-point">http://fr.feedbooks.com/userbook/26753/nordnmark-one-point</a><br />
<img src="http://images.blog-24.com/1400000/1401000/1401267.jpg" alt="Raoultkë de Nordnmark" /></p>
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		<title>NORDNMARK ONE POINT ! H.T.Fumiganza * version complète  et imprimable *</title>
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		<pubDate>Tue, 15 May 2012 05:01:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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		<category><![CDATA[Urbane Tattack votre feuilleton sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[13 Juin
Cher journal aujourd’hui déjeuner sans protocole avec Sir John Brank Strikeman, notre cher ambassadeur du Royaume Uni (ou ce qu’il en reste !) et quelques amis à lui de passage chez nous, des types charmants anciens camarades d’étude du cher Ji&#038;Bi (c’est son surnom, eu-égard à sa descente proverbiale et son appétence pour cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>13 Juin<br />
Cher journal aujourd’hui déjeuner sans protocole avec Sir John Brank Strikeman, notre cher ambassadeur du Royaume Uni (ou ce qu’il en reste !) et quelques amis à lui de passage chez nous, des types charmants anciens camarades d’étude du cher Ji&#038;Bi (c’est son surnom, eu-égard à sa descente proverbiale et son appétence pour cette marque de spiritueux) à Eaton.<br />
A la fin du repas ils ont voulu me vendre un porte avion, je les ai éconduit poliment, avant de prendre en aparté ce cher John Brank :<br />
-Dîtes-moi mon cher vous en êtes là&#8230; à prendre des commissions au débotté.<br />
-Ce… ce sont d’anciens camarades de collége qui pour occuper leurs fin de semaine font un peu de démarchage et comme vous aviez eu la bonté par le passé de me prendre quelques lots…<br />
-Les derniers d&#8217;ailleurs n&#8217;étaient pas bien fameux, mon cher, j&#8217;ai eu des plaintes, vos frégates furtives sont introuvables, impossible de les localiser.<br />
-Pardonnez-moi Tétesse .<br />
Tétesse c’est le diminutif d’Altesse, c’est ainsi que les amis m’appellent et parmi eux John Brank occupe le premier rang.<br />
Pour les autres, officiellement ce sera Monseigneur mais je préfére de loin &#8220;altesse&#8221;,  tître que certes je mérite quoiqu’en  dise la presse de caniveau de Upschloüt, la capitale du royaume(prononcez: hueurg/ beurp/ chalaoupt, en forçant un peu sur le « oü » qui est une accentuation gutturale, un peu comme on prononcerait un… un rôt chez nous si l’on veut mais après un mauvais repas!) tître disai-je donc que je porte ma foi vaillamment&#8230; quand la Reine n&#8217;est pas là!<br />
On l’aura compris après cet exposé succinct de lexicologie le Nordmois est langue ingrâte lorsque l’on n’en est point natif et je confesse que moi-mâme après plus de vingt années passées ici je n’ai toujours pas réussi à en maîtriser parfaitement les régles ni l’usage. Entendons-nous je baragouine leur foutu patois mais malgré mes efforts l’on est encore loin de cet idéal de perfection qui m’est cher et que je cultive en tout, mais là j’ai renoncé, aussi avec la Reine et les gamins nous parlons le français ou l’anglais dans le privé.<br />
Malgré la haute illustration  toute de race et de prestige que je donne de la France (surtout quand je suis en grand uniforme alors là !) le petit peuple de la capitale continue de cultiver une réelle francophobie. Pas oublier que ces gens-là ont été pendant des siécles les plus fidéles alliés des britiches qui étaient eux-mêmes nos plus fidéles ennemis… à propos de rosbifs revenons à ce cher ambassadeur toujours sur le grill, répondant à mon interrogation, il me confesse qu’il a des dettes de jeu, de sexe et de tailleur:<br />
-… que voulez-vous Altesse je joue, je baise et ne m’habille plus qu’à crédit, c’est malheureux mais c’est ainsi.<br />
-Mais enfin et Calina ne peut pas vous aider ?<br />
Calina c’est son épouse, Calina Mac Roowin-Blunt une fille d’industriel de la chaussette (écossaise) de Glasgow, très grosse situation financière et d’encore plus considérables espérances, une personne gentille mais à éclipses, elle s&#8217;évade trop souvent des liens conjugaux et en compagnie.<br />
-Elle est partie avec un « gôdelioureau »<br />
-Quoi encore ! Ne puis-je m’empêcher de m’exclamer. Ma nature latine qui me fait m’exclamer plus que nécessaire sous ces climats froids.<br />
-Ce foutu attaché culturel français. Je suis tombé sur le seul attaché culturel français qui ne soit pas « pidi », je ne me méfiais pas! Oh pardon Tétesse.<br />
-Tous les français ne sont pas hommes de qualité mon cher.<br />
Je le vois assez bas alors je lui tapote gentiment mais virilement l’épaule d’une grande claque  dans le dos et lui dit :<br />
-Ecoutez j’en parlerai à la Reine, il marche à quoi votre porte avions ?<br />
-Ah ça j’ai oublié de demander Altesse… mazout sans doute… peut-être charbon ou… au bois, oui, oui au bois, il est d’un modèle un peu ancien.<br />
-Le bois très bien c’est écologique en Diable! C’est très tendance ça ! Il n’est pas armé au moins ?<br />
-Non, non pour ça il y a un supplément, pour les avions ou la moquette aussi d’ailleurs, c’est préférable il me semble, on fait à son goût n’est-ce pas, c’est very personnal un porte-avion mais pourquoi  Altesse ? L’auriez-vous préféré déjà armé en guerre?<br />
-Ah Dieu là non ! Nous sommes un pays neutre et pacifique, l’auriez-vous oublié mon cher? Allez venez nous allons reprendre quelques liards à vos joyeux bons compagnons en quelques parties de Belötkë.<br />
La Belötkë est un jeu de cartes très populaire ici et qui ressemble assez à notre … manille, mais en plus consensuel, comme tout dans ce pays où l’on cherche à éviter tout début de commencement d’opposition ou d’affrontement, c&#8217;est-à-dire que dés l’entame l’on désigne l’atout unique et le vainqueur, cela évite les confrontations mais enléve de l’intérêt à l’action c’est certain.<br />
Je ne sais pas comment ces diables d’anglais se sont débrouillés, mais à trois heures du matin nous étions perdants avec JiBi de 300000 Brelöqtkë soit à peu prés 72654.25 Teuros.<br />
Bah si ils restent un peu nous nous referons au Bridgetkë… un jeu moins populaire ici et qui ressemble assez à notre… Whist.<br />
Addendum au 13 Juin ( Je le date du 15 Juin… tiens qu’est-ce que j’ai fait le 14 ?)<br />
Il faut dire que si je montre une réelle mansuétude et affection  à sir John Brank Strikeman c’est parce qu’il a connu bien des miséres dans son existence. C’est un homme de la terre comme moi. Il est né dans une très honorable famille d’éleveur de fraises du Plumbercestershire (3500 hectares de fraises quand même !), il a gardé, comme moi pour mes vignes de Bonpéze, un réel et touchant attachement pour ses fraisiers, écolier turbulent et farceur, il entra, sur la recommandation d’un oncle amiral, au Foreign Office.<br />
Il atteignit très vite eu égard à ses réelles qualités et grâce à l’influence d’un grand oncle politicien à son premier poste consulaire d’importance, nommé gouverneur des îles Tsilonga, il se voyait lancé le cher Brank !<br />
Il arrive là-bas et une série d’attentats revendiqués par un front d’indépendance local d’inspiration marxisto-albanaise secoue la capitale et trouble son installation. L’ami Strikeman déteste que l’on dérange son confort, il convoque derechef le leader du mouvement qui travaille au Royal Mail de l’île, où il donne toute satisfaction d’ailleurs dans le service, il s’appelle N’Gutu N’Gutu (je ne saurais dire dans quel ordre viennent le prénom et le nom ?), il le morigéne d’importance, puis en référe à Londres qui lui confirme qu’il a fait une boulette d’importance, que les attentats avaient été convenus d’avance entre les parties et que si l’on l’a envoyé là-bas c’est pour régler l’affaire au plus vite et refiler l’indépendance et les clefs du territoire à qui les réclamera le premier. </p>
<p>L’affaire est vite conclue, l’indépendance est proclamée le premier jour du mois d’Avril,  date décrétée: fête nationale de l’indépendance et de la libération de l’impérialisme britannique, le sus nommé N’Gutu N’Gutu prend la tête du gouvernement révolutionnaire comme leader à vie et lessiveuse suprême, notre cher John Brank est nommé ambassadeur du Royaume Uni auprès de la république Démocratique et populaire du Tsilonga.<br />
Quelques journées de massacres se passent sans grand dommages sauf pour les massacrés accusés d’avoir collaboré avec la puissance coloniale occupante et puis le 16 soit quinze jours après la proclamation de l’indépendance un séisme de belle importance raye très naturellement les îsles Tsilonga du planisphère.<br />
Sir John Brank a juste le temps d’embarquer à bord d’un contre torpilleur anglais qui mouillait dans le port, et les insulaires survivants, le N‘Gutu N’Gutu en tête, sur des radeaux de bidons. C’était atroce parait-il, les places étant chères sur ces embarcations de fortune et les requins presqu’aussi voraces que les indigênes sus-libérés.<br />
Après en avoir à nouveau référé à Londres, il recueille les quelques insulaires encore vivants après sept jours passés dans l’eau, le temps de la réflexion, ils sont à peine 47 sur une population initiale de 189000 tsilongais, manque de chance le leader N’Gutu²  en fait parti. Depuis de poste en poste le cher John Brank se trimballe les survivants, ses ex-administrés, qui se sont quelque peu multipliés, ils sont une bonne centaine maintenant avec toujours à leur tête le leader N’Gutu N’Gutu plus revendicard que jamais. Le pauvre John Brank porte sa croix. Et elle commence à lui peser d’importance.<br />
C’est pendant le cocktail, après avoir présenté ses lettres de créances à la Reine, qu’il m’a raconté son histoire, ému j’ai fait mettre à sa disposition un terrain à quelques kilométres de la capitale, comme ça il peut aller les visiter le week-end. Je l’ai accompagné une fois, à l’occasion de la fête nationale tsilongaise, un premier Avril donc, je peux témoigner que le N’Gutu N’Gutu n’a rien perdu de sa virulence, c’est le genre de grand noir à lunettes qui vous balance sa noiritude à la tête comme un fermier afrikaner affichait sa blanchitude de protestant anciennement persécuté et nouvellement persécuteur, bref un type imbuvable et prétentiard ! Il a fait un discours d’une grande violence et d’une belle sottise dénonçant les horreurs commises par l’ancienne puissance coloniale en oubliant de mentionner qu’en quinze jours il ensanglanta plus ses îsles que n’avaient su le faire en deux siécles la vieille Albion, ce qui ne l’a pas empêché de faire honneur au somptueux buffet qu’avait fait préparer l’améne John Brank. Maintenant si Calina est partie pour de bon, je crains que la célébration de la prochaine fête nationale ne soit pas aussi somptuaire.<br />
16 Juin<br />
Grande réception au Palais Royal d’Hubertsbörg. Je me décide pour ma tenue de gala, bleu pâle à ramages argentés, de vice Amiral de 2° classe. C’est son côté comptable de devoir qui est le plus agaçant chez ma Poupetkë, c’est le petit nom que je donne à la Reine Gretaertkë XVI dans l’intimité, avec elle l’avancement se fait à l’ancienneté, 15 ans que je suis Vice-Amiral de seconde classe, de quoi j’ai l’air quand je me pointe à une revue navale dans le cadre de l’OTAN et qu’ils ont tous deux fois plus d’étoiles que moi!<br />
Au moins elle pourrait me faire passer première classe, d’autant qu’avec mon passé de régatier, j’ai été sélectionné olympique pour le Nordnmark dans la discipline, je n’ai pas pu prendre le départ parce que je me suis trompé de plan d’eau mais quand même j’avais de solides chances de bien figurer, et puis nous sommes une famille de marins un Bonpéze de la Hurlute aurait pu être aux côtés de Villeneuve à Trafalgar s’il ne s’était pas lui aussi trompé de plan d’eau, il avait calculé que le grand raout se passerait aux Baléares.<br />
Et du côté de Mère, mon grand-père un La Flahuterie de la Haussière, capitaine de vaisseau qui commandait le Dépotant un sous marin d’attaque s’est sabordé parmi les premiers à Toulon en 38, certains ont insinué par la suite qu’ils avaient par mégarde ouvert une écoutille en voulant aller prendre l’apéritif sur la passerelle, oublieux de ce que son batiment était alors en plongée, mais Mère était intimement persuadée que c’était là un acte volontaire et visionnaire de résistance commis cinq ans avant tous ses collégues et par temps de paix et mer calme, d’autant que argumentait-elle avec émotion: &#8220;Père ne prenait jamais d’apéritif !&#8221;<br />
Bref, gagné par une certaine irritation, je suis un latin moi pas l’un de ces gros veaux de mer nordiques sur quoi elle régne administrativement, je m’accroche la plaque de Grand Aigle d’Albert le Moyen.<br />
L’ordre d’Albert le Moyen est la plus haute décoration du pays, il faut avoir moyenné pendant vingt cinq ans, de préférence dans une administration de l’état pour l’obtenir. Autant dire que je peux toujours me l’accrocher pour la décrocher, malgré mes vingt années d&#8217;ancienneté sur le trône!<br />
Eh oui j&#8217;ai un trône à moi, certes beaucoup plus bas et moins volumineux que celui de la Reine, mais enfin j&#8217;ai su le rendre confortable, je l&#8217;ai comment dire un peu bidouillé, vieil instinct français, j&#8217;ai installé la radio, j’ai même la stéréo, un bar avec un petit frigo et une télé intégrée et j’ai moquetté le tout avec de la « moumoute » orange un peu comme la Renault 12 de ma jeunesse que j’avais fort bien arrangée, c&#8217;est bien utile et commode lors des interminables cérémonies de voeux du début d&#8217;année ou pendant les présentations diplomatiques qui n&#8217;en finissent pas.<br />
Au moment de prendre mon bras, la reine décroche la plaque de Grand Aigle d’Albert le Moyen de mon uniforme et la passe au Chambellan de la cour, Urinald Fun Froeboeun toujours comme à son habitude planqué dans les rideaux, en me disant :<br />
-Décidément fous resdérez toujours  un enfant !<br />
Elle m’agace, ‘pas croyab’ ce qu’elle peut m’agacer dans ces moments-là !<br />
Après de tels gestes, vexatoires, l’on en conviendra, au début de notre mariage, je boudais pendant trois jours, enfermé dans la grande bibliothéque du Palais, je faisais mine de me consacrer à la rédaction de l’un de mes ouvrages, je suis écrivain aussi mais de cela j’en reparlerais plus longuement et plus tard, à la vérité je lisais la collection de livres et revues de fesses du grand papa de Gretaertkë, le défûnt roi Üurald XII, ça a toujours été l’une des grandes spécialités du coin: le sexe. Je crois bien que ce sont eux qui l’ont inventé dans les années soixante. Entendons-nous je ne parle pas de la bagatelle, et même de la tringlette, et même encore tranchons le mot: de la bonne baise dont nous français sommes d’indiscutables spécialistes, non eux c’est LE SEXE en tant qu’activité sociale reconnue, tarifée, exploitée, professionnalisée,  bref ils ont fait d’un loisir d’amateur, somme toute agréable et divertissant une industrie de labeur et de rendement.<br />
Mais maintenant plutôt que de me perdre en des bouderies interminables, je préfére le lendemain m’exhiber partout avec des lunettes noires sur le nez.<br />
Avec ma petite moustache dans les tons je les terrorise, dans leur schéma de pensée de nordique évolué, de protestant cadenassé, je ressemble à leur hantise: un dictateur latin, un pronunmacientiste bougnoule, un caudillo en puissance et ils me soupçonnent des pires arrières-pensées antidémocratiques, de préparer un coup d’état militaire et je ne sais quoi encore.<br />
Oh je ne dis pas que l’idée ne m’effleure jamais de leur faire le coup, très en usage en France, de l’homme providentiel, de te les secouer une bonne fois tous ces constipés de l’âme mais franchement moi un simple vice-amiral de seconde classe dans une junte militaire, de quoi j’aurais l’air vraiment !<br />
17 Juin</p>
<p>De quoi je peux causer un Vendredi 17 Juin, c’est pas toujours facile de tenir un journal, de trouver des trucs intéressants à dire mais enfin je suis un écrivain! Allons reprends-toi Raoultkë, Boultkë Raoultkë! (c’est ma devise nordnmoise, que l’on peut traduire en Français par : « Dieu devant je tâche ! » ou plus simplement : « En avant Raoul ! ») C’est aussi pour l’Histoire que tu écris!<br />
Encore ce serait un lundi, je suis plein de séve, moi, le lundi et le mardi et comme ça au moins jusqu’au mercredi, à partir du jeudi je plonge, j’ai toujours été ainsi mes professeurs eux-mêmes l’avaient remarqué dans mon jeune temps, j’ai retrouvé de mes vieux livrets scolaires: « le jeune Raoul, déjà pas brillant dans l’effort, se laisse aller tout à fait à sa fainéantise naturelle et cela ne va plus du tout! », à l’époque je faisais des morpions solitaires sur mes cahiers, j’en couvrais des pages entières tant grande est la faculté que j’ai de m’abstraire et m’évader du monde, pareillement aujourd’hui une certaine indolence me gagne, j’inaugure floralies, jeux d’eaux et centre d’aide à la jeunesse coupable avec entrain jusqu’au jeudi et puis là je deviens mou du ruban, j’ai le coup de ciseaux moins définitif, ce matin encore nous inaugurions (« nous » c’est moi seul dans l’accomplissement des devoirs de ma charge, dans l’intimité littéraire et « artiste » d’un journal je reviens au « je » moins… sacerdotal !) un foyer pour vieillards onanistes dans le centre ville, je ne dis pas c’est une œuvre sans doute utile, mais je préfére inaugurer en grand uniforme, je le confesse, je dirais que c’est plus pédagogique, ce que j’incar… ce que nous incarnons de tradition saute aux yeux émerveillés des enfants, et je ne déteste pas non plus les beaux regards clairs et ouverts (quoique souvent un peu vacants) de leur maman.<br />
Mais revenons à ce matin, je portais donc un petit costûme de ville en cheviotte, j’aime ça la cheviotte pour inaugurer, c’est un peu mon bleu de travail parce que c’est léger et en même temps chaud et par ici il faut veiller à rester couvert, en toutes occasions. J’inaugure donc, rappelons nous la scéne: moi ou plutôt nous: les lunettes noires (je boude toujours eu égard à de certains événements récents, voir plus haut !), la cheviotte, le ruban tricolore (bleu, bleu, bleu, les couleurs nationales, je précise: ce sont trois bleus différents. Encore qu’il faille quand même mettre le nez dessus pour voir la différence !) que je coupe et « zzzdaaanggg ! » Ce foutu ruban qui me revient dans la figure avec les glands dorés qui y étaient suspendus, à croire que ce salopard de Urinald fun Froeboeun, le grand Chambellan du Palais, (il ne m’aime pas, c’est définitif et je le lui rends bien, il rêvait d’avoir un maître allemand car il appartient à la minorité allemande du royaume qui est là depuis un raid des chevaliers teutoniques qui cherchaient une location dans le coin après s’être fait virer de Lituanie par les polaks !), avait mis une élastique de slip comme ruban inaugural, mes lunettes noires qui valsent dans les airs, je saigne du nez (je suis sujet à de fréquentes épistaxis* (*comme ça que ça s’écrit, ‘faudra que je vérifie dans mon petit Robertkë !) et voilà pas que l’un des pensionnaires de l’établissement un zigoto octogénaire sort son machin turgescent et tire dessus jusqu’à éclabousser ma cheviotte. Alors là, c’est vrai dans ces moments-là mon tempérament latin prend trop souvent le dessus, je te l’ai pris au col le vieux dégueulasse et je te l’ai balancé dans le monte-charge !<br />
Cela a été un « ÔÔÔÔÔ !!!!» unanîme de désapprobation, il n’y a que les scandinaves pour en sortir des comme ça, aussi bien réglés et désapprouver tous en même temps comme au signal, suivi d’un « clang !blang !tring ! bling ! » tout aussi parlant  il faut dire que le monte-charge était plein d’assiettes.<br />
Ils vont passer du temps à lui enlever tous les éclats de vaisselle qu’il a dans le dargeot l’autre vieux saligaud.<br />
En attendant j’attends, retiré dans la bibliothéque du Palais les compte-rendus de la presse avec une certaine angoisse.<br />
18 Juin<br />
Je suis toujours planqué retiré dans la bibliothéque, j’y ai passé la nuit, j’y ai installé sans en avertir la Reine un clic-clac que je suis allé acheter nuitamment chez Ike-aïe !  la grande chaîne de grands magasins de meubles scandinaves en kit, il faut dire que par ici la nuit dure six mois et que les magasins soient ne ferment pas, soient n’ouvrent plus selon les options philosophiques et commerciales de chacun. Il est certain que ce   n’est pas facile de se lever le matin quand on ne s’est pas couché le soir surtout si le matin ressemble au soir et vice versa.<br />
Donc j’ai passé une bonne partie de la nuit à monter le canapé convertible aidé par Pezzolino mon fidéle valet de chambre albanorital (c’est une race mélangée de gens de maison qui tient à la fois du voleur à la roulotte et du maître-nageur à poils longs, très peu dévoué à son maître, l’albanorital est facilement traître et mordeur mais aussi tellement astucieux et sentimental qu’il semble quelques fois  presque humain), un ex-pizzaiolo, je l’ai rencontré il y a une dizaine d’années dans une pizzeria grecque du quartier albanais de la capitale, je l’ai pris à mon service et il me sert depuis avec astuce, constance et même quelques fois de la loyauté.<br />
Au matin il est arrivé avec les journaux, mon petit déjeuner et un acte d’abdication en trois exemplaires de ma charge et dignité de prince consort.<br />
-Alors l’ami où on sommes-t-on ? Demandai-je au brave Pezzolino avec un détachement stoïque en beurrant ma rôtie.<br />
-A qué chidenté Monsignore !<br />
De fait les journaux ne sont pas tendres, et bien entendu il y a une grande part d’exagération et de fabrication là dedans, ils truquent et soutiennent sans vergogne que j’ai tenté de défenestrer un vieillard diminué.  Sur les photos, je saigne du nez, j’ai les lunettes de travers, le visage déformé par la colère je ressemble à une fin de série de tueur en série au moment de son arrestation.<br />
«  Raoultkë Ôg vioks defenestratortkë ! »<br />
Je traduis pour les non polyglottes :<br />
Raoul le défenestrateur de personnes âgées!<br />
Un surnom qui a tout le moins, s’il devait rencontrer quelque vogue serait fort dommageable à l’image que j’entends laisser à la postérité.<br />
En ces instants je ne le cache pas, je chancelle sur ma rôtie  mal beurrée lorsque en mon for enfiévré retentissent soudain les trompettes… de la reléve de la garde.<br />
Dieu sait qu’à l’ordinaire c’est un rituel qui m’insupporte: il faut dire aussi qu’à l’ordinaire à six heures du matin je dors, mais là, dans le moment, ce retentissement cuivré me redonne du courage, je me dresse dans mes pantoufles et j’ouvre la fenêtre qui donne sur la cour d’honneur en grand, préparé à tout affronter et même les lazzis d’une populace hostîle.<br />
Est-ce mon autorité naturel, rien ne vient, derrière les grilles de la cour d’honneur quelques regards se tournent vers moi mais sans que j’y lise de désapprobation, au contraire des flashs partent, on me photographie, je fais bonne figure je crois, en robe de chambre mais très vite je m’ennuie à faire face, la bonne humeur chez moi n’étant jamais trop longtemps exilée, je ramasse les billes d’un jeu de solitaire en marbre posé sur un guéridon, je m’en remplis les poches et je retourne à mon balcon,  accoudé à la rambarde du balcon, très sportsman dans  l’épreuve, je vise les bonnets à poils (ils les ont adoptés pour la Garde Royale sur le modéle, une fois encore, des anglais qui nous en avaient chipés l’idée après Vaterloo à l’imitation de notre immortelle Garde Impériale !) que je surplombe et laisse tomber les billes une à une. La bille quand elle atterrit se met à tourner sur le plafond du shako rond, il parait que lorsque l’on est dessous c’est à devenir dingue ! Mais ils n’ont pas le droit de bouger sinon ils ont un gage et quinze jours de prison. Tordant non ? Je suis en pleine visée lorsque j’entends la grande porte de la bibliothéque qui s’ouvre, je me retourne : c’est mon petit Uürtikrn!<br />
Outre ma fille chérie l’adorable et douce Klopilde qui parfait ses études supérieures en Floride, j’ai deux fils: Koonrardt qui tient beaucoup de sa mère et qui est à l’Ecole Supérieure d’Aviation Militaire et puis le jeune Uürtikrn, celui-là c’est tout moi, vaillant et impulsif, je prends du temps sur mes obligations pour le former au mieux à ses futurs fonctions de… de Poulidor, d’héritier en second.<br />
-Papatkë !<br />
-Viens là mon petitkë.<br />
Il va sur ses dix-huit ans, autant notre Koonrardt est sanglé comme sa mère autant mon Uürtikrn est artiste comme son père. En ce moment il porte une crête d’iroquois arc en ciel qui fait jaser les gazettes à scandales, c’est dire si à mon imitation ils détestent les plumitifs.<br />
Il me rejoint sur le balcon, je pose mon bras paternel sur son épaule encore toute filiale:<br />
-Il ne faut pas vous occuper de ce que disent les journaux Papatkë.<br />
-Que veux-tu voilà ce que c’est qu’une monarchie parlementaire ! Rien du tout, le néant ! Un ornement bourgeois ! Le char de l’état transformé en taxi ! Et si l’on proteste un peu ou que l’on veuille se conduire en maître chez soi les boutiquiers vous menacent de vous couper les vivres et de vous supprimer votre liste civile, et ces messieurs de débattre de ce qu’ils vont nous donner comme traitement et étrennes ! Les concierges de la mémoire nationale voilà ce que nous sommes !<br />
Je ne rate jamais une occasion de lui donner quelques leçons d’absolutisme.<br />
-Imagine-t-on Louis XIV laisser imprimer de telles saloperies mais tu peux me croire que le soir mâme le photographe, eut été mené en place de gréve pour y être roué tout vif. Il est où le respect qui m’est… Qui nous est dû ! Allez maintenant va à l’école mon grand !<br />
Il fait des études de… de quoi déjà ? Il faudra que je lui demande. Il me quitte et je reprends mes occupations ludiques quoique assez vaines je le confesse, j’ai presque entiérement garni tous mes bonshommes en billes lorsque la porte s’ouvre à nouveau et la Reine entre, elle est en robe d’audience, une petite couronne de ville en diamants sur la tête, la tenue de bureau quoi, elle est suivi par cette petite ordure d’Urinald fun Froeboeun qui porte une pile de journaux :<br />
Elle en prend un, le léve bien haut :<br />
-Afez-fous sigueu-né ?<br />
Je quitte le balcon à grands pas et  claque la porte au nez de Fun Froebeun :<br />
-Ecoute il faut qu’on parle… je vais t’expliquer ma Poupetkë !<br />
-Jé né zuis bas fotre Poupée Mounsieur !<br />
-Ah c’est comme ça !<br />
Le coup de sang me prend et je te la balance sur le canapé comme une serveuse de relais routier. Elle crie, se débat et proteste… Ah Dieu du ciel voilà bien un achat utile que ce clic-clac-paf ! que j’ai inauguré cette nuit et qu’avec la Reine nous baptisons derechef du beau nom d’ « entente renouvelée ». (c’est une figure de style assez bien amenée, je crois ?)<br />
Notre réconciliation fait du bruit et au moins un déçu. Dans ces moments, Gretaertkë si réservé dans le quotidien est du genre extraverti, j’imagine le Urinald fun Froeboeun, l’oreille collé à l’huis et je redouble d’activité.<br />
Quand la Reine se reléve, je suis pardonné.<br />
Je reboucle ma robe de chambre, elle rajuste sa courônne et va sur le balcon, elle se penche pour regarder la garde descendante qui s’éloigne, de fait elle s’éloigne mais ce qu’elle voit d’abord et surtout ce sont toutes ces billes d’albâtre blanche qui tournent de plus en plus vite sur le dessus des chapeaux et les têtes des gardes royaux qui par réflexe décrivent un mouvement circulaire comme pour mieux encourager la rotation, c’est poilant littéralement, John Brank, fort pourvu en humour insulaire goûterait la farce mais elle visiblement n’y souscrit pas, elle se retourne vers moi :<br />
-Konnartkë !<br />
Et elle s’en va.<br />
Un coup pour rien pensai-je avec quelque effronterie… mais je t’aurais ma fille !<br />
19 Juin<br />
Je profite de mon exil bibliographique pour mettre un peu d’ordre dans les 50 000 volumes, en rangeant les collections du grand-père je découvre toute une ancienne série des Pieds Nickelés je m’en régale tout en dégustant la pizza que j’avais commandée au fidéle Pezzollino et qu’il m’a fait livrer sans tarder. Brave garçon ! Quand même il faudra que je vérifie les pouboires qu’il donne aux livreurs… et les compositions et provenances des sus-dîtes pizzas, celle-ci me semble partculièrement poilue, cela ne prouve que davantage sa latinité certes mais quand même  je préfére la pizza imberbe.<br />
Je suis affalé sur mon canapé, en robe de chambre, les doigts plein de tomate quand une petite jeunasse, toute en blondeur clignotante et jupette d’été entre dans la piéce, je replie mon clic-cl…aïe à la con… hâte, m’essuie les doigts sur ma robe de chambre :<br />
-Excusez-moi Monseigneur je viens prendre mon service. Je suis la nouvelle bibliothécaire adjointe.<br />
-Mais ce n’est plus Mademoiselle Huürlmondbörg. L’interrogeai-je, vivement intéressé par ce mouvement de personnel indépendant de ma volonté mais auquel je donne volontiers mon assentîment tant la vieille Huürlmondbörg était chignognesque et détestable à tous points de vue.<br />
-Non elle a pris sa retraite la semaine dernière Monseigneur, vous nous aviez fait le grand honneur d’assister à la fête pour son départ et sa Majesté lui avait remis la croix d’écuyer de l’Ordre d’Albert le Moyen pour ses trente sept années de service au Palais.<br />
Quand je pense que cette vieille schnoque a été décorée et que moi-mâme on me chipote… enfin !<br />
-Je suis mademoiselle Shupettsen.<br />
-Mais oui, je me souviens, émouvante cérémonie. Très bien, très bien… alors bienvenue au Palais mademoiselle Shupettsen. J’étais justement en train de compulser et collationner quelques vieux traités d’archéologie carthaginoise…<br />
Je suis devenu un spécialiste de l’archéologie carthaginoise le jour où j’ai découvert que le royaume en était fort dépourvu.<br />
-J’ai passé mon doctorat sur le sujet de la représentation de la figure du sacré dans l’art mosaïcal des pédiluve anté-hamilcarien.<br />
Une spécialiste des bains de pieds carthaginois convenons-en c’est pas de pot.<br />
-Ah… bien, sujet passionnant, bien, bien, bien nous pourrons en deviser ensemble à l’occasion alors… dis-je tout en songeant-je qu’il allait me falloir réviser sérieusement la chose parce que je ne sais pas même où se trouvait Carthage. En Afrique et quelque… ce me semble ?<br />
Enfin c’est l’une de ces filles qui ont la particularité de parler longtemps et sans respirer, si bien qu’elle arrivent au bout de leurs idées à peu prés asphyxiées et prêtes à cueillir.<br />
-Mais asseyez-vous Mademoiselle Shuppetsen.<br />
Elle s’assoit en confiance sur ma pizza encore chaude, se reléve vivement, maculée (déjà !) le fondement tout peinturluré, c’est charmant.<br />
-Quand je travaille, je ne prends pas le temps de dîner, je grignote n’importe quoi.<br />
Elle apprécie mon côté simple et sans façon, de fait je suis très accessible, pourvu qu’elle le soit autant. Je prends ma pochette de soie pour lui nettoyer galamment la partie maintenant la plus rutilante de sa personne et pas la moins avenante, certes non.<br />
Elle se laisse faire, souriante, accommodante, je me fais plus pressant, elle ne recule ni ne proteste, après tout va très vite:<br />
-Je… je vais demander à mon majordôme de vous faire monter une robe… voulez-vous ? Lui demandai-je en appuyant sur la sonnette d’appel.<br />
Elle acquiésce, je l’aide à retirer sa jupette.<br />
-Le slip aussi Monseigneur ?<br />
Allez hop faîtes monter un slip !<br />
-Aaarrrhh les français sont fous ! Murmure-t-elle béante de désir.<br />
Dans nos emportements sensuels nous ne remarquons point le groupe de scolaires qui sous la conduite de leurs professeurs et du guide viennent d’entrer dans la bibliothéque, nous sommes lundi jour de visite du Palais Royal.<br />
-… à gauche vous avez les collections de grimoires et incunables de feux les rois Hourrald VII et Youppiald XIII… à gauche vous pouvez apercevoir le Prince consort Raoultkë de Nordnmark en train de troncher la nouvelle bibliothécaire adjointe du Palais Mademoiselle Shuppetsen…<br />
-ÔÔÔÔÔÔÔÔÔÔ !!!<br />
20 Juin<br />
« L’épreuve m’a toujours renforcé dans mes choix et mon caractère mâme ! » J’écris fébrilement dans mon journal quelques phrases à la lueur d’une lampe à pétrole, dans l’une des cabanes de jardinier du Parc du château de Huberstbörg qui me sert comme en ultîme refuge, bête blessée, encore saignante et essouflée de la dernière traque. Tous m’ont accablés… non pas tous mon cher Uürtikrn m’a été d’un grand réconfort. Il m’a souri. Il a compris, je lui ai appris que la vie est quelques fois injuste et peu améne mais que c’est alors dans l’épreuve que se distinguent les vrais caractères. Mais les autres… tous les autres…. Ah ingratitude, quand je pense à toutes ces années, mes meilleures, que j’ai données à un pays qui, l’on me pardonnera le mot est le trou du cul hémorroïdaire du monde gelé et malgré les conditions climatiques les plus favorables a été infoutu même d’inventer la crème glacée. Bien entendu, ce salopard d’Urinald fun Froeboeun qui a des espions partout dans le Palais s’est empressé de raconter l’incident de la bibliothécaire à la Reine.<br />
Ah faible femme je te pardonne, femme que j’ai tant aimée et servie je te pardonnerai encore demain, femme influençable et donc coupable comme tu m’as déçu, (d’ailleurs j’ai toujours pensé que Reine c’était un métier d’homme !&#8230; oui enfin l’on m’a compris) et pourtant je te pardonnerai toujours.<br />
Alors j’ai préféré au scandale et aux éclats, aux mots blessants parce que trop sonnants la dignité d’un exil silencieux, temporaire, tout intérieur et agreste.<br />
Et si il le faut demain je rejoindrais mes terres, mon bon village de Bonpèze où notre (voilà que cela me reprend !) nom est respecté depuis des siécles et où je suis aimé de tous. Là-bas les plus anciens se souviennent du mioche  aimable et tant vivant que j’étais, d’ailleurs de cette enfance campagnarde j’ai conservé le surnom de Raoul il cagadou, ce qui veut dire en patois celui qui « fait » partout, que l’on me pardonne la rudesse, l’acreté de notre parler, mais il est si vrai et authentique, il faut dire que dans mon enfance j’étais souvent agité de coliques et il me fallait me soulager un peu n’importe où au hasard des champs et des haies et bosquets. Le surnom champêtre m’en est resté.<br />
J’occulte la lampe car j’entends des pas qui s’apprôchent, je ne suis point un brigand pour chercher à me cacher ainsi indéfiniment, mais pour un temps je préfére quand même la discrétion.<br />
Le silence, comme souvent le silence, sinon pesant à tout le moins pondéreux, on l’aura remarqué, me laissant le temps de me ressaisir et de réfléchir :<br />
« Cela pue un peu ici, les sacs de fumiers de cheval et d’azote sur quoi je suis assis, sans doute. »<br />
L’on toque à la porte… ah que n’ai-je emporté avec moi quelque arme ! Ils ne m’auront pas vivant ces sauvages vikings, il retentira une fois encore le nom français à leur faces embierrées et…<br />
-Ouvre quoi Raoul fais pas le couillon !<br />
Cette voix, je la reconnais, cette voix amie c’est celle du Père Fulmance des Emplettes, mon confesseur et directeur de conscience.<br />
Il me faut là aborder la question religieuse, né dans la seule et vraie religion catholique et romaine, il m’a fallu embrasser la foi réformée à l’occasion de mon mariage, éh sans quoi l’affaire ne se faisait pas tout simplement, c’est qu’ils sont tolérants les parpaillots mais dans la limite du tolérable.<br />
Troublé par cette exigence, j’avais pris le conseil à l’époque d’un  jésuite  qui m’avait enseigné dans mon jeune temps: le père Fulmance des Emplettes.<br />
Suivant sa recommandation je me fis donc Calvinien…. Ou Luthériste ? Je ne sais plus, il m’avait confirmé ce que je pensais que ce n’était là que puériles formalités et que je serais plus utile pour notre sainte église et la vrai foi auprés de la Reine qu’à Paris où je n’étais qu’un étudiant, désargenté et même passablement endetté et sans grandes espérances, monsieur mon père venant de se  remarier pour la cinquiéme fois à une meneuse de revue d’un music hall parisien où il avait ses habitudes, compte ouvert et sa bouteille de champagne au frais. J’ai rencontré ma Poupetkë à Paris, à la Foire du Trône, sur les chevaux de bois, son cheval s’était emballé, je l’ai maîtrisé, après quoi je l’ai adroitement troussée dans un petit hôtel du XVII° arrondissement, l’affaire était faite, que de souvenirs.<br />
Mais revenons à notre sujet, il va de soi que je n’ai jamais pris très au sérieux cette religion d’épicier mais malgré tout pour m’assurer l’âme j’emmenais dans ma suite mon directeur de conscience. La Reine n’a jamais voulu le recevoir au Palais, elle le craint je crois, comme un menteur la vérité, assurément.<br />
Souvent après m’être confessé à lui le Père Fulmance m’interroge :<br />
-Bon mon garçon, dans la vérité de ton cœur les choses sont bien fixées, ton attachement à la seule vraie doctrîne chrétienne: la catholique j’entends, reste entier malgré tous les simulacres auxquelles tu as du te plier ? Dans le tréfonds j’entends ?<br />
-Dans le tréfonds mon père ?&#8230; eh ben je vous avoue que ça tourne un peu. Lesquels sont damnés, les luthéristes ou les calviniens ?<br />
-Mais Bon Dieu tous, ils le sont tous ! Ce sont des hérésies commerçantes et commodes, nées pour faciliter le négoce et la bonne conscience usuraire de ces messieurs ! Mais bien entendu que tous le seront !<br />
-Et même ma Poupetkë… et les mômes ?<br />
-Ah là il ne tient qu’à toi qu’ils ne le soient pas, Raoul, et tu sais comment. Allez apprôche-toi mon grand que je te donne ma bénédiction.<br />
J’ai mis mon influence et mon charisme au service de notre sainte mère l’église mais jusque là je n’ai réussi à convertir qu’une très lointaine cousine de la Reine 1875° dans l’ordre de succession au trône et encore la victoire ne me fut point confirmée car elle abjura très vite sa religion nouvelle pour se faire mahométane et épouse en second d’un émir polygame.<br />
-Allez ouvre enfin quoi merde, je sais que tu es là  petit con!<br />
L’homme a son franc parler, on en jugera. De fait Le Père Fulmance a sur moi une réelle autorité morale. J’ouvre donc la porte.<br />
-Joy-eux-z-anni-ver-saire Tétesse !<br />
Mon Dieu ils sont tous là derrière la porte, soit maintenant exactement devant moi, tous mes bons amis, outre le père des Emplettes, le cher John Brank accompagné de l’orchestre symphonique de Manchester de passage dans notre capitale, l’attaché culturel russe le vice-colonel d’artillerie Vassilli Kaguébéovitch Bergamotov dit Kokof, venu avec un corps de ballet au complet et en unifôrme encore, actuellement en voyage d’étude dans notre base sous-marine modèle de Urghsbloom qu’il a tenu à leur faire admirer et pour quoi je lui ai obtenu un permis de visite, Pétcho Larigaïe, le lecteur de français de la Reine dont je parlerais plus loin et que j’ai élevé au rang de véritable ami de nous-même, la grosse Lottie, une belge qui tient une maison fort accueillante dans le Chodpitzen, le quartier chaud de la capitale et qui est venue avec quelques unes de ses pensionnaires et tant d’autres compagnons d’interminables régates (en brise glace), camarades de polo (sur chenilles), ce sport si démocratique où tout le monde me tutoie, (sauf les chevaux et les palefreniers bien entendu !) et joueurs de golf (des neiges, il faut parfois quinze jours pour retrouver sa balle ou attendre la fonte) amis que je veux remercier ici et qui ne tiennent point tous ensemble dans mon île d’Elbe improvisée, cette modeste cabane de jardiniers.<br />
Nous festoyons pendant des heures, heureuses et inoubliables heures, au matin l’orchestre symphonique gît désaccordé et ronfleur sur les pelouses, dans la grande piéce d’eau le corps de ballet, avec à sa tête le cher Kokof, affronte en de renouvelées naumachies, la troupe de la chère Lottie commandée par le non moins cher John Brank. J’ai du mal à ouvrir les yeux mais je me demande bien où ils ont pu trouver leurs bateaux, lorsque je réalise que ce sont les guérîtes des gardes du Palais qu’ils ont dérobés (nuitamment cela va sans dire), sciées, reclouées et armés en bataille.<br />
Je cherche le Père Fulmance et le découvre enfin sous les fenêtres de la Reine, ma Poupetkë est levée, malgré l’heure matinale et elle regarde avec quelque surprise la paire de fesses que lui soumet le jésuite passablement éméché et assez vindicatif à son endroit pour lui montrer ainsi son envers (si j’ose dire.) :<br />
-Foutre Dieu ! Ah tu veux pas me voir ! Et bien au moins tu auras vu mon cul !<br />
Je vais pour remettre un peu d’ordre dans les esprits, malgré mon mal de tête, lorsque la cabane de jardinier explose (sans doute la lampe à pétrole que j’ai oublié sur les sacs d’azote, il faudra que je me renseigne) et je vois l’édicule propulsé à une belle hauteur dans les airs et retombé sur la statue monumentale d’Albert le Moyen, qui le représente signant un accord cadre sur la réduction de la durée du temps de massacre hebdomadaire avec le Roi de Prusse, qu’il coiffe littéralement.<br />
Ah oui quel chouette anniversaire en vérité.<br />
22 Juin<br />
Les journaux du matin parlent d’une tentative d’attentat conte le Palais Royal alors qu’il s’agissait d’une tentative d’anniversaire, qui fut d’ailleurs fort brillamment réussie à mon goût. Le premier Ministre Wöölaf Plöömströöm (il est d’origine suédoise, incroyable le nombre de météques qu’il peut y avoir dans ce foutu pays !) est arrivé au Palais dés qu’il a appris la (fausse) nouvelle. C’est le secrétaire du Parti Social Démocrate (PDÖ) actuellement au pouvoir après avoir conclu une alliance avec les Démocrate Sociaux de l’ÖPD,  toujours cette manie du consensus propitiatoire à toutes sortes d’arrangement et de combinaisons avantageuses pour ces messieurs. En cinquante années le PDÖ n’a point exercé le pouvoir que pendant 43 minutes et encore ne fut-ce que parce que le premier ministre de l’époque A-A Axoöm était demeuré enfermé dans les vouatères du Palais pendant une réception officielle. Je dois confesser d’ailleurs que c’était moi qui l’y avait enfermé exaspéré que j’étais par ces remontrances après que le presse espagnole eut publié des photos de moi en accorte et dévêtue compagnie sur une plage de Marbella. Je n’admets point l’insolence, j’ai le souci de mon rang et de ma charge mais quoi eut-il voulu que je me baignasse en haut de forme et queue de pie. Ces gens-là sont proprement insupportables. J’envois le fidéle et tarifé Pezzollino espionner à mon profit, la rencontre entre la Reine et le pseudo démocrate en chef.<br />
 Je patiente dans le pavillon de chasse désaffecté au fond du parc ou le grand-père de Gretaertkë le roi Uürald XII recevait dit-on ces conquêtes, un sacré luron. J’en visite les piéces, c’est charmant, décrêpi, mais charmant, dans le style années 30,  vrai l’on se croirait à la campagne, malgré le métro qui passe en dessous, il faudra que je fasse aménager tout ça pensais-je, au moins lorsque les humeurs se seront calmés.<br />
Pezzolino revient enfin :<br />
-Alors fidéle serviteur où en sommes-t-on ?<br />
-Couic ! Me dit cet imbécile d’italien en agitant des ciseaux imaginaires devant mon visage.<br />
-Ils ne songent quand même pas à me…<br />
Que je sache la peine de mort n’est plus exercée par ici depuis au moins les années 50, ils ont songé un temps à la rétablir pour les tueurs de rennes et puis ils y ont renoncé.<br />
Ils ne vont pas la rétablir seulement pour moi, d’autant que je n’ai jamais fait le moindre mal à l’un de ces détestables bestiaux. Un bref instant, je le confesse, je cherche dans ma poche, ma brosse à dents qui ne me quitte plus, depuis le divorce de mes parents, un instant, oui je le confesse, je songe à fuir.<br />
-Couic ! Couic !<br />
L’imbécile rastaquouère albanogêne surenchérit en se mettant les mains sur ses génitoires.<br />
-Mais parle donc imbécile !<br />
Il m’explique que cette petite ordure de Wöölaf  Plöömströöm va présenter au parlement une proposition de loi visant à me faire stériliser, il a mis en avant auprés de la Reine que mes prétendues divagations galantes récentes et passées risquaient de me valoir un surcroit de postérité, descendance supplémentaire qui quoique conçue hors les liens du mariage et selon la loi du pays risquait de faire valoir auprés du gouvernement des droits à pension, que la liste civile de la famille royale s’en trouverait sensiblement augmentée et l’ordre de succession rallongé d’autant et qu’il n’était pas plus que ses collégues et encore moins ses électeurs-contribuables disposé à voter de nouveaux crédits ! Et donc selon lui le seul moyen d’y mettre un terme serait de me traiter comme n’importe quel matou de gouttières.<br />
Non mais a-t-on idée ? Quel jean-foutre !<br />
Maintenant je ne vois pas comment me sortir de ce mauvais pas ? Il s’agit de manœuvrer promptement et adroitement.<br />
Voyons quel pourrait-être mon plan de bataille, je réfléchis, longtemps, si longtemps que je m’endors… comme ça en pleine réflexion, cela m’arrive quelque fois, tant je l’ai dit peut être grande ma capacité d’abstraction et c’est cet imbécile de Pezzolino qui me réveille, en me faisant les pôches :<br />
-Eh bien quoi qu’est-ce qu’il te prend ?<br />
-Excusez-moi Altesse, il faut que je régle le livreur de pizza, c’est un cousin.<br />
-Je n’ai pas commandé de pizza !<br />
-Moi si.<br />
-Eh bien régle-la avec tes gages plutôt que de me voler !<br />
-Je ne volais que le pourboire Majesté. C’est bon pour votre publicité de donner de bons pourboires aux livreurs de pizza cousins de ma personne qui viennent au Palais. Vous êtes très populaire dans la communauté albanaise mais avec les gages que vous me servez, je ne peux pas me montrer éloquemment généreux.<br />
-Et si tu y ajoutes tout ce que tu me voles ?<br />
-Même ce n’est pas encore suffisant.<br />
Ce garçon a des raisonnements d’une logique toute ancillaire et pratique. C’en est presque alarmant.<br />
-Eh bien alors prends ce qu’il te faut… mais pas plus.<br />
Une fois dépouillé, douché, rasé et habillé je vais un peu marcher dans le parc je ne veux pas faire mon retour avant d’avoir mis sur pied un plan de contre-attaque opérationnelle, mais j’ai beau réfléchir tant et plus, je ne trouve rien jusqu’à ce que je bute… sur Pétcho Larigaïe, le lecteur français de la Reine qui ronfle le nez dans l’herbe, pas encore tout à fait remis de notre soirée d’anniversaire.<br />
-Eh bien l’ami, on paresse ! L’apostrophai-je en lui donnant un amical coup de pied dans les côtes.<br />
-Merde quel est le con qui a osé ?&#8230;. oh pardon Monseigneur.<br />
Il se frotte les yeux, se redresse, se met au garde à vous, cette manie qu’a ce garçon de se mettre toujours au garde à vous lorsque il me croise, étonnant pour un littéraire non ? Il a publié quelques délicats recueils de poêsie : « Incomplétude II » notamment dont l’on attend avec impatience le premier tome et c’est lors de la présentation de l’un de ses livres à la presse, à l’ambassade de France que nous nous sômmes connus et reconnus pour ce que nous sômmes: deux fiers et bons compagnons.<br />
Il souhaitait impérieusement s’installer dans notre capitale qu’il jugeait beaucoup plus lancée en matière de vie littéraire que Paris (de fait nous avons reçu l’année dernière la visite de Miss Vice-Univers, du Dalaï Lama qui était en transit et se rendait à Gstaadt et de Barbara Cartland qui voyage en cercueil rose depuis une bonne douzaine d’années à travers la planête et ne manque jamais, par volonté testamentaire, de faire hâlte chez nous une fois l’an) mais il ne trouvait pas d’emploi selon ses goûts et compétences, je lui ai proposé cette place de lecteur de français de la Reine qui était à l’encan depuis trop longtemps, le français, je l’ai dit, malgré mon apostolat énergique, reste peu prisé et mal enseigné. Il a accepté.<br />
Les journaux et les mauvaises langues ont tout de suite ragoté et sous entendu que le brave garçon était un agent des services secrets français délégué à la cour pour me surveiller et veiller aux intérêts français, il le décrivait comme un ancien militaire des troupes de marine, passé dans l’espionnage et la barbouzerie, roi du camouflage et du travestissement, se mouvant habilement dans les populations tel un reptile dans une jungle fournie, l’on racontait qu’il avait été marchand de glaces au Tchad pendant les guerres avec la Lybie, vendeur de barbe à papa en Centrafrique au temps de Bokassa et je ne sais quoi encore, bref on le disait un véritable Frégolo. Roman que toutes ces billevesées. Je l’ai aussitôt convoqué et les yeux dans les yeux, je suis capitaine de réserve dans l’armée française (et entre autres adjudant général du Génie rural dans la réserve nordmoise), je lui ai posé la question :<br />
-Est-ce vrai que vous êtes un ancien militaire de carrière mon garçon ?<br />
-Négatif mon altesse. M’a-t-il simplement répondu.<br />
Je lui ai tapoté l’épaule, j’ai tout de suite été convaincu de sa sincérité. Je connais les hommes.<br />
 Ce garçon n’est que sensibilité, c’est ce que j’apprécie le plus chez lui, rien de l’intellectuel parisien déssiqué, d’abord il y a, sa bonne humeur, un enjouement permanent tout frisé de son accent béarnais. Il n’y a que dans le choix des lectures qu’il fait à la Reine qu’il me désarme un peu, mémoires d’officiers parachutistes poutchisses, de rescapés du djebel, chroniques de la Légion Etrangère et des troupes de marine, ils nous détaillent même les phylactères d’illustrés en couleurs qu’il prise particulièrement contant les exploits de militaires culturistes et suréquipés oeuvrant à longueurs de bulle pour la survie du monde libre… tout celà à force de répétitions lassent un peu l’auditoire sans représenter exactement toute l’étendue et la diversité de la littérature française je pense quoique la Reine s’en accommode fort bien, tout juste si elle ne demande de temps à autre la signification de quelque expression argotique ou militaire.<br />
Avec le cher Petcho Larigaïe nous marchons quelque temps dans le Parc et je m’ouvre à lui, je sais qu’il peut être de bon conseil.<br />
-… oh entendez-moi bien, ce que je vous en dis mon cher, ajoutai-je je n’en fais pas une affaire personnelle mais une question de principes. Habeas corpus et tout ce genre de choses, vous voyez, une atteinte à l’intégrité de l’individu pris dans le cas général même si l’on veut faire de moi la victîme sacrificielle autant qu’inaugurale de sordides calculs comptables. Ils admirent les rosbifs, grand bien qu’ils les imitent doncque jusqu’au bout en matière de libertés individuelles et du droit à disposer librement de soi-mâme.<br />
Après un temps de réflexion, il me dit :<br />
-Il faut que j’en référe… je veux dire, laissez-moi le temps de la réflexion Monseigneur, je ne voudrais pas m’engager à la lègère dans une affaire aussi grave vous concernant.<br />
Malgré tout j’ai fait préparer par le fidéle Pezzolino mon bagage au cas où il me faudrait déménager dans l’urgence, je n’ai aucune envie de sacrifier pour de basses menées démagogiques mes capacités génésiques.<br />
Quelle n’est pas ma surprise de découvrir mon serviteur de l’autre côté des grilles du Parc attendant le bus devant l’arrêt Palais Royal .<br />
 Il faut voir comme il est fagoté, il porte trois vestons en cheviotte superposés, deux chapeaux de chasse empilés, trois parapluies et de volumineuses et lourdes (je le vois à la courbure de ses épaules) valises en cuir Hermés. Tiens pensai-je ce garçon a la même dilection que moi pour la cheviotte et les bagages Hermés… avant que de réaliser que ce sont mes vestons et mes valises et que le gredin s’enfuit en emportant une bonne part de mon trousseau.<br />
Je cours sus à lui, ramasse, en passant, un fusil dans la cahute d’entrée de la Garde et je sors dans la rue, marche prestement jusqu’à l’arrêt de bus, je suis en robe de chambre, robe de chambre, habillée certes, mais robe de chambre quand même, il y a un grand nombre d’Upschloutiens employés de bureau ou ménagères qui attendent le bus de 11 heures 24 et l’arrivée en armes du second personnage de l’état, moi-même donc, ne manque pas de les étonner, je pointe l’arme sur Pezzolino qui se jette à genoux puis tout à fait à plat ventre à mes pieds en pleurant d’abondance:<br />
-Altesse ne me tuez pas j’ai des enfants oh oui tellement d’enfants !<br />
Tiens première nouvelle il se disait célibataire jusque là!<br />
Les usagers sont effrayés et c’est un « ÔÔÔÔÔÔ !!! » unanîme mais très vite ils sont agréablement surpris par ma simplicité, après tout le prince consort qui  vient assassiner son prochain en pleine rue comme tout le monde, c’est très démocratique tout ça.<br />
Il y a quelques flashs qui partent comme en approbation.<br />
Finalement le vil personnage obtempère à mes objurgations et nous rejoignons le Palais lui devant, les valises à la main, moi derrière pointant mon fusil lorsqu’une escouade d’une vingtaine de policiers municipaux montés et en armes eux aussi nous entourent tout soudain, suivis d’une autre vingtaine mais cette fois ce sont des gardes Royaux toujours à chevaux qui entourent les policiers, bref cela commence à faire de l’uniforme et du crottin sur les trottoirs :<br />
-Monseigneur, je vous en prie, rendez-nous ce fusil et relâchez l’ôtage. Crie dans un mégaphone l’un des gradés perchés.<br />
-Ce n’est pas un ôtage, mais un domestique fautif et c’est une affaire privée captainkë (nota : c’est l’équivalent de commandant chez nous) Thor Dupondsen (c’est le chef des services de sécurité), j’ai droit de haute et basse justice sur ma domesticité, alors un conseil ne  vous mêlez pas de ça et lâchez cet appareil bruyant vous êtes ridicule et vous nous cassez les oreilles!<br />
Je passe sous les fenêtres de la Reine dans cet équipage étrange et nombreux avec ce crétin qui continue de gueuler dans son mégaphone, je léve les yeux, j’aperçois ce saligaud de Urinald fun Froeboeun qui exulte derrière ses rideaux.<br />
Finalement je fais grâce à cet imbécile d’albanorital après l’avoir fait mettre à poils et je regagne dignement mon pavillon de chasse au moment mâme où des parachutistes en tenue d’hommes grenouilles coiffés de bérets verts atterrissent qui, pour les plus chanceux, dans le grand bassin, qui, pour les plus maladroits et nombreux, sur les pelouses.<br />
Qu’est-ce que ça encore ! Tsss ! Tsss ! Sans doute ce salopard de premier ministre qui prévenu en grand hâte par Urinald Fun Froeboeun et sa clique aura déclenché je ne sais quel plan Orsektkë d’urgence aussi superfétatoire que ridicule.<br />
Semaine éprouvante, certes mais où je crois malgré les adversités successives avoir su conservé ce qui me tient le plus à cœur: ma dignité.<br />
24 Juin<br />
Chic le lendemain de ce jour funeste tombe un 24 Juin, le jour de la Saint Jean, du moins chez nous à Bonpèze, nous la célébrons comme telle, ici dans ces contrées barbarisées de toute antiquité et re-salées par l’hérésie protestante il est hors de question de sacrifier à quelque saint que ce soit alors l’on fête le jour le plus long de l’année le solstice d’été et l’on  bâtit de grands feux, et l’on se saôule de bière, et l’on se vide la vessie et l’on honore sa voisine de palier et l’on partouze en shorts et en chaussettes et l’on revomit sa bière avant de se  re-resservir en bière et en voisine.<br />
Dans la capitale il est de tradition d’une année sur l’autre que toute la population de la capitale et de plus loin encore, se rende en bateau dans l’une des deux îsles qui encadrent le front de mer de la capitale, dénommées l’île de droite Umpingen et l’île de gauche Sokialisten. Animé  par un étonnant instinct grégaire alors que rien n’est affiché à l’avance toute la population se retrouve sur la même île et boit, se brûle et partouze gaiement, bruyamment, abondamment et casse des assiettes et jettent leur belle-mêre dans les fournaises.<br />
Et par je ne sais quel malédiction chaque année je me trompe d’île et me retrouve seul ou dans le meilleur des cas en compagnie d’ouvriers du batîment marocains ou algériens dépourvus semblent-ils tout comme moi de ce sixiéme sens viking.<br />
Sans doute grâce à cet instinct qu’ils ont découvert l’Amérique avant tout le monde, j’entends les vikings pas les ouvriers magrhébins du batîment qui pour leur part n&#8217;ont découvert qu&#8217;une chose: on se les géle même l’été dans ce foutu pays!<br />
Cette année, je prends mon élan, bien décidé à ne point me fourvoyer une fois encore. J’ai fait savoir que je continuais de bouder et défectant aux cérémonies traditionnelles je me donne quartier libre<br />
J’étudie les vents, les données statistiques et les lunaisons avant que de déhaler mon hors bord, nouvel hanequin et de me lancer dans cette étonnante compétition nocturne. Il est de régle de ne point allumer les feux de son embarcation et au dernier moment, je change de bord, mu par je ne sais quel voix intérieur et délaissant Umpingen  j’aborde sur Sokialisten. Je saute à terre, regarde autour de moi tout en attachant mon bateau.<br />
-Merde encore gouré ! M’exclamai-je intérieurement (c’est moins bruyant et somme toute plus distinguée.)<br />
L’île semble déserte… ah si j’aperçois des lumières, du côté des roseaux là-bas.<br />
Réconforté je me dirige vers elles et je tombe sur une famille de belges les Boeulmans, ils viennent de Liège avec leurs deux garçons, leur grande fille de 17 ans Brigitte et Josy une amie de classe de celle-ci, ils ont garé là  Opel et  caravane pliante et regardent sans envie sur leur tévé portable les grandes fêtes barbares qui se déroulent tout à côté.<br />
Ils me proposent une bière et me déplient un pliant, je ne crois pas qu’ils soient venus pour partouzer autour de grands feux.<br />
Malgré tout je passe des instants très agréables, nous dînons fort correctement de harengs sauce en l’air (j’en consigne la recette dans mon carnet, c’est un peu le concept de la crème renversée mais en plus acrobatique… et salissant.) et nous regardons tous ensemble « Intervilles » en belge non sous-titré, ils voyagent avec leur récepteur satellite pliant et leur réserve de bières portable.<br />
Vraiment une excellente soirée et quand je dévoile mon identité, il faut les voir sortir leur téléphones portables et leurs appareils photos pliants pour immortaliser ces instants vécus auprés d’une altesse.<br />
Oh je pourrais certes rejoindre à la hâte les festivités mais je préfére contempler la nature inviolée en admirant le coucher du soleil assis sur mon pliant. Ils sont très bien dans le coin sans doute parce que beaucoup moins nombreux qu’ailleurs, je parle des couchers de soleil pas des pliants.<br />
Le père Boeulmans est en train de me raconter les difficultés qu’il a à placer des assurance-vie, il est courtier en assurances pour une compagnie belge: la Défaillante de Liége, après quelque temps, je ne sais pourquoi je commence à trouver le temps long, je regarde ma montre il est plus de onze heures du soir et le soleil n’est toujours pas couché, alors je réalise tout soudain que le soleil ne se couche pas et que c’est même le prétexte à ces renouvelées festivités.<br />
Je me léve pour prendre congé. Les deux charmantes gamines se portent volontaires pour me raccompagner jusqu’à mon canot automobile, j’opine à leur proposition. En chemin elles se montrent mutines à souhait et je surprends même la grande Brigitte murmurer à son amie dans un fou-rire:<br />
-Et si l’on se faisait une altesse une fois !<br />
Une fois ! A la vérité, je n’ai point compté mais ce fut bien plus que cela, ces filles d’aujourd’hui sont étonnantes de liberté et de santé, remarquai-je en recherchant mon slip de bain perdu dans les roseaux pendant qu’elles continuent de pouffer. Quand je pense qu’elles ont l’âge de ma douce Klopilde ! Oui bon j’arrête très vite d’y penser pour m’éviter des embarras de conscience qui pourraient m’empêcher de dormir surtout après le repas trop copieux que nous fîmes. Je mets enfin la main sur mon slip et embarque sur mon canot en agitant mon slip pour leur faire mes Adieux au moment où passe tout prés de moi un énorme car-ferry, il sont fort nombreux dans le coin, il fait un tel remous que je me retrouve à l’eau.<br />
Grâce au ciel je suis un excellent nageur et je ne mets pas longtemps à rembarquer. Essouflé et réfrigéré, l’eau n’est jamais à plus de 9° dans le coin même l’été, surtout l’été,  je le regarde s’éloigner, il me semble vadrouiller un peu, l’équipage a du lui aussi faire quelques libations pensai-je quand soudain-je qu’aperçois-je ? La porte arrière est encore relevée comme une soubrette fraîchement troussée.<br />
Dieu de Dieu il faut absolument les en avertir. Malheureusement mon téléphone portable est resté dans la poche de mon slip de bain qui gît présentement au fond de la Baltique et après consultation de mes deux plus récentes petites amies, il s’avére que leurs téléphones belgophones ne sont point compatibles avec notre réseau de télécommunications.<br />
Dans tous les cas il faut agir, je re-saute dans mon canot et met les gazs à fond, le ferry futurement tragique va bon train et file vers le chenal et son submersible destin.<br />
Je le double, sur la gauche, babord donc, mais comment l’aborder, je fais des signes à des passagers qui vomissent sur le pont, mais très vite ceux qui me remarquent se moquent de ma nudité, j’aurais du emporter une serviette de bain.<br />
Je décide d’oser le tout sur le tout et je vais placer mon canot au milieu du chenal.<br />
Instant périlleux, on en jugera, moi seul juché sur ma courte embarcation et ce bateau énorme qui me vient dessus de toute la force de ses surpuissantes machines.<br />
-Es-tu bien sûr Raoul de ne point te fourvoyer ? m’écriai-je mentalement.<br />
Les calculs sont vite faits: même si le commandant se montre assez avisé pour commander l’inversion des machines, je vais très proprement me faire couper en deux par le milieu.<br />
Je décide de la jouer autrement, je vais pour redémarrer mon moteur, Saperlupopettkë ! (Nota: expression idiomatique autant qu’interjective et qui est l’équivalent de : Bigre ! chez nous.) il s’y refuse, on imagine le suspens insoutenable que je soutiens pourtant de mes deux bras musclés: le ferry continue sa marche rien moins qu’inexorable pendant que je tire et retire sur la ficelle… qui me claque dans les mains !<br />
Heureusement j’ai été scout-marin et je parviens à faire un nœud dit de bite ou d’amarrage et retirer prestement sur la ficelle et… enfin le moteur consent à redémarrer.<br />
Soulagé, je fuis à toute vitesse, fait le tour de l’îsle et réussis à me placer sur l’arrière du ferry, l’on aura compris la manœuvre, mettant les gazs à fond, je me propose de rien moins que de pénétrer par son arrière béant, tel un suppositoire en une course échevelée et que j’espère salvatrice. Il ne manque que le lubrifiant. Il y a bien une différence de niveau entre le plancher bas et la hauteur de l’eau mais je pense qu’en cabrant suffisamment mon embarcation en mettant du trim (l’une de mes spécialités quand je pratique le ski nautique: le dosage du trim. Dans le temps de ma jeunesse j’ai fait Cannes-Propriano à ski nautique… et Propriano-Cannes en hélicoptère-sanitaire après avoir refusé une priorité à un barracuda !) je pourrais lui donner suffisamment d’angle et d’élan pour intromettre le géant des mers et allait m’écraser fort aisément contre une file de Volvo.<br />
-Boultkë Raoultkë ! m’encourageai-je en fermant les yeux et en tirant la manette.<br />
Cela fait Vrrroooumfff ! Cela fait Sssssplllaaaashhhh ! Cela fait  Sssshhhbooonggbbliiinttllingkliingg ! Cela fait mal surtout !<br />
Je viens de me manger le tableau de bord en acajou de mon Riva en harponnant une Saab par le milieu.<br />
Je me dégage avec difficultés et en pensant :<br />
« C’est ça que je m’achéterai la prochaine fois, un canot Saab en tôle avec airbags en série plutôt qu’une saloperie de rafiot rital avec des échardes. »<br />
-Hep ticketkë !<br />
L’on imagine dans quel état je me trouve: en partie haute, je suis en sang et en partie basse à poils !<br />
Mais le préposé ne me prend nullement en pitié et titubant il vient à moi en réitérant son injonction :<br />
-Ticketkë !<br />
Je le repousse rageusement et part à la recherche d’un homme sobre. Après avoir sondé les câles et monté sept étages, je suis bien obligé de me rendre à l’évidence, ils sont tous complétement rincés à bord ! Aussi bien les membres d’équipage que les passagers. Même les enfants, même les clebs, même les belle-mères !<br />
C’est tout le drâme de ces contrées rigoristes, austères, mal desservies en bonne humeur et fantaisie, corsetées et frigides, au premier rayon de soleil ou quand l’occasion se présente les naturels se lâchent tout à fait et ne se connaissent plus de limites.<br />
Il faut dire aussi qu’il y a ici trois étages de duty free où le Smörgg la boisson nationale, un alcool fort à base de jus de salami (le fameux salami nordmois) fermenté est en vente libre et fortement détaxée, on gagne facilement 1,67% par rapport aux prix pratiqués chez nos voisins.<br />
Je parviens néanmoins à gagner la passerelle.<br />
-Je veux voir le commandant du navire ! Intimé-je au premier gradé que je croise.<br />
-‘heu cobandant y dort. Me répondit-il en me rôtant à la figure.<br />
Je ne l’ai point encore signalé mais entretemps la houle a forci et le navire commence à balancer.<br />
J’écarte le pécore et promptement j’arrive au poste supérieur, un gaillard barbu, qui ne manque pas de prestance dans un charmant ensemble blanc rehaussé d’or se tient à la barre, je dis qu’il s’y tient mais je devrais dire qu’il s’y cramponne.<br />
-Vous êtes le commandant de ce… vaisseau ?<br />
-‘y me semble… c’est bien la semaine B? …’oyons… si c’est la semaine B c’est moi qui suis là sinon c’est Henrietkë… l’est pas là Henrietkë ? Alors c’est pas la semaine A et c’est moi qui suis là !&#8230; quand même personne a vu Henrietkë ?<br />
-Mon commandant la porte arrière est restée ouverte ?<br />
-Quoi encore ! Mais merde on va re-couler ! Henrietkë il est où ce con-là ? On vous a jamais dit que vous portiez pas de slip ? Ben moi je vous le dis… gare mon garçon ou tu vas te les enrhumer et aussi… aussi vous avez du ketchup là sur la tête… là… et là aussi!<br />
-Je vous dis que la porte…<br />
-Ah ouais la porte… HoHé les gars ordre d’évacuer le navire on va coulo qu&#8217;y dit le jeuno… mais… mais qui t’es toi pour me donner des ordres ? T’es même pas Henrietkë. Foutez-moi ce quidam aux fers !<br />
-Je suis le… le mari de votre reine: Printzip Raoultkë de Nordnmark.<br />
Il se rappôche, me dévisage, il pue le Smörgg à plein nez :<br />
-C’est toi Raoultkë Ôg Grotesqtkë !<br />
L’on pourrait traduire par Raoul le risible, je mets cette remarque déplaisante et ridicule sur le compte de son état éthylique… avancé et je réalise  que je n’obtiendrais rien de lui.<br />
Il ne sera pas dit que mon sacrifice aura été inutile. Je réussis à lui faire décramponner la barre et le pousse dans son fauteuil de commandement où il se met à ronfler. Je n’ai jamais conduit de ferry jusque là mais celui-ci braque mal d’évidence, il me semble fort peu maniable sans doute à cause de l’état de la mer et de l’eau que nous embarquons sans compter. Nous sommes déjà bien enfoncés.<br />
Nous allons tout droit vers la haute mer et le naufrage assuré, il me faut dérouter l’animal vers l’île la plus prôche soit Umpingen. Je mets la barre à droite toute à… tribord donc.<br />
La manœuvre est brutale et l’on commence à tambouriner à la porte du poste de commandement que j’ai pris soin de verrouiller.<br />
En moins d’un quart d’heure nous arrivons à bon port sur Umpingen haut lieu des festivités.<br />
Je suis en train de parfaire mon créneau lorsque me parvient l’écho de la voix reconnaissable entre toutes car invariablement mégaphoné de cet imbécile de Thor Dupondsen, le chef des services de sécurité :<br />
-Monseigneur je vous en prie rendez-nous ce navire et relâchez les 2957 ôtages ! Crie-t-il depuis son hélicoptère tandis qu’à nouveau une pluie d’homme-grenouilles courônnés de bérets verts s’abat tout autour de moi, signe sans doute que le temps est à l’orage !<br />
*<br />
L’on m’a mis dans une chambre que le tapissier est en train de finir de capitonner au modeste hôpital général d’Umpingen lorsque ce saligaud d’Urinald fun Froeboeun le grand chambellan de la cour vient enfin me chercher:<br />
-Pardonnez-nous Monseigneur, ces messieurs ont cru que vous aviez… à nouveau… perdu la raison et détourné ce bateau…<br />
-Navire ! Froeboeun, l’on dit navire lorsque l’on est marin. Et je n’ai jamais jusqu’à ce jour perdu la raison, que je sache.<br />
-… vous avez raison Monseigneur: ce navire, ils ignoraient que votre geste avait sauvé la vie de tant de gens…<br />
-2957 Froeboeun… pas plus que de 2957… mais pas moins…<br />
-Une voiture vous attend Monseigneur.<br />
-Une voiture… oui… oui mais non… je vais un peu rester ici&#8230; c’est ici que l’on s’amuse aujourd’hui n’est-ce pas: à Umpingen.<br />
Devant la sortie de l’hôpital, une foule importante m’attend pour me fêter…<br />
Des jeunes filles tendant leurs seins dénudées pour que je les leurs dédicacent crient :<br />
-Raoultkë Tek Lof ! (Traduction : Raoul on t’aime !)<br />
Dieu de Dieu me voilà populaire… enfin ! Je me jette dans la foule et me laisse engloutir par elle. C’est si bon d’être aimé de son peuple.<br />
 26 Juin<br />
Autre motif de contentement les premiers journaux parus ont titré sur mon prétendu coup de folie et le détournement supposé du car-ferry Carl-Emmanuel Proustkë (1654-1732 inventeur du carré pané!), leurs démentis ultérieurs et la proclamation de mes mérites, sans doute exagérés, je le concéde, me remplissent de joie vindicative.<br />
J’ai fait un retour triomphal au Palais d’Hubertsbörg, il m’a fallu me montrer et saluer les populations accourues pendant une bonne heure au balcon prés de la reine et des enfants, le Fun Froeboeun restant en arrière-plan dissimulé dans les rideaux (incroyable quand on y songe le nombre d’années que ce type aura passé dans les rideaux du Palais ! Il faudra que je lui en offre une paire quand il partira en retraite.) Après ce ne furent qu’ovations et applaudissements. Profitant de ma position j’ai émis le vœu lors du déjeuner de faire remettre en état le pavillon de chasse du grand-Père dans le Parc.<br />
Ma Poupetkë n’a pas osé faire valoir le coût des travaux malgré les messes basses de Fun Froeboeun toujours planqué dans ses rideaux.<br />
-Nous ferrons blus tarde…<br />
-C’est vrai quoi je n’ai pas d’endroit à moi, bien à moi, un écrivain a besoin d’un tel lieu un peu sacré où…<br />
-Où vous bourrez emmener fos gurgandines ! Grince la chère Gretaertkë en reprenant de la morue aux betteraves.<br />
-Si vous me consacriez un peu plus de temps ma chère, je serais moins enclin à céder aux tentations.<br />
A ce moment le ponctuel Pezzolino entre les bras chargés de journaux dont un Upshlöut-Match dont je fais la une. Ils ont mis une photo de moi pas très fameuse mais fort épique où l’on me voit titubant entre deux hommes grenouilles la tête en sang et les testicules à l’air, entrant au commissariat d’Umpingen c’était juste avant que l’un des gradés me prêtat un slip.<br />
J’enfouis le périodique sous d’autres moins tapageurs mais tout autant à ma gloire et exploitant mon avantage, ainsi que nous en avons convenu avec l’ex-pizzaiolo je demande avec quelque ingénuite et un très certain détachement :<br />
-Au fait combien en avons-nous sauvés exactement fidéle serviteur ?<br />
Il sort un bloc de garçon de café et récite :<br />
-1652 suédois, 764 norvégiens et 489 nordnmois plus 53 albanais, 27 chinois, 11 italiens et 3 français Altesse.<br />
-Trois français quand même ! Songeai-je en allumant un cigare… je mérite une seconde Médaille de Sauvetage, (les français m’ont même attribué la Médaille du Travail. Ah les braves gens !) il faudra que j’en parle au nouvel ambassadeur de France que l’on vient de toucher ce Monsieur Chtarbais de la Chtarbotière dont ce cher John Brank m’a dit le plus grand bien :<br />
-Ché fous en brie mon ami…<br />
-Plaît-il ma Poupetkë ?<br />
-Fotre cigare, Raoultkë, mon cher fous nous incommodez…<br />
Quels enquiquineurs tous ces hygiénistes nordiques! Depuis qu’ils ont interdit le tabac partout ils ont décroché le record mondial d’ulcéres de l’estomac et de cancers de l’anus.<br />
Je vais sur le balcon et ce sont des acclamations, je salue avec plaisir, je donne de ma personne sans compter mais la Reine, sans doute un peu jalouse de ma nouvelle popularité me rappelle à l’ordre :<br />
-Rendrez ché fous le demande, fous n’allez bas basser fotre chournée à saluer nos foules.<br />
Me soupçonnerait-elle de quelque arrières-pensées putschistes, taquin, je cueille mes lunettes noires dans la poche de ma veste et quitte la piéce sombre et arrière-pensif.<br />
Finalement je vais fumer mon cigare dans les toilettes des conducteurs de carrosse au sous-sol, c’est interdit partout ailleurs, ils ont même mis des alarmes et des barbelées autour des cendriers, mais eux ont conservé le droit de fumer, une tolérance dû au fait que de tradition ce sont des hongrois qui par le passé et précaution étaient castrés avant de nous être envoyés mais sont maintenant  recrutés parmi les magyars ayant eu les oreillons dans leur jeunesse. En compensation ils dépensent en cigarettes ce qu’ils n’allouent pas aux dames faute d’appétence.<br />
Pendant que je tire sur mon cigare assis sur la lunette cette idée me trotte, après tout prince consort ce ne peut-être un but dans la vie, il y a mieux à faire si je passais roi à plein temps, sans dessaisir complétement la reine s’entend et même en lui conservant tous les droits… d’une épouse légitîme, mes ennuis seraient terminés, je n’aurais plus à quémander et je ne serais plus sous la menace de lois scélérates qui du jour au lendemain pourrait me naturaliser hongrois.<br />
L’erreur c’est cette foutue démocratie représentative bourgeoise très dix-neuviéme rentier, complétement dépassée et qui ne représente rien sinon quelques intérêts subalternes mais sûrement pas ceux supérieurs du pays.<br />
Pour ces députaillons la famille royale est tout juste tolérée et encore au titre des minorités visibles.<br />
Mais le peuple lui nous aime, ne serait-ce que parce que nous les distrayons. Au vrai nous sommes un loisir pas cher nous autres « royals ». Par sujet à l’année ? Pas même le droit d’entrée dans un parc d’attractions !	Et avec nous les suppléments, adultères, fausses couches, papparazzi sont gratuits.<br />
Oui il me faut m’adresser directement au peuple, avec la démocratie directe jamais ces saligauds de parlementaires n’auraient pu faire guillotiner notre cousin Louis le seiziéme.<br />
L’instant est historique :<br />
Première résolution, décrêtai-je en tirant la chasse, je vais me munir d’un attaché de presse personnel, et je ne passerai plus par les services de relations publiques du Palais pour mon planingue.<br />
Seconde résolution décidai-je en me mouchant dans du papier toilette, je vais prendre un agent pour s’occuper de mes droits… mieux un managère, je vais professionnaliser la fonction. C’est ça ! Je m’en vais te professionnaliser la fonction !<br />
Troisiéme résolution: changer de marque de papier toilette, celui-là pue!<br />
27 Juin<br />
Muni d’une fausse barbe, d’une perruque, d’un imperméable, de lunettes noires mais beaucoup plus noires que d’habitude, d’une canne sabre télescopique je m’en vais à travers la ville incognito. J’ai pris rendez-vous avec un professionnel reconnu, français qui plus est, qui vit maintenant en notre belle ville capitale pour se reposer d’une longue et trépide carrière parisienne. Je ne me suis confié à personne j’ai regardé dans le bottin à la rubrique  « artisses managère  » et je suis tombé sur ce nom le seul de sa rubrique: Charley Bédouani. Il me parlait. Où l’avais-je rencontré ? Je me suis souvenu enfin: il m’avait été présenté lors de l’inauguration d’un festival des traditions et folklores à Upsalup, il manageait une troupe folklorique: Herk Ziffonartkë à forte teneur en grandes blondes mamelues. Une merveille, quoique leur prestation, eut été quelque peu dérangée par les dissipations de l’ourse polaire qui était sensée les accompagner dans leur chorégraphie du terroir et avait fini par s’échapper et éventrer le Groombler-solo (il joue du Groomble, une sorte de cornnemuse à double-panse et dont il sort un son qui imite quelques fois celui de souris que l’on écrase, d’autres celui d&#8217;un lavabo qui se vide ! Un bon instrumentiste peut réussir des merveilles avec cet engin qui ressemble un peu à une énorme paire de testicules (c’est étonnant comme en ce moment le sujet revient dans mes écrits, j’y vois comme un intersigne du destin.). C’est très curieux ! Pas désagréable mais au bout de six heures de Groomble on a envie de lui crever la panse, c’est dire si l’intervention de l’ourse polaire avait été pour moi plutôt une délivrance). (A-t-on remarqué que dés que je me lâche un peu la bride ma phrase se fait proustienne, un critique littéraire a écrit que quelques fois dans mes écrits l’on se croirait invité à une fondue ! J’ai pris cela pour un compliment bien sûr.)<br />
A la fin de la représentation il avait tenu à me présenter ses artistes, toutes magnifiquement douées, j’avais d’ailleurs eu une liaison avec… les choristes, il y en avait quatorze, mon record personnel est de 22, toute une ligne de caissières dans un hypermarché que j’avais inauguré en province, j’étais plus jeune alors, et la Reine moins jalouse, heureux temps.<br />
Ses bureaux se tiennent dans le Chodpitzen, le quartier chaud de Upschloüt près du Port, pas le plus sélect donc, mais plein de vie et de passage. Au septiéme étage d’un immeuble sans ascenseur dont le rez de chaussée est occupée en partie par des magasins où des dames derrière des vitrines éclairées exhibent leurs charmes, des boutiques à putes quoi dont les prestations sont remboursées par les assurances sociales selon les tarifs conventionnels en vigueur.<br />
Sans doute la vue sur le port doit-elle être particuliérement remarquable pensai-je pour m’encourager, je suis décidé à prendre les choses du bon côté.<br />
Arrivé, essoufflé, malgré ma pratique quotidienne des sports, on le serait à moins, sur le palier du septiéme étage, je respire un temps, je m’apprête à sonner quand j’entends des voix, une discussion, presqu’une dispute derrière la porte :<br />
-Ah Mauricette tu me fous bien la paix ma fille, je rentrerais quand mon avocat me dira que je risque plus rien, moi aussi je me fais chier dans ce trou pourri mais j’ai pas envie de retourner en taule ! Entre les douânes, les impôts et les trafics du beau-frère tu crois pas qu’ils vont me laisser en paix. C’est les poucettes assurés dés ma descente d’avion ouais !<br />
A l’accent, aux intonations je reconnais la gouaille d’un natif d’Algérie, quelque pied-noir babelouédien très haut en couleurs et propre à animer la grisaille de notre capitale nordique!<br />
Je toque à la porte :<br />
-Qu’est-ce que c’est encore quoi merde ?<br />
Il m’ouvre, l’homme a dans la soixantaine et quelques et il porte une perruque blonde et chevelue de travers et de grosses moustaches postiches dans les mêmes teintes, l’on pourrait croire qu’il s’est déguisé en viking fausse-blonde, ou en supporter de football.<br />
-C’est pourquoi ?<br />
-Je vous ai téléphoné, j’ai pris rendez-vous je suis monsieur Hank Dedank…<br />
-Ah ouais c’est vous l’artisse de variétés,… venez allons dans mon bureau… permettez je dis un mot à ma secrétaire…<br />
J’entends :<br />
-Mauricette merde !<br />
Son bureau tient plutôt du cagibi, il me rejoint, replie vivement la planche à repasser et balance le chat dans le vide ordures:<br />
-Vous avez un accent ? Vous êtes belge ou quelque chose comme ça ?<br />
-Je suis français.<br />
-‘pas possible, ça alors ça fait plaisir un pays et qu’est-ce que vous venez foutre dans ce pays de merde ? Ah oui vous m’avez dit de la variété. Vous tombez bien j’implante un bureau ici, j’ai décidé de m’ouvrir à l’international, en ce moment je lance un groupe de pop blonde, deux barbus blondinets et deux pétasses d’anthologie c’est de l’ukrainienne d’importation, diplômées de Mathématiques et de Physique Appliquées, je les ai eues pour rien mais sans mentir on croirait de la caissière suédoise,  ÖBBÖ ça s’appelle, vous saisissez le concept, on importe les chansons de Roumanie et les chorés de Moldavie, là-bas la main d’œuvre est bien moins chère, on a un parolier/plongeur pour 80 Brelotkën et un musicien/arrangeur/ qui sert en terrasse pour moins de cent. Ce qu’il nous faudrait ce serait d’être sélectionné pour l’Eurovision mais ça c’est magouilles et compagnie… il y a des choses que Charley Bédouani ne fait pas…<br />
J’aimerais bien savoir lesquelles ? Mais trêve de jugements moraux il me semble être l’homme de la situation: un professionnel.<br />
Je m’assois, retire barbe, perruque et lunettes :<br />
-Et ce groupe folklorique Hërk Ziffonartkë vous ne vous en occupez plus ?<br />
-J’ai eu des problêmes avec le bétail, je les ai vendus à l’export à un collégue libanais qui s’occupe de la remonte de blondes pour les émirats… mais…mais on se connaît… vous… vous êtes… oh misère !<br />
-Pas de nom je vous prie !<br />
Je lui explique dans le détail ce que j’attends de lui et il convient de la justesse de mon analyse :<br />
-Vous avez raison, il faut professionnaliser la fonction. Regardez en France le Président qui a été nommé ! Il est professionnel, dynamique lui ! Il est éclaboussant de classe !<br />
-Oui mais il tâche un peu non !<br />
-Bah ça c’est normal… quand on éclabousse on tâche toujours un peu !<br />
-Quand même je voudrais quelque chose de moins tapageur et puis j’ai besoin d’une attachée de presse qui…<br />
-Mauricette !<br />
-Plaît-il ?<br />
-Ma fem… secrétaire est une ancienne attachée de presse, elle fera très bien votre affaire.<br />
-Fort bien, convenons d’un rendez-vous… mettons le 18 en 15.<br />
-C’est  noté Mons… Monsieur Dedank. Je vous raccompagne.<br />
-Charley oublie pas de descendre les poubelles et de remonter le chat ! Crie sa secrétaire, la charmante Mauricette, ma future attachée de presse.<br />
Sur le trottoir je le quitte rasséréné, ai-je tort, l’avenir en décidera.<br />
28 Juin<br />
Hier  soir aprés la lecture qu&#8217;il avait faite à la reine, et à moi-mâme, des souvenirs assez emmêlés d&#8217;un ex-chasseur alpin savoyard fort querelleur, qu&#8217;on en juge plutôt: le bonhomme avait successivement fait la guerre aux allemands, aux français (pétainistes), aux japonais, aux indochinois, aux coréens, aux algériens et pour finir il s&#8217;était re-colletés avec les français (gaullistes cette fois) sans doute faute d&#8217;autres candidats, le cher Petcho Larigaïe m&#8217;a demandé un entretien particulier. La Reine avait apprécié la lecture, tout en écoutant elle tricote des côtes de maille pour les armures des collections du Musée Royale de Boeuren, c&#8217;est un délassement pour elle.<br />
J&#8217;opinai à la demande de ce cher Petcho et nous nous isolâmes dans mon bureau:<br />
-Voilà j&#8217;ai causé&#8230; réfléchi à votre affaire Monseigneur et les ordr&#8230; mon opinion est que vous devriez accorder une audience à l’honorable Eriktken Baxstaard ur Kingööfzethof je me suis un peu entretenu avec lui, il est dans les meilleures dispositions à votre endroit!<br />
-Êtes-vous fou mon cher Larigaïe. Kingööfzethof est de la dernières extrémitude, je ne saurais m&#8217;associer à lui non plus qu&#8217;à son mouvement le NFSN Natziunal Flankj Semultkë Nordnmarken (Flan National Populaire du Nordnmark).<br />
Il me faut préciser pour ceux qui ne sont point au fait de la politique du Royaume que Baxstaard ur Kingööfzethof surnommé Eric le Mauve (Eriktken Ôg Mövtkë) du fait de sa face souvent colorée a une vision assez extensive et somme toute désuéte du royaume, pour lui les frontières naturelles du pays devraient être la Mongolie extérieur et Majorque sous le prétexte que &#8220;nos&#8221; ancêtres les&#8230; vikings étaient d&#8217;impénitents touristes&#8230; et qu&#8217;il posséde une villa en Espagne.<br />
Baxstaard ur Kingööfzethof appartient à l&#8217;une des plus anciennes familles du Royaume, les Kingööfzethöf étaient les seigneurs du Thöf l&#8217;une des provinces les plus septentrionales du Royaume, l&#8217;un de nos grands feudataires. Son ancêtre fit allégeance au légendaire Roi Bromurtkë I° le fondateur de la l&#8217;actuelle dynastie aprés un tournoi de Petantktkë acharnée. La Petantktkë était l&#8217;un de ces âpres et physiques jeux féodaux nordiques à quoi les combattants se dépensaient quotidiennement après s&#8217;être convenablement saôulés de Pernovit (jus de crâne d&#8217;importation pressé et fermenté) ils s&#8217;affrontaient en se lançant des sortes de boulets ferrés à la figure, le premier qui parvenait à en faire pénétrer un dans l&#8217;orbite de l&#8217;adversaire avait gagné (un voyage à force de rames en drakkar en Seine Maritime tous frais pillés!), l&#8217;ancêtre d&#8217;Eric le Mauve  y gagna sur le champ le surnom de Guttfriedt le borgne  et se mit au service du roi Bromurtkë, depuis ses descendants s&#8217;étaient toujours fait tuer avec une grande assiduité et une parfaite ponctualité dans toutes les guerres qu&#8217;avaient organisées ou subi le Royaume.<br />
Ainsi que je l&#8217;ai noté plus haut leur province du Thöf est la plus nordique du Royaume, la plus arriérée aussi, il faut dire que ces braves gens ne voient du fait de la  latitude où ils se trouvent le jour qu&#8217;une heure par jour les mois d&#8217;été, un quart d&#8217;heure l&#8217;hiver et pas du tout les années bissextiles.<br />
Il y fait si froid que le château seigneurial des Kingoöfzethöf est une sorte d’igloo en glace de 345 chambres qu’il faut rebâtir chaque hiver car il fond à peu prés complètement à l’été à la fonte des neiges, le plus soufflant c&#8217;est qu&#8217;ils le  rebâtissent au complet chaque année depuis cinq siècles au moins.<br />
Descendant d&#8217;une race aussi offensive, ce qu&#8217;il faut bien appeler la décadence du royaume l&#8217;a conduit aux pires extrémitudes de pensée et d&#8217;action, l&#8217;on ne compte plus les bureaux de planning familial incendiés par ses soins ou ceux de ses affidés du NFSN, les présentateurs tévés empalés et les féministes violentées. Homophobe, raciste, intolérant, discriminateur fanatique, centristophage, guerrier, patriote, machiste et fier de l&#8217;être il est l&#8217;épouvantail planté au milieu de ce parlement de chapons, de ce parquet de volailles. De temps en temps il se présente même en armure et masse d&#8217;armes aux séances délibératives et défenestrent au hasard l&#8217;un de ses collégues parlementaires trop centropathes ou social-démocratogêne pour son goût.<br />
Il a été jugé plusieurs fois pour de tels faits, emprisonné, il en est toujours ressorti au meilleur de sa forme et plus décidé encore.<br />
Nos tribunaux le condamnent, nos  élîtes le condamnent, nos journalistes le condamnent et notre peuple le plébiscite.<br />
Quoiqu&#8217;on en juge nos populations sont vikings et je ne pense pas qu&#8217;elle aient gagné quoique que ce soit à la civilisation industrielle dans l&#8217;ordre des qualités humaines, ils étaient courageux jusqu&#8217;à la folie, ils sont consentants jusqu&#8217;à la mort. Ils croyaient à des Dieux pragmatiques et légendaires, frères d&#8217;armes dans leurs conquêtes, on leur demande de rester parqués toute leur existence entre bureau, place de parking et logement HLM et de croire à des légendes télévisuelles sans dieux ni volonté. Comment ne point se rebeller<br />
Son parti, très populaire dans le Thöf  est représenté au Parlement par leur chef unique&#8230; et solitaire, ces messieurs du gouvernement ayant décidé iniquement de restreindre la représentation parlementaire de la province à un unique siége de  député qu’il reconquiert à chaque annulation administrative du scrutin.<br />
Malgré quoi le Nordnmark est un pays authentiquement démocratique comparées aux foutrocraties européennes où quelques personnes décident démocratiquement de ce que toutes les autres doivent penser et il ne viendrait à l&#8217;idée de quiconque ici de lui interdire la parole et le débat.<br />
Et puis il exsude de sa personnalité pétaradante et fuliginante un traumatisme collectif enfoui mais profond quant à la destinée du Royaume, nous sômmes au même tître que l&#8217;Autriche ou la Turquie un ex-empire réduit à presque rien, l&#8217;on pourrait penser que nous fûmes soudain abandonné par la Providence, autrefois puissant, fédérateur de toutes les peuplades vikings, étendu, le plus étendu des contrées septentrionales, le pays a perdu les quatre-cinquiéme de son territoire à l&#8217;avant-siécle dernier, entre les guerres napoléoniennes et les émancipations successives de nos provinces muées en voisins morgueux, nous avons été quittés par à peu prés tout le monde, funeste destin, il ne nous est plus demeuré que ce rataillon, ce bout de couenne qui flotte dans un brouet de liberté sexuelles, morales, sociales, individuelles, de toutes les fausses libertés et vrais égoïsmes dans quoi tombe une nation lorsque elle n&#8217;aspire plus à être une puissance.<br />
Et pour clôturer le triste inventaire avant une quasi liquidation, notre voisin allemand nous avait confisqué une province entière après une guerre malheureuse imprudemment déclarée au saut du lit par le Roi Berthild XXII dit Berthild Ôg Pritentiardtkë (Berthild le Présomptueux) dans les manuels scolaires et  selon le jugement populaire Hert Kondj Berthild soit &#8220;ce couillon de Berthild&#8221;.<br />
Depuis le pacifisme régne sur les âmes plus encore que la Reine.<br />
Je réfléchis un court instant, je l&#8217;ai dit, ce Petcho Larigaïe m&#8217;a toujours été de bon conseil:<br />
-Eh bien soit j&#8217;y consens, organisez mon cher une entrevue mais discréte, précisément et exactement discrète&#8230; mettons sous quinzaine&#8230; mais pas le 17 j&#8217;ai revue navale.<br />
J&#8217;adore les revues militaires et lui-même les prise beaucoup mais dans ce pays neutre et pacifique, inhibé quoi c&#8217;est presque un blasphême d&#8217;en organiser, mais là ils ont fait une exception c&#8217;est le tri-centenaire de je ne sais plus quoi, une victoire navale sur les français sans doute et puis je compte bien placer à l&#8217;occasion le porte-avions de ce cher John Brank à la Reine: une revue navale sans porte-avions c&#8217;est petit.<br />
30 Juin<br />
Je suis dans la sidération la plus compléte, ma Klopilde, ma douce, ma virginale et candide, ma luminescente Klopilde, qui poursuit des études de Coiffure Internationale à la Puff and Surf University of Florida&#8217;s Bitch s&#8217;est mariée ce matin à Las Vegas avec un plombier polonais rencontré dans les toilettes de l&#8217;aéroport international de Vancouver où semble-t-il elle était en transit et lui en mission.<br />
C&#8217;est l&#8217;agence de presse du Royaume, l&#8217;Agence Fröders qui l&#8217;annonce.<br />
Sa mère est effondré, ses frères sont effondrés, je suis moi-même debout mais largement fissuré dans mes certitudes. On l&#8217;imaginera sans peine.<br />
Que d&#8217;interrogations m&#8217;agitent: mais pourquoi aller si loin pour ça ? Des plombiers polonais il y en a partout en Europe, non ? Il me semble enfin oui.<br />
Et que faisait-elle dans les toilettes de l&#8217;aéroport de Vancouver?<br />
Et pourquoi Las Vegas pour une union ? Quand nous avons ici un certain nombre de cathédrales certes protestantes mais en parfait état de marche, lors de la prétendue Réfôrme les églises catholiques du Royaume ayant été rasées, ruinées ou laissées à l&#8217;abandon, sans doute par esprit de tolérance, mais malgré tout il eut été tellement plus agréable que les épousailles se fissent en famille et en même temps avec une certaine pompe (&#8230; mais de préférence sans le plombier!), d&#8217;autant que je me serais arrangé pour que le Père Fulmance Des Emplettes leur refile une petite bénédiction au passage  Et puis&#8230; et puis que je sache la douce enfant ne parle point le polonais.<br />
La famille est réunie dans la salle du Breakfast de nos appartements privés du Palais et nous attendons, fébrilement les nouvelles, elles arrivent hélas portées par Urinald fun Froeboeun comme autant de coups de canons démantelant la forteresse austère et que nous croyions inexpugnables de nos principes:<br />
-Ce p&#8230; de s&#8230; d&#8217;o&#8230;. de Polak est divorcé trois fois et il a sept mômes! Ce Monsieur Lopeck Zglissenski, c&#8217;est un nom parlant, a fait de la prison en Turquie pour trafic de blondes (Dieu merci Klopilde est auburn!) et en Polakie pour proxénétisme aggravé. M&#8217;écrié-je sans me départir totalement de la maîtrise de mes nerfs.<br />
-Oui ze monsieur nous semble être un driste individu en férité! Conclus Gretaertkë en  se resservant du thé.<br />
-Mummy je crains qu&#8217;il ne nous faille déshériter cette pauvre Klopilde et la retirer de la liste de succession au trône. Propose Koonrardt désespérant de calme dans son uniforme, et tout en beurrant sur les deux faces et les côtés (c&#8217;est un perfectionniste!) sa biscotte.<br />
Ce qu&#8217;il peut être agaçant ce môme parfois!<br />
-Tu vas te taire petit Koon! Explosai-je.<br />
-Je vous rappelle Monsieur le Prince consort que vous vous adressez au futur et prochain souverain de Nordnmark.<br />
-Bas zi prochain que zélà mon fils! Rectifie la reine en lui allongeant une baffe qui propulse sa biscotte beurrée sur le plastron de son bel uniforme.<br />
Il faut reconnaître à ma Poupetkë un don quasi surnaturel, elle a toujours eu une trés bonne droite, pour apaiser les conflits et corriger les insolents.<br />
-Vous énervez pas boyz&#8217;d'girlz, intervient mon brave Uürtikrn en slurpant plus que nécessaire son chocolat et en dévisageant son smartphone, quand elle en aura marre la Klo-Klo elle divorcera de son vieux et personne en parlera plus!<br />
-Dois-je vous rappeler monsieur le Prince héritier en second que notre soeur est troisiéme dans l&#8217;ordre de succession et que s&#8217;il nous advenait quelque adversité, elle aurait à régner sur notre Royaume. J&#8217;imagine mal un plombier polonais en Prince consort, il est vrai qu&#8217;il ait des précédents qui peuvent autoriser toutes les audaces et&#8230;<br />
Avant même que cette petite peste de Koonrardt eut terminé sa phrase qui s&#8217;annonçait comme possiblement désobligeante à mon endroit ma Poupetkë lui en a retourné une seconde qui envoie la biscotte qu&#8217;il beurrait sur le col de son uniforme.<br />
Il se léve toujours maître de lui et glacial mais avec de meilleures couleurs aux joues, des biscottes beurrées plein son uniforme et une trés chouette casquette dorée sur le chef.<br />
Il a de l&#8217;allure le fiston, il tient de son père.<br />
-Majesté je demande la permission de me retirer dans ma  caserne !<br />
-Ta caserne? M&#8217;interrogeai-je de vive voix.<br />
-Notre fils vait son zervice militaire mon ami. Me renseigne la reine.<br />
J&#8217;avais complétement oublié, c&#8217;est pour ça qu&#8217;il est en uniforme, il faut dire aussi qu&#8217;il est plus souvent au Palais qu&#8217;à sa caserne.<br />
-Tu ne sers pas dans la Marine au moins fiston ? Lui demandai-je un peu inquiet en lui tapotant paternellement l&#8217;épaule.<br />
-Non dans l&#8217;armée de l&#8217;air.<br />
-Ah je préfére. (Il faut dire que jusque là je ne leur ai jamais vendu de zincs). Allez amuse-toi bien petit Koon. (C&#8217;est son diminutif familial) Lui dis-je en l&#8217;embrassant sur le seuil du couloir, je l&#8217;accompagne du regard jusque dans les escaliers quand soudain retentit derrière moi un voix familière, oh tellement familière!<br />
-Alors grolartkë tu as des nouvelles de la petite? Toi tu as encore pris du bide !<br />
Cette voix tintammarante et boulevardière c&#8217;est celle de son altesse royale la Princesse Birgitkë de Nordnmark, pour les intîmes (et ils sont nombreux!) et le bon peuple Prinzipin Gui-Guitkte, la soeur jumelle de la Reine, née seconde elle n&#8217;eut pas droit au trône. Au naturel: une nature!  Elle a longtemps défrayé la chronique du gotha par ses frasques et fait la une des journaux à scandales et autres pipolades, aujourd&#8217;hui elle est un peu comment dire? &#8220;rangée des voitures.&#8221;<br />
Je dois reconnaître que quand je suis arrivé à la cour, elle m&#8217;a  fait bon accueil quand tous les autres me montraient triste figure, très bon accueil même puisqu&#8217;à l&#8217;époque les deux soeurs cultivaient une ressemblance parfaite même vestimentaire et qu&#8217;en toute innocence je l&#8217;ai honoré de mes hommages vespéraux quelques soirs où je m&#8217;égarais dans les couloirs de ce palais trop vaste. Elle s&#8217;en amusait, la mutine,  avant de se faire  reconnaître en riant:<br />
-Moi j&#8217;aime ça les français ! Gouaille-t-elle depuis à chacune de nos rencontres, en français dans le texte et en me pinçant les génitoires, c&#8217;est très douloureux et plutôt attentatoire à ma dignité, ornement naturelle des devoirs de ma charge, bien heureusement elle vit presqu&#8217;à demeure à Saint&#8230; Prothez, c&#8217;est près de Maubeuge. Toute une histoire: elle s&#8217;était trompée de station, elle avait confondu avec Saint Trop&#8217;, elle y avait a fait construire sur place une magnifique villa. Et puis les gens de Saint Proth&#8217; étaient &#8220;sympas&#8221; elle y est restée: &#8220;de toutes les façons Saint-Trop&#8217; c&#8217;est pas encore assez pour moi!&#8221;. Elle y a gagné une pointe d&#8217;accent et nous un peu de repos:<br />
-Bonjour tout le monde! Eh ben vous en faîtes une gueule! Bon elle a épousé un plombier polak &#8216;pas de quoi en faire une maladie! Au moins en cas de révolution  il aura toujours un métier lui! C&#8217;est pas comme mon bon à rien de beau-frère français!&#8230;<br />
Elle plaisante bien sûr, mais cela reste rude à entendre, d&#8217;autant que ma carrière d&#8217;auteur et d&#8217;écrivain est déjà fort heureusement engagée et puis j&#8217;ai mes vignobles de Chateau Bonpéze, je suis aussi viticulteur mais de cela j&#8217;espère pouvoir en parler plus loin tant l&#8217;amour de la terre me tient, je les pilote à distance certes, mais c&#8217;est du travail, ne serait-ce que de mettre en marche l&#8217;ordinateur avec quoi je communique tous les matins de preste et vive voix avec mes gens qui vivent à demeure sur la propriété. J&#8217;en surveille la bonne marche, regarde la météo, décide de la dâte des vendanges avec mon chef de chais, ni trop tôt ni trop tard, l&#8217;an dernier j&#8217;ai choisi le 23 Juin, humblement je le reconnais le millésîme a de l&#8217;apreté mais point tout le corps nécessaire, c&#8217;est un métier en même temps qu&#8217;un art.<br />
-Moi j&#8217;aime ça les français ! Regouaille-t-elle en re-français dans le re-texte et en me re-pinçant les re-testicules.<br />
-Ouaaaaillle! Balbutiai-je, ce qui n&#8217;est pas dans mes habitudes mais là elle m&#8217;a eu par surprise.<br />
-D&#8217;ailleurs c&#8217;est très bon tout ça, ça fait de la pub pour le royaume et puis tu te souviens de ce que répétait notre père:&#8221;Mes filles surtout aèrez notre dynastie, ça pue le renfermé là-dedans, mariez-vous loin de vos cousins!&#8221;<br />
Pour sa part elle exauça parfaitement la recommandation paternelle puisqu&#8217; à ce jour elle s&#8217;est mariée six fois dont deux avec le même personnage un play-boy hindou &#8230; et bégue: Bobby Rawanalbajpout:<br />
-Sans compter qu&#8217;ils ne sont vraiment pas chers les natifs d&#8217;europe centrale! Moi je ne prends plus que des gigolis slovaques, vrai on les a pour rien et quel travail ils vous font, il faudra que je vous présente  Slobomar!<br />
-Rien né bresse ma zoeur. Lui dit la reine en se levant pour rejoindre Fun Froeboeun et commencer sa journée comme tous les jours. Il est neuf heures et quart. Elle se dirige vers la pointeuse qu&#8217;elle a faite installée à grands frais à l&#8217;entrée de la salle du trône par souci de transparence démocratique:<br />
-Kling!Plonk!Tchaac!<br />
Et elle plante dans l&#8217;unique case du tableau sa fîche.<br />
Cela ne plaît pas trop à tante Gui-Guittkë la démocratie appliquée et arachnéenne.<br />
-Toujours aussi bêcheuse et ramenarde celle-là! C&#8217;est pas tout d&#8217;être reine il faut encore être aimable! Quand je pense que j&#8217;ai raté le poste à dix minutes prés! Enfin c&#8217;est des obligations d&#8217;un autre côté&#8230; et des emmerdes. A propos les enfants je vous invite pour les vacances scolaires dans ma nouvelle villa, j&#8217;ai fait construire  dans une station branchée très courue: Cibiza!<br />
-Tu veux dire Ibiza Tantine, en Espagne?<br />
-Non, non Cibiza et c&#8217;est en Roumanie, une ville minière je crois.<br />
La pauvre fille s&#8217;est encore trompée de villégiature!<br />
-Regarde tantine ils ont sorti une nouvelle sextape de toi sur Internet! S&#8217;écrie le cher Uürtikrn en brandissant son portable.<br />
Elle regarde la chose:<br />
-C&#8217;est un vieux truc ça! Ma seconde nuit de nôces avec Rawal: j&#8217;avais gardé un tel souvenir de notre nuit de nôces inaugurale que j&#8217;ai voulu y goûter encore une fois! Ah mes enfants en cinq ans il avait beaucoup baissé! Il était devenu tout mou du bas! Va mon neveu ça vaut pas une branlette! Je t&#8217;enverrais plutôt les essais que j&#8217;ai fait dans mon jeune temps en Suéde pour une série documentaire d&#8217;éducation sexuelle. C&#8217;est dommage c&#8217;est jamais passé à la télé pourtant j&#8217;étais très bien là-dedans et il y avait plein de trucs astucieux et de conseils de bonne femme. Bon je vous quitte j&#8217;ai garé mon vélo en double-file et les flics d&#8217;ici sont tellement chinois!<br />
-Ils font leur travail. Assénai-je doctement pour l&#8217;édification de tous et de chacun.<br />
-A propos de travail ne te surménes pas trop toi grand conktë!<br />
Elle m&#8217;agace, celle-là aussi, autant que l&#8217;autre, sa jumelle régnante, c&#8217;est fou ce qu&#8217;elles m&#8217;agacent toutes!<br />
-Ah j&#8217;oubliais Môm a terminé sa cure de désintoxication, elle devrait passer vous voir, allez ciao tutti!<br />
 Môm c&#8217;est la reine-mère Petardtkë de Nordnmark, une vieille barcasse octogênante, calfatée de partout, grande buveuse depuis son veuvage, dire si elle a acquis quelque expérience et tout à fait impossible à vivre!<br />
-Bon c&#8217;est pas tout ça moi il faut que je fasse ma valise, demain j&#8217;ai visite officielle! Annonçai-je en m&#8217;éloignant.<br />
C&#8217;est la vérité la plus pure je pars en représentation dans nos anciennes colonies et je bénis la coincidence qui m&#8217;évitera le voisinage avec le vieux tromblon.<br />
1° Juillet<br />
Ah les voyages forment la jeunesse, les voyages officiels forment la maturité officielle, surtout pendant les mois d&#8217;été cela a son charme, ne le boudons pas, nous partons (moi seul mais en majesté) la Reine, je crois, un peu jalouse de ma nouvelle popularité a choisi de m&#8217;éloigner quelque temps de son peuple, sans doute sur le conseil de ce saligaud d&#8217;Urinald fun Froeboeun.<br />
Elle m&#8217;a donc demandé de la représenter lors des cérémonies commémorant la découverte des Iles Futrak, qui sont de nos anciennes colonies du Pacifique, par Hertrude Hertrudutkë l&#8217;un de nos plus fieffés navigateurs qui en y arrivant aprés dix-huit mois de navigation pensait avoir enfin découvert là les Baléares où il voulait faire bâtir en prévision de sa retraite de navigateur. Il est à noter (entre parenthéses) que les indiens Futraks les avaient découvertes bien avant tout le monde leurs fameuses îles puisqu&#8217;ils vivaient dessus depuis des temps au moins immémoriaux, mais là ça ne comptait pas en droit international.<br />
Hertrude Hertrudutkë pacifia la côte installa trés vite une supérette et un camp de nudistes, un temple et rembarqua aussi vite effrayé par les indiens cannibales très en colère qui venait de goûter au salamis Nordmois et gueulaient qu&#8217;on cherchait à les empoisonner.<br />
Une deuxiéme expédition mieux armée pacifia les esprits.<br />
L&#8217;on évangélisa les indiens qui devinrent austères et pacifiques, abandonnèrent leurs étuis péniens pour des slips zingués et leurs rituels païens contre des bibles et une assistance obligatoire au prêche.<br />
Bref l&#8217;on commença à s&#8217;emmerder ferme dans les îles Futraks maintenant boutonnées sévére et celà dura ainsi  jusqu&#8217;à l&#8217;indépendance.<br />
L&#8217;indépendance proclâmée un Premier Mai, fut d&#8217;office chômée comme à peu prés tous les autres jours de l&#8217;année à partir de cette dâte et fut le prétexte à force tripailles, étripailles et fiançailles sauvages.<br />
Aprés bien des errements, au gré des obédiences et des doctrines de ses successifs dictateurs, elles se réveillèrent un jour marxistes, le lendemain maoïstes, puis khadaffistes (une rareté philatélique!) et encore socialistes, la piste était en vue, enfin la bourgeoisie combinardo-révolutionnaire vieillie et l&#8217;appareil du Parti unique assagi, bref tout ce petit monde atterrit et se convertit en bout de piste au marché obligataire et au libéralisme interventionniste social  de marché comme tout le monde.<br />
Depuis les Iles Futraks se sont enfin accomplies dans une vocation à leur pointure: elles sont devenues un paradis fiscal ouvert à toutes les audaces et improvisations financières où l&#8217;on peut monter n&#8217;importe quelle société en 13 minutes et un holding fiscal avec 150 US Bananas (la monnaie du cru, ils ont abandonné notre Brelotquë Pacifique pour intégrer la zone dollar).<br />
Comme je le sais fort friand de ce genre de festivités et très décoratif lors des commémorations et activités officielles diverses, j&#8217;ai convié outre mon directeur de conscience le révérend père Fulmance des Emplettes,  notre cher Sir John Brank à m&#8217;accompagner, il a répondu d&#8217;autant plus favorablement à mon invitation que sur l&#8217;instigation de sa chère Calina toujours en voyage de noces crapuleux toutes ses cartes bancaires et moyens de paiement lui ont été retirés et qu&#8217;il se retrouve démuni de tout, ce qui le place dans la plus inconfortable situation pour un diplômate en poste à l&#8217;étranger.<br />
Il ne nourrit plus ses invités lors des réceptions officielles que de harengs pommes à l&#8217;huile et l&#8217;on commence à jaser dans la capitale sur son compte (cloturé!) et un possible rappel de Londres.<br />
Allons nous sommes bien décidés avec quelques uns de ses amis fidéles à le tirer de ce mauvais pas.<br />
Mais justement le voilà qui arrive&#8230; à vélo. Mais je ne pense pas que c&#8217;est cette fois encore qu&#8217;il gagnera une étape de plaine ni même de port car une douzaine de noirs très solides le dépassent sur la ligne d&#8217;arrivée qui se trouve être en l&#8217;espèce mes chaussures.<br />
-Ah Majesté&#8230; Puuf! Puuf! Je crois que vous connaissez N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu le grand leader historique tsilongais Puuf: Puuuf! je l&#8217;ai prié de m&#8217;accompagner, ainsi que quelques uns de ses ministres, si vous n&#8217;y voyez pas d&#8217;inconvénients?<br />
-Ma foi j&#8217;en vois quelques uns, mon cher.<br />
Il se rapproche de moi le pauvre garçon et me murmure tout bas:<br />
-Il m&#8217;a confié son livret de caisse d&#8217;épargne et le budget de l&#8217;Education Nationale et en ce moment je ne peux rien lui refuser, si vous consentiez à ce qu&#8217;ils nous accompagnassent, cher Tétesse&#8230; pour me dépanner, il a été très chic, cela fait des années que je lui promets un voyage officiel.<br />
Un voyage officiel clandestin dans le voyage officiel officiel! Tout un programme!<br />
Vrai il commence à m&#8217;énerver avec son élevage de tsilongais.<br />
-Eh bien soit, embarquons&#8230; embarquons!<br />
Nous embarquons donc à bord du contre-torpilleur Ingmör Bergmön ((1911-1975) Humoriste pétomane et pacifiste notoire).<br />
Eh oui que voulez-vous dans ce foutu pays l&#8217;on donne des noms de clown pacifiste à des batîments de guerre.<br />
L&#8217;amiral Shipsthern-Balhsen  m&#8217;accueille à son bord. Je recompte les étoiles sur sa manche, pas de doute il en a au moins deux de plus que moi.<br />
Il est pourtant encore jeune le saligaud. L&#8217;humiliation continue.<br />
J&#8217;ai pour objectif premier de faire rayonner l&#8217;élégance et le prestige français ainsi que d&#8217;illustrer au mieux la permanence du souvenir Nordmois en ces contrées lointaines mais mon objectif second est de faire un détour par Miami et d&#8217;y retrouver en toute discrétion ma douce Klopilde maintenant Madame Zglissenska (ce qui au féminin polonais ne veut plus rien dire, on l&#8217;aura remarqué!) qui aprés ses nôces supersoniques y a repris le cours de ses études supérieures.<br />
Elle a certes promis à la Reine de venir nous retrouver dés la fin du trimestre universitaire mais je compte bien être le premier à la rencontrer dés avant sinon à la féliciter. Elle a quand même quelques explications à nous fournir la tendre enfant, je veux bien être poire mais il y a des limites!<br />
5 Juillet<br />
Je ne cacherais pas que les premiers jours passés à bord me furent pénibles. Incroyable ce que cela peut tanguer un contre-torpilleur, il est vrai que celui-ci n&#8217;est pas de la première jeunesse, tiens c&#8217;est à noter cela, j&#8217;en toucherais deux mots à Sir John Brank: le possible remplacement du sus-dit navire par un plus nouveau, au moins mieux récent&#8230; et plus stable.<br />
Est-ce le soudain dépaysement, les ennuis familiaux, bref j&#8217;ai été malade à n&#8217;en plus pouvoir, je me flatte pourtant d&#8217;avoir toujours eu l&#8217;âme et le pied marins, allez savoir.<br />
Et cet imbécile de Pezzolino qui s&#8217;engouffre de renouvelées pizzas à longueurs de journée et presque sous mon nez.<br />
J&#8217;aimerais d&#8217;ailleurs bien savoir comment il se les fait livrer à bord.<br />
Nous quittons bien heureusement la Baltique par une porte dérobée et enfourchons gaillardement l&#8217;Atlantique, après c&#8217;est longtemps tout droit:<br />
-Mais il ne faut pas rater la sortie! Me dit cet imbécile d&#8217;Amiral alors que je me renseignais auprès de lui sur la route que nous aurons à suivre.<br />
Le cher Sir John Brank passe une grande partie de son temps avec la délégation tsilongaise, le leader perpétuel N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu se plaignant d&#8217;être chaque jour de corvée de pluches pendant son voyage officiel.<br />
Et quoi il a bien fallu leur trouver une occupation, rien de plus dangereux qu&#8217;un leader révolutionnaire à qui l&#8217;on n&#8217;occupe pas les mains, alors j&#8217;ai donné des ordres pour qu&#8217;on le mette lui et ses ministres à la cuisine et aux tâches ménagères du bord .<br />
Je retrouve quelque accalmie hépatico-stomacale sur l&#8217;Atlantique jusqu&#8217;à ce que ce cher Sir John Brank vienne me trouver fort alarmé:<br />
-N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu s&#8217;étonne que les couleurs Tsilongaises ne soient pas hissées en haut de mat prés du drapeau Nordmois?<br />
-Et quoi encore?<br />
-C&#8217;est qu&#8217;il est votre hôte et toujours chef d&#8217;état selon les usages internationaux qui n&#8217;ont rien prévu en cas de submersibilité du sus-dit état, d&#8217;autant qu&#8217;il demeure toujours un ilôt émergé de trois pieds carrés.<br />
-Et bien qu&#8217;il aille donc y vivre sur ses trois pieds carrés, si nous passons devant je l&#8217;y ferais déposer avec toute sa troupe! Enfin cette farce va-t-elle bientôt finir mon cher ambassadeur?<br />
-C&#8217;est qu&#8217;il menace d&#8217;appeler en phonie la Caisse d&#8217;Epargne d&#8217;Upsalüp&#8230; s&#8217;il découvre que le compte est vidé&#8230;<br />
Je le sens ému et pour émouvoir un britannique de carrière il faut un peu plus qu&#8217;un krach boursier ou un sacrifice de belle-mère.<br />
-Et bien soit nous ferons hisser votre torchon nous dirons que c&#8217;est là mon nouveau pavillon personnel.<br />
-Ah merci Tétesse&#8230; véritablement merci, vous m&#8217;êtes merveilleusement amical, c&#8217;est d&#8217;un brave comme l’on dit chez nous: ce n’est pas le valseur de la crêmière qui fait tourner le beurre du locataire!&#8230; oui enfin la traduction vaut ce qu’elle vaut mais l’idée y est: pleinement merci !<br />
Je demeure accoudé au bastingage, réconforté par ce bel élan et dévisageant l&#8217;Atlantique, c&#8217;est vaste il n&#8217;y a pas à dire.<br />
Je suis en pleine évocation intérieure, invocation poético-philosophique lorsque, levant le nez sur les mouettes, surgit devant mes yeux le drapeau tsilongais que l&#8217;équipage est en train de hisser. Je fais appeler le baronnet qui surveille l&#8217;opération prés de la délégation Tsilongaise au bord du ravissement.<br />
-Ah vous voilà! Dîtes-moi cher Brank ne dirait-on pas&#8230; enfin une paire de&#8230;<br />
-Mais c&#8217;en sont Altesse, adroitement stylisées: une paire de testiculous de bélier avec un membre turgide au milieu: symbôle de force et de virilité du peuple tsilongais agrémenté d&#8217;une faucille et d&#8217;un pezburn, c&#8217;est un outil agricole, je ne saurais en traduire l&#8217;utilité, pour marquer son attachement prolétarien à la cause des peuples, au centralisme démocratique, à l&#8217;agriculture  administrée et à tout ce genre de choses, l&#8217;ensemble sur un très joli fond rouge sanglant et&#8230;<br />
-Et c&#8217;est ce&#8230; cette saloperie bolchévico-rurale que vous m&#8217;avez faite accrochée&#8230; cet ignominie qui voisine avec nos trois couleurs sacrées&#8230; bleue, bleue, bleue&#8230; ah non là mon cher&#8230; non là vraiment&#8230;<br />
-Ne vous tourmentez pas outre mesure cher Tétesse. Dés que nous entrerons dans un port nous les masquerons aisément, j&#8217;ai l&#8217;habitude vous imaginez bien dans la diplomatie, il faut savoir mettre ses couleurs dans la poche, in ze pocket of ze queen&#8217;s trousers comme disait mon oncle dans le jardin de ma tante, ce ne sont là qu&#8217;enfantillages de peuplades primitives, regardez plutôt comme ils sont contents, ah je ne vous remercierai jamais assez Altesse de&#8230;<br />
Je n&#8217;entends plus rien de ce qu&#8217;il me dit, un vacarme infernal occupant l&#8217;air, je regarde sur le pont en dessous, ces p&#8230; de nég&#8230; les tsilongais s&#8217;agitent avec frénésie en tapant sur des bidons d&#8217;huile et en vociférant.<br />
Ce pauvre Brank ravi me gueule à l&#8217;oreille:<br />
-C&#8217;est leur hymne national et révolutionnaire: la Marche à l&#8217;aise et je me permets de vous faire remarquer chére Tétesse qu&#8217;ils la chantent toute entiérement en français pour en marquer unimement le caractère fougueusement révolutionnaire.<br />
Peuple attachant que ces tsilongais&#8230; ne puis-je m&#8217;empêcher de penser ému en me raidisssant au passage de leur hymne francophone.<br />
7 Juillet<br />
Deux jours de calme ou à peu prés, comme tous les jours après le repas je vais agréablement le vomir sur la passerelle, l&#8217;Atlantique cela bouge quand même, mes aptitudes amphibies semblent m&#8217;avoir complétement abandonné, je ne comprends pas.<br />
Quelqu&#8217;un se met à crier en dessous alors que je reléve la tête, soulagé d&#8217;un grand poids:<br />
-Ma Vafanculo stronzo! Figlio di puta!<br />
Je reconnais la voix de cet imbécile de Pezzolino, il était en train de manger son énième pizza sur un transat et il semble peu apprécier le nappage que je viens de lui livrer sans supplément.<br />
Je regarde les matelots s&#8217;affairer, les uns lavent le pont, les autres font des travaux de couture, parfont leur bronzage où se consacrent à leurs tricôts, drôles de guerriers, il est vrai que le pacifisme niais dans quoi ils baignent depuis l&#8217;enfance ne les prédisposent certes pas aux grandeurs et servitudes militaires, au beau métier de soldat.<br />
D&#8217;autant que la ministreuse de La Défense (mais rien de plus!) a fait repeindre en rose tous les batîments de la flotte y compris les sous-marins maintenant déguisés en suppositoires flashy.<br />
J&#8217;en suis là de mes réflexions peu aménes quant à l&#8217;évolution du monde quand tombent sur les ponts une demi-douzaine d&#8217;hommes-grenouilles!<br />
Ah non là je n&#8217;ai rien fait pourtant! Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il se passe encore?<br />
Les marins du bord lévent les mains en l&#8217;air, un réflexe pourtant à proscrire dans le corps de troupe car il devient vite une habitude néfaste et nuisible au moral des hommes.<br />
L&#8217;Amiral arrive pareillement érigé avec son état-major au complet quand le chef de nos assaillants aéroportés qui brandit un sabre retrousse sa capuche d&#8217;homme grenouille et apparaît alors le visage rubicond de Eriktkën le Mauve, à ses côtés tout aussi hilare le cher Petcho Larigaïe.<br />
Je fais signe à tous de baisser les bras, c&#8217;est vrai c&#8217;en devient déprimant et j&#8217;emmène mes batraciens dans l&#8217;arrière-pont.<br />
-Voilà Monseigneur vous m&#8217;aviez demandé d&#8217;organiser une rencontre avec le Baron Kingööfzethöf, c&#8217;est fait.<br />
-Fort bien et je vous en remercie mon cher ami mais ne vous avais-je point mentionné la discrétion comme condition dirimante.<br />
-Dirimante? C&#8217;est grave? Va falloir que j&#8217;en re-référe&#8230;<br />
-Brisons-là mon cher ami et laissez-moi en tête à tête avec le baron, je vous prie.<br />
Eriktkën le Mauve est encore tout rutilant de son exploit aéroporté dont je le félicite sobrement:<br />
-Monseigneur est connaisseur, je le sais.<br />
-J&#8217;ai fait mon temps à Saumur&#8230;<br />
-EXXcellent!<br />
Je ne lui dis pas que j&#8217;y avais été versé  dans les troupes à pied et plus précisément dans le service auxiliaire à la suite d&#8217;une cabale aprés que j&#8217;eusse nourri la monture d&#8217;un chef d&#8217;escadron avec une luzerne fermentée qui fit gonfler la pauvre bête jusqu&#8217;à son éclatement final, vrai il y en avait partout. C&#8217;était un animal de prix avec quoi il devait concourir aux jeux olympiques dans les épreuves montées de saut d&#8217;obstacles, le pauvre garçon, démonté, n&#8217;eut plus que la ressource de s&#8217;inscrire dans les épreuves à pied où il ne brilla point.<br />
-&#8230; puis dans les troupes de marine à Castres.<br />
-EXXcellent! EXXcellent !<br />
Bien que marsouin je ne vis jamais la mer! Consigné aux quartiers par un commandant de compagnie parachutiste qui se scandalisa lors de notre première sortie du fait que je sautasse en pyjama de soie, c&#8217;était pourtant un exercice de nuit.<br />
Aprés quoi je demandais à monsieur mon père d&#8217;intervenir dans le cours de ma carrière militaire à fins d&#8217;obtenir une affectation plus en rapport avec mes compétences et c&#8217;est ainsi que je me retrouvais au tître de la coopération à Gstaad où je participais à l&#8217;implantation de nouvelles remontées mécaniques, expérience très enrichissante, humainement parlant car elle me permit de me rapprôcher des populations laborieuses helvétes et de faire des orgies de fendant, de fondues et de fondeuses.<br />
-Malheureusement ce que je vois ici n&#8217;est guère encourageant!<br />
Je lui désignais du geste non la vastitude de l&#8217;océan mais notre contre-torpilleur rose bonbon.<br />
-Certes! Certes! Quelle honte!<br />
-Jusque où tomberons-nous? Vous êtes parlementaire vous mâme?<br />
-Je ne m&#8217;en vante pas Monseigneur!<br />
-Malgré tout vous êtes une voix, cher baron, et l&#8217;on vous entend, et l&#8217;on vous écoute!<br />
-Certes; certes mais l&#8217;on m&#8217;inculpe plus souvent que l&#8217;on ne m&#8217;écoute Monseigneur.<br />
-C&#8217;est signe que l&#8217;on vous craint et que votre parole porte!<br />
-Dans les prêtoires&#8230;<br />
Je l&#8217;espérais plus saignant le viking.<br />
-Quand même lorsque je découvre les projets de loi que vos collégues se proposent de mettre aux voix&#8230; dernièrement encore ces assurances que l&#8217;on voudrait prendre sur ma personne sous le prétexte de ne point avoir à dépenser dans un futur improbable l&#8217;argent des contribuables pour l’entretien d’une toute aussi improbable descendance adultérine &#8230;<br />
-Mais ils s&#8217;en foutent bien Monseigneur, ils ne veulent que vous&#8230; vous diminuer!<br />
-C&#8217;est le mot que je cherchais! Ne serait-il possible pour une fois de leur rendre la pareille et tout en conservant l&#8217;esprit de salubrité publique de cette proposition de l&#8217;orienter vers d&#8217;autres instances, autrement plus encombrantes et dépensières que ma très modeste personne&#8230;<br />
L&#8217;on remarquera avec quelles précautions et subtilités et tournures et nuances et apaisements de langage, l&#8217;écrivain que je suis s&#8217;était engagé sur ce terrain miné mais je ne peux dire autrement que la réponse de Kingööfzethöf  exprima tout abruptement ma pensée et mes intentions:<br />
-Vous voulez couper les couilles au chef du gouvernement c’est ça ! Mais c’est mon rêve de toujours Monseigneur! Ce foutu traître de salopard de Tralala!<br />
-Tralala ?<br />
-C’est son surnom au parlement : Plöömströöm-tra-la-la c’est un partouzeur de première !<br />
L&#8217;idée l&#8217;avait ranimé et il commençait de s&#8217;exalter avant que de buter sur le premier obstacle:<br />
-Mais comment ce faire Monseigneur?<br />
-Une proposition de loi de stérilisation des parlementaires?<br />
-Je ne peux proposer une loi dépopulatoire, même pour des saloperies de parlementaires de merde, mon public ne l&#8217;accepterait pas. Dans le Thöf l&#8217;hiver hors la baise il n&#8217;y a rien pour s&#8217;occuper depuis qu&#8217;ils ont interdit la chasse aux Rennes et classer les agents des impôts en espéces protégées!<br />
-Et bien agissons comme eux, camouflons notre intention finale dans une loi de lutte contre le machisme et promouvant l&#8217;égalité contraceptive.<br />
-EXXcellent!<br />
Il se propose de déposer son texte dés la rentrée parlementaire en attendant je l&#8217;invite à nous accompagner dans notre périple.<br />
-C&#8217;est beaucoup d&#8217;honneur Altesse pour un petit baron batailleur comme moi.<br />
-Appelez-moi donc Tétesse comme tous mes amis mon cher Eriktkën.<br />
-Ah Tétesse voici mon sabre il est comme moi tendu dans l&#8217;espérance de vos ordres.<br />
-Repos Baron!<br />
Nous en restons là de nos effusions toutes viriles. Quelle excellente recrue que voilà!<br />
13 Juillet<br />
J&#8217;ai quelque peu délaissé la tenue de mon journal durant cette traversée, il faut dire que j&#8217;étais trop occupé par mes problêmes hépatico-gastriques, je pense maintenant que tout cela est dû à une défaillance de mon oreille interne droite, la gauche va bien, mais la droite est sans doute le siége et le départ de ces incommodements et nausées divers, mauvais réglages, il faudra que je consulte lors d&#8217;une prochaine escale, sinon pendant cette semaine de navigation peu d&#8217;incidents notables hormis une tempête, une mutinerie et un naufrage&#8230; virtuel à signaler.<br />
Moi-même dois-je l&#8217;avouer je n&#8217;étais pas trop conscient des événements, enfermé comme je l&#8217;étais dans ma salle de bains où je me rafraichissais des heures durant au dessus de la cuvette.<br />
-Ne dirait-on point l&#8217;Amiral? Me dit le ministre tsilongais de la réforme agraire en passant l&#8217;éponge dans ma baignoire (une réforme agraire sur trois pieds carrés de terre subsistant ne devrait pas lui valoir beaucoup de nuits d&#8217;insomnie).<br />
Je mets le nez au hublot et j&#8217;aperçois de fait l&#8217;amiral Shippstern-Bahlsen, son état-major, ses marins et même l&#8217;orchestre du bord qui nous font de grands signes depuis les chaloupes où ils ont pris place:<br />
-C&#8217;est étonnant pourquoi ont-ils quitté le bord? S&#8217;interroge-t-il?<br />
-Sans doute vont-ils faire du shopping? Il y a quelque terre détaxée en vue? Lui réponds-je.<br />
A ce moment Pezzolino passe dans le couloir avec trois gilets de sauvetage autour du corps:<br />
-Mais où allez-vous comme ça mon garçon?<br />
-Je vais&#8230; je vais nager un peu.<br />
Je m&#8217;apprôche de lui, l&#8217;attrape au col:<br />
-Mais dîtes-moi ce sont mes gilets de sauvetage en cheviotte que vous portez là bougre de saligaud!<br />
-Je&#8230; je les porte au pressing Monseigneur.<br />
 Pour l&#8217;achever, moralement parlant  je le regarde dans les yeux, mais profondément et en vrillant, je peux être une vraie tarière quand je le veux:<br />
-Dîtes-moi la vérité, animal: nous coulons?<br />
-Euh&#8230; on en parle&#8230; excusez-moi Monseigneur le pressing va fermer! Et il réussit le serpent à m&#8217;échapper et à s&#8217;enfuir vers le pont supérieur.<br />
Sir John Brank qui faisait une sieste vient aux nouvelles:<br />
-Que de bruits et de mouvement! Altesse j&#8217;espére que vous vous portez mieux.<br />
 -Moi sans doute c&#8217;est le navire qui est au plus mal semble-t-il.<br />
-Ah bon&#8230; oui celà remue en effet mais j&#8217;ai connue bien pire. Une scéne de ménage de Calina cela chavire aussi mais vous avez raison cela ne laisse pas d’être préoccupant, comme l’on dit chez nous : « Ce n’est pas en suçant le galet que l’on abreuve la plage ! » oui enfin la traduction n’est pas optimale mais l’idée y est que proposez-vous ?<br />
-Mais où est notre ami Eriktkën?<br />
-Ne m&#8217;en parlez pas Altesse, lui et ses compagnons ont  joué  aux cartes toute la nuit, je ne suis pas ennemi des distractions mais tant qu’elle n’oblitère pas l’humeur de la fermière comme on dit chez nous !<br />
Nous partons en délégation vers sa cabine, le baron Mauve gît sur sa couchette physiquement et moralement ruiné tandis que Petcho Larigaïe exulte, il a devant lui un énorme tas de haricots secs:<br />
-Il a perdu 78546 haricots et moi j&#8217;en ai empoché 124895!<br />
Il est véritablement trés fier de lui et exulte littéralement:<br />
-Et que comptez-vous faire de cette somme considérable&#8230; de haricots mon ami?<br />
-J&#8217;hésite soit je les mets de côté&#8230; pour la retraite&#8230; soit un cassoulet pour fêter notre naufrage!<br />
-Allons allons pas de défaitisme mon garçon!<br />
-Un naufrage j&#8217;en suis! Gueule le Baron Mauve en se levant de sa couche le sabre érigé. Aux postes de combat mes braves!<br />
Il me rentre à peu prés dedans:<br />
-Tétesse commandez nous obéissons! Où dois-je mourir pour vous?<br />
Commander face à la vague, rien que l&#8217;idée me rend malade et je m&#8217;en vais me soulager dans les lavatories.<br />
D&#8217;ailleurs cela tangue beaucoup moins, la tempête se calme. Aprés une heure l&#8217;Amiral Shippstern-Bahlsen (et son grand orchestre) réintégre son bord et reprend la barre des mains de ce cher Sir John Brank qui est un très fin barreur, n&#8217;a-t-il pas dans le temps gagné les grandes régates de Sprung on the Bitch et il a magnifiquement barré le gros animal pendant son absence coupable, il m&#8217;avait proposé de le conduire eut égard à mon expérience remarquée, mais dans mon état cela n&#8217;eut pas été raisonnable, et puis on l’aura deviné je ne prends vraiment de plaisir qu&#8217;à la conduite des ferries, tous les connaisseurs vous diront d’ailleurs que quand on y a goûté une fois on ne veut plus que ça!<br />
-Eh bien mon cher Amiral, alors quoi une absence? L&#8217;humiliai-je de la voix et du regard, encore un peu plus profond et vrillé que celui que j&#8217;adressais ce tantôt au pauvre Pezzolino.<br />
-C&#8217;était un simple exercice de sécurité à la mer Monseigneur, je n&#8217;ai pas voulu ennuyer Monseigneur avec les manoeuvres habituelles de bord&#8230; Monseigneur.<br />
-Dis Tétesse et si on les passait à la planche tous ces lâches déserteurs! Me propose Eric le Mauve de sa voix de basse non pas chantante mais gueulante.<br />
-L&#8217;incident est clos mon cher Baron.<br />
-Bougres de pacifistes! Eructe-t-il (il éructe magnifiquement!) en levant haut son sabre, il mesure plus de six pieds six pouces (en pays nordmois comme dans l’ancienne France, l’on se référe aux dimensions personnelles du souverain régnant pour étalonner les mesures usuelles, celà peut d’un régne à l’autre varier assez considérablement, pour quoi par exemple les commodes de l’époque de Waltrudtkë IV dit Grobtkzob qui était d’une taille hors norme quoique fort bien proportionné font plus de trois mètres de long et les râpes à fromages un bon demi-mètre de haut, je le sais d’autant mieux que je les collectionne).<br />
Il n&#8217;en reste pas moins qu&#8217;il est quand même incommodant et pour tout dire peu rassurant de naviguer sur un navire dont le commandant peut quitter son bord et vous abandonner d&#8217;une minute sur l&#8217;autre à n&#8217;importe quelle fortune de mer sans même vous en avertir.<br />
-Un homme à la mer! Crie l&#8217;homme de quart à la hune.<br />
Je ramasse une paire de jumelles, je distingue très bien un homme fort malmené par les vagues encore contondantes&#8230; mais c&#8217;est cet imbécile de Pezzolino qui s&#8217;est jeté à l&#8217;eau à contretemps:<br />
-Ce n&#8217;est rien, mon valet de chambre, enfin si vous avez quelque loisirs repêchez-le il a sur lui la clef de ma malle à cravâtes! Cela me contrarierait de la perdre.<br />
14 Juillet<br />
C&#8217;est alors que nous arrivions en vue des Iles Futrak que la révolte tsilongaise éclata au grand jour en pleine nuit.<br />
Le ministre délégué au Budget demanda le remboursement immédiat des avances consenties à Sir John Brank pour le fourrage de ses chevaux de polo, celui-ci  pour détourner leur colère et faire diversion leur rappela que nous étions le 14 Juillet  dâte émouvante et parlante pour n&#8217;importe quel révolutionnaire de carrière et plus encore si les sus-dits révolutionnaires malgré leur position éminente et leur conscience prolétarienne impeccable étaient pour ainsi dire  humiliés, exploités par les impérialistes et les tenants de l&#8217;obscurantisme le plus courônné (allusion très fine et adroite quoique assez déloyale que le cher John Brank fit là à ma personne sinon régnante au moins consortante pour opérer plus complétement sa diversion toute tactique mais qui risquait de me coûter cher!)<br />
Accessoirement ils les avaient fait boire puisant à larges mains dans ses stocks de Whisky écossais Mac Roowin-Blank 20 ans d&#8217;âge qu&#8217;il avait sauvé de son conjungo naufragé.<br />
Si bien qu&#8217;il ne fallut pas longtemps pour que les ministres tsilongais se mîssent à faire un boucan du diable et de réveiller tout le monde.<br />
Je croisais l&#8217;Amiral en pyjama dans le couloir et très vite nous croisâmes en pyjama les révoltés très remontés et à poils comme revenus à l&#8217;état de nature en &#8220;sans culottes&#8221; donc. Outre les revendications toute pécuniaires et qui somme toute ne nous concernaient pas, ils exigeaient d&#8217;être déchargés des corvées et d&#8217;être logés et traités selon leur qualité ministérielle.<br />
L&#8217;amiral se rendit&#8230; à leurs doléances, il se rendit même tout simplement leur abandonnant les clefs du navire:<br />
-Les papiers sont dans la boîte à gants sous le radar de surface.<br />
Moi-même je n&#8217;en menais pas large, ce qui est le comble sur un navire de haut bord! Quand au Père Fulmance des Emplettes il se préparait déjà avec quelque gourmandise au sacrifice suprême, à son martyre prochain promulgué par des mains et des esprits impies voués tout entier au matérialisme le plus bas.<br />
Heureusement l&#8217;on venait de repêcher le fourbe Pezzolino et il nous arriva tout dégoulinant et grelottant dans le couloir au moment où ces messieurs se proposaient de pendre l&#8217;unique représentant royal que j&#8217;étais en ce jour commémoratif de la prise de la Bastille et de la fin toute provisoire des tyrans supposés.<br />
Ils se promenaient partout en me poussant tout ficelé devant eux et en chantant leur hymne odieux et séditieux, la fameuse &#8220;Marche à l&#8217;aise!&#8221;.<br />
Quelle idée j&#8217;avais eu aussi de laisser embarquer toute cette canaille bolchevique!<br />
-On pourrait se le guillotiner à la bonne franquette avec un  hachoir de cuisine convenablement aiguisée? Proposa le Secrétaire d&#8217;état aux  Sports  (Collectifs bien sûr!).<br />
-Tu as déjà décapité toi camarade quelqu&#8217;un avec un hachoir de cuisine? S&#8217;étonna N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu qui ne manquait certes pas d&#8217;esprit pratique.<br />
-Oui camarade suprême, dans le temps une secrétaire de cellule qui voulait absolument vèrifier les comptes de la cellule dont j&#8217;étais le secrétaire. Je n&#8217;avais que ça sous la main, j&#8217;étais jeune, ah ce n&#8217;est pas le plus commode, je me souviens, je m&#8217;étais bien coupé d&#8217;ailleurs mais en s&#8217;appliquant&#8230;<br />
-On va pas en faire une julienne non plus! Et puis celà manquerait de dignité prolétarienne.<br />
-Oui mais Camarade Suprême il souffrirait!<br />
-Certes et ce n&#8217;est pas à négliger<br />
Je disais donc bien heureusement le à nouveau « cher » Pezzolino tout en continuant de grelotter d&#8217;abondance comprit d&#8217;un seul coup d&#8217;oeil la situation et se précipita chez Petcho Larigaïe et le cher Eritktkën avant que les mutins mutins n&#8217;eussent eu l&#8217;idée de les enfermer dans leur cabine et l&#8217;on imaginera ma joie lorsque la répression toute militaire et même soldatesque s&#8217;abattit sur les commémorateurs conduite par mes compagnons qui avaient levé en un minimum de temps une milice populaire parmi l&#8217;équipage.<br />
Eric le Mauve proposa derechef de pendre un ministre sur deux.<br />
-Pour l&#8217;exemple et parce que cela décorerait joliment le navire en entrant dans Port Glandulk la capitale des Isles Futrak.<br />
Je décidais de ne point pavoiser et de faire taire tout esprit de revanche (même à l&#8217;endroit de ce &#8220;cher&#8221; John Brank, Où se cachait-il celui-là ?) :<br />
-Mettez-les à vieillir en  câle mon cher, ils s&#8217;y bonifieront. décrêtai-je à nouveau régnant car&#8230; détaché&#8230; spirituellement aussi.<br />
N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu éleva une protestation qui lui valut un vigoureux coup de pompe du cher Ericktkën.<br />
Il s&#8217;en souviendrait de son voyage officiel clandestin le camarade suprême.<br />
Et c&#8217;est dans une entente renouvelée entre nous tous seuls Nordmois du matelot cireur de ponts à l&#8217;Amiral cireur de pompes, il cherchait à se faire pardonner ses égarements successifs à l&#8217;endroit de l&#8217;altesse royale que je demeurais malgré lui, que nous fîmes au matin notre entrée dans Port Glandhulk .<br />
14 Juillet (suite)<br />
L&#8217;hymne nationale le &#8220;Pumpkf unk Vlumpkf&#8221;  composé par le patriote Jonet Dhlil retentit lorsque nous accostons.<br />
Les paroles  rappellent la tournure désatreuse que prit la guerre contre les prussiens lorsqu&#8217;en une manoeuvre désespérée et quelque peu déshonnête l&#8217;on tenta de les noyer nuitamment en ouvrant les digues, malheureusement les uhlans savaient nager et ne dormaient que d&#8217;un oeil (l&#8217;avantage du monocle!) et nous perdîmes tout notre cheptel (les vaches elles ne savaient pas!) et nous fûmes battus et il nous fallut pomper pendant des mois parce que les prussiens consentaient à annexer notre province la plus riche mais sûrement pas un marécage, il fallut donc que le peuple nordmois déjà humilié et rançonné remit tout en état &#8220;Korrek!&#8221;.<br />
L&#8217;épisode est entré dans l&#8217;histoire Nordmoise sous le tître du &#8220;Grand coup de pompe de 1879!&#8221; C&#8217;est beau et presque aussi épique qu&#8217;une étape de montagne &#8220;anquetilesque&#8221; dans le Tour de France, le chant commence par ces mots ô combien parlants:<br />
-Pompe Ô vincible Nordmois! Pompe car tu l&#8217;as dans le tronc! Tzim! Boum!<br />
Tous ensemble levons plus haut les mains car nous vaincrons demain&#8230; ou aprés-demain&#8230; dans la semaine sûr&#8230; si je suis livré&#8230; Poum! Tsoiink! Oui là&#8230; plus haut les mains encore!<br />
Pompe Ô vincible Nordmois! Pompe car tu l&#8217;as dans le tronc! Tzimb! Boum!<br />
Je traduis librement mais c&#8217;est beaucoup plus édifiant encore dans son idiome natif et avec un solo de grosse caisse final joué &#8220;molto pétarado&#8221; extrémement émouvant.<br />
Les officiels Futraks ont bien fait les choses&#8230; ils ne sont pas venus.<br />
C&#8217;est le gardien-chef du port qui nous accueille avec une fanfare de location:<br />
-Ses excellences sont très occupés en ce moment, ils regardent les jeux olympiques à la tévé d&#8217;ailleurs j&#8217;y retourne, ils vont passer le 400 métres nage coulée, il y a une Foutrak en finale, bon vous vous trouvez une place, je vous laisse les clefs vous fermerez la grille et vous garerez la fanfare dans le coin là-bas, on viendra la prendre tout à l&#8217;heure.<br />
Quels Jean-foutr&#8230;aks!<br />
 Enfin aprés avoir garé non sans mal, notre bonbonnière lance-missiles dans un coin du port très encombré, nous avons tourné pendant une heure, cet imbécile d&#8217;amiral ne voulant pas occuper les places réservées aux thonniers handicapés que nous lui avions trouvées avec ce cher Eric, nous débarquons, j&#8217;ai fait lever toutes les punitions des hommes et promulgué une journée shopping.<br />
C&#8217;est plein de boutiques détaxées ce coin-là!<br />
Aux îles Futrak tout le monde fait des affaires, les garçons de plage qui exportent des parasols titrisés dans le monde entier vous revendent leur soeur qui vend des chaudières nucléaires détaxées et des glaces une boule si vous en voulez deux elles vous renvoyent à leurs cousins qui soldent aussi de la moquette de plage en 400 métres par 12 Km sans raccord et des belle-mères pour l&#8217;exportation.<br />
Incroyable l&#8217;esprit d&#8217;entreprise de ces gens qui aprés tout ma foi ne sont que des nég&#8230; des personnes de couleur quoi, couleur incertaine d&#8217;ailleurs, c&#8217;est très mélangé, il y a du chinois, de l&#8217;africain, du blanc, du beige ect. non vrai c&#8217;est à voir.<br />
L&#8217;on ne pourrait pourtant dire qu&#8217;ils sont industrieux, ce sont des feignasses pas possible il n&#8217;est que de voir l&#8217;état de leurs routes, pour tous les travaux pénibles ils exploitent des immigrés low costs, beaucoup de français donc&#8230; mais ils passent leur temps à faire des affaires financières et détaxées au téléphone.<br />
Le Père Fulmance des Emplettes va admirer les collections d&#8217;été de soutânes de plage détaxées, Petcho Larigaïe et le cher Eric le Mauve partent à la rechercher de lance-roquettes petits prix et de bazookas free tax et moi j&#8217;entre dans une boutique que je viens de repérer, elle vend des uniformes de parade et des décorations officiels détaxées elles aussi.<br />
Un grand type blond légérement gauchie à force d&#8217;obséquiosité me montre ses différentes gammes de décorations, il y en a pour tous les ages, toutes les bourses et tous les goûts, je m&#8217;arrête sur un grand Aigle de vermeil de chevalier souverain de l&#8217;Ordre Concussionnaire des Isles Futraks, le vendeur me donne quelques détails sur son attribution:<br />
-Il faut avoir trafiqué 25 ans dans une administration de l&#8217;état ou cinq ans dans un réseau mafieux international ou être titulaire d&#8217;un mandat de recherche Interpol ou connaître Jan-Bob Kombinardtkë (J.B.K corp.) l&#8217;actuel président des Isles Futrak depuis au moins cinq minutes ou alors si vous ne connaissez vraiment personne l&#8217;on peut vous faire des facilités de paiement&#8230; ah mais je vois que monsieur l&#8217;a déjà!<br />
Il me désigne sur ma tenue de cérémonie (je n&#8217;ai pas pris le temps de me changer et de me mettre en civil)  une plaque identique à celle que j&#8217;avais choisie, je lui dis:<br />
-Euh oui en effet&#8230; j&#8217;en ai tant&#8230; celui-ci m&#8217;a été attribué au tître&#8230; de la réciprocité diplomatique des ordres nationaux lors de mon mariage avec la Reine Gretaertkë de Nordnmark!<br />
Alors là notre brave homme se fend littéralement par le milieu en deux parties sensiblement égales en bredouillant avec l&#8217;estomac:<br />
-Blourk&#8230;.blourk&#8230; Mon&#8230; blourk&#8230; mon&#8230; seigneur&#8230; si je pouvais imaginer un jour&#8230;c&#8217;est un grand honneur&#8230; je suis moi-même sujet nordmois, permettez que j&#8217;appelle mon épouse Zoétkë&#8230; mais vous êtes peut-être là incognito Monseigneur?<br />
-Du tout je suis en voyage tout ce qu&#8217;il y a d&#8217;officiel même si vos dirigeants n&#8217;ont pas daigné de se déplacer pour me recevoir!<br />
Il prend l&#8217;air sincérement peiné d&#8217;une ménagère qui compatirait à l&#8217;annonce par une collégue de palier de la découverte d&#8217;un récent cocufiage non encore répertorié dans le quartier.<br />
-Ah mais ça m&#8217;étonne pas! Mais qu&#8217;est-ce qu&#8217;ils se croivent ces sauvages! Mais c&#8217;est comme ça depuis l&#8217;indépendance ils ont pris la grosse tête. Mais moi je vous le dis moi c&#8217;est le trou du cul du monde ici, bien gentil qu&#8217;on se soye déplacé pour les coloniser&#8230; ah j&#8217;en ai à raconter, gros sur la patate que j&#8217;en aye, vous pouvez me croire Monseigneur&#8230;. Zoétkë arrive quoi merde!<br />
-Minute c&#8217;est la finale!<br />
-Et puis maintenant avec tout ce fric qui leur ait tombé dessus depuis qu&#8217;ils ont viré paradis fiscal et que les américains nous ont colonisés&#8230; si je vous disais que la semaine dernière on a eu Victoria Bécane et Georges Cloonesque, je lui ai taillé une très joli costûme d&#8217;homme de gauche en soie sauvage mauve&#8230; Zoëtkë quoi merde!<br />
&#8220;Zoëtkë quoi merde!&#8221; arrive enfin, radieuse:<br />
-Elle a coulé la petite foutrak, bien fait pour sa gueule!<br />
Puis elle me regarde, me reconnait et rougit, elle est à l&#8217;évidence lectrice assermentée de gazettes à scandales.<br />
C&#8217;est une trés opulente et charmante personne, d&#8217;une rousseur abondante et enjouée. Après trois semaines de campagne et de solitude nautique je lui trouve encore plus de charme.<br />
Un général de la Chasse vénézuelienne entre dans le magasin.<br />
-Si Monseigneur veut bien passer dans notre salon d&#8217;essayage Madame Zoétkë va prendre vos mesures. Me propose le boutiquier.<br />
J&#8217;acquiésce à sa proposition pendant qu&#8217;il murmure à l&#8217;oreille de son épouse quelque recommandation utile.<br />
 Nous nous isolons donc dans le salon d&#8217;essayage, jusque là tous mes costûmes ont été mesurés et taillés par des hommes, je me souviendrais longtemps de la prise de mesures énergiques de cette rouquine se terminant sur cette ultîme interrogation :<br />
-Monseigneur porte à gauche? Ou à droite?<br />
Pour l&#8217;heure je pointe gaillardement au centre et nous nous embrasons sur les coupons.<br />
15 Juillet<br />
Pour la réception officielle au Palais Républicain (C&#8217;est comme un palais royal mais sans les traditions multi-séculaires, la simple différence entre l&#8217;homme et le singe quoi!) j&#8217;inaugure l&#8217;uniforme que j&#8217;ai commandé. Pour être sûr de ne pas faire double emploi avec l&#8217;amiral et ne pas simplement me retrouver avec le même uniforme que lui, quelque chose que je déteste par dessus tout lors d&#8217;une soirée, j&#8217;ai commandé un uniforme de cérémonie d&#8217;Adjudant Général du Génie Rural en velours cotelé, il m&#8217;a été livrée sur le navire, c&#8217;est une merveille, c&#8217;est un excellent tailleur, son épouse taille elle aussi très bien d&#8217;ailleurs. Certes le velours est un peu chaud sous ce climat mais j&#8217;y ai tout de suite mes aises.<br />
Les services futraks ont invité une quantité de pipoles internationaux, ou plus exactement, et je l&#8217;apprends très vite par ce cher John Brank qui ne boude plus ni ne se cache, ils leur ont fait payer fort cher: 10000 Dollars Futraks le droit de me saluer et de dîner en ma bienveillante quoique souveraine compagnie.<br />
-Ils ont fait des prix! Pour le Prince de Galles ils ont du payer 25000 $ l&#8217;hiver dernier quand il est venu! Me sussure-t-il avec quelque acrimonie.<br />
-Je vous trouve bien amer depuis quelque temps. Même si le destin vous est momentanément contraire prenez sur vous mon cher. Bi Britiche quoi merde!<br />
-Vous êtes là vous? S&#8217;exclame le chef de l&#8217;état futrak Jan-Bob Kombinartkë, en me tapant sur l&#8217;épaule.<br />
S&#8217;il y a bien quelque chose qui m&#8217;horripile c&#8217;est que l&#8217;on se montre familier avec moi lorsque l&#8217;on n&#8217;est point de mes familiers.<br />
Il porte un smoking blanc luminescent de vieux crooner has-bino-las-végasien.<br />
-Dieu de Dieu vous étes éblouissant monsieur le Président! Le complimentai-je.<br />
-Et attendez vous avez pas tout vu, ça clignote&#8230;<br />
De fait sa veste se met à clignoter.<br />
-Et là c&#8217;est plein phare!<br />
  Il irradie autant qu&#8217;une soucoupe volante perdue en grande banlieue.<br />
-Et vous ne craignez pas que tout cet appareillage électrique ne vous transforme en cible commode.<br />
Il s&#8217;éteint d&#8217;un coup, plus rien.<br />
-Merde les plombs qui ont encore sauté! Et c&#8217;est le problême ici l&#8217;énergie, j&#8217;avais commandé trois centrales à gaz aux lybiens, mais quand il s&#8217;est agit de les monter ils se sont trompés dans les plans, il leur a fallu deux ans pour construire la première et c&#8217;est là que l&#8217;on s&#8217;est aperçu que le gaz de ville venait pas jusque ici!<br />
-Ah il faut se méfier des lybiens, personnellement je n&#8217;achéterai jamais un porte-avions à ces gens-là! Intervient assez mal à propos le de moins en moins cher John Brank décidément peu inspiré.<br />
-Qui vous parle de porte-avions ! Qu&#8217;est-ce que vous voulez que je foute d&#8217;un porte avions mon vieux!<br />
-Notre ami nous entretient des ses problêmes energétiques! Dis-je pour recadrer le débat.<br />
-Et comment vous faîtes vous au pays? Ajoute l&#8217;édile futrak en s&#8217;illuminant à nouveau, on a remis les plombs, mais il tient compte de ma remarque sécuritaire et se met en veilleuse, programme: star en économie d&#8217;énergie.<br />
-Oh nous avons en grande partie résolu le problême grâce à des&#8230; des porte éoliennes?<br />
-Des&#8230; et à quoi ça ressemble votre  truc.<br />
-Si vous voulez cela ressemble étonnament à des &#8230; des porte avions mais sur le pont sont érigées des dizaines d&#8217;éoliennes! Précisai-je en articulant une oeillade à destination de ce cher John Brank qui comprend l&#8217;intention.<br />
-Rudement intéressant votre truc! Et ça produit?<br />
-Considérable!<br />
-Et en cas de cyclone tropical comment vous faîtes?<br />
Je ne lui dis pas que les cyclones tropicaux sont denrées rares sur les côtes de la Baltique mais j&#8217;improvise sans férir quoi que ce soit:<br />
-Nous les remorquons sur les côtes à l&#8217;abri mais de toutes les façons les éoliennes sont rétractables et peuvent être rangées dans l&#8217;entrepont.<br />
-Lumineux! S&#8217;exclame-t-il en faisant des étincelles et en lâchant de la fumée.<br />
Finalement son chef du protocole vient le débrancher alors qu&#8217;il commençait à s&#8217;enflammer pour notre idée mais aussi plus physiquement et littéralement par toute sa personne et nous nous retrouvons dans son bureau pour négocier l&#8217;affaire avec son ministre du budget et du développement accéléré et durable en charge aussi des dessous de table&#8230; durables et du crédit crunch.<br />
Nous en ressortons une heure plus tard contrats en poche pour une livraison d&#8217;une douzaine de porte-éoliennes, Sir John Brank rayonne(c&#8217;est contagieux?)il veut m&#8217;embrasser, j&#8217;arrête là ses débordements lorsqu&#8217;un anglais ancien éléve d&#8217;Oxford déborde sentimentalement on ne sait pas jusqu&#8217;où cela peut aller:<br />
-Allons mon cher, n&#8217;oubliez pas que nous sommes en représentation officiel. Cela ne s&#8217;est pas trop mal passé on dirait, vous trouverez bien une douzaine de porte avions en réfôrme et des éoliennes ferraillées à retaper, un coup de minium et hop! Ah oui  et n&#8217;oubliez pas ma petite commission n&#8217;est-ce pas?<br />
 -Ah là vraiment vous m&#8217;avez étonné Tétesse, ce fut&#8230; ce fut grandiose!<br />
A ce moment une très forte explosion retentit et le ciel s&#8217;embrase comme dans les meilleurs romans sentimentaux.<br />
Je me tourne vers le Président:<br />
-C&#8217;est une fort délicate attention, un feu d&#8217;artifice mais il ne fallait pas!<br />
Celui-là va lui coûter les yeux de la tête, il a vraiment très bien fait les choses.<br />
-Qué feux d&#8217;artifices! C&#8217;est l&#8217;arsenal qui vient de péter!<br />
Rentré au navire nous apprenons que nos ministres du gouvernement révolutionnaire tsilongais en disponibilité sont parvenus à force de pleurs et de chialades sur leur prétendu passé de descendants d&#8217;esclaves victîmes une fois de plus de vils manoeuvres colonialistes à convaincre leurs gardiens de les libérer et ils se sont égayés, le leader N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu en tête dans les rues de Port Glandulk la capital futrak:<br />
-Il ne m&#8217;étonnerait pas qu&#8217;ils fûssent mêlés de quelque façon à la pyrotechnie de tantôt! S&#8217;inquiéte sir John Brank Strikeman.<br />
-Eh bien mon cher vous avez intérêt à les retrouver et fissa, si l&#8217;autre imbécile versicolor apprend que ses artificiers ont fait la traversée à notre bord et que c&#8217;est nous qui leur avons refilé cette vérole marxiste et révolutionnaire vous pouvez dire Adieu à vos contrats. Quant à vous amiral je vous ordonne de donner la main, si vous n&#8217;aviez pas transformé vos marins en tricoteuses sucrées tout cela et d&#8217;autres tristes événements plus révoltants encore ne seraient point advenus!<br />
Ah mais!<br />
16 Juillet<br />
Par petites sections nous passons la nuit à parcourir la ville, à la recherche de traces de nos tsilongais en goguette révolutionnaire, hélas traces il y a, nous en trouvons en abondance, qui là un temple mis à sac, ce dont se réjouit un peu haut le Père Fulmance, qui un peu plus loin un autre lieu de cul&#8230;te, le Mucho Mucho, lupanar international, universellement célébré, pareillement mis à sac, ils ne respectent rien ces sauvages! C&#8217;est un établissement de haut luxe, ils ont reçu Silvio Berluscono le premier ministre italien la semaine dernière et tout son gouvernement en séminaire de travail, et bien ces soudards prolétariens ont  rançonné et violenté tout le personnel (des filles remarquables et d&#8217;une tenue parfaite!) y compris la dame pipi.<br />
Le cher John Brank est atterré, nous le sommes tous&#8230; aprés nous être renseignés sur les tarifs:<br />
-Ils ont dû consommer trop de boissons fermentées! Plaide-t-il.<br />
-Si c&#8217;est là la seule misérable excuse que vous leur  trouvez, mon cher ambassadeur, le mieux serait peut-être de vous taire.<br />
-Je&#8230; je ne comprends pas ils se faisaient une fête de cette visite officielle! Je vous prie de recevoir en mon nom leurs excuses officielles, ils seront morigénés Monseigneur je&#8230;<br />
-Mieux que ça: &#8220;Altesse&#8221;, et ils seront pendus, je vous en fait le serment vieille et chère excellence!<br />
-Je vous en supplie ne soyez pas trop définitif Altesse, ils ont souffert, l&#8217;exil, le remords de leurs exactions passées, ils s&#8217;amenderont.<br />
L&#8217;une des filles, une suédoise qui parle un peu de tsilongais international nous donne un indice précieux:<br />
-Ils disaient qu&#8217;ils allaient s&#8217;emparer de la&#8230; hips radio-télévision. Que c&#8217;était la régle de base de toute révolution&#8230; hips prolétarienne!<br />
Elle nous donne l&#8217;adresse de TF1 (Tele Futrak Uns) et nous nous y rendons derechef, et même plus vite encore.<br />
Bien nous en a pris, quand nous arrivons ils sont en train d&#8217;abuser (quel santé!) de la présentatrice météo.<br />
Ils ont trouvé des armes, je ne sais où et menace tout le petit personnel de la télé, ils ont même forcé le journaliste vedette du journal de huit heures à présenter son journal vêtu de sa seule conscience professionnelle et avec un balai de paille dans le fondement. Je ne dis pas, la qualité de l&#8217;information n&#8217;y perd sans doute pas beaucoup mais enfin sont-ce là des conduites civilisées! Où se croient-ils donc?<br />
D&#8217;ailleurs les téléspectateurs commencent à téléphoner à la chaîne pour se plaindre du fait que le journaliste ne porte pas de cravate.<br />
Le ministre de l&#8217;information téléphone à son tour parce que le texte dit n&#8217;a rien à voir avec celui qu&#8217;il a écrit:<br />
-&#8230; et pour le bulletin météo je n&#8217;ai jamais écrit qu&#8217;il y aurait des entrés nuageuses dans la matinée mais au contraire que toute la journée serait au beau fixe&#8230; sur le palais présidentiel.<br />
Je tente de le rassurer alors que nous n&#8217;avons pas encore la situation tout à fait en main, nous attendons des renforts, les insurgés se sont réfugiés sur le plateau de tournage du feuilleton familial de téléréalité d&#8217;aprés diner: Stalag Academy. Les caméras continuent de tourner et de ce que j&#8217;en vois à l&#8217;antenne ils sont en train d&#8217;enfiler sur des manches de parasol Jessica, Brian, Barbara, Jonathan, Lizza et Johanna et Kevin&#8230; et aussi Michaël qui se planquait derrière la chaise longue  et quand ils en ont terminé ils proménent leurs brochettes de pipoles sur leurs épaules comme autant de gibier rapporté de la chasse avant d&#8217;étaler les braises du barbecue sur le sol&#8230;<br />
Pris d&#8217;un soudain vertige de civilisé grand teint, je me tourne vers Sir John Brank Strikeman qui a lui même passablement blêmi:<br />
-Ne me dîtes pas que vos protégés sont cannibales?<br />
-Hurgh&#8230; De fait et sans remonter trés loin dans leur histoire&#8230; orale, il y a certains épisodes de cannibalisme&#8230; mais sur des pères blancs&#8230; et peut-être quelques officiers des affaires indigênes&#8230; et  plus récemment des ethnologues&#8230; encore que oui peut-être dans des tribus reculées&#8230; et trop éloignées des supermarchés? Mais enfin je vous assure Altesse que c&#8217;est la première fois qu&#8217;ils mangent du pipole!<br />
Leur affaire dure quelque temps car ainsi que me l&#8217;a révélé Sir John Brank &#8220;ils mangent leur&#8230; leur viande  bien cuite nature avec juste une pointe de raifort!&#8221;<br />
Aprés une heure un technicien sort du plateau de tournage en gueulant cette phrase terrible qui retentit à nos oreilles comme la preuve qu&#8217;&#8221;ils&#8221; sont à point:<br />
-Personne n&#8217;a du raifort? Allez chercher du raifort! Et de la moutarde&#8230; c&#8217;est vrai que c&#8217;est fadasse le pipole!<br />
Je l&#8217;accoste:<br />
-Tenez bon, les renforts arrivent!<br />
-Qué renforts? J&#8217;ai pas dit des &#8220;renforts&#8221; coco mais du &#8220;raifort&#8221; coco!<br />
-Je veux dire que nous allons vous délivrer et faire cesser cette ignominie!<br />
-Quelle ignominie? On a jamais fait autant d&#8217;audience ma poule! Arrêtez surtout rien hein on a le Merdiamétrie au plafond 104 % de parts de marché sur les 7/77 ans.<br />
Le Ministre de l&#8217;information arrive:<br />
-Ah Monseigneur l&#8217;on m&#8217;a dit que ces garçons faisaient partie de votre  suite quelle lumineuse idée vous avez eu de les emmener,  ils crévent littéralement l&#8217;écran.<br />
-S&#8217;ils n&#8217;avaient crevé que l&#8217;écran!<br />
-Les pipoles! Mais ça ne compte pas ça, on les fabrique à la chaîne maintenant! A la chaîne c&#8217;est le cas de le dire. Non, vrai notre président a acheté une usine aux italiens de Putafresca s.p.a. qui nous en sort une cinquantaine par mois. D&#8217;ailleurs nous avons été obligés de nous tourner vers l&#8217;exportation, on produisait trop. Ah oui, le plus important, notre président Jon-Bob Kombinartkë vient de téléphoner qu&#8217;il passerait prendre le café et qu&#8217;il apporterait le dessert.<br />
J&#8217;aurais aussi voulu discuter des contrats, vous pouvez me dire qui est leur manageur?<br />
Je lui désigne Sir John Brank qui rayonne devant l&#8217;embellie financière qui s&#8217;annonce pour lui, il n&#8217;aura pas fait le voyage pour rien entre le contrat des porte éoliennes et celui de ses Tsilongais vedettes le voilà  joliment regarnie en devises.<br />
Jon-Bob Kombinartkë débarque avec son fraisier à l&#8217;ananas, oui un ananassier si l&#8217;on veut, il est  toujours prêt à se faire voir et je me retrouve dans l&#8217;obligation de participer avec lui au barbecue géant improvisé et télévisé avec nos ministres tsilongais repus et saoûls et plus révoltants sinon révolutionnaires que jamais.<br />
Au petit matin nous retournons au bateau, le coeur lourd&#8230; le pipole c&#8217;est souvent trop gras et le Bergasol n&#8217;arrange rien.<br />
17 au 21  Juillet<br />
Les journées se suivent et se ressemblent, je procéde à quelques inaugurations de plages privées, de parkings souterrains, de sanisettes et de magasins Shopi les isles Futrak en sont couvertes mais ici le caviar est au rayon: nourriture pour animaux domestiques.<br />
J&#8217;ai très vite l&#8217;impression que le Président Jon-Bob, il veut que tout le monde l&#8217;appelle ainsi, et d&#8217;abord ses électeurs, profite de ma disponibilité et du prestige de ma fonction et de celui non moins considérable de ma personne pour inaugurer un maximum d&#8217;édicules en un minimum de temps.<br />
J&#8217;y mets très vite le holà lorsque le palais présidentiel me propose d&#8217;aller inaugurer un night club le Crazy Mambo dans lequel le président Jon-Bob a des participations et qui m&#8217;a tout l&#8217;air d&#8217;être en fait une boîte à partouze internationale, DSK fait partie des invités de prestige, je ne suis pas bégueule mais quand même.<br />
Je me fais donc porter pâle et je vais me ressourcer dans ma cabine jusqu&#8217;à ce que l&#8217;on frappe à ma porte, c&#8217;est ce cher Eric le Mauve:<br />
-je&#8230; je ne vous dérange pas Tétessse?<br />
-Je m&#8217;étais assoupi, entrez mon cher baron.<br />
Il semble gêné le viking,  très vite je le mets à l&#8217;aise et il s&#8217;ouvre à moi:<br />
-Voilà Majesté, j&#8217;avais pensé qu&#8217;en tant que parlementaire nordmois, représentant du Thöf, je pourrais peut-être vous représenter et faire retentir le nom nordmois lors de l&#8217;inauguration de cet&#8230; cet établissement.<br />
-Pourquoi pas allez donc faire retentir mon cher baron! Avec vous au moins je sais qu&#8217;il retentira haut et fort!<br />
Il faut savoir lâcher de temps en temps la bride à ses braves lorsque l&#8217;on prépare comme moi de futures grandes batailles, mais de celà j&#8217;en parlerai plus loin.<br />
Quelques minutes après l&#8217;on toque à nouveau à ma porte, c&#8217;est le Père Fulmance des Emplettes:<br />
-Ah mon père je voulais justement m&#8217;entretenir avec vous, et même j&#8217;aurais désiré que vous m&#8217;entendassiez en confession&#8230;<br />
-En confession? Euh plus tard mon fils, demain matin juste avant la messe plutôt&#8230; je dois m&#8217;absenter pour aller bénir un établissement dont l&#8217;on fait l&#8217;ouverture ce soir&#8230;<br />
-Le Crazy Mambo?<br />
-Quelque chose comme ça, oui il me semble.<br />
-Béh ma foi mon père vous allez vous retrouver là en territoire profâne et même&#8230;<br />
-Et oui même un peu plus que celà, mais vous savez que j&#8217;ai  l&#8217;âme missionnaire mon fils, je pense que ma présence aura quelque utilité là-bas d&#8217;autant que tout notre équipage y est convié!<br />
-L&#8217;amiral y va aussi?<br />
-Tout le premier mon fils, tout le premier, il s&#8217;en fait une fête et celà m&#8217;inquiéte.<br />
-Alors je ne peux que vous encourager mon père à vous y rendre pour y surveiller notre monde.<br />
Le Père Fulmance me quitte, il a mis sa plus belle barbe et une soutâne immaculée en satin, vrai il a quelque chose dans ces moments-là de nos plus grandes figures de saint.<br />
A minuit je monte sur le pont aprés une sieste réparatrice et je constate un peu étonné que je suis à peu prés seul à bord du Ingmör Bergmön.<br />
Quand même j&#8217;aperçois l&#8217;homme de quart qui se précipite vers moi en courant, il me tend ses jumelles.<br />
-Ah monseigneur je vous remercie, un peu plus et j&#8217;étais en retard pour l&#8217;inauguration.<br />
Et le bougre saute sur la passerelle et s&#8217;éloigne en courant.<br />
Des sanctions! Je demanderais des sanctions, décidément notre marine a perdu toutes ses traditions, me voilà réduit à la fonction de veilleur de nuit sur un contre-torpilleur.<br />
Ah la vie est farce quelques fois.<br />
Je l&#8217;ai dit quand je n&#8217;inaugure pas je m&#8217;ennuis très vite.<br />
Aprés avoir fait trois fois le tour du navire, je suis à deux doigts de courir à mon tour à l&#8217;inauguration, lorsque que quelque chose m&#8217;arrête, sans doute le sens de mes devoirs.<br />
Et puis je viens d&#8217;apercevoir sur le quai, une forme&#8230; et même des formes qui ne me sont point-t-inconnues.<br />
-Ouh! Ouh! Il y a quelqu&#8217;un? Je peux monter?<br />
Mais c&#8217;est&#8230;. mais oui la charmante épouse de mon tailleur, elle porte à bout de bras les trois uniformes de parade que j&#8217;ai commandés à  son époux:<br />
-Ah Monseigneur je suis bien contente de vous trouver! Je me suis permis de venir vous livrer moi-même vos costûmes, mon mari les a terminés ce tantôt et&#8230;<br />
-Rien ne pressait madame.<br />
-Si, si justement ça pressait! Bon, il faut un dernier essayage&#8230; et puis mon mari n&#8217;est pas là ce soir, il est invité à l&#8217;inauguration &#8230;<br />
-Du Crazy mambo?<br />
-Non, non du foyer pour jeunes filles écornées qu&#8217;ont monté les Diaconesses de Port Glandulk&#8230; si vous voulez que l&#8217;on fasse les essayages tout de suite Monseigneur.<br />
L&#8217;essayer c&#8217;est l&#8217;adopter! La diabolique rouquine n&#8217;a rien perdu de ses qualités de fond.<br />
Nous sômmes dans le plein abandon de nos sens lorsque une demie-douzaine d&#8217;hirsutes font irruption dans ma cabine l&#8217;arme au poing.<br />
-Debout Pèpère on va promener!<br />
Je me léve,  nu et  érigé de toute parts, si je puis dire, je me montre ferme&#8230; enfin sec, très sec:<br />
-Ah non celà suffit maintenant! Et d&#8217;abord qui êtes-vous?<br />
-Le Front de Libération  de l&#8217;Ilôt Gabor?<br />
-C&#8217;est où ça?<br />
-Béh c&#8217;est ici, enfin à côté.<br />
J&#8217;essaie de me souvenir de la géographie des lieux, de fait l&#8217;Archipel des Futraks compte un nombre incalculable d&#8217;iles et d&#8217;ilôts s&#8217;ils réclament tous leur indépendance ça promet quelques séances de nuit à l’ONU.<br />
Malgré ma résistance ils parviennent à m&#8217;empoigner, me ligoter et m&#8217;emmener avec eux, ils me jettent dans une barque et nous voguons vers le funeste ilôt.<br />
Après quelques coups de rames nous y débarquons.<br />
Avouons-le ma surprise n&#8217;est point complète d&#8217;y découvrir sirotant des cocktails ici bien moins qu&#8217;exotiques: N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu et le gouvernement tsilongais en exil &#8230; ou plus exactement en chaise longue.<br />
21 au 23 Juillet<br />
Depuis deux jours je boude mais ils s&#8217;en fichent bien et de mes lunettes noires autant.<br />
Je refuse toute nourriture ou Daïquiri frappé.<br />
Je fais la gréve de la faim et de la soif&#8230; j&#8217;ai soif il fait quand même 36 ° à l&#8217;ombre et ils m&#8217;ont mis au soleil.<br />
Pendant ce temps N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu et le gouvernement tsilongais picolent à longueur de journée, il faut dire que le siége du Front de Libération Gaborien est un bar de plage déguisé en paillote.<br />
-Allez Pépère tire pas la tronche, les pourparlers ont commencé.<br />
Ils se déroulent au porte voix, l&#8217;Ilôt Gabor est juste à côté de Port Glandulk à moins de vingt brasses, et ces entretiens gueulés enlévent toute dignité aux débats.<br />
Des touristes en pédalo s&#8217;apprôchent de l&#8217;ilôt pour participer à ce qu&#8217;ils croient être quelques nouvelles festivités.<br />
De l&#8217;autre côté le Ministre d&#8217;état aux Pipoles négocie ma libération aux meilleurs conditions:<br />
-&#8230; 300 000 $ Futraks pour ça, non mais vous rigolez! Son dernier bouquin s&#8217;est vendu à 3000 exemplaires!<br />
-3087 rectifiai-je.<br />
Il n&#8217;y a que des marxistes pour s&#8217;enticher ainsi indéfiniment d&#8217;argent et de réussite matérielle.<br />
-C&#8217;est quand même le mari de la Reine quoi merde!<br />
-Justement ça si vous pouvez l&#8217;en débarasser. Allez on vous paye un entraînement de trois mois dans un camp du Hezbollah en demi-pension&#8230;<br />
La proposition semble plaire à mes géôliers tsilongais très curieux des dernières nouveautés en matière de tactiques révolutionnaires et de prise d&#8217;ôtages, on croirait des ménagères invitées au salon des arts ménagers.<br />
-D&#8217;accord mais en pension compléte!<br />
-C&#8217;est bon alors vous le relâchez !<br />
-Et notre indépendance! Protestent les indépendantistes Gaboriens.<br />
-C&#8217;est vrai ça et pour les collégues révolutionnaires du Front de Libération Gaborien (F.L.G) vous pouvez rien faire?<br />
Les officiels se concertent, ils se mettent tous à téléphoner en même temps sans doute à la même personne: Jon-Bob Kombinartkë leur époustouflant président :<br />
-D&#8217;accord le président vous accorde l&#8217;indépendance mais vous nous laissez trois heures pour démonter et rapatrier tout ce qui est  propriété de l&#8217;état Futrak.<br />
-On en a pas besoin de vos saloperies impérialistes! Nous allons vous prouver que de ce jour qui marque notre libération nous sômmes pleinement autonômes, indépendants, autosuffisants et responsables.<br />
Et ils se mettent à entonner l&#8217;hymne gaborien qui commence par &#8220;en avant&#8221; et finit par &#8220;tous derrière&#8221; et que tous les valeureux combattants ne connaissent pas encore par coeur.<br />
Là-dessus débarque d&#8217;un bateau, qui vient d&#8217;accoster, une centaine de types en salopette portant sur le dos un logo: &#8220;Futrak International resort &#038; entertainement Corporation&#8221;, c&#8217;est étonnant à voir, avec beaucoup de professionnalisme ils commencent par  replier les palmiers qui se révélent être télescopiques, après quoi ils enroulent  la plage de sable qui est en fait une moquette épaisse fort bien imitée, emportent les touristes et les vendeurs de plage électroniques, démontent les paillotes en plastique thermoformé, remballent le tout dans des caisses capitonnées, enfin le chef d&#8217;équipe, aprés un dernier contrôle visuel  panoramique, très naturellement se baisse, il tire sur un bouchon fixé au sol et un sifflement pneumatique  se fait entendre et tout autour de nous l&#8217;Ilôt Gabor se met à rétrécir&#8230; rétrécir&#8230; rétrécir&#8230; jusqu&#8217;à retrouver la surface d&#8217;un studio de location pour seize personnes dans une station de sports d&#8217;hiver en haute saison.<br />
Le ministre d&#8217;Etat aux Pipoles gueule dans son mégaphone:<br />
-Et n&#8217;oubliez pas de le délivrer et de nous le ramener!<br />
Une fois délié, je m&#8217;apprôche de N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu qui avouons-le en ces instants a plutôt l&#8217;air&#8230; de ce qu&#8217;il est. Ce garçon ne porte définitivement pas bonheur aux causes qu&#8217;il dessert et aux territoires qu’il libère.<br />
-Un pour N&#8217;Gutu! Shhtaapfff!<br />
Je viens de lui décocher un superbe crochet du droit à la face:<br />
Que je compléte d&#8217;un gauche tout aussi vaillant:<br />
-Et l&#8217;autre pour N&#8217;Gutu! Schhttooopff!  </p>
<p>Ah mais quand même ce type ne s&#8217;imaginait quand même pas pouvoir prendre rang de tourmenteur officiel du Prince Raoultkë de Nordnmark ! Je choisis mes fournisseurs moi!</p>
<p>Avec tout ça j&#8217;ai pris un coup de soleil effrayant, je suis rouge de la tête aux pieds. J&#8217;embarque sur le bateau du ministre, les indépendantistes ex-gaboriens se regardent avant de gueuler:<br />
-Attendez-nous on travaille à la mairie, il faut qu&#8217;on reprenne le boulot.<br />
C&#8217;est étonnant ce goût qu&#8217;ont les irrédentistes, révolutionnaires et autres indépendantistes échévelés  pour la fonction publique et les emplois de bureau.<br />
Le gouvernement tsilongais après avoir relevé leur chef et baissé la queue quitte à son tour l&#8217;ex-ilôt maudit.<br />
24 Juillet<br />
Tout est prêt à bord pour le départ, je ne suis pas fâché de m&#8217;éloigner de cet endroit dont je garderai quelques souvenirs cuisants, c&#8217;est la cas de le dire, et d&#8217;autres fort agréables, d&#8217;ailleurs le plus agréable a tenu à se déplacer jusqu&#8217;ici pour nous dire au revoir, malheureusement c&#8217;est un souvenir accompagné de son mari, dommage je lui aurais bien fait des Adieux plus circonstanciés à la délurée rouquine.<br />
L&#8217;amiral Shippstern-Bahlsen en grand unifôrme, nous le sommes tous, se fait admirer plus que de raison dans le commandement de la manoeuvre, il prend des poses devant les populations mêlées qui ont envahi les quais.<br />
-Tribord arrière 60! Stop! 3° degrés babord avant&#8230; j&#8217;ai dit 3°&#8230; enfin quoi mes enfants&#8230; là stoooopppp! Machines en avant toutes route à 74!<br />
Il faut dire aussi que dans la nuit un porte-avions nucléaire américain le USS Flatulance est venu nous serrer et que celà braque mal un contre-torpilleur. Enfin nous voilà délivrés et nous filons vers le chenal à bonne allure quand un jeune inconscient juché sur l&#8217;un de ces maudits scooters de mer nous barre la route, l&#8217;Amiral patine un peu il faut en convenir, il commande un : &#8220;Lâcher tout quoi merde!&#8221; qui ne me semble ressortir d&#8217;aucun manuel de navigation et que sanctionne un terrible bruit de tôle.<br />
Je rassure les âmes sensibles, le scooter n&#8217;a rien, en revanche nous, nous coulons.<br />
Nous coulons trés proprement, très sereinement, mais nous coulons.<br />
-Vous avez un hobby, Amiral?<br />
-Je pêche un peu quand j&#8217;ai le temps&#8230; Monseigneur.<br />
-Eh bien à l&#8217;avenir vous aurez de grands loisirs mon cher, j&#8217;y veillerai.<br />
Je m&#8217;emporte, mais nous avons déjà l&#8217;eau à la taille.<br />
Heureusement les garde-côtes Futraks viennent nous secourir très vite, il faut dire qu&#8217;ils n&#8217;ont pas beaucoup de chemin à faire. Nous n&#8217;avons pas à déplorer de victîmes dans nos rangs même pas l&#8217;amiral que j&#8217;aurais pris pourtant plaisir à déplorer.<br />
Le plus pénible c&#8217;est encore notre retour mouillé, décevant et précipité convenons-en sur le quai toujours plein de monde.<br />
Le Président Jon-Bob nous envoye une cellule de soutien psychologique, met une caserne à notre disposition et me propose d&#8217;affrêter un charter low-cost sans suppléments hormis pour le kéroséne, les pilotes et les hôtesses (27 heures de vol quand même! Quelle idée aussi de coloniser aussi loin! Il faut dire que nous nous y sommes pris tard et quand nous avons voulu coloniser tout était déjà retenu, la colonisation civilisatrice c&#8217;est comme les locations de vacances il vaut mieux s&#8217;y prendre longtemps à l&#8217;avance!), je me vois mal revenir en charter à Upshloüt aprés l&#8217;avoir quitté en contre-torpilleur, je m&#8217;en ouvre à mes fidéles compagnons: John Brank, Petcho Larigaïe et le père Fulmance des Emplettes.<br />
Nous sômmes tous assez abattus, jusqu&#8217;à ce que Eric le Mauve entre hilare dans le bureau:<br />
-Je crois qu&#8217;ils ont retrouvé le moral! Dit-il en nous désignant la cour de la caserne où les psychologues et les infirmières dansent repeints en rouge et fort spirituellement remplumés avec de la colle à moquette et du duvet d&#8217;oreiller sous les plaisanteries de nos équipages, il y a peu abattus et maintenant tout à fait conquérants.<br />
Quel meneur d&#8217;hommes!<br />
-Je vous en prie baron, la cellule de soutien psychologique nous a été prêtée seulement par les autorités, elle ne nous appartient pas il nous faudra la rendre en bon état de préférence.<br />
-Bah les gars s&#8217;amusent, c&#8217;est pas méchant!<br />
Quelques cris nous renseignent sur la tournure que prend le chahut:<br />
-Evitons quand même le viol collectif, voulez-vous mon cher Baron.<br />
-A vos ordres Tétesse, mais ça va pas être facile de les occuper pendant tout ce temps!<br />
-Eh bien faîtes leur donc repeindre la caserne plutôt que les psychologues.<br />
-A vos ordres Tétesse!<br />
Il claque des talons et s&#8217;en va&#8230; pour revenir quelques secondes après:<br />
-Quelle couleur?<br />
-Mais je m&#8217;en fous bien Baron mauve!&#8230; euh mauve faîtes ça en mauve, celà calme parait-il encore que&#8230;<br />
A cet instant le téléphone retentit comme dans les meilleurs séries télévisées c&#8217;est Jon-Bob qui  prend de mes nouvelles, je le remercie pour ses attentions et lui demande s&#8217;il ne pourrait mettre à notre disposition quelque &#8216;esquif:<br />
-C&#8217;est qu&#8217;on est pas trop une puissance maritîme malgré nos prédispositions insulaires, écoutes vieux (oh cette manie qu&#8217;il a de tutoyer tout le monde!) je vais t&#8217;envoyer mon secrétaire d&#8217;état  aux &#8230; problêmes sociétales&#8230;<br />
-Taux! Les problêmes, j&#8217;imagine qu&#8217;ils sont plusieurs !<br />
-Ah ouais tiens don&#8217; la merde j&#8217;y avais pas pensé il va falloir que je fasse un remaniement alors! Enfin tu vas voir il va te trouver une solution allez on se phone hein à +.<br />
Ce garçon est ce que la démocratie a fomenté de plus répugnant depuis l&#8217;invention des toilettes publiques.<br />
Toujours est-il que le secrétaire d&#8217;état aux problêmes sociétales sus mentionné nous rejoint assez tôt et qu&#8217;il paraît bien décidé à trouver une solution à nos ennuis:<br />
-C&#8217;est que des bateaux on en a pas de trop et si on vous repasse trois pédalos ça fera pas votre affaire, notre flotte c&#8217;est surtout des thoniers, des pipoliers et des connardiers&#8230; des yachts et des paquebots de croisière quoi ! Si vous voulez Monseigneur on pourrait aller faire un petit tour sur le port voir si on ne peut pas vous trouver quelque chose.<br />
De fait je me rends compte de visu et in situ qu&#8217;il y a beaucoup de yachts et de paquebots, certains yachts détaxés étant même plus grands que les paquebots, mais des navires de guerre en état et surtout dans nos prix il y en a peu! Sir John Brank a organisé une quête qui a recueilli 6589 Brelotqs ce qui fait à peu prés 500$ Futraks.<br />
-Il y aurait bien un aviso libanais, ils sont arrivés le mois dernier ils se sont égarés après des manoeuvres en Méditerranée on peut toujours essayer.<br />
Mais les libanais demandent un prix exorbitant de leur barcasse qui est tout au plus une grosse vedette trafiquée.<br />
-Mais je suis con moi! Il y a Jean-Françouais qui pourrait vous dépanner! Jean-Françouais c&#8217;est son surnom, son vrai nom c&#8217;est Jean-François Beursec-Bombsec. C&#8217;est un gars qui tient une baraque à frites sur le port, un français, un sous-marinier il est arrivé l&#8217;hiver dernier à bord du &#8220;Françoise Dolto&#8221; un sous-marin nucléaire lanceur d&#8217;engins français, avec les événements en ex-France ils avaient même plus le rond pour payer l&#8217;anneau sur le port et puis ils se sont engueulés il y aurait même eu des cas de cannibalisme, ils se sont rapatriés en s&#8217;engageant comme soutiers sur un cargo chinois sauf le capitaine de frégate Beursec-Bombsec qui était commandant en second et qui a ouvert une guinguette sur son batîment ça fait venir les touristes et ça lui paye sa place sur le port mais je crois qu&#8217;il voudrait bien rentrer maintenant, vous pourriez lui proposer de vous le vendre ou de vous le louer&#8230; excusez-moi on m&#8217;appelle&#8230;<br />
Son costûme se met à s&#8217;illuminer, vibrer, siffler, philarmoniser, c&#8217;est son téléphone portable, je comprends qu&#8217;il parle avec son reluisant Président  et raccroche rayonnant:<br />
-Jon-Bob, à la suite de votre remarque, vient de me remanier il m&#8217;a promu Ministre des Affaires Sociaux .<br />
Nous allons discuter avec mon compatriote le capitaine de frégate Jean-François Beursec-Bombsec, c&#8217;est un marin comme je les aime, breton de  vieille et haute école, très attaché à son batîment et aux usages de &#8220;la Royale&#8221;, il est en plein coup de feu, il a l&#8217;air de bien marcher son petit commerce, il a arrangé le sous marin accroché des petits drapeaux et des lampes multicolores, c&#8217;est charmant, nous prenons langue mais il se montre intraitable, il veut bien nous louer son sous-marin mais rien à faire pour nous le vendre.<br />
-Arrivé à la maison, au Plessis Bouchard je le mettrais sur câle comme ça je l&#8217;aurais sous les yeux, le matin en me levant!<br />
Belle figure de breton!<br />
Nous nous mettons d&#8217;accord enfin autour d&#8217;une bolée de cidre de banane sur un prix de location (haute saison quand même!) assorti d&#8217;une certaine somme forfaitaire pour l&#8217;achat du kéroséne.<br />
Premiers incidents quand notre regrettable Amiral veut décrocher la guirlande de lampions, repeindre en rose le batîment et rebaptiser le navire.<br />
25 Juillet<br />
Tout est prêt à bord pour notre second départ, il n&#8217;y a que le bord qui change<br />
-C&#8217;est que&#8230; je n&#8217;ai jamais conduit ça moi! S&#8217;inquiéte l&#8217;amiral devant ce redoutable engin mis à la pleine disposition de son incompétence.<br />
-Vous pouvez difficilement faire plus mal qu&#8217;en surface mon cher. Allons un peu de courage que Diable! Mettez-nous à l&#8217;eau!<br />
C&#8217;est terrible la vie dans un sous-marin celà sent abominablement des pieds, très vite, pourtant je me fais à cette vie simple et quasi monacale à bord du &#8220;Françoise Dolto&#8221;, je réquisitionne pour mon usage personnel: une petite suite très simple: chambre, dressing, salle de bains, petit salon. Pezzolino dort dans la baignoire, à la guerre comme à la guerre et je me fais un plaisir chaque matin de le réveiller moi-même en me faisant couler un bain.<br />
Phénomène étrange lorsque je prends mon bain le matin le bâtiment penche sensiblement sur l&#8217;avant et s&#8217;enfonce et lorsque Pezzolino vide la baignoire éh bien nous remontons, curieux non?<br />
Les marins qui sont par vocation et formation des marins de surface ont quelque mal à se faire à cette vie immergée et assez exiguë, par rapport à un contre torpilleur, un sous-marin c&#8217;est petit, tout petit. Et je croise quelques fois des regards hostiles, surtout le matin quand ils font la queue devant les toilettes uniques et tout aussi hostiles, on l&#8217;imaginera sans peine.<br />
Bien heureusement nous n&#8217;avons point embarqué nos tsilongais, ils sont partis pour leur stage de formation lointain dans un camp du Hezbollah. Le Président Jon-Bob n&#8217;ayant pas voulu leur payer leurs billets d&#8217;avion, de fait et fort astucieusement, ce n&#8217;était pas compris dans l&#8217;accord, ils ont pris un charter australien qu&#8217;ils ont détourné sur l&#8217;afrique du nord, aux dernières nouvelles le gouvernement tsilongais en exil et en fuite  auraient détourné un autocar de pélerins algériens vers la Syrie, il faut reconnaître que ces gens-là sont infatigables.<br />
Le capitaine de frégâte Beursec-Bombsec est lui aussi assez fatigant, il veut que l&#8217;on ne touche à rien de son petit intérieur, il se proméne partout avec son plumeau, rajuste les napperons brodés sur les écrans des radars de veille, cela ne facilite pas la concentration non plus que les manoeuvres.<br />
Le plus pénible c&#8217;est ce réflexe de gargottier qu&#8217;il a acquis durant sa sédentarisation forcée, dés qu&#8217;il avise un batîment de surface, il sort les tables, les chaises et les parasols et  tente d&#8217;en rameuter l&#8217;équipage à coups de promotion sur la pizza Margarita et la bière fraîche.<br />
La solution nous vient bien vite de ce cher Petcho Larigaïe qui parvient à l&#8217;engager dans une folle partie de cartes, à la fin de laquelle, l&#8217;obstiné breton se retrouve avoir à faire face à une dette considérable de 4 589 632 haricots secs payable comme toute dette de jeu sous vingt-quatre heures, il hésite longtemps entre son honneur de navigateur et son autre de joueur et finit par signer un papier avalisant la cession de son batîment à la Marine Royale Nordmoise.<br />
Pour le consoler je lui dis que dés que je le pourrai je ferai retirer le batîment du service actif et le lui rétrocéderai et en attendant pour le consoler je le nomme mon conseiller spécial à la cour pour les affaires maritîmes, il en est enchanté, il ne s&#8217;imaginait pas une fin de carrière aussi heureuse.<br />
26 Juillet<br />
Les marins ont retrouvé une certaine bonne humeur, peut-être trop, à midi alors que j&#8217;étais monté sur la passerelle boire un dry Martini en terrasse avec le cher Beursec-Bombsec (B.B pour les intîmes quand ils ne sont pas de quart !), ils ont bloqué l&#8217;écoutille et le sous-marin s&#8217;est mis à s&#8217;enfoncer, je n&#8217;avais pourtant pas oublié de faire vider ma baignoire par le fidèle et rhumatisant Pezzolino.<br />
Passés dix bons mètres de plongée, et après que nous eûmes abondamment frappé sur la paroi avec la bouteille de Martini pour manifester notre présence, ils se sont décidés à remonter.<br />
J&#8217;ai mis en garde l&#8217;Amiral contre de tels manquements, préjudiciables à la conservation du navire et de ma personne.<br />
Il s&#8217;est excusé mais je lui ai signifié que peu m&#8217;en chaillait de ses excuses.<br />
Dés mon retour, je vais me pencher avec attention sur la poursuite de sa carrière, je trouve de plus en plus qu&#8217; il a toutes les qualités pour faire un bon gardien de phare, et puis jamais personne, que je sache, n&#8217;est parvenu à couler un phare!<br />
Nous passons au large des Pepsicos Islands et le capitaine Beursec-Bombsec en profite pour me faire une démonstration des qualités et des ressources de son batîment qu&#8217;il adore.<br />
Le &#8220;Françoise Dolto&#8221; est un sous-marin lanceur d&#8217;engin de la classe du « Consternant » le dernier modéle, très fashion quoi, de fait il peut à peu prés tout lancer depuis la gaufre de consommation locale jusqu&#8217;au missile balistique destiné à un public plus intercontinentale.<br />
-Nous pourrions faire un exercice d&#8217;entraînement qu&#8217;en pensez-vous Monseigneur? Et puis cela entretiendrait le matériel autant que le moral de l&#8217;équipage.<br />
Ah il l&#8217;aime son batîment, le brave Beursec-Bombsec, ce breton me plaît.<br />
-Et pourquoi non cela permettrait peut-être à notre commandant de reprendre un peu en mains son équipage!<br />
L&#8217;Amiral obéit à contre-coeur:<br />
-Vous savez Monseigneur, ça cocotte, forcément avec le manque de place, le délégué syndical voudrait qu&#8217;on leur applique la convention collective des sous-mariniers plus avantageuse que celle des marins de pont&#8230;<br />
-Ah rompons-là voulez-vous Amiral et commandez plutôt l&#8217;exercice en terrasse avec nous!<br />
-Je préfére me tenir prés de mes hommes. Me répond-il séchement ce qui n&#8217;est jamais sans mérite pour un marin exposé aux embruns.<br />
Très vite les alarmes retentissent, je suis attablé sur la passerelle à déguster mon troisiéme dry Martini près de ce cher Beursec-Bombsec qui chronométre en mains surveille l&#8217;exercice.<br />
-S&#8217;ils lancent en moins de 10 &#8216; ce sera très honorable même si nous-mêmes ne mettions guère plus de 7&#8242; mais nous étions joliement entraînés à la fin.<br />
Je le sens ému, il empoigne mes jumelles pour cacher ses yeux mouillés.<br />
Nous nous trouvons au large des Pepsicos Islands, où nous comptons aborder pour faire le plein de bière.<br />
C&#8217;est un archipel indépendant sur le papier mais que l&#8217;on dit sous forte influence américaine depuis qu&#8217;ils y ont installé deux usines d’embouteillages, trois camps de 87 000 hommes et un commandement intégré modéle depuis quoi ils bombardent qui ils veulent à travers le monde.<br />
A notre neuviéme Martini il n&#8217;y a toujours rien eu de lancé, quand enfin irrupte avec une force prodigieuse des entrailles de notre nef un&#8230; un frigo qui s&#8217;éléve très haut dans le ciel et ne retombe point:<br />
-Ah les salauds mon frigo! S&#8217;exclame Beursec-Bombsec sincérement peiné.<br />
L&#8217;Amiral Balhsen passe la tête par l&#8217;écoutille ouverte:<br />
-Alors combien?<br />
-77&#8242; et 49&#8221; annonce ricaneur Beursec-Bombsec. Je crois que vous pouvez gagner 49&#8221; sans trop de difficultés, mais je vous signale que les réserves de bière étaient dans le frigo.<br />
L&#8217;Amiral redescend en engueulant ses hommes pour la bière fraîche mise en orbite basse. Il semble de fort mauvaise humeur, il veut sa revanche.<br />
Je pense que c&#8217;est quelque part entre le 23° et le 37° Martini, mes souvenirs sont assez vagues sur ce point, que nous avons vu surgir de notre Léviathan moderne l&#8217;énorme et magnifique engin, une fusée, rien de moins, qui monte en majesté vers les cieux, toute blanche et d&#8217;une parfaite et entretenue immaculence.<br />
Cette fois l&#8217;Amiral a bien fait les choses, reconnaissons-le &#8230; et presque dans les temps.<br />
Il repasse par l&#8217;écoutille sa tête hilare:<br />
-Alors elle est pas belle celle-là!<br />
-Très réussi! Et vous l&#8217;avez réglée sur quelle destination?<br />
-Réglé? Ah mais on a rien réglé? Pourquoi il y a quelque chose à régler?<br />
A ce moment nous voyons le terrible engin redescendre à vive allure vers les plages touristiques et pleines de monde en ces heures de bureau des Pepsico Islands.<br />
-Dîtes-moi cher ami vous n&#8217;avez pas mis de charge au moins?<br />
-On a pris ce qu&#8217;il y avait sur l&#8217;étagèr&#8230;<br />
Beursec-Bombsec se met à genoux, c&#8217;est souvent chez les bretons quand le vent souffle:<br />
-Bon Dieu quinze ans que j&#8217;attendais ça! S&#8217;exclame-t-il en nous désignant le beau champignon fumigène qui vient de couronner les Pepsico Islands.<br />
Je me lève, un peu en colère devant tant de légèreté:<br />
-Eh bien Messieurs je crois qu&#8217;il est inutile de faire escâle ici, de toutes les façons la bière sera chaude.<br />
Le Père Fulmance, arrivé parmi nous parce qu&#8217;il ne trouve plus de bières en bas, prend la chose avec son élévation spirituelle habituelle:<br />
-D&#8217;un simple point de vue humain il y en a certainement pour assez cher.<br />
-Vous savez ça reste du tactique léger mon père, du bon vieux 3 mégatonnes des familles. Bah ça gratte un peu mais un bon raz de marée là-dessus et il n&#8217;y paraîtra plus rien. Conclut sobrement Beursec-Bombsec<br />
L&#8217;Amiral commande la plongée et nous prenons cap à l&#8217;ouest sans demander notre reste.<br />
29 Juillet<br />
Après avoir folâtré quelque peu sur les océans, mais après tout c&#8217;est les vacances, nous arrivons à Los Angeles pour les manoeuvres navales Nordmo-Américaines.<br />
Les autorités navales américaines sont un peu déçues ils attendaient un contre-torpilleur et ils voient arriver un sous-marin lanceur d&#8217;engins.<br />
Quelle idée aussi d&#8217;organiser des manoeuvres aussi loin de chez nous, d&#8217;ailleurs pour dire la vérité notre participation est somme toute assez symbolique, les américains mettant en ligne 62 bâtiments de surface dont 14 porte avions à propulsion nucléaire et nous outre le Françoise Dolto rebaptisé Ingrid Bergmon à la hâte et à la suite d&#8217;un erreur du peintre qui s&#8217;est trompé dans les prénoms, Ingrid Bergmon étant comme chacun le sait une combattante féministe nordmoise morte héroïquement au combat les ciseaux à la main dans les toilettes du stade Olympique d&#8217;Upschloüt dans les années 70 le soir d&#8217;une finale de la Coupe de Nordmark, nous ne pouvons aligner qu&#8217;une vedette des Douanes transportée à dos d&#8217;hommes depuis la Baltique.Ne nous leurrons pas, nous ne faisons que de la figuration, la plus intelligente possible. Le théme des manoeuvres est simple:<br />
&#8220;On disait que ces salauds de russkofs essayent d&#8217;envahir la grande banlieue de Los Angeles et d&#8217;asservir le monde libre, traitez-moi cela en douze heures sans vous servir de l&#8217;aviation ni de Chuck Norris mais vous pouvez utiliser des missiles intercontinentaux à têtes multiples et vous aider d&#8217;un rapporteur!&#8221;<br />
Comme on le voit, on ne se renouvelle pas beaucoup dans la Marine américaine.<br />
Pour notre part nous demeurons en queue de peloton à actionner les sirênes pour saluer les populations attroupées sur les quais et au retour l&#8217;on ne dispute même pas le sprint final.<br />
 Au soir lors du dîner officiel clôturant les manoeuvres, j&#8217;ai mis l&#8217;uniforme vert pâle en soie sauvage que m&#8217;a taillé le talentueux tailleur des Isles Futrak, avec une belle chemise à jabots et des chaussures italiennes, je fais sensation auprès de la gente féminine, elles me veulent toutes et tout de suite, ces américaines sont le plus souvent privées de vrais mâles, surtout ici à Los Angeles.<br />
L&#8217;amiral O&#8217;Sweatie commandant la 71° Flotte est lui même le premier amiral irlandais transgenre de la Marine américaine, il arrive en longue robe décolletée. Entendons-nous je n&#8217;ai rien contre les homosexuels et autres tarlouzes ou folles de placard mais pourvu qu&#8217;elles gardent leurs distances, ne fassent pas de prosélytisme et n&#8217;essaient pas de sauter le mur (ou autre) du pénitencier ou de l’asile psychiatrique.<br />
Ceci mis à part c&#8217;est une personne charmante elle/il me dit que le Président de la République Française a été cueilli en sortant des Nations Unies et qu&#8217;il est actuellement en garde à vue dans un Commissariat de la 47° rue à New York pour &#8220;Génocide aggravé d&#8217;estivants du corps de troupe de l&#8217;armée des Etats-Unis d&#8217;Amérique&#8221;.<br />
-Ah tiens don&#8217; et pourquoi don&#8217;?<br />
-Vous n&#8217;êtes pas au courant Monseigneur ?<br />
-Vous savez Amiral sur un sous-marin les journaux arrivent mal.<br />
-Il aurait fait balancer un frigo atomique (Atomic Fridge) sur notre établissement des Iles Pepsico.<br />
-Un frigo atomique diantre! Vous entendez ça John Brank? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;on ne va pas inventer maintenant! Et comment est-on sûr que les français soient au départ de la chose?<br />
-On a retrouvé la garantie dans le compartîment à oeufs, il a été acheté au magasin Darty de Lorient.<br />
-Bigre ça ne s&#8217;arrange pas pour lui on dirait.<br />
-C&#8217;est grave! Insiste O&#8217;Sweatie, il risque de perdre sa retraite de fonctionnaire de la CIA.<br />
Pour remettre un peu d&#8217;entrain je fais valser l&#8217;Amiral O&#8217;Sweatie, il/elle chausse du 49 et il est préférable de garer ses vernis quand elle/il change de bord.<br />
Toutes ces formalités accomplies nous ne prenons pas même le temps de visiter la ville malgré les sollicitations d&#8217;un carnet d&#8217;adresses prestement rempli, nous mettons le cap sur la Floride où je vais retrouver ma douce, tendre, candide &#8230;. mais oh combien coupable Klopilde.<br />
Je donne à Beursec-Bombsec l&#8217;autorisation de raccrocher ses lampions et de remettre ses tables sur le pont, les hommes sont détendus, ils font des grillades et boivent de la bière&#8230; fraîche, ce cher et délicieux John Brank nous ayant fait livrer un nouveau frigo, les vacances commencent bien.<br />
31 juillet<br />
La Floride nous voilà! Non ce ne doit pas être ça.<br />
L&#8217;avantage avec un sous-marin atomique c&#8217;est que l&#8217;on n&#8217;a nul besoin en route de s&#8217;arrêter pour ravitailler, l&#8217;inconvénient c&#8217;est que l&#8217;on ne peut collecter et collectionner ces petites figurines ou ces gadgets amusants que distribuent chaque fois que vous y faîtes le plein, les pétroliers ravitailleurs véritables stations service de la mer.<br />
Malgré tout la propulsion atomique vous donne une liberté étonnante et fort agréable. Imaginez cela sur un pédalo et le concept même de loisirs en est changé. Je jette sur le papier ces quelques idées originales, il me semble, en prévision d&#8217;un prochain livre que je prépare où j&#8217;entends bien livrer ma vision du monde actuel et à venir. Le réchauffement climatique, la fonte de la culôtte glaciaire après un régîme dissocié même la place du caleçon dans nos sociétés contemporaines, j&#8217;essaierais d&#8217;aborder tout sans idées préconçues et avec ma propre sensibilité d&#8217;écrivain.<br />
Dés que nous abordons au matin, je fonds sur un taxi, lui donne l&#8217;adresse de ma douce mais coupable Klopilde, depuis ses épousailles surprenantes elle loue une grande maison en ville, à proximité de l&#8217;Université.<br />
Quand j&#8217;arrive chez elle la maison est pleine de jeunes gens avachis sur les canapés défoncés, défoncés je pense que les jeunes gens sus nommés le sont aussi un peu, cela sent une drôle d&#8217;odeur, une manière de parfums de tabacs turcs et de senteurs d’orient qui flotte dans l&#8217;air, j&#8217;ouvre en grand les fenêtres, il fait un soleil magnifique, après quoi j&#8217;appelle :<br />
-Klo-Klop ! C&#8217;est Papatkë!<br />
Mais elle ne répond point, je visite la maison, toutes les chambres sont pareillement occupées par des jeunes gens, plus ou moins jeunes d&#8217;ailleurs, mais tous ronflants et débraillés, certains sont même fort nus!<br />
-Klopilde où es-tu?<br />
-Ici! Me répond une voix mâle qui n&#8217;est nullement celle de mon enfant, elle provient de la cuisine, j&#8217;y cours, un homme en cottes bleues est à demi enfoui sous l&#8217;évier de la cuisine:<br />
-Je Lopeck Glissenski. Vous cherrche Klopilde ma femme, elle êtrre bibliotek Universitek? La clef de 12 je please!<br />
-Ah bien: Fort bien! Vous êtes donc son époux! Fort bien je suis son papa Prin&#8230;.<br />
Je me retiens de décliner mes tîtres et dignités, qui risqueraient de quelque peu amidonner nos relations que je veux ouvertes et dénuées de tout préjugé, ce n&#8217;est pas parce que ce foutu prolo slave s&#8217;est payé une petite pute dans les toilettes d&#8217;un aéroport international et que cette petite pute est ma fille qu&#8217;il me faut lui en tenir éternellement rigueur!<br />
-Raoul de Bonpéze.<br />
Il me tend la main, je la lui sers, cela dure, il ne veut pas la lâcher enfin il dit toujours sans sortir de sous son évier:<br />
-&#8217;pouvez pas passer moi la clef de 12 ! Je please.<br />
-Mais&#8230; mais bien sûr, la clef de 12 donc&#8230;<br />
Je fouille dans sa sacoche en cuir de plombier et je la lui rapporte triomphant:<br />
-Voilà la clef de 12!<br />
-Pas la débouchée, la plate! Je rre-please.<br />
Je me conforme à ses souhaits, je les satisfais même, il grogne quelque chose en polonais non sous titré mais qui ressemble fort à un remerciement mal articulé.<br />
-Ce sont des camarades de Klopilde?<br />
-Ah ça êtrrre petits cons! Marrrteau je please!<br />
Je lui dis toute l&#8217;estîme que j&#8217;ai pour les métiers manuels.<br />
-Gagner crrroûte bientôt môme faut bien!<br />
Je lâche son marteau sur mes pieds:<br />
-Aïe ! Vous voulez dire que Klopilde est enceinte?<br />
-Tac! Pas elle dirrrre papa?&#8230; Moi dirrre Marrrrteau!<br />
Il commence à m&#8217;agacer avec ses outils, je ne suis pas infirmière mais bientôt grand-pérrre! Je lui passe quand même son foutu marteau.<br />
-Vouloirrrr café?<br />
-Je&#8230; je veux bien.<br />
-Toi fairrrre deux tasses, cafetiérrrres là-bas!<br />
 Il m&#8217;agace ze polish plummer avec ses roulements de &#8220;r&#8221;!<br />
Enfin, je fais du café pour deux, je lui tends la tasse, il est toujours en immersion sous son évier, il aurait du faire sous-marinier plutôt que plombier ce garçon.<br />
-Je vais un peu m&#8217;aérer et me détendre les jambes.<br />
Je le laisse à ses problèmes de tuyauteries pour aller marcher dans le jardin et méditer un peu. Le jardin est charmant quoique salissant, il est jonché d&#8217;énormes crottes de chien. Je suspends très vite me exercices et laisse là mes méditations car deux énormes molosses viennent à ma rencontre en aboyant et en me montrant les dents.<br />
 Je retourne à la cuisine, mais mon &#8230; beau-fils a disparu, j&#8217;appelle:<br />
-Lopeck! Cher ami où êtes-vous?<br />
-Je êtrrre là!<br />
Je le retrouve dans la salle de bains, sous la baignoire.<br />
- Pas énerrrevez les chiens! Clef de 12 je please.<br />
Je suis à deux doigts de la lui balancer à la figure mais un: de figure je ne vois point et deux: c&#8217;est alors que j&#8217;entends la douce voix de ma tendre Klopilde:<br />
-Bonjour les gentils chiens&#8230; oui vous êtes mignons mes amours&#8230; oh mais dîtes donc vous êtes encore là vous! Coquins! Allez mes bons amis rhabillez-vous et remettez un peu d&#8217;ordre voulez-vous&#8230; Lopeck mon ravichou  adoré  tu es là?<br />
-Je êtrrre sous baignoirrrre! Rrrépond l&#8217;homme des sanitaires saturateur de « r ».<br />
Klopilde vient à nous:<br />
-Oh papatkë! Mon papatkë jolitkë! Que je suis contente de te voir!<br />
Elle se jette dans mes bras, quelle bonne enfant! Malgré tout je la gourmande un peu:<br />
-Tu comprendras que j&#8217;attends des explications!<br />
-Eh bien moi j&#8217;attends un bébé.<br />
-Je sais notre ami me l&#8217;a appris.<br />
-Ah vous avez fait connaissance, je suis contente tout plein, je suis sûre que vous allez sûrement vous entendre merveilleusement!<br />
31 Juillet&#8230; suite&#8230;<br />
Elle porte une petite jupe à carreaux et toujours ses couettes, Dieu du ciel comme elle est restée gamine!<br />
Une demie douzaine de ses amis, des garçons robustes en parfaite santé, viennent la saluer avant de partir:<br />
-Bon Klo-Klop on doit y aller on a entrainement, et encore merci pour cette nuit. Tu étais partout, devant, derrière&#8230; Ah c&#8217;était&#8230;. c&#8217;était inoubliable!<br />
-Oubliez ça, bon au revoir les garçons  et de toutes les façons c&#8217;est pas tous les jours que vous gagnez contre les Rangers.<br />
Une fois les garçons partis, Klopilde nous explique que c&#8217;était l&#8217;équipe de football de l&#8217;université et qu&#8217;ils ont remporté une importante victoire qui a été fêtée jusque tard dans la nuit&#8230; et même jusque tôt dans le matin.<br />
-Et les voisins? M&#8217;interrogeai-je.<br />
-Les voisins ils étaient là! Ils doivent même être encore sur la moquette du salon!<br />
-Et vous mon cher Lopeck, malgré la fête ce matin quand je suis arrivé, fort tôt d&#8217;ailleurs, vous étiez déjà sur le pont.<br />
-Moi le nuit je dormirrrr! Nous répond-il toujours depuis son dessous de baignoire.<br />
-Bon et bien moi je vais mettre un peu d&#8217;ordre, aprés quoi on pourrait aller avec mon Papatkë chéri visiter un peu la ville.<br />
Je l&#8217;aide dans ses tâches ménagères, ranger les coussins, pousser dehors les porto-ricains qui sont dessous ou vider les cendriers pleins:<br />
-Ils fument de drôles de cigarettes tes amis, regarde elles sont coniques, on dirait&#8230; ne seraient-ce point là ce que l&#8217;on appelle des pétards!<br />
-Que veux-tu papa chéri, ils sont jeunes.<br />
-Tu n&#8217;en fumes pas j&#8217;espère?<br />
-Lopeck me tuerait, il a bien trop peur pour son fils!<br />
-Car un fils ce sera?<br />
-Oui, oui un garçon c&#8217;est certain.<br />
-Mais qu&#8217;est-ce qu tu fais?<br />
Klopilde est en train de ramasser des bouts de plastique qui jonchent la moquette et de les lancer aux chiens qui restent sur le seuil comme au garde à vous et mâchent longtemps chaque morceau avant que de l&#8217;avaler avec un gros gloup!<br />
-Regarde comme ça les amuse!<br />
Je me penche un peu sur la moquette, je ramasse l&#8217;un de ces objets intrigants, on dirait des ballons de baudruche dégonflés et dégou&#8230; li&#8230; nants&#8230; de&#8230;<br />
-Des capotes! Mais ce sont des capotes usagées!<br />
-&#8221;Il faut bien que jeunesse se passe!&#8221; comme vous dîtes en France. Allez viens mon Papatkë joli on va se promener en ville et d&#8217;abord déjeuner, j&#8217;ai une de ces faims !<br />
Ma douce Klopilde appelle un taxi, c&#8217;est un cubain, il s&#8217;adresse à mon enfant en cubain dans le texte&#8230; non plutôt dans le taxi. Il ne sait pas que j&#8217;entends fort bien l&#8217;espagnol, nous avons une villa sur l&#8217;Île de Majorque, nous y allons moins souvent depuis que j’ai racheté et remis en état notre vieille terre de Bonpéze que monsieur mon père avait vendu à de vagues cousins: les Mairdleux de la Momerie.<br />
-Il a une sâle gueule ton micheton, si tu veux on va te le faire crâcher un max, je lui fais faire le tour de la ville pendant que tu l&#8217;endors avec une gâterie, j&#8217;appelle les amis et on te l&#8217;arrange dans un terrain vague, j&#8217;en connais des très bien dans le coin.<br />
-Mais enfin Josépito tu n&#8217;y penses pas, c&#8217;est mon papa chérie.<br />
-Ah ouais! Ah c&#8217;est pas vrai! T&#8217;as un père toi ma poule et depuis longtemps? Il a pas dû te faire beaucoup d&#8217;usage. Bon en route c&#8217;est moi qui régale, je te dois bien ça avec tous les coups que tu m&#8217;as servis!<br />
J&#8217;interroge mon enfant en nordmois, langue peu usitée en ces contrées:<br />
-Tu as d&#8217;étonnantes fréquentations ma fille?<br />
-Oh je ne risque rien, ce sont des amis de Lopeck.<br />
-J&#8217;aimerais connaître aussi quelques uns de tes professeurs&#8230;<br />
Il en est de fameux à la Florida&#8217;s Surf and Smurf Bitchs University (FSSBUF).<br />
-Si tu veux&#8230;. tiens j&#8217;inviterais ce soir le Professeur Jacques Alacan c&#8217;est un français très connu l&#8217;un des derniers philosophes structuralistes, il est passionnant quand il a trop bu il se met à destructurer, on ne peut plus l’arrêter.<br />
Nous déjeunons de salades, l&#8217;établissement en sert 9865  différentes au bord de l&#8217;eau dans une marina, le paysage est splendide, hormis les batîments tape à l&#8217;oeil, la pelouse artificielle, les palmiers racoleurs et la mer qui semble repeinte de la veille, le seul ennui est que Klopilde y connait une quantité de monde, de nobles sexagénaires habillés en yachtman et toutes les trois minutes, elle sort son carnet  pour noter des rendez-vous, mais ce sont surtout des femmes, le plus souvent fort jolies quoiqu&#8217;exagérément blondes et apprêtées qui l&#8217;abordent:<br />
-Klo-Klop je vois que tu es en clientéle &#8230;.<br />
-Mais non voyons c&#8217;est mon papounet chérie, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il y a  ma Cynthia?<br />
-C&#8217;est pour mon client du 16, il voudrait qu&#8217;on fasse ça pendant une pêche au requin. Tu sais que je supporte pas le bateau, tu pourrais pas lui coller Sonja?<br />
-On va arranger ça, je vais demander à Lopeck, je t&#8217;appelle, ciao.<br />
-Enfin ma fille pourrais-tu m&#8217;expliquer ce que sont-ce au juste ces activités qui t&#8217;accaparent tant?<br />
-Oh je fais juste un peu de&#8230; d&#8217;animation commerciale, je prends les rendez-vous de Lopeck, j&#8217;organise des fêtes, je procure des hôtesses, quelques fois je donne un peu la main comme avec les fôtbaleurs de cette nuit, les filles n&#8217;en pouvaient plus, c&#8217;est Lopeck qui m&#8217;a appris le métier.<br />
-Il est très travailleur?<br />
-Ah ça très.<br />
Brave garçon  ce Lopeck, je confesse que je goûte assez ces longues conversations sous l&#8217;évier que j&#8217;ai avec mon beau fils en lui passant la clef de 12 c&#8217;est un garçon attachant et qui s&#8217;est fait seul à la force du poignet, et il en faut de la force dans le poignet pour exercer ce métier de contraintes et d&#8217;effort. Quand soudain, amenée par je ne sais quelle tellurisme paternel en provenance directe des mes entrailles, passe devant mes yeux la fîche de renseignements que m&#8217;avait présentée cet imbécile de Thör Dupondsen et les deux condamnations pour proxénétisme du polak.<br />
-Tu&#8230; tu ne te livres pas au&#8230; au proxénétisme au moins?<br />
-Oh Papounet tu as de ces mots. Il faut être moderne, aujourd&#8217;hui c&#8217;est un bizeness comme un autre.<br />
Je m&#8217;effondre dans ma salade cumin/betterave/ pamplemousse, avant que de me ressaisir et de me redresser derechef en empoignant mon couteau&#8230; à salade:<br />
-Mais je vais le crever moi ç&#8217;t empaffé de polak!<br />
-Ah je vous en  prie père pas de scandale, je suis connue ici.<br />
La terre me manque, assailli comme je le suis par une mêlée de sentîments contradictoires: tue-je? Egorge-je? Ou Pardonne-je?<br />
Je me rééffondre sur mon fauteuil au moment où le garçon apporte le dessert, une salade aux fraises chou rave et huitres chaudes sucrées.<br />
-Enfin Klopilde mon enfant  tu n&#8217;es pas raisonnable, as-tu oublié que tu es dans la liste de succession au trône de Nordnmark?<br />
-Troisiéme! Il y a ce nazillon de Koonradt et ce demeuré d&#8217;Uürtikrn avant moi, autant dire que sauf épizootie, pandémie, tremblement de terre ou autres circonstances favorables&#8230;<br />
-Ne parle pas comme ça de tes frères nous sommes une famille unie.<br />
-Et puis de toutes les façons ça ne m&#8217;intéresse pas, j&#8217;ai vu pour maman c&#8217;est trop de soucis.<br />
-Il est de fait que pour une femme, régner n&#8217;est jamais facile, c&#8217;est plutôt une affaire d&#8217;hommes.<br />
-Qu&#8217;est-ce que tu racontes maman se débrouille très bien. Non moi je veux mon indépendance&#8230; parlementaire, être autonome, ne pas dépendre toute ma vie d&#8217;une bande de députaillons, médiocres et grégaires, imagine que ces imbéciles par démagogie me coupent ma liste civile, qu&#8217;est-ce qu&#8217;il me restera pour vivre et élever mon enfant, je préfére prendre les devants.<br />
-Prendre les devants&#8230; et aussi les arrières !<br />
-Ne soyez pas trivial père !<br />
Je reconnais qu’elle n&#8217;a pas tout à fait tort, le parlementarisme est une plaie  mais je ne peux pourtant lui donner entiérement raison.<br />
-Bon écoute vous fermez votre petite entreprise et vous  revenez au Nordnmark, ton mari a un bon métier, je parle de la plomberie, pas de l&#8217;autre&#8230; et toi tu pourrais t&#8217;inscrire à l&#8217;Université de  Boeren ou d&#8217;Upschloüt et je ne dis rien à Maman c&#8217;est promis&#8230;<br />
-Faire du surf à Upschloüt sur la baltique? Entre les icebergs peut-être?<br />
-Mais bon Dieu il n&#8217;y a pas que le surf dans la vie! Je ne sais pas moi tu pourras faire de longues balades en traineau au printemps dans le Proomsberg ou de la luge l&#8217;été dans le Thöf. Et en attendant, puisque l&#8217;année universitaire est terminée, sais-tu ce que nous allons faire? Nous allons tous ensemble passer un bon mois de vacances à Bonpéze, je demanderai une permission à son chef de corps pour Koonradt et tu peux même emmener ton&#8230; ton polak, mais il faudra bien l&#8217;attacher qu&#8217;il nous bouffe pas les poules&#8230; ah  te souviens-tu quand tu étais petite ce qu&#8217;on s&#8217;amusait là-bas à cueillir les cerises, ou à faire la moisson avec les paysans&#8230; songe aux champs de blé dur mûr&#8230;<br />
-Le blédurmur? Qu&#8217;est-ce que c&#8217;est que ça? Mais merde j&#8217;ai grandi depuis et les péquenots ça m’a toujours fait chier.<br />
-Ah ne parle pas comme ça ma fille ! Pas de nos gens!<br />
C&#8217;est peut-être les fraises, ou les huitres ou les propos de Klopilde ou le mélange de tout ça mais j&#8217;ai comme un poids sur l&#8217;estomac.<br />
-Bon si tu me faisais visiter un peu cette ville, j&#8217;en suis curieux.<br />
Miami est une ville sans doute d&#8217;antique peuplement mais de construction récente et de civilisation quasi inexistante, toute sillonnée de retraités, de culturistes, d&#8217;étudiants et de caniches en shorts, lunettes de soleil et casquettes, étonnant ce culte rendu à l&#8217;accessoire sous un ciel vide meublé d&#8217;un soleil célibataire, l&#8217;on se croirait dans un meublé mais en plein air, une contrée éternellement vacante comme entre deux locations, un pays bande mou bien loin de nos plages méditerranéennes tellement érectiles.<br />
Quand nous retournons chez Klopilde, au petit trôt, les bras chargés de victuailles en vue de la petite réception qu&#8217;elle veut donner ce soir, Lopeck Glissanski est dans le garage, sous sa bagnole en train de s&#8217;amuser avec le delco, c&#8217;est comme ça qu&#8217;il se détend: en bricolant sa voiture, c&#8217;est définitivement un c&#8230; euh&#8230; un garçon intéressant, je lui balance préventivement sa clef de 12 et m&#8217;en vais prendre une douche.<br />
Aprés quoi je fais une petite sieste réparatrice, passe un costûme d&#8217;été en lin épépiné, Pezzolino m&#8217;a apporté quelques vêtements dans l&#8217;après midi  et je descends, les invités de Klopilde sont déjà arrivés, la douce enfant a bien fait les choses, elle a accroché partout des guirlandes lumineuses, dressé deux mats d&#8217;éclairage de quinze métres de haut, fait nettoyer le jardin et planter une pelouse toute neuve, repeindre la façade et remplir la piscine, dresser un buffet de six métres de long et mis en place une desserte par hélicoptères depuis l&#8217;aéroport international, je dois lui reconnaître, pour cela elle tient de sa mère, de solides talents d&#8217;organisation mais qui s&#8217;épanouiront aussi bien dans des activités civiles autres que le proxénétisme hôtelier, ce me semble.<br />
Malgré tout cela reste assez provincial, hormis la présence du vice-président des Etats-Unis, d&#8217;une dizaine de parlementaires et du gouverneur de l&#8217;Etat.<br />
-Ce sont des bons clients. Me sussure ma coupable enfant.<br />
Il n&#8217;y a pas que des femmes de professeurs endimanchées, il y a aussi beaucoup de perles, de diamants et de décolletés, je soupçonne ma lucrative Klopilde d&#8217;avoir fait payer fort cher ses invitations à venir voir le prince Raoultkë de Nordnmark que &#8220;l&#8217;on dit charmant et tellement français&#8221;, tous ces braves américains seraient bien infoutus de situer le Nordnmark sur une carte du monde et pas plus l&#8217;Europe mais enfin ils ont déjà cette qualité d&#8217;être curieux&#8230; de moi.<br />
Klopilde en profite pour mettre en place une tombola, une loterie, un sweepstake, une quantité de pistes de streap-tease, lap dance, pole dance et table dance plus quelques tables de poker, je ne sais d&#8217;où elle tient ce goût pour la libre entreprise mais c&#8217;est vraiment très étonnant.<br />
Elle me prend par le bras:<br />
-Tu es très beau Papatkë&#8230; viens je vais te présenter le professeur Alacan&#8230; il est par là&#8230;<br />
Il n&#8217;est pas loin en effet il campe devant le buffet au rayon spiritueux, il est même largement entamé et aux prises avec l&#8217;un de ses collégues, phénoménologue belge, structuraliste comme lui, mais d&#8217;une autre obédience, très imbibé lui aussi et auquel il conteste des présupposés hégéliens, très vite la dialectique aidant ils en viennent aux mains et se déconstruisent mutuellement allégrement, c&#8217;est terrible de voir cela et l&#8217;on se dit que la philosophie spéculative devrait être interdite quand elle ravale ainsi l&#8217;homme au rang de la bête.<br />
Malgré tout la soirée se passe sans plus d&#8217;incidents hormis une apparition de Lopeck Glissanski qui claque un peu fort les volets en gueulant de sa voix très sonore depuis le premier étage:<br />
-Il y en a vouloirrr dorrrmirrr ici!<br />
11 Août<br />
Nous faisons notre entrée dans le Port d&#8217;Upschloüt sous les sirênes des autres bateaux. Le Catherine Dolto Ingmör Bergmon repeint en rose fait forte impression. Le voyage de retour s&#8217;est bien passé, certes il nous a fallu nous serrer un peu plus, j&#8217;ai prêté la baignoire de Pezzolino au cher Lopeck connaissant son inclination particulière pour les sanitaires. Il faut lui reconnaître qu&#8217;il nous a été fort utile lors des quelques pannes que nous avons eu à déplorer, j&#8217;ai eu de longues et fort enrichissantes conversations avec lui pendant qu&#8217;il travaillait avec ses outils sous le tube lance-torpille, ou sous la chaudière atomique, une Chaffoteau &#038; Maury de toute beauté.<br />
Pour l&#8217;arrivée toute la troupe s&#8217;est alignée en grande tenue sur le pont, ainsi le veut la tradition, même l&#8217;Amiral Shippstern-Balhsen en bout de ligne, tous au garde à vous, même notre cher Lopeck qui m&#8217;apprend-il a fait son temps dans les garde-frontières sur traîneau, corps d&#8217;élite de l&#8217;armée polonaise. Alors que nous approchons à bonne allure du quai je me tourne vers l&#8217;amiral:<br />
-Dîtes-moi cher ami le pilote me semble aborder notre avenir nautique avec un peu trop d&#8217;optimisme depuis son poste de pilotage, nous sommes peut-être un poil trop vite dans les manoeuvres de port?<br />
-Le pilote? Mais il est ici avec nous sur le pont.<br />
-Non? Ne me dîtes pas que&#8230;<br />
Il n&#8217;a pas même le temps de me dire: &#8220;que&#8221;&#8230; que nous entrons avec une certaine éloquence dans le quai principal.<br />
Celà fait du bruit, impressionne le terrien mais enfin c&#8217;est surtout de la tôle froissée, nous avons l’habitude avec ce c&#8230; brave amiral bientôt en retraite, j’y veillerai, malgré tout il est de meilleures entrées en matière, si j&#8217;ose dire, d&#8217;autant que dans la manoeuvre j&#8217;ai heurté le coude de l&#8217;Amiral saluant sinon salutaire et je saigne quelque peu du nez.<br />
Aprés le coup de sifflet traditionnel, ma Poupetkë monte à bord, elle s&#8217;étonne un peu, il est de fait que nous sômmes partis en contre-torpilleur et que nous revenons en sous-marin nucléaire lanceur d&#8217;engins (en tout genre):<br />
-Mais où sont donc passés les superstructures?<br />
-Les&#8230; quelles superstructures, je vous assure ne pas avoir rencontré de superstructures depuis quelque temps déjà ma chère amie&#8230;<br />
-Enfin mon ami sur tout contre-torpilleur superstructures il y a.<br />
-Un contre-torpilleur? Quel contre-torpilleur? Vous avez entendu parler de contre-torpilleur Amiral?<br />
-Euh non, pas récemment en tout cas Monseigneur.<br />
-&#8221;Sous mariniers nous partîmes, sous mariniers nous revînmes&#8230;&#8221; Dis-je pastichant le fameux poême marin de Bodeloëre, notre grand poête nordmois.<br />
-Enfin je n&#8217;ai pas rêvé!<br />
-Même pas de votre petit mari ma poupetkë. Lui murmuré-je à l&#8217;oreille en une adroite diversion et regardez qui je vous raméne là, notre Klopilde et son&#8230; son plombak, son  plombier polak, ils vont passer quelques jours de vacances à Bonpéze. Ce n&#8217;est pas une bonne nouvelle.<br />
-Bonnne nouvelle pour bonne nouvelle, Mamantkë a terminé sa 49° cure de désintoxication et elle vient elle aussi avec nous.<br />
-Oh merdetkë! Ne puis-je m&#8217;empêcher de borborygmer.<br />
La Reine-Mère Petardtkë est en bout de quai, voiles debout, plus redoutable que jamais, elle ne fait pas loin de ses deux métres, montre la féminité d&#8217;un cuirassier de la garde et témoigne à mon endroit d&#8217;une agressivité de tous les instants, je la vois qui se met en mouvement, je recule tant et tant que je m&#8217;emméle les pieds dans des cordes qui jonchent le quai, ces marins sont d&#8217;un négligent, et me retrouve hissé par une mécanique imbécile et puissante le long du mât dans le même mouvement que le drapeau et au moment où retentit l&#8217;hymne national le &#8220;Pumpkf unk Vlumpkf&#8221;et tout en montant je salue le drapeau la tête en bas en une ascension que comme à mon habitude je rends la plus digne possible&#8230; même si on l&#8217;imaginera ce n&#8217;est pas chose aisée.<br />
13 Août<br />
Je respire le bon air de Bonpèze comme un chien de chasse lâché aux fesses de quelque gibier courant, ah Dieu que voilà de la bonne liberté, me voilà chez moi enfin, sur nos terres.<br />
En traversant le village dans notre vieille Daimler venue nous chercher à l&#8217;aéroport, je reconnais les beaux visages de nos grands vieillards, qui reviennent de l&#8217;épicerie buvette&#8230; ou y retournent,  boire sans doute quelque apéritif anisé ou qui sait un godet de notre bon vin rouge de nos vignes de Chateau Bonpèze tellement robuste et revigorant.<br />
-Je crois que je vais aller un peu par la campagne&#8230; hugolai-je à l&#8217;oreille de ma chère Gretaertkë qui en ses instants n&#8217;est plus la reine de Nordnmark mais la tendre et soumise épouse de l&#8217;homme de la terre que je redeviens ici, le paysan même osons le mot.<br />
-Mais vous n&#8217;y pensez pas mon ami, il y a huit kilométres jusqu&#8217;au chateau.<br />
-Laisse Greta si ça l&#8217;amuse ce grand konktë  de plastronner au milieu de ses populations dégénérées ! Déclare sa mère toujours aussi irascible et de plus en plus agressive.<br />
Je ne suis pas sûr que sa 49° cure de désintoxication soit une pleine réussite, d&#8217;ailleurs elle ressort une flasque de sous son manteau et s&#8217;en remet un coup derrière le col. Rude tempérament assurément, pénible aussi.<br />
Le chauffeur arrête donc la Daimler sur la place du village&#8230; et repart aussi sec, me laissant seul avec mes gens.<br />
Très vite je suis entouré, fêté, embrassé, nulle distance entre nous:<br />
-Lou cagadou! Agui lou cagadou tu és de retrou à nostrous pequito merdou!<br />
&#8220;A nostrous!&#8221; &#8220;Chez nous&#8221; ah le beau mot, l&#8217;on ne pouvait me servir un meilleur accueil.<br />
-Aïllecon lou cagadou! Tu pagadous la tournéss de Ricardou?<br />
Il m&#8217;emméne, je me laisse emporter, tant est grande ma popularité ici, vers l&#8217;épicerie-buvette, haut-lieu de convivialitude du bourg.<br />
Chacun de vouloir me raconter les derniers événements du pays, les mariages, enterrements, maquignonages, réglements de comptes, homicides paysans bref tout ce qui fait la vie de cette petite patrie, oh ils en rajoutent bien sûr et en patois encore, j&#8217;avoue que je n&#8217;entends pas tout, certaines subtilités m&#8217;échappent, sans doute ne saurai-je jamais qui a violé la chévre du père Bidalou durant les deux mois d&#8217;hiver avec une assiduité quotidienne puis le gendarme que l&#8217;on avait placé en faction pour protéger les arrières de la suse-dite chévre.<br />
Les récits se terminent et tous s&#8217;esclaffent et il en repart d&#8217;autres, la bonne humeur ne s&#8217;arrête que lorsque je commande un nouvelle tournée générale:<br />
-Mais cette fois mon cher Voualtère servez-nous don&#8217; de notre vin rouge de Chateau Bonpèze!<br />
Le propriétaire du café Lou Baltou, Voualtère Brummliche con! (je le livre dans la prononciation locale)  un ancien légionnaire allemand venu s&#8217;établir dans notre pays si accueillant, s&#8217;essuie son front de leste (je l&#8217;ai dit il est allemand) manière et bredouille:<br />
-Ach jéné zais bas z&#8217;il m&#8217;en restou!<br />
J&#8217;avise un tonnelet à notre marque de Chateau Bonpéze sur le bord du comptoir:<br />
-Mais si, tenez là&#8230;<br />
-Ach za z&#8217;est bour faire les kuivres!<br />
Etonnant ! Faut-il qu&#8217;il les aime ses cuivres!<br />
Je mets mes lunettes et regarde l&#8217;objet de plus près:<br />
-En plus c&#8217;est celui de l&#8217;an dernier il est fameux, je crois.<br />
Le discipliné Voualtère se décide enfin à servir tout le monde, enfin ceux qui restent, beaucoup ont soudain disparu, demandés par des tâches domestiques ou agricoles, la terre n&#8217;attend pas, le maire Maître Bézouillard est le premier a entonner son verre&#8230; le premier à tomber par terre aussi.<br />
On le ranime:<br />
-Eh quoi ça ne va pas bien Maître?<br />
-Ma faiblesse au coeur, j&#8217;ai accouru quand j&#8217;ai appris que vous nous faisiez l&#8217;honneur d&#8217;une visite Monseigneur.<br />
Maître Bézouillard est huissier de justice il a saisi la moitié du village et l&#8217;autre moitié l&#8217;a élu pour services rendus.<br />
Il reprend son rang au comptoir et nous dégustons, sans avoir à signaler de nouvelles pertes, nos verres.<br />
-Il est réellement exxx-cellent! Dis-je satisfait en clapant et re-clapant fier de mon enfant.<br />
-Il serait encore meilleur dans une salade de pissenlits. Affirme le père Bidalou.<br />
Entre à cet instant Jacky Chombard, c&#8217;est l&#8217;élu écologiste de la commune, barbu portant une paire de couettes, toujours très remonté, histrionesque, narcissique et revendicard, une sorte de N&#8217;Gutu N&#8217;Gutu blanc :<br />
-Un jusio do carottu plizou!<br />
Il s&#8217;est mis au patois mais il est encore loin d&#8217;y exceller, c&#8217;est un fonctionnaire parisien arrivé là au gré des mutations.<br />
Le fils Balazou, un garçon encombrant, au verbe haut et aux manières contondantes et velues, toujours déguisé en parachutiste crasseux; le prend à parti:<br />
-Dis donc Jacky le parisien je te préviens que si je vois encore un de tes foutus loups roder autour de mes chévres je l&#8217;allume avec le fusile!<br />
Le Jacky Chombard ne répond pas, il paie comptant son jus de carottes, aux parisiens on ne fait pas de crédit, léve le poing dans ma direction en criant &#8220;vive la république sociale! &#8221; et prend la porte.<br />
-Non c&#8217;est vrai est-ce qu&#8217;on a idée lâcher des bestiaux comme ça dans une agglomération.<br />
&#8220;Une agglomération&#8221;, l&#8217;on reconnait bien là le goût pour l&#8217;exagération de mes compatriotes, je fais une courte mise au point écologique:<br />
-Nous avons des quantités de loup au Nordnmark et il est très rare qu&#8217;ils s&#8217;attaquassent aux personnes dans les forêts, il est vrai que par moins 37 les vocations de cueilleurs de fraises et de promeneurs sont rares.<br />
Je regarde l&#8217;horloge au dessus du comptoir, il est bientôt huit heures du soir quand je quitte la compagnie, on se propose de me raccompagner en tracteur mais connaissant leurs talents de conducteur et leur état éthylique, la combinaison des deux m’incite à décliner les propositions.<br />
Et puis il fait si bon&#8230; les premiers kilomètres, après il me tombe dessus un orage d&#8217;apocalypse qui me trempe et même m&#8217;imbibe, enfin cela me tient éveillé, c&#8217;est déjà quelque chose car je me sens un peu hors de forme, ah nos vies citadines nous préparent mal à l&#8217;effort et puis les libations générales et successives m&#8217;ont quelque peu &#8230; appesanti.<br />
Sous la pluie serré, je me réjouis intérieurement de bien connaître le pays, un parisien n&#8217;y verrait goutte, c&#8217;est le cas de le dire et s&#8217;égarerait dans&#8230; les&#8230; ma&#8230;ré&#8230;cages&#8230; Je regarde mes pieds de plus en plus lourds, ne les vois plus, j&#8217;ai de la boue jusqu&#8217;aux genoux, j&#8217;ai du quitter la route sans m&#8217;en rendre compte et me voici planté entre osières et roselières. Je commence à m&#8217;enfoncer légérement et au loin j&#8217;entends des hurlements&#8230; qui se rapprôchent&#8230;  je continue de m&#8217;enfoncer&#8230; la bête de se rapprocher&#8230; j&#8217;ai de la boue partout, sur la tête mâme, je parviens en sautillant à émerger à grand peine j&#8217;ouvre les yeux et je découvre un grand loup en face de moi assis sur la berge et je ne mentirais pas en disant que je vois à cet instant sur son visage comme&#8230; comme un sourire:<br />
-Help&#8230; I need some help! beattlesai-je en anglais dans le texte.<br />
Et le plus étonnant c&#8217;est que la brave bête me secoure comme elle peut, bien posée sur ses fesses elle se met à hurler et s&#8217;en va sans attendre sa monnaie en toute discrétion&#8230; à pas de loup.<br />
A ce moment surgit d&#8217;entre les roseaux cet imbécile de fils Balazou, grotesquement déguisé en parachutiste obése et déclassé et avant même d&#8217;avoir pu lui parler, il murmure:<br />
-&#8217;utain le bestiau! Le griffon griffu!<br />
Il épaule et très simplement me tire dessus&#8230; comme ça sans façons.<br />
Je vacille et fais&#8230; Gloup! Je sombre dans la boue, avec je crois une certaine dignité, mais je sombre et l&#8217;autre gros &#8230; imbécile d&#8217;exulter:<br />
-&#8217;Utain je l&#8217;ai-z-eu! J&#8217;ai-z-eu Griffon Griffu le monstre des marais péteurs!<br />
Quand je me réveille nullement au paradis mais encore dans notre pays de Bonpéze couché sur la plate-forme arrière d&#8217;une Citroën Méhari orange haute époque, je reconnais Jacky Chombard penché au dessus de moi:<br />
-Bon ça va il y a pas trop de dégâts! Juste quelques plombs dans l&#8217;épaule. Ce gros connard&#8230;<br />
Il me désigne le fils Balazou, penaud et rosissant comme une fausse rosière démasquée.<br />
-&#8230; ce gros connard vous a pris pour&#8230;<br />
-Je sais Griffon Griffu le monstre des marais péteurs, une vieille légende d’ici, il faudrait lui confisquer ses bandes dessinées sinon un jour il va croire que les martiens ont débarqué et vous anéantir la caserne de pompiers.<br />
-Si le loup ne m&#8217;avait pas averti té! Vous auriez coulé et on vous aurait jamais retrouvé. Drôle de fin pour une altesse. Je vais vous raccompagner.<br />
-Tu peux me jeter chez le père, j&#8217;ai perdu le chien, et avec la nuit j&#8217;ai peur de me paumer? Ose le gros Balazou.<br />
-Te jeter, ah ça ouais tu sais bien que c&#8217;est toujours avec plaisir mon garçon que je te jette mais préviens l&#8217;heureux bénéficiaire quand même qu’il ne te tire pas dessus en croyant voir le couillon découillu.<br />
14 Août<br />
Le bon air de Bonpéze a tôt fait de me remettre en forme, une bonne nuit là-dessus et il n&#8217;y parait plus, oublié Griffon Griffu et marais péteurs, qui n&#8217;ont d&#8217;ailleurs rien de surnaturels, on les appelle ainsi  du fait d&#8217;émanations gazeuses produites par la  décomposition de plantes.<br />
Sitôt levé et alors que toute la famille fait la grasse matinée, hors le cher Lopeck qui est déjà sous l&#8217;un de nos tracteurs en train d&#8217;en graisser la boîte de vitesses, je m&#8217;en vais saluer mes gens qui sont au travail dans nos vignes. Ils taillent, trient, éclaircissent, nous sômmes plantés principalement en Mouchpif et en Dézingosse, cêpages robustes et fortement tanniques qui donnent des vins heureusement charpentés qui ont du retour mais mieux vaut de ne pas le faire à pied et qui ne sont pas précisément destinés aux jeunes filles, je m&#8217;assois sur un muret en pensant, tout en finissant de me nettoyer les ongles, la boue s&#8217;insinue partout:<br />
&#8220;Quoi de plus magnifique que le labeur humain! &#8221;<br />
Vrai j&#8217;en suis ému jusqu&#8217;à la moëlle.<br />
Et quoi de plus délassant aussi comme spectacle.<br />
Le vieux Père Beignalous notre métayer vient me présenter ses respects, il est en salopette et sueur:<br />
-Alors comme cela se présente cette année Père Beignalous?<br />
-Mal, v&#8217;là la vérole qui nous revient&#8230;<br />
Il me désigne un énorme 4X4 allemand qui vient de s&#8217;arrêter au ras de nos vignes, dont sort un jeune homme en chemises à fleurs que je ne connais pas et un autre en costûme et cravâte, attaché-case à la main. Celui-là, je le remets, comme l&#8217;on dit par ici, c&#8217;est Jean-Fulme de la Pinardhière notre nouvel oenologue-chef de chais, diplômé du Chestnuts ans Coconuts College of Industrials farm products of New-York et de la Grosser Farmer Technische Universität Stuttgart, c&#8217;est la reine qui l&#8217;a engagé pour essayer de commercialiser le Chateau Bonpéze en amérique du nord et rentabliliser ainsi ses investissements importants.<br />
De fait lorsque l&#8217;on sait ce que coûte le moindre tonneau.<br />
Elle lui a donné pour consigne de mettre le chateau Bonpéze à la mode et &#8220;si possible de le rendre buvable au moins consommable&#8230; enfin moins nocif !&#8221;<br />
Bien entendu ce sont là des allusions malheureuses qu&#8217;excuse seulement une méconnaissance de la terre, ma chère Gretaertkë n&#8217;y connait rien en vignobles, ce n&#8217;est certes pas au Nordnmark que l&#8217;on puit cultiver l&#8217;amour de la vigne.<br />
-Oh my lord I justely vouantid to meet you&#8230;<br />
-Parlez françois mon vieux, où croyez-vous que nous sômmes ici?<br />
-Ici mais en zone south west europa pourquoi?<br />
Le Père Beignalous aére son béret.<br />
-Nous sommes en vieux pays français mon cher alors speak white please.<br />
-Vous savez Monseigneur je suis né en Suisse ou père était en poste, ma mère est suédoise, ma nurse était cap verdienne lusophone, j&#8217;ai été élevé aux Etats-Unis, sans GPS embarqué j&#8217;ai quelque mal à me situer entre les frontières, je me sens surtout citoyen du monde.<br />
-Il ne va pas nous faire deux rounds le citoyen du monde. murmure le père Beignalous en revissant son béret.<br />
-Oui je voulais vous entretenir donc Monseigneur des réformes que j&#8217;ai planifié pour l&#8217;exploitation de Chateau Bonpèze, sa Majesté a insisté pour que je vous tienne un minimum au courant de nos développements alors voilà: tout d&#8217;abord nous attellerons par deux: mâle/mâle ou femelle/femelle les ouvriers agricoles, en évitant toute déperdition sexuelle la productivité augmentera considérablement, d&#8217;autant que nous allons faire venir des mauritaniens pralablement stérilisés afin de réduire les coûts sociaux, dans le même temps bien sûr il nous faudra installer des caméras de surveillance dans les vignes et des contremaîtres moldaves dans les miradors. D&#8217;autre part nous allons tout replanter avec des nouveaux plants OGN  ZZ44 à têtes multiples de Farmerkonzern gmbh. qui nous permettront de mener concurremment une culture de salamis hybride à haut rendement, enfin&#8230;<br />
Il se tourne vers le jeune homme au torse pavoisé de fleurs:<br />
-&#8230; avec Jean-Luc Pointard qui est Dark-Planner chez Pointard consulting nous allons ouvrir les vendanges à l&#8217;heure de NY City en pleine nuit et en direct sur la toile dans une contextualisation de type enjoying people grouping&#8230;<br />
-Groupinngue? Intéressant&#8230; very intestinngue&#8230; et à plus long terme, jeune homme vous n&#8217;avez pas d&#8217;autres projets? Plus personnels j&#8217;entends?<br />
-Ah ma foi je me lancerais bien dans la peinture contemporaine, il y a de très bons rendements à l&#8217;hectare ou alors la culture extensive de pizzas OGN, en amérique latine ils font ça sur des milliers d&#8217;hectares.<br />
-Des milliers d&#8217;hectares de pizza ce doit être joliment impressionnant. Eh bien faîte çà  jeune homme car si je vous vois, vous ou cette jeune personne toute refleurie tourner autour de mes vignes&#8230; pardon&#8230;<br />
Je prends le fusil que me tend fort obligeamment le père Beignalous:<br />
-&#8230; je me ferais un plaisir de vous plomber le train!<br />
-Mais&#8230; mais&#8230; mais Monseigneur&#8230; vous n&#8217;y pensez pas&#8230;  mais&#8230; mais&#8230; mais ce sont les ordres de sa Majesté!<br />
La preuve que je ne m&#8217;étais guère éloigné de mon pays d&#8217;enfance, j&#8217;en parle encore la langue:<br />
-Paoooumpf! Paaooooumpf!<br />
Ah il faut les voir courir sous les hourras des paysans et mes coups de fusil, et s&#8217;enfuir sans excès de dignité.<br />
Le vieux Père Beignalous m&#8217;embrasse:<br />
-Bravo Cagadou! Tout le monde se demandait comment tu pouvais accepter ça sur ta terre. Mais comment tu vas te débrouiller avec ta bonne femme maintenant? Téh la voilà qui arrive avec la belle-doche, je te laisse fiston, y faut que&#8230; que j&#8217;aille sulfater les fraises.<br />
Il faut dire que en mouvement ma Poupetkë qui n&#8217;est pas à proprement parler un petit saxe et sa mère qui a elle tout du grand saxon ne laissent pas d&#8217;impressionner les populations locales surtout  lorsqu&#8217;elles marchent comme là de front.<br />
-Qu&#8217;est-ze qué engore zette hisdoire! Le jeune Jean Fulme mé téléphone que fous oufrez le feu sur sa berzonne!<br />
-Mais tivorce-don&#8217; Greta zans guoi il a bas fini dé nous faire chier zé gon-là! Renchérit son adorable maman que sa tempérance forcée rend d&#8217;autant plus vindicative.<br />
-Venez ne nous donnons pas en spectacle allons&#8230; dans la cave!<br />
L&#8217;idée lumineuse a germé dans mon esprit contrarié certes mais encore fertile.<br />
Pendant que je m&#8217;isole avec ma Poupetkë pour une discussion serrée, le &#8220;il faut qu&#8217;on parle&#8221; que je trouve ridicule chez les autres couples tant cela ressemble à quelque conciliabule administratif est vite remplacé dans notre couple par d&#8217;autres débats plus sensibles et moins abstraits, l&#8217;attraction physique est demeurée la même qu&#8217;au premier jour, ce qui m&#8217;a attiré chez elle c&#8217;est toute cette viande de premier choix en vitrîne, sportive accomplie, déesse exercée elle est une maîtresse copieuse et profuse, à dire la chose je la qualifierai de monument du sexe, tout de suite j&#8217;ai ressenti pour elle un appétit de baffreur, inextinguible, dont je ne suis toujours pas rassassié, en l&#8217;étreignant pour la première fois et ce sentîment ne m&#8217;a jamais quitté, je me répétais comme un gamin que tout cela était à moi, j&#8217;allais mettre des années à tout parcourir, tout posséder: grottes et montagnes, à battre sentes et traverses, visiter tous les points de vue et faire retentir l&#8217;écho de ma jubilation en ses gorges sonores.<br />
Car lorsque l&#8217;émotion et le plaisir gagne ses cuissots vikings ses seins si haut, hissés comme à sueur de Dieu nordique depuis quelque wahalla, quand sa peau marmoréenne se colore sous mes doigts je me sens tel un sculpteur animant enfin un marbre parfumé&#8230; et bientôt bruyant.<br />
Quant à elle, je le sais, elle ne peut se départir de moi, elle a aimé dans ma personne d&#8217;abord mon côté lieutenant valseur, sabrant et térébrant, la longue lame pointu que l&#8217;âge n&#8217;a point émouché. Mais elle a découvert aussi que le français aime de taille et d&#8217;estoc c&#8217;est bien là ce qui fait sa supériorité sur tous les autres, il aime complétement, il entoure, il cerne, il comble, il cantonne, il investit et aussi il célébre au chevet, l&#8217;amant français sacre, il courônne et décourônne à sa seule volonté, il&#8230; il&#8230; bref je l&#8217;aime bien ma Poupetkë, même si quelques fois elle peut être fatigante, surtout accompagnée.</p>
<p>Nous nous roulons sur le sol nu pendant que la Reine–Mère musarde et commence à déboucher quelques bouteilles extraites de nos cuvées passées&#8230;<br />
&#8230;. elle attaque le 1949 quand nous nous relevons enfin.<br />
-&#8217;utain les z&#8217;enfants! Y a pas que la dringlette dans la vie! &#8216;l&#8217;est fameux le 49&#8230; coûtez-moi za!<br />
Et elle s&#8217;écroule sur la terre battue&#8230; par tout son poids considérable.<br />
*<br />
La paix enfin revenue dans notre foyer, belle-maman point encore dessoûlée ronfle dans ses appartements,  je me dois de constater que le 49 est bon, en effet, et bien meilleur que la cuvée de l&#8217;an dernier, je m&#8217;en ouvre au Père Beignalous qui en convient:<br />
-Celui de l&#8217;an dernier il est imbuvable tu veux dire.<br />
-Et comment se fait Père Beignalous?<br />
-Aïlle Cagadou y a le terroir qu&#8217;a changé, depuis qu&#8217;y nous ont installés l&#8217;élevage industriel de poulets et après la même chose pour les porcs, et puis les campingues industriels et tous les stalags à parisiens, forcément ça chie tout ce monde-là alors à chaque fois on essayait de corriger les offenses faites à la terre, on remettait du souffre et des polysulfites, et puis il y avait les directives de Bruxelles, il voulait bien donner des subventions mais seulement si c&#8217;était hygiénique, interdits les nougats des saisonniers pour presser le raisin, pourtant le jus de panards pas lavés de trois semaines, tu peux me croire ça donne du goût à l&#8217;assemblage, mais maintenant y faut tout faire en atmosphère confiné, le pinard aseptique t&#8217;avouera, alors on a utilisé l’Hexasulfabite de Bromopétagêne et ensuite pour équilibrer le tanin du protoxyde pernodyhidrophosphorique et après&#8230; oh c&#8217;est bien simple aujourd&#8217;hui on pourrait se passer de la vigne pour les vendanges et les faire directement en laboratoire.<br />
-Mais ce n&#8217;est pas ce que je veux, je veux  au contraire revenir au vrai Chateau Bonpéze?<br />
-Ah ouais, je vois, maintenant&#8230; &#8216;mon avis il faudrait qu&#8217;on se trouve deux ou trois tonnes de Tétrafulminate de bétachlorosol pour retrouver le petit goût de noisette mais le problême c&#8217;est que c&#8217;est classé en armes bactériologiques&#8230; tu pourrais peut-être  nous en avoir en promo toi avec tes relations&#8230;<br />
*<br />
Conversation fort instructive la mentalité elle-même du paysan me semble bien changée, je discutais l&#8217;autre jour avec le vieux Pignadous de la Ferme des Brenets, il pleuvait à torrents et nous nous tenions abrités sous l&#8217;un de ses antiques noyers:<br />
-Ah et ça va pas s&#8217;arranger ils ont dit à la tévé que la sécheresse continuerait comme ça chez nous tout l&#8217;été et même que ça s&#8217;aggraverait&#8230;<br />
Je le regardais en pensant qu&#8217;à son âge: 94 ans il commençait à, osons le mot: rouler sur la jante et même: usiner le moyeu, l&#8217;herbe était drue et moussue, nous nous enfoncions comme dans de l&#8217;éponge saturée d&#8217;eau et l&#8217;autre vieillard de continuer:<br />
-Les sols sont secs et même que le préfet a commencé les restrictions d&#8217;usage comme en 42<br />
  Et puis je compris qu&#8217;il avait été convaincu d&#8217;une autre réalité que celle vérifiable qu&#8217;il avait tous les jours sous les yeux, sous ses pas, à portée de main, la réalité de la télévision manipulatrice, politique et maléfique. Il croyait à ce monde de rapport qu&#8217;on lui inculquait jour à jour où il fallait serrer les fesses, se contraindre, se restreindre, perdre toutes ses aises et avec elle sa liberté de vivre et d&#8217;être.<br />
Je lui désignais une forte colline en face de nous, appelée le Mont Bégou, l&#8217;un de ses versants s&#8217;était à moitié écroulé:<br />
-Qu&#8217;est-ce qu&#8217;il est arrivé au Bégou?<br />
-Ah ça c&#8217;est à la fonte des neiges! Des torrents, il en giclait de tous les bords, ça lui a  tout changé la figure&#8230; vouaïlle ça m&#8217;inquiéte bien ce réchauffement qu&#8217;y cause à la tévé&#8230; y faudra aussi que je fasse couper ces foutus noyers, y nous servent plus guère! Aïlle Cagadou!<br />
Et il s&#8217;en alla sous &#8220;la sécheresse&#8221; qui tombait à cordes.<br />
Je dirais que nous vivons là un réel changement civilisationnel, le paysan français a, jusque là et depuis des siécles, toujours été guidé par un bon sens et une tempérance de jugement, un quant à soi imperturbable, eh bien pour la première fois dans l&#8217;histoire du monde le paysan français est en train de devenir  con.<br />
15 Aôut<br />
15 Août: Fête nationale de notre vieille France. Fête de l&#8217;assomption de la très sainte vierge. Que de souvenirs j&#8217;ai de ces processions à travers la campagne de Bonpèze où enfants de choeur nous défilions aux côtés de l&#8217;Abbé Pellefigues derrière la statue de notre Sainte-Mère et au milieu des bannières et des chants.<br />
Je retrouve dans une armoire mon vieil uniforme de chef scout, je le mets, j&#8217;y rentre encore, le temps a passé je ne suis certes plus ce jeune homme de quinze ans assez étincelant d&#8217;après mon souvenir, ou d&#8217;après d&#8217;autres ce &#8220;guenuchon neurasthénique&#8221; c&#8217;était là mon totem, à l&#8217;époque  je montais aisément aux arbres (je ne fréquentais point encore les dames) et je traversais de longues périodes d&#8217;apathie morale mais ne nous apitoyons pas, le short n&#8217;est pas trop short. Je mets les bas de laine aussi et le sifflet et le chapeau et les pataugas et je descends comme ça, très réglementaire sinon tout à fait élégant, sur la terrasse où les enfants, ma Poupetkë et la belle-mère prennent le petit déjeuner et me découvrent en cet étonnante tenue qui marquent de manière éclatante, quoique assez peu confortable cela me sert aux cou&#8230;des, la fidélité à mon passé et à ma foi.<br />
-Et où allez-vous ainzi aggoutré mon ami?<br />
-Faire un petit tour ma chérie.<br />
-Moi jé té dis qu&#8217;il est gomplétement fondu ce gon-là! Commente la reine-Mère en se resservant en alka-seltzer.<br />
Je rejoins la procession sur la place de l&#8217;église. Le curé de Bonpéze le père Prosper-Théobald Obouduban-Oujustandssou  un solide congolais, fier buveur et qui posséde une très belle voix de basse, est fort désappointé, l&#8217;un de ses enfants de choeur n&#8217;est pas là:<br />
-Je crois bien que ce petit saligaud est-t-allé-z-aux putes à Sainte Peyre! Il me manque un porte-bannière, vous marchez avec nous Monseigneur?<br />
-Je suis tout à votre disposition mon père, cela me rappellera ma jeunesse.<br />
La vérité est que j&#8217;ai longtemps rêvé de porter bannière mais c&#8217;était toujours Jean-Pascal Bourmous, le fils du notaire, le préféré de l&#8217;Abbé Pellefigues qui y avait droit.<br />
L&#8217;abbé s&#8217;adresse à nous avant le départ:<br />
-Et si vous êtes bien sages les enfants vous aurez des pains-z-chocolat au goûter. Et n&#8217;oubliez pas on tient la ligne, on lâche rien et l&#8217;on ne marche pas sur les aubes.<br />
Je regarde mes collégues enfants de choeur, ils sont comme moi très concentrés, il s&#8217;agit de ne pas se louper pour décrocher les pains-z-au chocolat.<br />
Bien entendu on l&#8217;aura compris il s&#8217;agit là d&#8217;une revanche que je prends sur l&#8217;élément protestant de notre famille en exhibant les images saintes car la procession tourne traditionnellement trois fois autour du château .<br />
Quand nous arrivons en vue de château Bonpéze je hausse le son, les cantiques s&#8217;enchaînent et je hisse un peu plus haut nos couleurs sacrées.<br />
Walter Brummeliche le patron du Baltou qui est correspondant du Beaufinois Libéré prend des photos.<br />
-Achtung! Bittë kon’ On zourit! Dankë kon’!<br />
Premier tour, ça bouge sur la terrasse, les enfants me font des signes, deuxiéme tour la belle-doche monte en ligne et s&#8217;agite, troisiéme tour ma Poupetke rappelle tout son monde. Quelle autorité! Qui n&#8217;a jamais vu ma Poupetkë commander un demi en terrasse ne sait pas ce que c&#8217;est que l&#8217;autorité.<br />
Ah ça chiffre tout de suite les processions dans le coin, nous n&#8217;avons pas loin de vingt kilométres dans les jambes quand nous nous attablons enfin sur la place de l&#8217;église où trêteaux et bancs ont été installés, je régle trois tournées supplémentaires de pains-z-aux chocolats et de chocolat-t-au lait à mes collégues et quelques autres surnuméraires de pastis à tous les autres, le boulanger apporte aussi des Bouffles ce sont des gros pains farcis de cailloux en praslines, dans le temps c&#8217;était des vrais cailloux, avec cela que l&#8217;on se rendait aux champs, cela vous lestait pour la journée, le Beaufinois était un pays pauvre et les jacqueries se terminaient souvent par des festins païens et assez inconvenants, j&#8217;ai eu quelques ancêtres Bonpéze ainsi mis en brôche et dévorés par des paysans sans égards pour les dépositaires de l&#8217;autorité qu&#8217;ils étaient. Sans compter que d&#8217;un simple point de vue diététique cela ne devait pas être bien fameux.<br />
-La Guenuche! Béh mais qu&#8217;est-ce tu fous là?<br />
Je me retourne vers le quadragénaire et demi flanqué de deux gamins qui m&#8217;apostrophe :<br />
-Bourmous, le fils du notaire, tu me remets pas? Gerboise Indomptable, la 1° Bonpéze .<br />
-Bourmous ça alors! Mais ce n&#8217;était pas plutôt Gerboise Honteuse&#8230;<br />
Je dois à la vérité historique de ne point céler ce détail, car le cher Bourmous avait gagné ce surnom parce que sitôt repas pris il allait se cacher dans les bois pour &#8220;gerber&#8221;.<br />
-Non pour les gamins c&#8217;est &#8220;gerboise indomptable&#8221;, je préfére.<br />
-Tu en as combien comme ça?<br />
-Sept .<br />
-Bravo.<br />
-C&#8217;est plutôt toi qu&#8217;il faudrait féliciter, alors t&#8217;es altesse pour de bon. Comment faut-y- t&#8217;appeler Monseigneur?<br />
-La Guenuche, ça va bien et ça me rajeunit.<br />
-Alors Monseigneur La Guenuche t&#8217;as fini par la décrocher ta bannière, je suis arrivé trop tard, j&#8217;avais encore du travail à l&#8217;étude.<br />
-Tu as repris l&#8217;étude de ton père?<br />
-Qu&#8217;est-ce que tu veux, la tradition, je suis la neuviéme génération de Maître Bourmous notaire à Sainte Peyre de Clerc en Beaufinois. Quelques fois j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;être un portrait de famille, d&#8217;être déjà peint.<br />
-Bah bah bah ! Rien de plus honorable que de poursuivre la tradition familiale. Ton fils la continuera, le mien aussi et nous pourrons nous mettre hors du coup et parfaire notre salut au large.<br />
-Tu as sûrement raison  et puis j&#8217;ai jamais eu trop d&#8217;imagination pour m&#8217;inventer un destin comme toi Monseigneur La Guenuche.<br />
-Maître Bourmous, je vous le dis, avec la meilleure volonté du monde, l&#8217;on ne devient jamais au mieux que des personnages.<br />
&#8220;Conversations entre Monseigneur La Guenuche et Maître Bourmous sur les destinées communes&#8221; ce pourrait être le titre du tableau, nous ne sommes que des enfants grimés qui essaient de se faire le plus ressemblant possible à nos rôles. Vanités et fards de l&#8217;humaine destinée.<br />
Peu à peu d&#8217;autres personnages nous rejoignent sous les quiets tilleuls de la place Césarin Pébre qui semblent bayer au soir, l&#8217;abbé Obouduban-Oujustandssou vient de dire sa dernière messe et a fini sa journée, Jacky Chombard passait par là et Voualtère Brummeliche (de plus en plus) a quitté son comptoir et délégué la conduite de son bar à son épouse Marilyne née Cabressous second bien fessue et qui tient ferme au cap.<br />
Est-ce échauffement naturel entre grands mâles, effets de l&#8217;alcoolémie ambiante ou influence pernicieuse des exhalaisons mellifiques des tilleuls sus-cités nous en arrivons à la conclusion unanîme que l&#8217;époque n&#8217;a guère de vertu et qu&#8217;il convient de la punir pour son impudente outrecuidance.<br />
-Il faut lui foutre au cul!<br />
Jacky Chombard nous montre la place maintenant vide:<br />
-Savez-vous où ils sont tous ? Devant leur foutue télé! Et il est où le lien social? Carbonisé le lien social!<br />
Ce garçon me semble s&#8217;exalter un peu vitement, mais l&#8217;on aura noté que mes réflexions antèrieures sur l&#8217;influence maléfique de la télévision  rejoignent d&#8217;assez prés ses préoccupations.<br />
Maintenant tout en confiance il m&#8217;avoue avoir mené quelques actions  symboliques quoiqu&#8217;illégales tout à fait dans nos idées, il a même saboté un relais de télévision et revendiqué derechef la paternité de l&#8217;attentat au nom d&#8217;un groupe activiste: les Joyeux Autonomes du Beaufinois qu&#8217;il a monté avec le patron du Baltou et le curé de Bonpéze tous deux opposants à la tévé par vocation sacerdotale.<br />
-Les joyeux autonomes du Beaufinois, ça fait pas un peu société d&#8217;aviron? M&#8217;interrogeai-je.<br />
-Ah moi ça me plait j&#8217;en suis! S&#8217;exalte Maître Bourmous, très rutilant  en acquittant sa première cotisation.<br />
Je pourrais opposer au principe de mon adhésion secréte à leur association que ma position officielle ne m&#8217;autorise point à m&#8217;affilier à un groupe terroriste non reconnu d&#8217;utilité publique (commes le sont groupes de pressions, écologisses, antiracisses, féminisses ou homosexuels) mais l&#8217;attrait de la nouveauté occulte en moi tout souci de prudence et je m&#8217;engage à leurs côtés dans les pas de Maître Bourmous<br />
Le cher Voualtère Brummeliche (encore un coup)  réussit même à me placer en supplément une carte de pêche&#8230; kon’<br />
16 Août<br />
Ai-je rêvé de cette soirée quelque peu agitée, je me souviens  que ce cher Jacky Chombard m&#8217;a raccompagné tôt le matin dans sa Citroën Méhari orange, mais du reste hormis une forte migraine&#8230;<br />
Je m&#8217;habille&#8230; enfin Pezzolino m&#8217;habille:<br />
-Sa Seigneurie a eu une soirée chargée?<br />
-Occupe-toi de tes pizzas veux-tu. Tu as brossé mes cheviottes?<br />
-Oui Monseigneur.<br />
-Eh bien alors sors-moi un costume de velours.<br />
Je descends à presque onze heures, ce qui n&#8217;est guère dans mes habitudes, je croise dans l&#8217;escalier Urinald fun Froeboeun le Grand Chambellan de la Cour:<br />
-Qu&#8217;est-ce vous foutez chez moi vous! C&#8217;est pas assez de nous emmerder à l&#8217;année il faut que vous veniez encore me casser les noix en vacances! Prenez vos congés payés et allez donc chambeller ailleurs mon vieux!<br />
-Sa Majesté m&#8217;a convoqué. Je défére à ses ordres. Aboie-t-il en claquant des talons.<br />
-Eh bien déférez&#8230;. mais sans bruits j’ai un de ces mal de tête!<br />
Ma Poupetkë m&#8217;informe que nous avons reçu une invitation du président français il nous convie à un dîner officiel la semaine prôchaine à l&#8217;Elysée, la barbe, nous sômmes à Bonpéze en séjour privé quelle mouche le pique? En mesure de rétorsion pour cette invitation mal à propos je me promets de lui apporter quelques bonnes bouteilles de Chateau-Bonpéze.<br />
Etrangement la Reine-Mère m&#8217;accueille amicalement et me sert d&#8217;autorité deux Alka-Seltzers bien tassés.<br />
-Ah fotre ami avec une gueue de chwal, Jacky fous cherchait dout-à l&#8217;heure! M&#8217;informe-t-elle.<br />
Jacky Chombard ne porte pas une queue de cheval mais une paire de couettes.<br />
Je le regarde elle semble rêveuse comme une jeune mariée&#8230; du corps des dragons.</p>
<p>Jacky Chombard est venu au chateau prendre de mes nouvelles et s&#8217;entretenir avec moi, c&#8217;est un garçon qui gagne à être connu. Hors cette propension qu&#8217;il a d&#8217;élever des loups en pays d&#8217;élevage. Un peu intimidé il s&#8217;est d&#8217;abord adressé au père Beignalous:<br />
-Le Cagadou? Oh il va bien, aussi couillon qu&#8217;il est solide!<br />
C&#8217;est dit sans malice et il vaut mieux être tenu pour couillon en ce pays que clairvoyant en bien d&#8217;autres contrées.<br />
Il s&#8217;en allait avec discrétion quand je suis arrivé:<br />
-Eh bien mon cher vous avez fait forte impression sur la Reine-Mère.<br />
Il rougit, tressaute, perd ses moyens:<br />
-La&#8230; la Reine-Mère vous voulez dire que j&#8217;ai&#8230;<br />
Il est effondré et en même temps comme apaisé:<br />
-Je &#8230; je ne sais pas comment cela s&#8217;est fait, j&#8217;ai vu un jardinier qui taillait ses rosiers&#8230;<br />
-Mes rosiers vous voulez dire!<br />
-Je lui ai demandé si vous étiez là&#8230; et il s&#8217;est jeté sur moi&#8230; et j&#8217;ai cru qu&#8217;il&#8230; c&#8217;était donc madame votre belle-doche&#8230;<br />
-La Reine-Mère en personne ce qui est vous l&#8217;avez remarqué assez considérable.<br />
-Ah Dieu quel engin! Quel monument! Quelle&#8230; quelle femme! Je ne sais que dire Monseigneur.<br />
-Dîtes Raoul plutôt que Monseigneur et continuez mon garçon, vous avez sur elle une influence toute bienfaisante et apaisante.<br />
Décidément l&#8217;éleveur de loups montre une attirance étonnante pour les grands carnassiers, réussir à dresser le dragon jusqu&#8217;à le faire manger dans sa&#8230; braguette voilà qui reléve de l&#8217;exploit.<br />
-Mais vous vouliez m&#8217;entretenir mon cher Jacky?<br />
-Oui, oui Monseigneur&#8230; euh Raoul&#8230; l&#8217;opération est pour ce soir.<br />
-L&#8217;opération quelle opération? On va vous opérer? Vous êtes souffrant?<br />
-Mais non l&#8217;opération contre l&#8217;émetteur tévé du Mont Pipard, nous agirons ce soir.<br />
-Ah! Dis-je assez laconiquement je le concéde.<br />
Maintenant il me revient le souvenir de quelques serments secrets solennellement prêtés dans la cave du Baltou et aussi de Maître Bourmous se promenant en tutu et montrant ses fesses aux clients de passage venus déranger notre cérémonie clandestine et de ce cher Voualtère Brummeliche (même la nuit) entonnant quelques chants sonnants et soldatesques en tudesque dans le texte, bref je devine qu&#8217;il y eut  du mouvement  et de l&#8217;engagement mais de là à participer à la destruction d&#8217;édicules appartenant à l&#8217;état français, il y a un pas.<br />
-Et ma participation à l&#8217;événement est requise?<br />
Le cher Jacky qui est un romantique recule devant ma possible défection:<br />
-C&#8221;est à vous de voir Monseigneur.<br />
Je lui tapôte l&#8217;épaule:<br />
-Il ne sera pas dit qu&#8217;un Bonpéze revînt jamais sur sa parole!<br />
Son visage s&#8217;empourpre, je les connais mes gaulois, l&#8217;âme au bleu et le coeur au clair.<br />
*<br />
Quelques heures aprés nous gravissons nuitamment le Mont Pipard, Maître Bourmous (par ici on prononce Bourmousss !) et moi portons tout le matériel en tant que derniers intronisés, nous voilà « cul de patte » encore une fois. Cette fois nos bannières restent en poche. Il s&#8217;agit de ne pas se faire signaler par quelques patrouilles de la maréchaussée. Dans le temps c&#8217;était les douaniers qui tenaient les crêtes, il y avait force contrebandes avec l&#8217;Espagne guère éloignée.<br />
Jacky Chombard marche en tête, il a des lunettes infrarouges qu&#8217;il ne prête à personne et avec quoi il nous ouvre le chemin.<br />
Aprés deux heures de marche éprouvante nous arrivons enfin devant l&#8217;émetteur.<br />
Le père Prosper-Théobald veut se soulager mais Jacky le rappelle à l&#8217;ordre:<br />
-On ne bivouaque pas mon père il s&#8217;agit de pas laisser de traces.<br />
Ce cher Jacky a tout prévu, nous portons combinaisons, sur-chaussures, fausses semelles et capuche étanche.<br />
-Bon à vous de jouer! Dit-il à l&#8217;adresse de Maître Bourmous(s)s et de moi-mâme toujours désignés d&#8217;office eu-égard à notre peu d&#8217;ancienneté dans le grade le plus modeste, nous ne sommes pas même encore au bureau directeur des Joyeux Autonômes du Beaufinois qui au total ne compte que cinq adhérents c&#8217;est dire.<br />
-Et n&#8217;oubliez pas on coupe le grosse tresse rouge du haut et surtout pas la grosse tresse bleue du bas et on pense à amorcer l&#8217;enfumeur.<br />
L&#8217;enfumeur c&#8217;est une vieille recette de passionaria qu’il tient de José Bové avec qui il est resté enfermé dans les toilettes d’un Mac Donald pendant trois jours et dont il a gardé un souvenir ébloui de jeune mariée, je disais l’enfumeur donc est une sorte de bombe à gaz bricolée avec force lessives enzymatiques et anti-nucléases genre Bonux et tout un tas d&#8217;autres bonnes choses qui dégradent les possibles traces ADN et enrhûment définitivement les pandores, fussent-ils breveté psychologue selon Jacky qui par goût de la farce sémera  en sus quelques poils de cul allogénes sur les lieux .<br />
-Mais d&#8217;où viennent-ils mon cher Jacky et surtout de qui?<br />
-Ah on les a pris à la source, je les ai eus par Maïtresse Josy.<br />
-Diantre elle officie toujours au chef-lieu.<br />
Je l&#8217;ai connue, dans le temps, mon jeune temps, une nature, un tempérament cette Josy et le souci du travail bien fait.<br />
-Elle m&#8217;a refilé des extraits intîmes, pour ainsi dire des &#8220;condensés&#8221; du député-maire, du colonel de la brigade de gendarmerie et de quelques autres personnalités &#8220;qualifiées autant que représentatives&#8221; on va rigoler.<br />
Sur ce que quoi Voualtère Brummeliche (même le dimanche) force la porte de fer et coupe les circuit de protection et de surveillance pendant que le Père Prosper-Théobald nous bénit d&#8217;abondance.<br />
Nous voilà avec Bourmous’s dans le batîment, des fils électriques ce n&#8217;est pas ce qui manque, il y en a partout.<br />
Je laisse faire mon compagnon qui a toujours eu une bonne mémoire, on ne naît pas notaire par hasard.<br />
-Tiens-moi ça tu veux La Guenuche pendant que je prends les tenailles.<br />
J’avise une grosse tresse verte au milieu.<br />
-Tu es bien sûr que c&#8217;est la grosse tresse bleue d&#8217;en bas qu&#8217;il a dit de couper&#8230; il a rien dit sur la grosse tresse verte du milieu?<br />
-Ben tiens, aussi sûr que je suis Maître Bourmous fils de Maître Bourmous! Proclâme-t-il fiérement à ma face interrogative.<br />
Il agite ses tenailles et cela fait:<br />
-Shhhlooouuupspaooouffchttraaaaaaaainuuuuuuuuuuuun!<br />
Et nous restons soudés ensemble traversé par une vibration puissante et vraiment dépaysante qui nous immobilise et semble nous vider de toute intimité.<br />
Heureusement Jacky Chombard vient aux nouvelles et nous dégage adroitement de ce champ électrique sans doute funeste à long terme à notre métabolisme primaire:<br />
-Alors ça va? Vous vous êtes pris quelque chose comme 80000 volts ! Vous êtes sûrs que ça va ?<br />
La secousse nous a secoués c&#8217;est certain et quelque peu transformés.<br />
Phénomêne étonnant nos cheveux et poils roidis, fondus et durcis par la décharge électrique ont transpercé nos capuches de plastique et en partie haute nous ressemblons à des oursins fraichement pêchés, plus déplaisant encore en partie basse nous bandons &#8230; des doigts de pied, ils sont étonnament relevés et tendus à l&#8217;extrême, c&#8217;est surprenant à voir ce priapisme pédique mais très gênant pour marcher:<br />
-Mais qu&#8217;est-ce que vous avez foutus&#8230;<br />
-Oouupfsss! On ne sait plus! Marmonne Maître Bourmous confus et plus tellement assuré de sa filiation non plus que de son existence terrestre.<br />
-C&#8217;est raté! Déplorai-je.<br />
-Raté, tu rigoles, regardez plutôt.<br />
La vallée est dans le noir, au moins jusqu&#8217;au chef-lieu.<br />
Sur ce la bombe explose avec une belle éloquence et rase très proprement le bâtiment.<br />
-J&#8217;ai dû foirer un peu les proportions de Perchlopermangazoate de Turlubenzéne!<br />
-La prochaine fois demandez donc à mon maître de chais de vous renseigner là-dessus, il est incollable en chimie amusante.<br />
Nous redescendons bras dessus bras dessous Maître Bourmous et moi vers la vallée avec de  grandes difficultés à cause de nos  satanés doigts de pied en érection sans compter que l&#8217;on pique, c&#8217;est effrayant.<br />
17 Août<br />
Notre petit Koonrardt est arrivé ce matin, il ne m&#8217;a pas reconnu, il faut dire qu&#8217;il m&#8217;a fallu me raser entiérement la tête, poils et sourcils inclus, je ressemblais à une mine marine, ce qui a provoqué quelque étonnement de ma Poupetkë et de toute la famille. J&#8217;ai pris la chose avec désinvolture:<br />
-Petite réfôrme morale et physique dis-je en remettant mes lunettes noires, malheureusement il m&#8217;a fallu aussi dans l&#8217;affaire sacrifier ma moustache de pronunciamentiste en puisssance.<br />
 Koonrardt a eu une permission de son capitaine, cela ne l&#8217;empêche pas d&#8217;être en uniforme de colonel  de son régiment, il l&#8217;a eu à sept ans, son régiment, sept ans l&#8217;âge de raison, comme tout prince héritier de la courônne de Nordnmark,  son frère cadet mon bon Uürtikrn fut déçu de ne pas en avoir un, de régiment, lui aussi pour son anniversaire l&#8217;année suivante. Devant les cris et les disputes et sa déception, j&#8217;avais proposé à la Reine, pour qu&#8217;il n&#8217;y eut point de jaloux, de lui en attribuer un, de gendarmes à pied ou d&#8217;assistantes sociales à cheval, n&#8217;importe quoi pour amuser l&#8217;enfant mais bien entendu l&#8217;on ne manqua pas l&#8217;occasion de m&#8217;humilier une fois encore, depuis mon romantique Uürtikrn déçu dans ses espérances militaires cultive un pacifisme vestimentaire et moral qui m&#8217;apparait comme son seul vrai défaut.<br />
Et puis notre Koonrardt n&#8217;est guère prêteur, il tient ça de sa mère (concédons-le!) et chaque fois que le bon Uürtikrn voulait s&#8217;amuser à conduire son régiment au Zoo ou au square, son frère prétextait une sortie ou des manoeuvres pour lui en confisquer le plaisir.<br />
Alors pendant que mon bon Uürtikrn porte son  triste uniforme de grunge notre cher Koonrardt bien que faisant son temps militaire dans l&#8217;aviation arbore plutôt que la tenue d&#8217;aspirant de seconde pompe un éclatant costûme de Colonel du 11° régiment de Renkeyser de la reine, le tître est un peu pompeux, d&#8217;abord parce que l&#8217;on aurait peine à trouver les dix régiments qui le précédent sur le papier et qui sont tous symboliques maintenant et ensuite parce que l&#8217;on pourrait traduire ce substantif  de &#8220;Renkeyser&#8221; par conducteur de rennes. Il est gardien de rennes quoi!<br />
J&#8217;ai dit l&#8217;attachement que le nordmois a pour le bestiau sacré, sans doute parce que pendant des siécles le renne l&#8217;a nourri, vêtu  et permit de commercer avec les autres sauvages  habitants de ces contrées tardivement et incomplétement (constatons-le honnêtement!) civilisées mais cette considération qu&#8217;il a pour ces animaux a de nos jours viré à l&#8217;idolâtrie et à une manière d&#8217;animisme anémié car sans sacrifice humains ni festivités un peu colorées.<br />
Le renne est un ruminant, un animal maussade et fataliste, tout comme le nordmois et il partage avec lui la même qualité dominante et précieuse en ces pays: il n&#8217;est pas frileux.<br />
Malgré tout je suis heureux de revoir mon enfant. Un bonheur n&#8217;arrivant jamais seul le cher Sir John Brank Strikeman nous rejoint dans l&#8217;après-midi, je le découvre dans un champ alors qu&#8217;il est en train de replier son parachute:<br />
-Ah tétesse, jieu passais par là par hasard et l&#8217;idée m&#8217;est véniou de venir vous présenter mes respects amicaux and parachutistes&#8230; where’s my cap?<br />
Il m&#8217;apprend le retour de son chapeau décroché d&#8217;un arbre en même  temps que celui de son épouse à l&#8217;ambassade conjugale.<br />
-Heureuse nouvelle donc!<br />
-Point complétement elle a beaucoup perdu en bourse, sans doute pourquoi son français l&#8217;a quitté. A propos de français l&#8217;on me dit que vous allez rencontrer the little shit&#8230; je veux dire le président français &#8230;<br />
-Dîner officiel tout à fait superfétatoire à mon goût.<br />
-Et au mien donc cet homme est d&#8217;une goujaterie, lors de son dernier voyage officielle chez nous il n&#8217;a cessé de tripoter la reine, enfin a-t-on idée même son époux y a renoncé depuis bien longtemps. Entre nous Altesse, les américains sont très fâchés contre lui suite à de récents bombardements stratégiques aux Pepsico Islands tout à fait hors de propos et il veut se refaire il va essayer de vous vendre des chasseurs-bombardiers tactiques.<br />
-Ah tiens don&#8217; mais nous n&#8217;en avons pas l&#8217;usage, il me semble. Mais pour bombarder qui nous sommes en paix avec tout le monde?<br />
-Oh pour ça on trouve toujours, regardez les américains, il s’invente des ennemis tous les jours, le jour où ils ne s’en trouveront plus ils tomberont de cheval et on en parlera plous! Et puis votre flotte de chasse dâte quand même des années cinquante.<br />
-Et cela se remplace tous les combien une chasse?<br />
-Mettons qu&#8217;il serait temps de vous débarasser de vos avions à pistons.Vos aviateurs y pensent aussi d&#8217;ailleurs, vous avez le plus fort taux de perte de l&#8217;alliance atlantique.<br />
-Ah quand même nous sommes champion de quelque chose! Mon Dieu et notre Koonrardt qui sert dans l&#8217;Armée de l&#8217;Air.<br />
-Je vous le dis il serait temps de s&#8217;en inquiéter. Or une proposition va être faite par le consortium Fairthrope-British Teapot-Aircraft-Drumman Corporation dont je suis le représentant exclusif pour le Nordnmark, mais cela ne doit compter pour rien bien sûr dans vos réflexions, c&#8217;est malgré tout un marché de plusieurs milliards de Brelotkë sur quoi mes amis américains insistent pour qu&#8217;un pourcentage de 5 % au moins aille abonder vos oeuvres Tétesse en particulier votre Fondation d&#8217;Art Post-Contemporain qui les intéresse au plus haut point.<br />
-Ah tiens don&#8217; je ne voyais pas vos texans aussi ouverts à l&#8217;Art Post-Contemporain. Mais mon cher vous accordez, je le crains, trop d&#8217;importance à mon faible pouvoir d&#8217;influence.<br />
-De ce que j&#8217;ai compris, tout devrait se jouer lors de la prochaine réunion de l&#8217;OTAN à laquelle vous représenterez sa Majesté la Reine. Une déclaration de votre part après une démonstration en vol de notre WC 29 Shootnuns aurait pour nous valeur d&#8217;engagement.<br />
-Vous oubliez mon cher John Brank que dans ma poitrîne bat encore un coeur français<br />
-C&#8217;est bien cette fidélité à vos principes qui m&#8217;inclinent à penser que vous ne pourriez décemment faire prendre des risques à vos jeunes pilotes nordmois dont le jeune prince Koonrardt or le nouveau chasseur bombardier français Razfoune à rétro-pédalage furtif et décollage oblique, s&#8217;il montre des solutions élégantes sur le papier n&#8217;est absolument pas au point et même dangereux d&#8217;usage le dernier prototype parti de Le Bourget s&#8217;est crashé sur une sanisette de le campagne de Reims même si l&#8217;affaire a été adroitement téniou discréte.<br />
-Nous verrons mon cher John Brank. En attendant nous ferez-vous le plaisir de déjeuner avec nous.<br />
*<br />
Plus étonnant, deux heures après alors que nous venons de raccompagner Sir John Brank au car pour Londres, qu&#8217;elle n&#8217;est pas notre surprise de voir arriver un second parachutiste, celui-là vise semble-t-il la grande pelouse, deux hectares quand même, et tombe avec grâce au milieu de la piéce d&#8217;eau.<br />
C&#8217;est avec plaisir que je reconnais&#8230; là-dedans ce cher Petcho Larigaïe.<br />
-Je m&#8217;ai penché, je m&#8217;ai tombé&#8230; nous explique-t-il en se débarassant des nénuphars et autres plantes d&#8217;eau.<br />
Une fois séché et réconforté avec une vieille prune hors d&#8217;âge et alors que nous nous promenons malgré mes douleurs de pied, mes doigts sont toujours dressés et comme sur le qui-vive, dans la campagne sous une petite pluie pas désagréable, passent au dessus de nous trois chasseurs à réaction fort bruyants:<br />
-Oh mais diantre ne serait-ce point de nos nouveaux chasseurs bombardiers tactiques Razfoune, oh Monseigneur voyez quelle belle allure ils ont!<br />
-Je ne vous connaissais pas cette attirance pour les avions de chasse, mon cher, vous un littérateur, un poête, un homme d&#8217;esprit et de réflexion!<br />
-C&#8217;est justement cela la figure du chasseur-bombardier tactique dans la littérature contemporaine est sous-exploitée Monseigneur, je rêve de faire un grand poême là-dessus.<br />
-Ah tiens don&#8217;!<br />
Il ouvre sa musette:<br />
-Voyez Monseigneur j&#8217;ai quelque documentation &#8230;<br />
Il sort force illustrés en couleurs puis ce qui lui semble être quelques solides arguments de vente:<br />
-&#8230; d&#8217;autant que le gouvernement français m&#8217;a-t-on dit voudrait faire profiter Monseigneur de son offre spéciale tiers-monde: je m&#8217;équipe en Avril et je commence à toucher dessus en Mars&#8230; plus les mémoires en bandes dessinés de notre président&#8230; plus la compil&#8217; discographique de la présidente doublée dans le langage des signes&#8230; plus la photo dédicacée&#8230; plus le tee-shirt et la casquette coordonnée&#8230; plus le bandana&#8230;<br />
Bien sûr, son patriotisme excuse son activisme commercial au service des Armes françaises mais j&#8217;ai tôt fait de le démonter.<br />
-Je vous arrête tout de suite mon cher je n&#8217;ai que peu d&#8217;influence dans le traitement de ce genre d&#8217;affaires industrielles, j&#8217;y prends même assez peu d&#8217;intérêt.<br />
-Oh comme je vous comprends Monseigneur&#8230; moi-même&#8230; pourtant si vous vouliez toucher quelques mots à la Reine&#8230;<br />
Il est tout essouflé au dessus de nous les avions font une véritable démonstration, la Reine est sortie sur la terrasse et observe tout cela avec grande attention, soudain deux missîles partent de l&#8217;un des aéronefs, l&#8217;un va percuter la sanisette sur la place de l&#8217;église, l&#8217;unique sanisette de Bonpéze de style Jaclang triomphant et classée Monument Hystérique pendant que le second détruit l&#8217;abri-bus Jeanclaudedecauxnien tardif à la sortie de la bourgade qui n&#8217;était pas même à l&#8217;inventaire supplémentaire mais s&#8217;avérait fort utile surtout l&#8217;hiver.<br />
-C&#8217;est&#8230; c&#8217;est  vous l&#8217;aurez noté, Monseigneur, actuellement le meilleur chasseur d&#8217;abri-bus et de sanisettes en capacité tout-temps du bloc Atlantique!<br />
-Impressionnant en effet autant que bruyant mais je crains que ce genre de divertissements enfantins ne soit plus guère de mon âge&#8230; et si nous allions aux champignons!<br />
23 Août<br />
Le temps passe, en vacances, plus vite encore qu&#8217;à l&#8217;extérieur, l&#8217;extérieur des vacances, donc l&#8217;intérieur de toute existence civile autant qu&#8217;humaine. La reine a fini par convaincre notre Klopilde d&#8217;accepter une seconde cérémonie de mariage plus protocolaire et simplement réglementaire qui se déroulera en grand apparat en Septembre en la cathédrale protestante d&#8217;Upschloüt. Jusque là leur union n&#8217;a été que modestement bénie à Las Vegas par un pasteur de rite Elvispresleyien  peintre en batîment dans le civil.<br />
Intérieurement je pense qu&#8217;il faut à ces enfants quelque chose d&#8217;un peu plus sérieux, aussi convoquai-je prestement et secrétement le Père Fulmance des Emplettes qui est en pélerinage sentimental en son village natal, et sur ses terres familiales des Emplettes-Chezlopéze, pas trop loin de Bonpéze donc afin d&#8217;organiser secrétement bien sûr une bénédiction toute apostolique et romaine Très vite mon confesseur nous rejoint et avec le Père Prosper-Théobald nous organisons la cérémonie, que nous voulons la plus discréte possible mais sans omettre bien  sûr nulle rubrique du saint sacrifice, le cher Lopeck étant polonais donc catholique accepte volontiers l&#8217;idée bien qu&#8217;il soit déjà deux fois marié:<br />
-Mais jamais devant prrrrêtre pas con Lopeck!<br />
Nous crie-t-il en inspectant le dessous de l&#8217;autel qui aurait bien besoin selon lui d&#8217;une petite révision avec remise à niveau des burettes.<br />
Les préparatifs se déroulent dans la plus grande discrétion et le plus parfait anonymat chez le père Fulmance, il nous a trouvé une charmante petite église: sainte Clozette, au bord de la Gerbouille, la rivière qui sinue de village en village et passe au bord de Chateau Bonpéze.<br />
Le titulaire de la paroisse, le curé des Emplettes-Chezlopéze le père Jean-Plaude Kluc, moderniste post-conç à la manière des années 70, un grand nostalgique donc du concile Voudstock II, des goûters du jeudi  et de la Piste aux étoiles, nous propose d&#8217;abord &#8220;de faire ça à la salle municipale, au moins c&#8217;est climatisé.&#8221; Nous lui répondons que  la salle municipale n&#8217;a point toute la sacralité requise par la cérémonie.<br />
-Ouais tout ça c&#8217;est plus de notre époque, vous y croyez vous encore à ces gamineries? Le baigneur en croix, le coup de l&#8217;ascenseur et des petits pains farceurs tout ça il faut le dire ça parle plus aux jeunes. Et vous voudriez  faire ça quand ?<br />
-Eh bien nous avions pensé que dimanche prochain&#8230;<br />
-Ah non, non, pas question je travaille plus le dimanche, moi, l&#8217;église est fermée le dimanche, de toutes les façons on faisait plus un rond, même pour les quêtes j&#8217;y allais de ma poche.<br />
-L&#8217;on m&#8217;a dit que vous aviez des oeuvres mon père.<br />
-Tu peux m&#8217;appeler Jean-Plaude mon gars comme tout le monde, oui je m&#8217;occupe d&#8217;une communauté brésilienne d&#8217;anciennes miss de plage devenus prêtres transexuels de Sao-Paulo.<br />
-Oeuvre admirable à laquelle je serais heureux d&#8217;apporter ma contribution. Dis-je en sortant mon carnet de chéques (je suis demeuré fidéle à mon CCP d&#8217;étudiant , ainsi la Reine ne vérifie pas mes relevés de compte, elle prend leurs correspondance sur papiers chiottes recyclés trois fois et leur publicité pathétique type social-traître/ tiers-monde qui veut se monter, pour une oeuvre française d&#8217;aide aux bengladeshis dans la desh.)<br />
L&#8217;accord est vite conclu, il nous laisse la disposition de la chapelle Sainte Clozette pour notre cérémonie, quelque peu clandestîne.<br />
En effet on l&#8217;aura compris, il me faut apporter le moins de publicité possible à cet événement pourtant si réconfortant moralement, la Reine elle-même (et je ne parle pas de la reine belle-mère!) doit ignorer tout des préparatifs et de leur sainte conclusion aussi résolus-je que la bénédiction sera donné aux premières heures du matin.<br />
Le jour dit il nous faut user de stratagêmes nombreux et adroits pour ne point éveiller l&#8217;attention de ce saligaud d&#8217;Urinald Fun Froeboeun toujours aux aguets et des deux reines (fille et belle-mère) consignées aux quartiers. J&#8217;ai donc organisé une partie de pêche, exercice qui comme on le sait se pratique aux aurôres,<br />
Nous partons donc tous au petit matin avec nos cannes à la main, Lopeck en salopette, il ne la quitte jamais, ma chère et douce Klopilde en capiteuse et spectaculaire robe blanche malgré que son capitale de pureté sinon de candeur me semble sérieusement amputée, elle cache incomplétement sa parure resplendissante sous un imperméable de même que notre cher Koonradt en grande tenue de colonel, il tient de moi ce goût pour l&#8217;uniforme.<br />
Au moment où nous faisons mouvement tous ensemble et nuitamment voilà pas que la belle dôche arrive avec son épuisette:<br />
-Attentez-moi les envants je fiens avec vous.<br />
Difficile de s&#8217;en débarasser, avec le cher Uürtikrn nous l&#8217;emmenons au bord de la Gerbouille la petite rivière qui borde notre propriété de Bonpéze, nous l&#8217;installons là sur un pliant:<br />
-Mais où zont les z&#8217;audres?<br />
-En contrebas mais vous serez mieux ici sous les saules.<br />
Elle prend ses aises sort deux bouteilles de Smörgg de ses pôches immenses quoiqu&#8217;en proportion de l&#8217;animal impressionnant qu&#8217;elle est.<br />
Nous faisons un peu de figuration avec le cher Uürtikrn, agitant nos gaules sous ses yeux pendant qu&#8217;elle commence à biberonner en attendant que nous fassions appel à ses talents de d&#8217;épuisettière.<br />
-Achzz il vait pon izi! Somnôle-t-elle.<br />
Quand elle a terminé sa deuxiéme bouteille de Smörgg, elle commence à ronfler et je fais signe à Uürtikrn que nous pouvons faire mouvement.<br />
Nous arrivons avec quelque retard à Sainte Clozette, les Pères Prosper-Théobald et Fulmance nous attendent, Lopeck qui a emporté sa caisse à outils est sous le grand orgue en train de réviser la soufflerie qui donne des signes d&#8217;épuisement.<br />
Certes tout le monde baille un peu, il est très tôt, malgré quoi la cérémonie se passe magnifiquement, ma douce Klopilde rayonne dans sa robe immaculée et Lopeck, dans sa salopette qui l&#8217;est beaucoup moins, fait malgré tout bonne figure, les &#8220;ouis&#8221; sacramentels sont prononcés sans effort et même avec un bel élan et quand nous sortons sur la parvis de Sainte Clozette le soleil nous arrive en renfort, seule  fausse nôte au même moment la belle-mère ex-régnante passe en ronflant devant nous au fil de la rivière qui coule devant l&#8217;église. Sans doute sera-telle tombée à l&#8217;eau après sa quatriéme bouteille de Smörgg. On la repêche et quoi faire d&#8217;autre? Grâce à Dieu elle n&#8217;a point trop souffert de son immersion, en vérité elle ne s&#8217;est rendue compte de rien, je la crois bien insubmersible, l&#8217;animal.<br />
25 Août<br />
Ah non décidément ce dîner officiel ne s&#8217;imposait pas, il nous a fallu quitter shorts et tongs pour nous sangler interminablement dans nos atours officiels.<br />
Fun Froeboeun lui est ravi, il va pouvoir papoter avec ses collégues français même s&#8217;il les tient en piètre estîme, il ne prend pas trop au sérieux nos traditions républicaines sur ce point je suis d&#8217;accord avec lui il est toujours ridicule de devoir inventer ce que l&#8217;on n&#8217;avait qu&#8217;à recueillir, la France fut grande, sûre d&#8217;elle et pérenne sous nos rois depuis la révolution, elle s&#8217;improvise des destins successifs et le peuple français ressemble à un auto stoppeur au bord de la route le doigt ou le poing perpétuellement levés et ne sachant où il couchera à l&#8217;étape sur un galetas ou dans un lit de plûmes, le plus souvent d&#8217;ailleurs il se réveille au lendemain de quelque aventure sur la paille et dépouillé de promesses et d&#8217;espérances.<br />
Pour ce jour je ne fais pas l&#8217;effort d&#8217;endosser l&#8217;unifôrme je me contenterai d&#8217;une queue de pie toute diplomatique et de quelques décorations françaises, la reine est Grand-Croix de la Légion d&#8217;Horreur je ne suis que commandeur du Mérite Agricole sans doute du fait de mon grade d&#8217;Adjudant Général du Génie Rural  et de mon travail inlassable sur mes terres de Bonpéze, l&#8217;étiquette a bon dos une fois de plus l&#8217;on me compte les honneurs, alors pour défier Fun Froeboeun et d&#8217;autres je n&#8217;arbore ce soir que mon &#8220;poireau&#8221; et ma Médaille de Sauvetage obtenue à dix-huit ans à Saint Kassek’h, modeste station balnéaire de la côte bretonne où je passais alors des vacances studieuses (quoique venteuses)  après avoir échoué une seconde fois (de presque peu) à mon bachot.<br />
J&#8217;avais été décoré en sauvant avec mon brave chien Rataplouf un magnifique Terre-Neuve de haute race, une baigneuse allemande d&#8217;une noyade inéluctable, il faut dire que j&#8217;avais transpercé son matelas gonflable alors que nous nous livrions à des débordements que seule notre jeunesse pouvait excuser et  bataillant au plus profond de son âme amoureuse j&#8217;éperonnais dans le même temps de tout mon jeune tempérament l&#8217;ustensile pneumatique qui se dégonfla très vite nous livrant à cette mer que l&#8217;on dit cruelle et qui se révéla en sus profonde car sans nous en rendre compte, trop absorbés par nos jeux, nous avions dérivé jusqu&#8217;au large et même un peu au delà.<br />
La pauvre Helga, elle s&#8217;appelait Helga, se raccrochait à moi et quoique puissant nageur, je me raccrochais autant à elle victîme d&#8217;une crampe d&#8217;après crampe fort mal venue, bref nous coulions ensemble dans beaucoup de cris et d&#8217;insultes mais bien heureusement le brave Rataplouf qui écoutait la radio sur la plage en sirotant un Coca, entendant nos cris ou guidé par son seul instinct sauveteur et son attachement à ma personne vint à notre secours en s&#8217;engouffrant dans les flôts et en nageant sur plus de quinze cents mètres à l&#8217;aller comme au retour, je remerciais le ciel d&#8217;avoir opté pour un Terre-Neuve plutôt qu&#8217;un Saint-Bernard quand marraine m&#8217;avait demandé de choisir entre les deux races pour mes étrennes quelques années auparavant, je ne crois pas qu&#8217;un Saint-Bernard eût montré le même atavisme nautique.<br />
Ramenée sur la terre ferme la donzelle pour faire bonne figure devant ses parents et expliquer ma présence à ses côtés, ou plutôt juste au dessus, me présenta en héros à la presse locale tandis que je mettais modestement en avant le fidéle et robuste Rataplouf et ensemble nous fûmes à l&#8217;honneur tous les deux et décorés en même temps sur le front des inscrits-maritîmes de Saint Kassek’h par le contre-amiral Lepontantec&#8217;h.<br />
Par la suite j&#8217;appris qu&#8217;il il avait fallu un certain nombre de rustines pour colmater&#8230; ma baigneuse, le matelas gonflable étant lui compté pour définitivement perdu.<br />
Mais assez parlé de mes exploits maritîmes revenons sur terre, notre bonne terre de France, nous arrivons donc dans la cour de l&#8217;Elysée, le chef du protocole nous annonce que la fanfare et le détachement militaire prévus pour nous rendre les honneurs sont en gréve, de fait nous voyons des militaires assis sur le perron et des musiciens la grosse caisse en l’air vautrés sur les graviers. J&#8217;ai honte, dans le temps le Général aurait fort aimablement fait fusiller tout ce petit monde mais la mode de la grandeur est passée dirait-on, le président français nous en administre très vite une nouvelle preuve, il n&#8217;a invité que des sportifs suédois, et des artistes norvégiens, l&#8217;on dira qu&#8217;il n&#8217;est certes pas passé loin mais quand même. Seule tête connue Charley Bédouani mon « manageure » que je m&#8217;étonne de trouver là :<br />
-Bah bah bah! Je suis venu respirer un peu l&#8217;air du pays et prendre des contacts pour notre petite affaire et puis je connais bien le petit, je l&#8217;ai connu tout petit&#8230; oui enfin encore plus petit que ça &#8230; si on m&#8217;avait dit qu&#8217;il ferait un jour président celui-là&#8230;<br />
-De la discrétion monsieur Bédouani, surtout de la discrétion. Nous ne nous connaissons pas.<br />
Je regrette de ne pas avoir emporté d&#8217;imperméable de soirée et de lunettes noires de cérémonie.<br />
-Bon j&#8217;ai commandé des pizzas au caviar pour tout le monde&#8230; la pizza tout le monde aime ça! Nous annonce le Président français tandis que nous prenons place, un peu étonné, autour de la table de 150 couverts.<br />
De fait moins d&#8217;un quart d&#8217;heure après arrivent dans la cour du palais une noria de mobylettes et de scooters et des dizaines de livreurs de pizza entrent dans la grande salle de réception le carton à la main.<br />
-Quelle idée originale! S&#8217;extasie la reine très diplômate quoique tout à fait dégoutée.<br />
A ceux qui n&#8217;ont jamais eu devant les yeux et les narines une pizza au caviar, je préfére n&#8217;en rien dire, une telle recette ne peut germer que dans un esprit malade, c&#8217;est parait-il le plat préféré de notre hôte il la déchire à grandes dents, il s&#8217;en met partout sur son smoking de videur de boîte de nuit, sa chemise à jabôts de guitariste manouche et jusque sur l&#8217;unifôrme de notre Koonradt constellé de noyaux d’olives et qui toujours très à cheval sur le réglement se retient pour ne pas le prendre par le fond de sa culôtte et le propulser promptement sur les pelouses.<br />
J&#8217;ai re-honte. Dans le temps un type comme ça aurait fait une brillante carrière dans les cuisines, à la plonge ou en julôt casse-croûte aux Batignolles mais sûrement pas dans le 8° arrondissement.<br />
Il vérifie longuement les notes, demande leurs papiers à quelques livreurs étrangers, en fait mettre en garde à vue une bonne dizaine. Quel vil flicaillon!<br />
Au dessert pour lui remettre les idées en place je fais venir Fun Froeboeun, il porte, un peu gêné, quelques bonnes bouteilles de mon vin de noix.<br />
Je suis adepte de la vieille théorie stratégique de la riposte graduée, aprés sa pizza au caviar, je saute le Chateau Bonpéze 2005 pourtant l&#8217;un des plus redoutables crus de ces dernières décennies et je passe direct au vin de noix, pas de quartiers, Dieu reconnaîtra les siens.<br />
On n&#8217;imagine pas ce que cela peut-être offensif le vin de noix.<br />
Plus encore que Chateau-Bonpéze il est l&#8217;objet de tous mes soins, mon vin de noix, c&#8217;est une vielle recette du Père Beignalous dont j&#8217;ai longuement parfait la mise au point.<br />
-Monsieur le président vous goûterez bien de ce vin de noix que nous élaborons sur notre bonne terre de Bonpéze.<br />
Il me répond qu&#8217;il ne boit jamais d&#8217;alcool pendant qu&#8217;un maître d&#8217;hôtel apporte à la Reine, dans une soucoupe, l&#8217;addition.<br />
L&#8217;ignoble gnôme explique à ma Poupetkë qui lui demande des explications que c&#8217;est comme ça maintenant avec les petits pays de l&#8217;Europe mais que les cafés sont pour lui.<br />
Je vois ma Poupetkë blanchir de colère et passer la soucoupe à cet imbécile de Fun Froeboeun qui met sa carte de crédit dans la soucoupe et la regarde s&#8217;éloigner avec un gros regret vers la caisse nouvellement installée en fond de salle derrière laquelle trône une grosse femme fardée et en fourrure.<br />
Alors la Reine ouvre l&#8217;une de mes bouteilles et remplit le verre du nabot:<br />
-Les ligueurs sont pour moi.<br />
Il est bien forcé de siffler le gobelet.<br />
Après quoi nous nous levons pour la petite déclaration à la presse et à la télévision.<br />
Au début il tient le coup, mais très vite il tient surtout le pupitre devant lui, s&#8217;y accroche, bredouille, remercie le gouverneur de Caracas, crie &#8220;merde aux belges!&#8221;, salue les pingouins libres du monde entier, décroche subitement et s&#8217;étale de tout son&#8230; court.<br />
Cinq Septembre<br />
C&#8217;est la rentrée, les vacances sont finies, je prépare mes affaires. Ma Poupetkë m&#8217;a fait une jolie surprise, pendant notre absence elle a commandé la remise en état du pavillon au fond du Parc du palais d&#8217;Hubertsbörg.<br />
Je lui en suis gré quoique je me m&#8217;interroge sur ses motivations réelles, ne serait-ce point un moyen de m&#8217;éloigner de la vie quotidienne du pouvoir, l&#8217;on parle d&#8217;une intervention qu&#8217;aurait fait auprès d&#8217;elle ce salopard de premier ministre afin de me caserner en dehors de toute influence politique, en quelque sorte des arrêts de réserve, moi qui me suis toujours cantônné à ce rôle ingrât de prince consort tout cela  ne fait que me renforcer dans mes projets que je céle à tous pour le moment, tout ce que je peux en dire c&#8217;est que le cher Eric le Mauve vient d&#8217;acheter pour quatre tonnes d&#8217;armements divers au Bravmekistan Antérieur, mais chut! J&#8217;en ai déjà trop dit.<br />
J&#8217;y prends donc mes quartiers avec le fidéle Pezzolino qui m&#8217;a suivi dans mon exil non sans m&#8217;avoir distrait quelques objets en prenant le prétexte du déménagement, je m&#8217;en ouvre à lui lorsque je ne trouve plus mon second mocassin en peau de parlementaire, un cadeau du cher Eriktkën (c&#8217;est très agréable à porter le cuir de parlementaire et je ne comprends pas que l&#8217;on ne l&#8217;utilise pas plus dans l&#8217;industrie des accessoires de mode?):<br />
-Au moins quand tu me voles des chaussures, vole-moi la paire sans quoi cela ne satisfait personne.<br />
-Oh je vous remercie Monseigneur! Me répondit-il en raflant le second mocassin.<br />
Ce garçon a décidément toutes les audaces mais il m&#8217;est utile, le cher Eric le Mauve m&#8217;a appris qu&#8217;il était correspondant de plus d&#8217;une soixantaine de services secret étrangers, je ne vois pas où il prend le temps pour les renseigner tous utilement et dans le même temps brosser mes vêtements, il faut dire aussi que mes costûmes sont si mal brossés qu&#8217;il me faut parfois m&#8217;en occuper moi-mâme.<br />
Second indice qui prouverait assez bien une volonté de la Reine de parfaire mon éloignement, l&#8217;ignoble Urinald fun Froeboeun vient me prévenir dans un sourire que l&#8217;on m&#8217;expédie au Brümnland comme Lieutenant Général, représentant de la Reine.<br />
Le Brümnland comme on le sait est notre dernière possession ultra-marine, terre large et glacée peuplé de 40000 esquimaux (tous parfums !) tous plus ou moins alcooliques et qui jouxte la partie septentrionale de l&#8217;amérique. Cette amérique qui guigne notre possession de longtemps avec son bel appétit de vautour nouveau-né. Le Brümnland tient son nom de cette particularité qu&#8217;elle recéle en toutes saisons au dessus de sa tête d&#8217;épaisses brumes, qu&#8217;il y neige perpétuellement et que l&#8217;on s&#8217;y géle d&#8217;abondance<br />
Voilà donc la vie d&#8217;un prince consort que l&#8217;on nous veut faire accroire insouciante et sans contraintes à force de presse. Un jour envoyé sur l&#8217;équateur à se rôtir la couenne sous un soleil inhumain parmi des sauvages et le lendemain ou presque propulsée en quelque contrées caverneuses ou iglootesques parmi des peuplades mêmement primitives, c&#8217;est bien simple j&#8217;ai dans mon carnet d&#8217;adresses tous les emplumés, chefs tribaux et autres primitifs antediluviens de la planête&#8230; avec leurs numéros de téléphone portable et celui de leur agent artistique aux Nations Unies.<br />
Cette promotion me trouble, je vais voir le cher Baron Eriktkën le Mauve,  dans sa circonscription du Thöf, je le trouve dans le parc de son chateau des Kingoöfzethöf s&#8217;entraînant avec ses camarades, tous en unifôrmes<br />
-Regardez Monseigneur les grenades &#8220;def &#8220;chinoises que j&#8217;ai eu en solde&#8230;<br />
Il s&#8217;amuse comme un enfant pendant que le clairon résonne toutes les cinq minutes, il n&#8217;y a que lui qui raisonne d&#8217;ailleurs ici d&#8217;où ma question:<br />
-N&#8217;y aurait-il pas eu des fuites concernant nos préparatifs.<br />
-Vous rigolez Monseigneur nous sommes des professionnels! Dit-il en balançant une grenade chinoise qui explose en délivrant beaucoup de fumée, nous suffoquons tous un bon moment:<br />
-Vous vous êtes fait refilé un lôt de fumigênes mon cher baron.<br />
-Salauds de gniaks!<br />
-Vous les avez achetées où?<br />
-Dans un magasin Bomborama de Beyrouth je vais me les faire rembourser, c&#8217;est remboursé ou satisfait sur leur pub. S&#8217;exalte-t-il en me montrant un dépliant publicitaire en anglais, en arabe et en couleurs<br />
-Votre avis mon cher baron consens-je ou ne consens-je point? D&#8217;autant que le Brümnland ça n&#8217;a quand même rien de très attrayant.<br />
-Ah je ne crois pas, c&#8217;est très agréable au contraire, c&#8217;est comme le Thöf&#8230; avec les brumes en plus.<br />
Je regarde autour de moi la plaine rase, boueuse et emmoustiquées car nous sômmes en été, ce n&#8217;est guère un encouragement à accepter dolemment mon exil.<br />
-Voyez moi à votre place Monseigneur j&#8217;accepterais mais à vos conditions et surtout je demanderais que sa Majesté vous accordât le tître de Vice-Roi du Brümnland, cela &#8230; comment dire? Oui cela habituerait les gens si vous voyez ce que je veux dire&#8230;.<br />
Ce garçon est un fin politique sous ses emportements de brûte expéditive.<br />
Je me rapatrie donc à Upschloüt et dicte mes conditions, il faut croire que l&#8217;on a tant envie de se débarasser de moi car elles sont toutes acceptées, quand même j&#8217;ai quelque regrets de découvrir que ma Poupetkë se sépare de moi sans réticence ni regrets, car enfin même si le Brümnland est desservi par l&#8217;avion, c&#8217;est un éloignement quand même, c&#8217;est le cher John Brank, rentré lui aussi dans la capitale qui me livre les raisons de ma disgrâce: les américains ont communiqué au Palais des photos infrarouges de notre expédition punitive contre le relais de télévision du Mont Pipard, de vraies pipelettes ces gens-là, mentalité de bonnîches ils surveillent la planéte entière, on ne peut même plus pisser contre un mur sans être géolocalisé, photographié et dénoncé sinon emprisonné. De plus c&#8217;est ce cher Petcho Larigaïe qui m&#8217;en informe, la Reine aurait appris le mariage catholique de notre douce Klopilde et s&#8217;en serait formalisé, c&#8217;est d&#8217;autant plus ridicule qu’il n’y a jamais trop de bénédictions formées sur le bonheur d&#8217;un couple, enfin je pars en exil vice-roi d&#8217;un pays brumeux et en espérant en revenir un peu mieux que cela mais chuuut!<br />
7 Septembre<br />
J&#8217;embarque donc, certes à regrets mais mon esprit de sacrifice est tout entier aux commandes de mon âme. On m&#8217;a proposé de voyager en brise-glace atomique en classe économique, j&#8217;ai préféré l&#8217;avion en classe affaires c&#8217;est plus rapide et confortable somme toute&#8230; et moins dangereux.<br />
Je pose devant les photographes en haut de l&#8217;échelle dans un chaud et épais manteau de fourrure et à l&#8217;escâle de Reyjkavik je découvre dans les journaux que m&#8217;apporte l&#8217;hôtesse de Nordnmark Airlines que je suis à nouveau source s&#8217;un scandale fabriqué de toutes piéces par les journalistes et les ligues de vertu écologistes, tous m&#8217;accusent d&#8217;avoir arboré un magnifique manteau de fourrure en Panda, ce que je ne nie pas mais je ne vois pas où est le scandale? Il fait froid là-bas m&#8217;a-t-on dit, auraient-ils voulu que j&#8217;y débarquasse en slip?<br />
J&#8217;arrive enfin à Kloonberg la capitale du Brümnland. Notre Boeing a tourné pendant une heure, à cause de la brume il ne trouvait pas l&#8217;aéroport. C&#8217;est l&#8217;été il fait glacial, l&#8217;hiver il fait inhumain. Le gouverneur actuel du Brümnland m&#8217;attend à la descente de l&#8217;avion&#8230; avec ses valises, il tient dans une main une torche enflammé pour se repérer et dans l&#8217;autre, ses raquettes de tennis et ses cannes de golf.<br />
-Ah Monseigneur!<br />
-Vous pouvez m&#8217;appeler &#8220;Sous-Altesse ou vice-majesté&#8221; maintenant j&#8217;y ai droit.<br />
C&#8217;est qu&#8217;avec tout ça j&#8217;ai pris du grade, à propos de grade, il ne m&#8217;en reste plus qu&#8217;un à franchir, on l&#8217;aura remarqué mais re-chuuut !<br />
-Ah oui&#8230; comme il plaira à Monseigneur, quel plaisir de vous voir sous-Altesse je vais enfin pouvoir rejouer au tennis!<br />
Il fait signe de sa moufle droite à la fanfare de majorettes en jupettes de fourrure de jouer le &#8220;Humpfkë und Pumpfkë&#8221;* me salue et monte l&#8217;escalier à toute allure et enfin claque la porte du Boeing. Sur ce que le seul journaliste présent, le correspondant du &#8220;Kloonberg-Soir&#8221; me prend en photos. J&#8217;ai l&#8217;impression que les adductions de paparazzi n&#8217;ont pas encore été installées ici, enfin une heureuse nouvelle.<br />
Le conseiller du gouvernement pour les affaires Brümnlandaises m&#8217;explique le tempérament et la complexion mentale des habitants de l&#8217;endroit dans la chenillette qui nous emméne au palais du gouverneur vice-roi.<br />
De son long exposé voilà ce que je retiens: les Brümnlandais boivent leur quatre litres de Krüppen par jour, le Krüppen est un alcool fort tiré d&#8217;une ancestrale recette à base de jus de couille de phoque pressé et fermenté, ils battent leur femme, violent leur fille quand elle est en âge, jouent de la corne de brûme avec quelque virtuosité, certains hasardent même qu&#8217;il en sont les inventeurs, font des embarcations défectueuses avec quoi ils bravent la mer par pure inconscience, éthylisme chronique ou surestimation de soi, pêchent la morue en bande ou périssent seuls en mer selon l&#8217;humeur du jour, érigent des tumulus à tous les croisements  de chemins, se suicident plus souvent qu&#8217;à leur tour et font leurs courses au supermarché du chef-lieu chaque samedi bref pour résumer: de vrais bretons ces Brümnlandais!<br />
Le chauffeur arrête la voiture:<br />
-Nous sommes arrivés? S&#8217;enquiert le conseiller.<br />
-Non panne d&#8217;essence!<br />
Les brumes nous environnent, toutes sortes de brumes, je l&#8217;ai dit ici ils s&#8217;en font une spécialité.<br />
-Le mieux c&#8217;est de finir en raquettes.<br />
Nous chaussons donc les raquettes et en route. Kloonberg est sans doute une ville charmante mais nous n&#8217;en voyons rien, à un carrefour nous voulons demander notre route à un agent de police en manteau de fourrure qui se révéle être un ours polaire qui fait son shoppingue dans les poubelles du centre-ville.<br />
-Les putes doivent avoir un mal fou ici? Interrogeai-je le conseiller.<br />
-Avec un bon sonar à morue on s&#8217;y retrouve Majesté.<br />
-Là-bas une lumière! Nous crie notre cheuffeur à pied en nous désignant un clignotement au milieu de la tempête de neige qui commence à hanter la brume, nous faisons aussitôt route vers la lumière et après dix minutes de marche contre le vent nous débarquons dans un &#8230; sex-shop esquimaud.<br />
C&#8217;est très étonnant car les esquimauds étant quoi qu&#8217;on en pense frileux, au moins toujours chaudement vêtus, ils ne se mettent jamais tout à fait nus, même pendant leur nuit de nôces et pour eux le sommet de la pornographie est de montrer ses oreilles, on imagine la débauche d&#8217;oreilles de toutes tailles le plus souvent congestionnées et mouilléesqu&#8217;arborent les jaquettes de films. C&#8217;est étonnant mais à force cela devient troublant et j&#8217;en rougis un peu.<br />
La tempête se calmant nous quittons l&#8217;établissement et après trois bonnes heures de marche nous arrivons enfin au palais, malheureusement impossible d&#8217;y pénétrer à cause des congères qui en bouchent toutes les entrèes.<br />
-Il faut grimper jusqu&#8217;au cinquiéme étage, c&#8217;est là qu&#8217;est la lôge du concierge, mais moi je peux pas je sors d&#8217;arrêt maladie. Nous explique le chauffeur.<br />
Le conseiller se déclarant sujet au vertige et donc fort peu volontaire pour une grimpette, me voilà parti, par la face est, la plus difficile dit-on, à l&#8217;assaut de mon propre palais vice-royal., élégant batîment de style &#8220;guillauminien triomphant&#8221;.<br />
A-t-on idée aussi d&#8217;installer le concierge au cinquiéme et pourquoi pas sur le toît?<br />
Malgré les engelures et sans l&#8217;aide d&#8217;un quelconque ustensîle alpin j&#8217;aborde au cinquiéme, réveille le concierge afin qu&#8217;il précipitât une cordée de secours pour mes camarades dans le même temps où je me fais connaître et lui demande le chemin de mes appartements, il m&#8217;y conduit sans plus de foemalités ni d&#8217;égards et derechef  j&#8217;entre en fonction et commence à vice-régner en vidant le frigidaire, j&#8217;ai une de ces faims moi, l&#8217;altitude ça creuse!<br />
8 Septembre<br />
J&#8217;ai demandé au capitaine de vaisseau Beursec-Bombsec, belle figure de marin breton, dont j&#8217;avais fait, l&#8217;on s&#8217;en souvient, mon conseiller pour les affaires maritîmes de prendre la tête de mon cabinet militaire, il doit arriver bientôt il a préféré faire le voyage en brise-glace atomique russe et se trouve présentement à bord du Viktor Kourpin et pour mon cabinet civil l&#8217;on me délégue Ttuuttuuutuut  Annnonqelskon un inuit agent d&#8217;assurances.<br />
Quoique son saint patron me semble bien klaxonnant l&#8217;homme que l&#8217;on me présente m&#8217;apparaît dôté d&#8217;un solide bon sens, il me propose d&#8217;emblée de l&#8217;appeler Bob et il m&#8217;introduit aussitôt dans les affaires du vice-royaume par un abrupt et étonnant:<br />
-Quand nous serons américains&#8230;<br />
-Vous souhaitez demander la nationalité américaine? Pour vos affaires sans doute?<br />
-Béh non, le Brümnland va devenir tout entier américain, vous êtes bien là pour ça Monseigneur.<br />
Un instant la tête me tourne, c&#8217;est donc pour quoi l&#8217;on m&#8217;a envoyé en ces contrèes pôlaires pour parfaire le bradage de ce morceau d&#8217;europe sous latitude américaine, ah si Sir John Brank était là, lui pourrait me donner d&#8217;utiles conseils, lui qui a vécu, on s&#8217;en rappelle, une identique aventure au début de sa prometteuse carrière diplomatique, lorsque il était en poste aux Isles Tsilonga, l&#8217;on sait comment l&#8217;affaire s&#8217;est terminée au préjudice de toutes les parties<br />
-Pas Monseigneur, plus jamais Monseigneur, sous-majesté ou vice-altesse comme il vous plaira mon ami mais pas Monseigneur.<br />
-Bien sous-altesse, je disais donc vous avez bien été délégué par le premier ministre Plöömquish pour ça, c&#8217;est bien entendu on fait comme on a dit, on proclâme l&#8217;indépendance&#8230; tenez voulez-vous le 23 du mois prôchain, j&#8217;ai pas de rendez-vous et les mômes sont en vacances de neige&#8230; après quoi on demande à devenir le 51° état des Etats-Unis, je sais c&#8217;est des formalités mais ils y tiennent, de vrais prussiens !<br />
Et l&#8217;on a cru, ce trou du cul de premier ministre en tête que j&#8217;opinerais à une telle infâmie, que je consentirais à offrir à ces barbares américains un peu de notre noble terre viking!<br />
Je me léve, quel dommage que je ne porte point l&#8217;uniforme aujourd&#8217;hui la réplique eut mieux porté:<br />
-Cela ne se fera pas Monsieur, pas tant que je serais vivant du moins, il faudra me passer sur le corps plutôt que d&#8217;y consentir.<br />
Il me fait un clin d&#8217;oeil l&#8217;inuit:<br />
-Si c&#8217;est une affaire d&#8217;argent, je vous le dis tout de suite ça risque de poser problême avec ce qu&#8217;a pris Plöömquish et le ministre des terres nordiques et les commissaires européens et les ministres des affaires étrangères européens et à peu près tout le monde, les ricains vont rien vouloir rallonger, ouais vous me direz ils sont quand même coincés, ils ont commencé les travaux de leur base géante, allez on va voir s&#8217;ils peuvent faire un geste pour vous et vous payez le tarif d&#8217;inuit. S&#8217;esclaffe-t-il.<br />
Je prends l&#8217;agent d&#8217;assurances par le col et le propulse sur le palier de la salle du trône qui est à l&#8217;étage au fond du couloir à gauche, ce qui est bien peu pratique parce que les gens y débarquent sans cesse croyant y trouver les toilettes qui elles aussi se trouvent bien au fond du couloir mais à droite!<br />
-Sortez Monsieur vos gredineries ne me regardent pas et je les méprise&#8230; souverainement.<br />
Tutut! Je ne sais plus comment,  comprend enfin et se met en colère et m&#8217;abreuve d&#8217;injures inuites de fort peu de portée puisqu&#8217;aussi bien je n&#8217;entends point cette langue de sauvage.<br />
9 Septembre<br />
Le lendemain alors que j&#8217;inaugure, lors d&#8217;une cérémonie fort émouvante, un monument aux icebergs Brümnlandais victîmes de transatlantiques apatrides une bande de manifestants alcoolisés vient bouleverser la visite vice-royale, et au premier rang de ceux-ci qui aperçois-je? Ce saligaud de Tuut! Tuut!<br />
-Dehors les colonialistes! Gueulent-ils en agitant des pancartes tenues à bout de mouffle sur quoi est imprimé d&#8217;un côté: &#8220;Nordnmark go home!&#8221; ou &#8220;Raoultkë ôg Gogtkë!&#8221; (que l&#8217;on pourrait traduire librement par un rappel de mon incontinence supposée!)  et de l&#8217;autre: &#8220;Drink Pepsi!&#8221;  Quand on sait ce que fut l&#8217;histoire du Brümnland, pendant la nuit je me suis renseigné là-dessus en lisant quelques &#8220;sélections du lecteur indigest&#8221; sur le sujet, une terre où le premier peuplement attesté fut viking, l&#8217;on ricanera avec moi de toute cette agitation anticolonialiste, je ne conteste pas que dans la suite des siécles, bien longtemps après, des populations exogênes s&#8217;y fussent arrêtées (après quelles dérives!), mais enfin ce n&#8217;est pas parce que l&#8217;on n&#8217;entretient plus son arrière-cour et que l&#8217;on la laisse vacante qu&#8217;elle devient pour autant la propriété du chemineau qui y a relâché après une longue errance ou comme le dirait le cher John Brank dans une traduction qui vaut ce qu’elle vaut: « le doigt que tu ne te mets pas n’est pas là pour ravir le préposé des Postes ! » l’un de ses dictons préférés de son Plumbercestshire natal.<br />
Rentré au Palais je m&#8217;ouvre de mes interrogations au&#8230; concierge Wulfüurt, un brave et fidéle nordmois que toutes ces agitations fabriquées indignent. Il m&#8217;explique car il est fort bien informé comme souvent les concierges que les pancartes des manifestants ont été  prestement imprimées et livrées par le consulat des Etats-Unis à Kloonberg et que la révolution vanille-orange (première révolution deux parfums!) est sponsorisée cette fois-ci par Pepsi corp., les glaces Motta et le département d&#8217;état américain. De là on jugera de la légitimité politique de la chose. Tout de suite je comprends qu&#8217;il me faut faire face et je prends langue avec le cher Eric le Mauve afin de coordonner nos actions, un patriote tel qu&#8217;il est ne peut cautionner et laisser s&#8217;accomplir une telle politique d&#8217;abandon. Il me répond que dés qu&#8217;il sortira de cellule, il est en garde à vue après avoir adroitement repeint en vert monocouche la ministresse aux droits des rennes:<br />
-Elle me cassait par trop les bonbontkë!<br />
Il montera à la tribune du Dblokerën (l&#8217;équivalent de notre assemblée nationale) pour mettre en accusation la politique du gouvernement sur la question du Brümnland après quoi, s&#8217;il n&#8217;est pas arrêté à sa descente de tribune, il se rapatriera ici avec quelques fiers compagnons afin de lutter  à nos côtés pour que vive le Brümnland nordmois.<br />
-Bru-men-land-nord-mois!Bru-men-land-nord-mois! Voilà notre mot d&#8217;ordre sur cinq notes Tétesse.<br />
-Quelle bienheureuse trouvaille cher Baron!<br />
De fait cela sonne bien même si l&#8217;air me dit quelque chose.<br />
Dans l&#8217;aprés-midi nous arrive le cher Capitaine Beursec-Beursec-Bombsec il n&#8217;en a plus que pour les brise-glaces atomiques, fini les sous-marins de  même engeance qui furent pourtant la passion de sa jeunesse, il veut tout de suite passer son permis de conduire de tels engins et en a rapporté toute la documentation idoine que lui a donné le commandant du navire.<br />
-&#8230; cette puissance et quand vous êtes au septiéme étage et que vous commandez de là-haut et que la glace épaisse s&#8217;ouvre devant vous comme une terre lourde devant le soc, vous êtes Moïse devant la Mer Rouge, ah labourer les glaces, voilà désormais ma mission sur terre.<br />
Sur ce arrive Petcho Larigaïe, cette manie qu&#8217;à ce littérateur de se parachuter en tous endroits et sans même prévenir, il a atterri cette fois dans le parking du Mac Donald, enfin sa présence me réconforte aussi, je ne serais pas seul:<br />
-Première chose me dit-il en repliant son parachute, on en passe quelques uns à la gégéne, j&#8217;ai apporté la mienne, je la tiens de mon père, elle ne l&#8217;a pas quitté en Algérie, un fier grimpeur le paternel. Vous avez repéré les meneurs?<br />
-Un oui sûr!<br />
-Eh bien on boucle la zone, on ratisse et on ramasse ceux qui nous intéressent. On va s&#8217;en occuper de vos bougnouls!<br />
J&#8217;admire sa simplicité, son esprit de décision, qui a dit que les écrivains étaient des hommes empêchés et même quelque peu lâches qui tenaient leur revanche sur le papier, ne voilà-t-il pas un bel exemple de poête du mouvement  au coeur de l&#8217;action, même si je lui dit que le chrétien que je suis  ne peux que condamner de telles pratiques électrifiées qui risquent d’ailleurs de mettre à mal notre précaire installation électrique.<br />
10 Septembre<br />
Peu lui en chaut puisque le lendemain mâme le commandant Beursec-Bombsec arrive dans mon bureau quelque peu effrayé:<br />
-Larigaïe et ses hommes ont bloqué le centre-ville (ce qui n&#8217;est pas très difficile, j&#8217;en ai dit le peu d&#8217;animation même si aujourd&#8217;hui c&#8217;est jour sans tempête de neige et le début des soldes&#8230; d&#8217;hiver, bien qu&#8217;il n&#8217;y aie au vrai ici qu&#8217;une seule saison: l&#8217;hiver!), ramassé quantité de suspects dont plusieurs mères de famille et  réquisitionné le gymnase municipal pour les y parquer et interroger.<br />
Aussitôt je lui téléphone, il me répond, tout essoufflé, il a pédalé une bonne partie de l&#8217;aprés-midi, que l&#8217;opération est terminée et que les suspects ont été relâchés, il me dit aussi sa déception: il faut peler l&#8217;esquimaud avant d&#8217;atteindre les points sensibles et quand on aborde enfin l&#8217;écorce le dit esquimaud est heureux et en redemande car il croit que l&#8217;on lui fait la démonstration d&#8217;une couverture chauffante! Quant à Tutut! le meneur non seulement il n&#8217;a rien révélé de ses accointances  mais il est parvenu à lui vendre une police d&#8217;assurances avant de prendre la banquise (c&#8217;est l&#8217;équivalent de prendre le maquis chez nous.).<br />
Bien entendu les journalistes s&#8217;alarment et les kloonberguiens manifestent en masse, le défilé unitaire aurait compté jusqu&#8217;à 64 personnes sans compter les pingouins, ce qui pour ici est un chiffre important.<br />
Nullement démonté aussi sec je décrête le couvre-feu, il vont voir ce que c&#8217;est qu&#8217;un chef.<br />
-C&#8217;est que nous sommes entrés dans la nuit pôlaire hier soir sur le coup de 19 heures 37 votre vice-altesse, si vous décidez le couvre-feu, les habitants de Kloonberg ne pourront plus sortir de chez eux pendant les six prôchains mois.<br />
Nullement démonté aussi sec je décrête la levée du couvre-feu ah mais non mais!<br />
Pendant notre réunion de crise le concierge Wulfüurt nous apporte des bières, le vice palais manque cruellement de personnels et le peu qu&#8217;il y a est syndiqué et arrête de travailler à quatorze heures 17 heureusement notre cher Wulfüurt tout entier gagné à nos idées et heureux de servir un prince loyal ne compte pas ses heures.<br />
-Si votre sous-Altesse n&#8217;a plus besoin de moi, j&#8217;ai promis à mes gamines de les emmener au drive-in.<br />
-Il y a un drive-in à Kloonberg?<br />
-Oui à l&#8217;entrèe de la ville à côté du Mac Donald.<br />
L&#8217;influence américaine encore mais pour l&#8217;occasion celle-ci a du bon et j&#8217;offre à mes compagnons fatigués une séance de cinéma motorisé sous les étoîles, cela me rappellera mes années américaines, j&#8217;ai poursuivi, dans mon jeune temps et sans grande assiduité des études de déconométrie aux Etats-Unis à l&#8217;université de Bismarck (Bismarck University), c&#8217;est une université très renommée pour ses&#8230; harengs mais la terrine du jour n&#8217;est pas mal non plus, de tradition le chef y est français.<br />
Nous embarquons tous dans les chenillettes officielles et de service et nous sortons de la ville.<br />
A l&#8217;entrée de l&#8217;établissement de plein air il nous est conseillé de ne pas éteindre le moteur afin de ne pas mourir gelé avant d&#8217;avoir consommé, j&#8217;offre à tous quantité de pop-corns, de Pepsi-Cola et d&#8217;esquimauds glacés et nous nous installons devant un vieux film muet qui se révéle être en fait, après avoir branché le haut-parleur, la pâlme d&#8217;or de l&#8217;année, un western nouveau genre qui raconte les déboires d&#8217;un vieux cow-boy homosexuel qui ne peut plus monter à cheval, forcément à force de&#8230; pour ma part j&#8217;y vois là comme une morale. Enfin ce n&#8217;est pas le genre de film que je ferais voir à ma fille&#8230; sans compter que cela ne lui apprendrait rien.<br />
C&#8217;est quand même une expérience étonnante d&#8217;autant qu&#8217;à mi-film nous entendons de grands craquements et le drive-in commence à dériver au grand complet et après d&#8217;identiques craquements le Mac Donald le suit mollement.<br />
-La banquise qui s&#8217;est ouverte! M&#8217;explique le cher Wulfüurt sans quitter l&#8217;écran et en continuant de manger ses pop-corns. Il me semble assez peu concerné par l&#8217;événement.<br />
Je ne dis pas que cela soit désagréable mais enfin ce me semble inquiétant.<br />
-Et cela arrive souvent?<br />
-Il y a trois ans on a perdu comme ça la mission océanographique belge&#8230; on les a retrouvés au large de l&#8217;Ecosse&#8230;<br />
-Vivants?<br />
-Forcément eux ils avaient des conserves.<br />
Je commence à rationner les pop-corns quand Larigaïe tape à la vitre.<br />
-Le Mac Donald est en train de nous passer devant! Il faut descendre et ramer si on veut pas se faire gratter!<br />
Quelle belle nature combative chez ce Larigaïe!<br />
-Quand même il faudrait faire quelque chose, toute cette plaisanterie risque de finir tragiquement?<br />
-Je ne sais pas je ne connais pas l&#8217;Ecosse, de toutes les façons ça peut pas être plus môche qu&#8217;ici.<br />
Wulfüurt m&#8217;apprend ainsi que souvent des Brümnlandais sautent avec vivres et matériel  sur un iceberg en partance qui s&#8217;est détaché de la banquise et ils se laissent dériver sur son dos, c&#8217;est une forme de sécession mentale, ou de suicide social. Quelques fois on les retrouve, le plus souvent non.<br />
Voyant que personne ne prend d&#8217;initiatives et déférant à mon devoir d&#8217;état je téléphone au cher commandant Beursec-Bombsec, je ne veux pas l&#8217;affoler et avec détachement je lui demande:<br />
-Dîtes-moi mon cher commandant, ce brise-glace atomique qui vous a transporté (à tous les sens du mot !) jusqu&#8217;à nous et dont vous m&#8217;avez vanté si souvent les incomparables mérites il est toujours dans le port de Kloonberg?<br />
-L&#8217;Amiral Kourpin? Mais oui, je vais le contempler matin et soir pourquoi don&#8217;?<br />
-Voyez-vous mon cher ami la banquise sur quoi se tient le drive-in où nous nous trouvons présentement s&#8217;est clivée et nous dérivons vers l&#8217;océan!<br />
-Oh comme c&#8217;est curieux! Ah tiens donc&#8217;!<br />
-Aussi avais-je pensé que peut-être pourriez-vous nous pousser ou nous remorquer avec votre navire surpuissant.<br />
-Et pourquoi don&#8217;?<br />
-Mais-pasque-pov&#8217;con-pasque-c&#8217;est-la-merde-et-qu&#8217;on-va-tous-crever-en-plein-milieu-de-l&#8217;océan-si-tu-te-magnes-pas-de-rappliquer-avec-ton-putain-de-rafiot-à-la-con! M&#8217;exclamai-je avec, je le reconnais, quelque emportement mais il faut dire aussi que ces bretons sont lents à comprendre!<br />
Il obtempère enfin sans avoir tout compris je le crains.<br />
Le film est terminé et Petcho Larigaïe a rassemblé sous ses ordres les autres autochenillettistes, skiddooïstes et rares automobilistes et se servant du grand écran comme voile et d&#8217;un bout de toît en tôle pour gouvernail il tente de repasser devant le Mac Donald.qui manque certes de force propulsive mais compense par sa plus faible surface immergée.<br />
Pour ma part il me faut penser à l&#8217;avenir, n&#8217;est-ce pas là l&#8217;un des devoirs de ma charge, je livre ici ma réflexion toute prospective conçue dans l&#8217;instant: si nous nous rapprôchons suffisament du Mac Donald, nous pourrons l&#8217;aborder et prendre d&#8217;assaut ses réserves de frîtes et de hamburgers congelées, sans compter les sundae et boissons diverses, aprés quoi nous laisserions ses équipages à leur fortune de mer, un chef doit savoir faire des choix et même des sacrifices mais pour notre côté la confiance en l&#8217;avenir n&#8217;en serait que renforcée, nous aurions de quoi tenir les premiers temps de notre navigation.<br />
J&#8217;appelle Larigaïe pour lui confier mes plans, il les approuve:<br />
-On va les avoir les salopards d&#8217;en face cap&#8217;taine. Surtout qu&#8217;il y avait trois anniversaires au Mac Donald c&#8217;est pas les mômes qui vont faire trop de résistance mais gaffe aux deux clubs du troisiéme âge qui y fêtaient l&#8217;élection de leur comîté directeur renouvelé comme tous les mois. Cap au sud moussaillon! Hardi les gars!<br />
En un instant il s&#8217;est transformé en vrai frère de la côte&#8230; arctique.<br />
Depuis le toit dela caisse du drive-in, j&#8217;observe avec une longue-vue le combat qui fait rage sur le Mac Donald, le personnel avec quelque courage s&#8217;est retranché dans les cuisines et nous livre une défense acharnée au niveau des friteuses, Petcho Larigaïe comme à son habitude est héroïque quoiqu&#8217;assez incompréhensible tactiquement parlant, quand retentit soudain une sirêne somptueuse: puissante et tutoyante, c&#8217;est l&#8217;Amiral Kourpin qui vient à notre secours, enfin ! Je donne l&#8217;ordre de suspendre les hostilités au grand déplaisir de Larigaïe qui s&#8217;est fait un sabre d&#8217;abordage sanglant avec un bout de pare-chocs:<br />
-On les avait il suffisait de dix minutes cap&#8217;taine et je te vous les pendais tous au plus haut mât&#8230; de l&#8217;écran!<br />
Ah il faut avoir vu ça, le Viktor Kourpin à la manoeuvre, je comprends l&#8217;enthousiasme de Beursec-Bombsec, il pousse, tire, écarte, fend, haut comme un buildingue et d&#8217;une puissance incalculable il nous emméne jusqu&#8217;au port de Kloonberg et nous installe devant la centrale à charbons entre deux cargos bermudéens.<br />
Les gérants du Mac Donald et du drive-in se réjouissent de leur nouvel emplacement beaucoup plus central et fréquenté sans compter la vue imprenable sur la banquise.<br />
Je quitte les lieux pacifiés et rejoins le vice-palais royal, je crois que l&#8217;on peut me compter ce sauvetage pour une nouvelle victoire, malgré tout je me promets de gérer mes prochaînes sorties récréatives avec plus de prudence, imaginons que je me fusse rendu au zoo Municipal de Kloonberg et que je me fusse retrouvé au milieu de l’océan sur le rocher aux singes, l&#8217;endroit quoi qu&#8217;on en dise est source  de périls.<br />
11 Septembre<br />
Maintenant tous les soirs, les opposants organisent devant le vice-palais royal des manifestations massives de pinguouins à pancartes, si ces messieurs croient m&#8217;impressionner à si bon compte.<br />
Aujourd&#8217;hui grève générale, étant donné le peu d&#8217;industrie des gens du cru, la différence avec l&#8217;ordinaire ouvré n&#8217;est guère perceptible, seul fait notable on ne me sert pas mon petit-déjeuner et je suis obligé de décongeler moi-mâme mon café au lait.<br />
Les ministres félons, et d&#8217;abord Plöömströöm le premier d&#8217;entre eux ne cessent de me téléphoner mais je ne prends plus les communications qui viennent d&#8217;Upschloüt sauf celles de la reine &#8230; qui ne m&#8217;appelle pas.<br />
Le Baron mauve se serait évadé, il avait été mis en garde à vue pour avoir profané le postérieur de Plöömströöm lors de la discussion au parlement sur le Brümnland. Je l&#8217;attends donc, car nul doute va-t’il nous rejoindre promptement.<br />
Je convoque le consul des Etats-Unis à Kloonberg Harry H. Peetzoïl II (Dieu fasse qu&#8217;il n&#8217;y en aît jamais de III°!) pour bien lui faire entendre que je ne suis point dupe de ses agissements souterrains, c&#8217;est un texan magnat du pétrôle, propriétaire de Peetzoïl and Gas International Industries, surnommé  Crazy Borer Harry (Harry le Foreur Fou), il passe son temps à demander des permis de prospection et à faire des trous dans tout le Brümnland, quand il ne pose pas des gazoducs, le dernier qu&#8217;il  a installé traverse de part en part l&#8217;hôtel de ville, la piscine olympique et la patinoire de Kloonberg parce que c&#8217;était moins cher d&#8217;aller tout droit, preuve d&#8217;un certain accomodement, pour ne pas dire plus, des édiles locaux avec de telles puissances financières. Je lui dis qu&#8217;à l&#8217;avenir nous regarderons à deux fois avant d&#8217;accorder de nouveaux permis aux américains si son gouvernement ne change pas sa politique vis à vis du Brümnland.<br />
Il souléve le tapis de mon bureau:<br />
-Ce sewait dommage c&#8217;est ici qu&#8217;il faudwait fower! Ici je suis suw ça donnewait en plein.<br />
-Vous n&#8217;essaierez  là ni ailleurs<br />
-Nous avions des accowds avec zie prime  Plöömquish!<br />
-Strööm pas Quish ! Mais publiez-les mon cher, engagez des procédures au grand jour et devant le peuple nordmois rassemblé si vous y tenez. Je vous demanderai de cesser aussi votre aide aux groupuscules sécessionistes et à cette ridicule  pseudo révolution Pistâche-fraise.<br />
-Vanille-owange!Ce sont des mouvements démocwatiques tout à fait fondés à demander notwe indépendance&#8230; enfin je veux diwe leuw indépendance.<br />
-Autant qu&#8217;étaient fondés les confédérés des états du sud à proclamer la leur. Au prochain manquement je fais confisquer votre foreuse et je vous fais expulser mon cher consul.<br />
-Are you crazy man! A fifteen millions dollars machine!<br />
-Je suis désolé je n&#8217;entends pas l&#8217;américain.<br />
-Vous l&#8217;entendwez! Vous l&#8217;entendwez bientôt et de prwés! Eructe-t-il tout rougeaud.<br />
On jugera des qualités diplomatiques du bonhomme, tout juste s&#8217;il ne me prend pas au col. Il me faut appeler la garde pour  foutre &#8220;ça&#8221; à la rue.<br />
Quelques heures après en pleine nuit&#8230; pôlaire l&#8217;on vient me réveiller pour me prévenir de l&#8217;arrivée de ce  cher Eriktkën et de ses joyeux bons compagnons, les buveurs de bière fraternisent très vite avec les buveurs de vin que sont les amis de Petcho Larigaïe.<br />
Que de bonnes volontés animées par un même idéal&#8230; parachutiste! Chuter toujours plus haut! Le baron mauve me dit que la coalition gouvernementale est sur le point d&#8217;exploser<br />
-Ah il se trouve quand même des patriotes même dans le ministère.<br />
-Oh ce n&#8217;est pas à cause du Brümnland, ils s&#8217;en foutent bien de le perdre, non il ne sont pas d&#8217;accord sur le barême de calcul de la nouvelle indemnité kilométrique parlementaire.<br />
Nous nous réunissons tous dans l&#8217;abri atomique sous le vice-palais, relief de la guerre froide, comme ça nous sômmes sûrs de n&#8217;être entendu par personne, c&#8217;est le cher Wulfüurt qui s&#8217;occupe de tout. Quel organisateur.<br />
A la fin du repas entre les alcools et les liqueurs juste avant donc le pousse-café et les digestifs je demande à mes hardis bons compagnons quelles sont leurs idées pour contrecarrer les plans de l&#8217;ennemi.<br />
Quelques uns vomissent, l&#8217;estomac sans doute dépaysé par la nourriture indigêne cuisiné au beurre d’ours et à la graisse de phoque, c&#8217;est légérement musqué, cela sent des pieds quoique les phoques n&#8217;en possédâssent point mais ce n&#8217;est pas aussi mauvais que le déplore Pezzolino qui regrette ses pizzas albanaises au poils de proxénéte. Je le tiens un peu à l&#8217;écart de tout cela depuis que je l&#8217;ai surpris en train de fouiller dans mes valises, valises qu&#8217;il avait d&#8217;ailleurs lui-même faites ce qui prouve assez la stupidité du bonhomme. Il a fini par m&#8217;avouer, non sans fierté d&#8217;ailleurs qu&#8217;il était correspondant et renseignait sur ma personne 97 services secrets à travers le monde (il a tous les jours de nouveaux abonnés).<br />
J&#8217;étais flatté, avouons-le, je n&#8217;imaginais pas pouvoir intéresser autant de monde:<br />
-Mon pauvre ami vous ne devez pas avoir souvent vos dimanches!<br />
-Oh Monseigneur, vous n&#8217;imaginez pas, tous mes loisirs y passent. Aussi si je pouvais avoir un jour de congé supplémentaire?<br />
-Nous verrons ça, nous verrons ça.<br />
Mais revenons à notre banquet des guerriers, tellement viking dans l&#8217;inspiration et qui pourtant se retrouvait tout à coup bien à cours d&#8217;inspiration, même le baron Mauve n&#8217;en pouvait mais:<br />
-Ecourtons la mise en oeuvre de nos projets  et agissons tout de suite Tétesse!<br />
-Pas de précipitation mon cher Baron, et vous mon cher Larigaïe?<br />
Mais notre littérateur ne répond pas et se contente de rouler sous la table en chantant &#8220;Gloire au 17°!&#8221;<br />
Les autres, avouons-le plus subalternes que subordonnés n&#8217;ont la moindre idée.<br />
Wulfüurt vient et commence à desservir au milieu des ronflements et des chants mal assurés:<br />
-Et vous mon cher Wulfüurt comment résoudriez-vous le problême, je ne vous cache pas que l&#8217;Europe apatride, notre gouvernement qui ne l’est pas moins sans compter les américains intéressés à l’affaire poussent dans un sens: le référendum et qu&#8217;il va me falloir me démettre ou me soumettre!<br />
-Ils veulent un référendum donnez-le leur donc dit-il en essuyant la table, simplement il faut élargir l&#8217;assiette électorale et donner le droit de vôte aux phoques!<br />
-Mais ils l&#8217;ont déjà malheureusement et je le déplore comme vous mon cher!<br />
-Non j&#8217;entends les vrais phoques.<br />
-Ah tiens don&#8217;!<br />
-Par tradition familiale et selon toutes les enquêtes d’opinion, le phoque porte à droite et se montre conservateur cela renforcera votre image écologiste, l&#8217;europe sera  prise à sa propre logique de dingue. Si vous ajoutez à ça une importation flash et clandestine de biélo-russes ou d&#8217;ukrainiens vitement naturalisés. En élargissant la base électorale et en comptant sur un fort abstentionisme de la part des phoques trop éloignés de leurs bureaux de vôte ou voulant profiter du vouiquinde pour aller à la pêche ils n&#8217;obtiendront jamais la majorité des deux tiers nécessaire à l&#8217;indépendance et l&#8217;affaire sera close pour quelque temps.<br />
Je m&#8217;interroge un temps sur ce qu&#8217;a bu ce cher Wulfüurt qui vient d&#8217;émettre cette idée à tout le moins abstruse et puis son flegme me convainc peu à peu.<br />
Réfléchissons les députés nordmois ont bien donné une carte d&#8217;identité et un numéro de sécurité sociale à chaque renne nordmois, le parlement européen à proposé de donner des droits civils aux singes bonobo pourquoi n&#8217;accorderai-je point le droit de vôte aux populations phoques du Brümnland, aprés tout ce sont eux les premiers habitants et les véritables indigênes, et puis comme disait monsieur mon défûnt père:<br />
&#8221; Quand on entre dans un jeu de con il faut le jouer jusqu&#8217;au bout!&#8221;<br />
-Et si l&#8217;on faisait voter aussi les ours pôlaires mon cher Wulfüurt?<br />
-Je vous le déconseille vice-majesté, ce serait dangereux, il y a un fort courant libertaire chez les ours pôlaires c&#8217;est assez connu!<br />
-Asseyez-vous donc et buvez quelque chose. Mais où avez-vous donc appris mon cher à raisonner ainsi?<br />
Il me raconte qu&#8217;il était professeur de déconométrie à l&#8217;Université d&#8217;Upschloüt, tiens don&#8217;, je lui confie que moi-mâme j&#8217;ai de solides notions sur le sujet, ayant étudié la disciplîne ainsi que je l&#8217;ai dit à la Bismarck University, il ajoute que sa carrière a été ruinée après que quelques uns de ses collégues l&#8217;eussent bureaucratiquement dénoncé pour sexisme, racisme, banalisation de la banalisation et je ne sais quelle autre motif orné et soviétophone digne de l&#8217;adjudant Flick, alors il a démissionné de l&#8217;enseignement et il s’est fait publicitaire, il a été jusqu’à diriger la plus grosse agence du pays et puis devant l’inflation de nouvelles nôrmes et interdits il en a eu assez et il est venu ici pour y élever ses enfants au calme loin « de ces tonnements  d&#8217;eunnuques serviles et hors l&#8217;imbécilité seul-pensante qui gouverne les esprits d&#8217;une civilisation européenne qui s&#8217;est érigée  sur la contradiction et la confrontation des idées et s&#8217;anéantit dans un  unanimisme trembleur sous les yeux d’une administration européenne vopo ».<br />
Conquis, je lui offre sur le champ la direction de mon cabinet civil puisqu&#8217;aussi bien elle est vacante depuis la trahison de Tutut! Ski-doo de fonction, vacances à la neige à volonté, cantîne (on n’y sert que des surgelés) à prix réduits et le quinziéme mois (si l’on tient jusque là sans se suicider). Il répond favorablement à mon offre.<br />
12 Septembre<br />
Sur son conseil dés le lendemain je prépare une allocution télévisée sur Télé Brümnland 1 depuis le vice-palais royal, les techniciens tirent des cables et mettent en place leur lourd appareillage pendant que je me prépare, est-ce la suite de nos libations d&#8217;hier, des coliques violentes et même déflagrantes me prennent soudain et je ressens le besoin pressant de m&#8217;isoler dans les toilettes. Hors ce contretemps je n&#8217;éprouve aucun trac, je suis quand même un allocuteur exercé, au nouvel an après la Reine je dis toujours un petit mot (bonsoir) et puis j&#8217;ai assez inauguré pour ne pas me laisser impressionner par un public quel qu&#8217;il soit.  C&#8217;est alors que se produit ce qui n&#8217;est rien moins qu&#8217;un acte de sabotage alors que je suis tout concentré sur ma prochaine intervention en même temps qu&#8217;occupé à calmer mes tourments intestinaux, prenant prétexte de ce que la liaison satellite (mon discours est retransmis aussi en direct au Nordnmark) risque d&#8217;être interrompue du fait de mes retards, les techniciens (sans doute séparatistes, à tout le moins fortement syndicalisés!) de TB1 fatigués d&#8217;attendre et faisant valoir les termes de leur convention collective  me mettent à l&#8217;antenne alors que je me trouve encore sur le siége des toilettes,  Wulfüurt n&#8217;a que le temps de déployer derrière moi un drapeau Brümnlandais que l&#8217;oeil lourd et noir de la caméra déjà me fixe et que Wulfüurt me donne le signal de départ.<br />
Grâce à Dieu j&#8217;ai eu soin d&#8217;apprendre par coeur le texte de mon allocution et elle se termine fort dignement sur un &#8220;Pümpkf unk Vlümpkf&#8221; qui couvre largement le bruit de la chasse d&#8217;eau.que par réflexe conditionné j&#8217;ai actionné en toute fin de discours.<br />
D&#8217;ailleurs je suis bien vite rassuré Wulfüurt avait surveillé le cadrage et fait préventivement verrouiller la hausse de la caméra, donc nul n&#8217;a pu apercevoir mon pantalon d&#8217;unifôrme sur mes mollets, ni entendre trop distinctement mes remuements intérieurs masqué par mon verbe fort et assuré, c&#8217;est tout juste si l&#8217;on distingue vaguement un rouleau de papier toilette à hauteur de mes décorations et une balayette dans un lointain assez flou, malgré les impédimenta et malveillances divers, devant l&#8217;adversité j&#8217;ai su, une fois encore, prenant sur moi,  conserver toute sa dignité à ma charge.<br />
Mon discours a un grand retentissement ici et à Upschlöut, une fondation caritative se propose même d&#8217;ouvrir une souscription nationale pour couvrir mes frais d&#8217;internement.<br />
Le gouvernement et ses  caniches parlementaires croient dans un premier temps avoir triomphé de moi  en obtenant enfin ce référendum exigé mais le vôte phoque dés ce moment le préoccupe. Après tout ce serait le premier de l&#8217;histoire électorale du pays, on ne saurait faire de projections, passé un certain temps de flottement, l&#8217;analyse du cher Wulfüurt se révéle exacte et ces imbéciles sont obligés de convenir de la conformité  éthique de ma décision.<br />
13 Septembre<br />
Faire campagne avec des phoques n&#8217;est certes pas chose facile, d&#8217;autant qu&#8217;il me faut ruser adroitement car le gouvernement veut m&#8217;interdire toute participation à ces joutes électorales, je prends le prétexte de diverses inaugurations pour y participer au contraire activement et rencontrer nos futurs électeurs. Il faut m&#8217;avoir vu sur la banquise m&#8217;adressant à des foules de phoques et de morses que ma forte parole galvanise (Je leur ai promis l’installation de skilibs’ et d’un Kloonberg-Plage annuel pendant la fonte en m’inspirant de l’expérience parisienne contemporaine toute entière il me semble tournée vers les populations phoques (et louphoques !) de la capitale française) et qui m&#8217;applaudissent de leurs nageoires. Le directeur des réserves naturelles du Brümnland l&#8217;éminent éthologue anglais en résidence chez nous, le Professeur Robert  Sleigh (Bob pour les intîmes!) à la suite de la première semaine de campagne me confie:<br />
-C&#8217;est étonnant, je ne les ai jamais vus comme ça, ils semblent électrisés par vos discours, et même vous les mettez en érection.<br />
-Ah tiens don&#8217;c'est sans doute là toute la magie du verbe!<br />
J&#8217;ai délégué le cher Wulfüurt pour conduire nos couleurs, il réussit à convaincre la commission électorale de valider le vôte des nouveaux inscrits par un battement des nageoires qui vaut approbation devant les photographies des différentes têtes de liste, le cher Wulfüurt afin de profiter de ma popularité parmi ces populations s&#8217;est fait photographier sous un portrait de moi en grand unifôrme, incroyable l&#8217;attrait qu&#8217;a le phoque pour l&#8217;unifôrme, celui des marins plus particuliérement, aussi endossai-je systématiquement celui de Vice-Amiral de seconde classe et me fais-je accompagner d&#8217;un escadron de mousses quand je vais fort démocratiquement à leur rencontre.<br />
Les phoques se montrent des citoyens modéles, très concernés par les quotas de pêche et le supposé réchauffement de l&#8217;arctique.<br />
Nos adversaires ont beau déverser sur les nouveaux électeurs quantité de harengs je garde confiance en leur loyauté d’autant que je fonde une partie de ma campagne sur les ligues de vertu Brumenlandaises qui combattent la pornographie auriculaire, c’est vrai que l’on voit des oreilles congestionnées partout même dans les publicités pour les camemberts d’importation aux heures de grande écoute, un véritable scandale.<br />
Vient le jour du vôte, quelques récents inscrits parmi ceux que nous avons importés, des ukrainiens ne sachant battre des nageoires remuent éloquemment la queue devant les assesseurs imperturbables, tant qu’ils ne leur agitent pas leurs oreilles de manière obscéne l’on ne saurait crier au scandale, et leur vôte est validé.<br />
Dés les premiers résultats, en découvrant les fîles de phoques devant les bureaux de vôte de Kloonberg je sais que nous avons gagné, les prévisions du cher Wulfüurt se révélent exactes et sont même largement améliorées, nos listes obtiennent d&#8217;excellents résultats et nos adversaires mordent cruellement  la poussière&#8230; enfin la neige. Symbôle de leur défaîte le consul américain Crazy Borer Harry est rappellé d&#8217;urgence aux Etats-Unis et Tutut! vient faire amende honorable, réouvrir son cabinet d&#8217;assurances et s&#8217;agenouillant devant ma personne prêter à nouveau allégeance à la Reine. Après tout je n&#8217;ai rien fait que la servir et avec elle la gloire du Nordnmark car enfin convenons-en je n&#8217;ai personnellement rien à f&#8230; du Brümnland nordmois ou pas.<br />
A Upschlöut ma popularité est grande parmi la jeunesse qui me proclâme un modéle d&#8217;écologisme éclairé et de modernisme politique. Ah jeunesse émotionnelle et manipulable!<br />
Tout cela est fort bon mais à la vérité, l&#8217;affaire étant terminée et très heureusement bouclée, je commence à m&#8217;ennuyer un peu dans ce blanc, vaporeux et monotône pays.<br />
Le baron Mauve est retourné dans le Thöf renforcée par notre inattendue victoire et avec le cher Petcho Larigaïe nous allons faire des trous dans la banquise pour y pêcher pendant des heures, je ne dis pas c&#8217;est délassant certes mais enfin, on l&#8217;aura compris je suis plutôt un homme d&#8217;action.<br />
Enfin me parvient un message de la Reine, ma chère Poupetkë me rappelle à Upschloüt pour le mariage (belote, rebelote et dix de der!) de notre chère Klopilde en post scriptum elle m&#8217;informe de mon élévation à la dignité de Grand sous-Aigle de l&#8217;Ordre d&#8217;Albert le Moyen et de ma promotion au grade de vice-amiral de première classe. Mazette!<br />
Quand je débarque enfin, tel un marin revenant de course, j’en ai profité pour acheter le pain à l’aéroport, ce grand saligaud de Fun Froeboeun me prend par le bras et m’emméne jusqu’à la Salle des Audiences où la reine reçoit en audience spéciale la vice-majesté que je suis devenue en grand apparât dans l’immense pièce surdorée et illustrée de fresques dédiées aux gloires passées du Royaume envahie par tous les dignitaires et personnalités du royaume.<br />
Ah il n’y a pas à dire ma Poupetkë a bien fait les choses<br />
Surpris de cet accueil fort protocolaire, mais toujours avec cet esprit d’à propos qui me caractérise, je donne la baguette de pain au Chambellan et encore vêtu de ma peau d’ours (de synthése!) de conquèrant des pôles, je monte les trois marches jusqu’au trône pour recevoir le Grand sous-Aigle d’Albert le Moyen.<br />
Ma Poupetkë en profite pour me sussurer en français à l’oreille en me décernant le baiser rituel:<br />
-Je me suis lanquie de fous mais c&#8217;était le zeul moyen en vaisant groire à une disgrâce de fous de saufer le Brümnland nordmois, fous seul pouviez vaire ça.<br />
Dieu que les femmes sont compliquées&#8230; mais pas bêtes, moi-mâme je n&#8217;avais point vu la finesse.<br />
De bonheur je lui claque une tape bruyante sur les fesses en lui murmurant:<br />
-Traîtresse tu vas voir ce que tu vas prendre ce soir!<br />
19 Septembre<br />
A dire le vrai depuis mon retour je m’ennuis un peu, non que j’aie déjà la nostalgie du pays des pingouins électeurs et de mes vice-sujets mais me voilà dans l’inaction or on l’aura remarqué je ne m’accomplis véritablement que dans l’action.<br />
Certes, il y a bien en vue le mariage officiel de notre chère Klopilde dans un mois (ce sera la troisiéme cérémonie pour une même union, on aura compté.).<br />
Le foutu polak&#8230; je veux dire le cher Lopeck, notre futur beau-fils est un garçon attachant, auquel je ne suis pas loin de prêter une âme, à tout le moins une vie intérieure même si elle me semble toute axée sur la plomberie, historique et contemporaîne, il posséde parfaitement son métier et il cherche à se rendre utile, aussi je le croise souvent dans les couloirs du palais, avec sa musette, son bleu de travail et sa casquette, il régle et répare radiateurs, baignoires, il faut qu’il s’occupe les mains.<br />
Alors je lui propose de « rrréparrrer » tous les chiottes du Palais d’Hübertsbörg. Il y en a 625.<br />
Il est aux anges.<br />
Au vrai, il m’agace un peu, je ne suis pas le seul d’ailleurs, les employés des services techniques du Palais commencent à manifester contre cette conccurence déloyale car gratuite du plombier polonais, futur membre de la famille royale et la Reine m’en fait la remarque au petit déjeuner.<br />
-Mais ma Poupetkë c’est lui qui s’est proposé et les services techniques du Palais sont nuls, tellement syndicalisés et politisés.<br />
-C’est justement zela les zyndicats brotestent.<br />
-A tout prendre il est préférable qu’il s’occupe de tuyauteries plutôt qu’il ne reprenne son premier métier.<br />
-Et guelle-était-il ?<br />
-Proxénéte ma chère. Vous avez oublié ?<br />
Une fois officiellement unie à notre Klopilde il occupera le vingt-septiéme rang dans l’ordre de succession, le proxénéte plombier polak juste après le cher Bobby Rawalmalrajpout l’époux ré-épousé de la Tante Bir-Bir.<br />
Même si je comprends les revendications de nos braves nordmois d’autant qu’avec les nouvelles réglementations européennes, il nous a fallu ouvrir tous les emplois publics aux citoyens des autres pays-membres jusque à la garde Royale où nous avons du mettre en vitrîne des maltais trapus et querelleurs, toujours la clôpe aux coin des lévres, sifflant les filles, très loin des grands blonds imperturbables et hiératiques (un peu pédérastes aussi!) qui en étaient le principal ornement.<br />
Enfin il y a surtout, il y a bien d’abord, pour m’occuper l’esprit  nos petites réunions hebdomadaires et souterraines auxquelles j’ai convié en renfort notre cher commandant Beursec-Bombsec, notre hardi breton sous-marinier qui me vide ma cave à belle cadence et le remarquable, intellectuellement, quoique désabusé, moralement, professeur Wulfüurt Wülwit que j’ai ramené du Brümnland Nordmois.<br />
Heures bienvenues que ces rencontres et joutes intellectuelles  que d’aucuns, en ce pays entêté de démocratie et pourri d’un socialisme qui sent les pieds de protestants qui se les lavent pourtant trois fois par jour, baptiseraient un peu vitement de complôt alors que nous n’agissons que pour le bien du pays, mais tout celà vient un peu tôt :<br />
-Il faut encore mûrir l’idée! Dis-je à mes compagnons alors que nous sômmes, réunis dans la cave cadenassée de mon pavillon de chasse, déjà bien mûrs et en grande tenue de cérémonie secrète&#8230; très seyante, la tenue, c’est moi qui l’ait dessinée, j’ai un don pour ça aussi, cela ressemble assez à l’un de ces costûmes de pénitents à l’ancienne mode que l’on  voit encore dans quelques processions méditerranéennes, j’y ai juste fait coudre un volant mauve en dentelles moussantes qui court en serpentin autour de la bure blanche et en accessoirisant l’habit lui donne un côté moderne et gipsy, si l’on voit ?<br />
Seul ajout discutable que j’ai d’ailleurs longtemps discuté avec notre cher Eriktkën le Mauve qui a des accointances avec tous les groupes activistes de la planéte (c’est son côté joueur) et a pris en charge on l’aura compris le côté marquetingue de notre petite organisation, nous portons une bande chacun dans le dos où est écrit:<br />
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C’est, il me semble, une réclâme pour une marque de location de voitures.<br />
Ah certes cela n’a rien de déshonorant même si d’aucuns trouveront étonnant pour ne point dire surprenant  et même&#8230; et oui et même&#8230; de faire sponsoriser ainsi, oh je ne dirais pas une « conspiration », le mot est gros, mais enfin mettons une société à vocation quelque peu clandestîne et occulte, mais hélas nous vivons des temps où nécessité fait loi et où même les meilleures entreprises humaines et il n’en ait pas de plus désintéressée que la nôtre se retrouvent dans l’obligation de se soumettre à l’esprit de marché et à la domination de l’argent.<br />
Enfin ultîme touche d’élégance bienvenue et de ma seule inspiration celle-là le bonnet pointu qui nous couvre la tête afin de nous restituer un parfait anonymat (même si c’est gênant pour nous sustenter !) et nous lier un peu plus en une égalité fraternelle, a sa pointe cassée et tombante sur le côté gauche, cela m’a semblé infiniment plus seyant qu’en érection comme à l’accoutumée.<br />
Ce qu’il fait chaud là-dessous d’ailleurs! Conspirer demande une véritable dépense physique.<br />
-Justement ça Tétesse hurps! Interjette notre cher Baron Mauve, la coiffe rabattue, nous devons agir pour imposer l’idée que dans ce pays de tantes on régne aussi et d’abord avec les couilles !<br />
Sa réflexion nourrie (et même abreuvée) n’est point sans fondement.<br />
-Sans doute oui mais comment?<br />
L’heure est à la réflexion donc et pour mieux l’entretenir nous nous resservons largement en gigot de renne (pas d’ail dans le gigot de renne, jamais d’ail!) et en Perniflos (pas d’eau dans le Perniflos! Jamais d’eau!).<br />
Il est de fait que le féminisme radical a pourri l’esprit de nos mâles, il faut maintenant selon les dernières lois promulguées par nos « parlementés de frais » comme dit le cher Eriktkën, lorsque l’on est un célibataire se faire enregistrer comme mâle  prédateur en puissance auprès de son commissariat de quartier et passer un permis de coït&#8230; de baise (tranchons le mot !) avec une examen de code (attouchements autorisés en agglomération, mesures à prendre en cas d’éjaculation précoce: triangle clignotant au pied du lit&#8230; ect ) et un de conduite (épreuves au lit et dans des toilettes ouvertes au public.).<br />
Un regard appuyé est tenu pour offense sexuelle de quatriéme catégorie et justiciable de peines d’emprisonnement et les garçons des écoles maternelles n’ont plus même le droit de pisser debout à fins de rééducation sexiste.<br />
Ces gens sont fous!<br />
Le cher professeur Wulfüurt Wülwit, mais entre-nous nous lui donnons du Wulw ou Wulwie, qui a peu consommé, enfin moins que notre moyenne de joyeux viveurs, nous sert avec les pousse-cafés une réflexion qui me semble fort peu hasardée:<br />
-Le Baron Eriktkën a raison nous devons Monseigneur si nous voulons changer les mentalités nous appuyer et même nous prévaloir avec orgueil de la plus haute tradition nordmoise soit l’esprit conquérant et fracasseur de nos ancêtres vikings, il est par essence masculin. Redevenons des mâles fiers et guerriers qui ne craignent point l’affrontement et nous dénoncerons ainsi l’imposture féminine qui n’est qu’un émollient, une excuse à toutes les lâchetés et compromis. Une fois encore il vous faudra donner l’exemple Monseigneur.<br />
-Ah bon, ah oui, ah tiens, encore&#8230; oui mais comment cher Professeur?<br />
-Nous trouverons bien le terrain où disputer le premier combat.<br />
20 Septembre<br />
Le lendemain, une fois les corvées officielles de la journée prestement expédiées j’attends le soir pour me rendre nuitamment, en fausse barbe, lunettes noires et imperméable anonyme auprès de mon manageure le cher Charley Bédouani voir comme les choses avancent de son côté.<br />
Quand j’arrive chez lui, le son, que dis-je, tous les sons sont au maximum, il y a d’abord de la musique très rythmique et puis des ordres et aussi des cris, les ordres viennent de la maîtresse des lieux, Mauricette, Madame Bédouani pour les fournisseurs, ex-étoîle filante de l’Opéra d’Oran qui fait répéter une chorégraphie compliquée à une demie-douzaine de jeunes donzelles agréablement moulées dans des justaucorps colorés, sous le regard intéressé du cher Charley qui assis derrière une antique machine à coudre Singer coud les costûmes de scéne de ses artistes, les cris viennent du voisinage, je l’ai dit nottre ami habite le « Chodpitzën » le quartier « chaud » d’Upschloüt, un immeuble des plus animés, ici les prostituées, pour peu qu’elles soient déclarées et paient patente et taxes, ont le droit d’exercer à domicile.<br />
Et c’est ce « chorygée » de travailleuses du sexe qui ayant emmené du travail à la maison proteste que l’on ne s’entend plus « calcer dans cette taule de merde ! » Je livre ici une traduction rapide mais que je crois fidéle de leurs récriminations.<br />
-Oh Monseigneur&#8230; je veux dire Monsieur Hank Dedank, ça fait plaisir de vous voir&#8230;<br />
-Alors toujours dans la couture mon cher Charley ?<br />
-Vous voyez on s’occupe&#8230; alors qu’est-ce que vous pensez de mes protégées monseign&#8230; monsieur Dedank ?<br />
-Intéressant, elles sont presque synchrones.<br />
-C’est surtout pour dire des conneries qu’elles sont synchrones, elles m’ont encore demandé une augmentation, eh quoi on vit très bien ici avec 7 brelotkë par jour!<br />
-Cela ne fait jamais que un teuro 85 mon cher&#8230; mais je voulais vous en entretenir justement. Je vous ai présenté, je crois, le cher Petcho Larigaïe, cet homme connait tout le monde et après que je lui eûsse confié votre projet de concourir pour l’Eurovision avec ce groupe ÖBBÖ que vous êtes en train de former, il m’a dit qu’il allait en référer&#8230; je ne sais à qui, mais dans tous les cas il m’a donné une réponse aujourd’hui mâme, elle est favorable, il pense pouvoir nous organiser ça au mieux. Mais voilà vos éléves seront-elles prêtes à temps ?<br />
-J’en fais mon affaire !<br />
Je ne lui dis pas que la manoeuvre fait partie de notre plan général, qu’elle en est même l’articulation, à quoi bon lui peser aux épaules?<br />
-Et les blondinets là?<br />
Je lui désigne les quatre musiciens qui donnent le rythme mollement aux modernes vestales de Terpsichore transpirantes.<br />
-&#8230; bonne tenue, vous en êtes contents?<br />
-Ah ça ils risquent pas d’emmerder les filles. C’est pas leur truc, maintenant ils s’enfilent autant qu’ils veulent mais en dehors des heures de bureau.<br />
-Charley t’oublie à qui tu causes, surveille un peu tes esspressions tu veux! Corrige la chère Mauricette. Vous allez bien boire quelque chose Mon&#8230; sieur Dedanqueux? Allez la petite anisette de l’amitié, c’est Charley qui la fait lui-même dans la cave.<br />
-Mais avec plaisir, cher madame, mais je ne voudrais pas interrompre votre leçon.<br />
-Oh la leçon elle est vite donnée, c’est comme attacher des chèvres au piquet, on leur demande pas du talent mais de la sueur.<br />
Je sors de là ragaillardi, l’anisette abondante, emperlée de frâiche nostalgie et de la chaude amitié du cher Charley et la vision de toute cette belle et dynamique jeunesse m’a fait du bien, même si un peu énervée, sensoriellement, j’entends.<br />
Peut-être est-ce la conjonction de l’a	lcool et d’une certaine excitation post-terpsichorienne qui font que je m’égare dans le métro aussi me retrouvé-je en grande banlieue, sous le vent et la neige, elle vient tôt par ici, dés la mi-Septembre, cette année encore on pourra compter l’automne pour rien. Fichue contrée!<br />
Perdu, incertain, la tête me tourne un peu, je ne suis pas trop rassuré, les écologistes qui siégent à l’hôtel de ville ont ressemé en loups la périphérie de la capitale,  après quelques kilométres d’errance je les entends parfaitement hurler et même articuler, preuve qu’ils se rapprôchent, soudain j’avise une camionnette rose du « Kurier ank Telgrafen », l’équivalent de nos Pé-z-et-T au pied d’un poteau téléphonique et perchée tout en haut dudit poteau une donzelle occupée à dérouler des fils dans la tourmente.<br />
Les loups se rapprôchant je lui demande si je peux monter à son poteau, mais à dire le vrai je n’attends point sa réponse et commence mon ascension, ce n’est pas facile en imperméable, avec des lunettes noires, une fausse barbe et des mocassins, et sur un poteau gelé en plus&#8230;<br />
21 Septembre au matin<br />
-As-tu oui ou non monté au poteau mon gars?<br />
-Bien sûr il y avait des loups.<br />
-Des loups à Upshloüt en Septembre dans l’avenue Pedzullen?<br />
Non mais tu entends ça Jan-Kluk?<br />
-Ouais Jan-Plöd Complétement « shlassen » le type!<br />
L’avenue Pedzullen de la capitale correspond à peu près aux Champs-Elysées à Paris et de fait la remarque du policier me trouble, n’étais-je point quelque peu en état d’ébriété lors de cette histoire de poteau.<br />
Que j’y montasse soit mais c’était sans intentions offensives.<br />
Ai-je rêvé les loups, la tempête de neige et les vents contraires.<br />
Saloperies d’anisette et de danseuses!<br />
-Vo-yons le code criminel social: poteau&#8230; police&#8230; pissage&#8230; posthume&#8230; ah voilà poteau:<br />
« article 854 et suivants: l’ascensionnage d’un poteau ou de tout autre support de télécommunication alors qu’il est déjà occupé par une personne de sexe féminin qui ne vous a pas sollicité constitue une agression sexuelle caractérisée de premier degré justiciable d’une peine de 12 ans, trois mois et 22 jours de détention&#8230; » ça mon gars t’es mal barré, sans compter que t’as fait ta petite affaire devant tout le monde, un samedi soir avenue Pedzullen, on a déjà 489 témoins et ça continue d’arriver dit le policier en tirant sur ma fausse-barbe.<br />
-Non mais regarde-moi ça le petit cachottier&#8230; Hank Dedank c’est vraiment ton nom? Allez avoue tout et j’oublie que t’as pissé dans le fourgon, montré ta bite aux pompelards qui venaient te décrocher et paluché ma collégue, ‘faut vraiment être bourré pour avoir l’idée de peloter Doris! Rien que comme ça tu gagnes facile trois ans et 42 jours? Alors?<br />
-&#8230;<br />
-Tu veux pas causer, bon Jan-Kluk t’as le témoignage de la victîme? La pauvre fille elle est encore toute commotionnée, ‘faut dire qu’elle est restée accrôchée à ses cables pendant une demie-heure&#8230; les pieds dans le vide&#8230; c’est marrant mais j’ai l’impression que j’te connais toi, on s’est déjà vu&#8230; t’étais pas dans le coup de l’attaque du sauna de la rue Müfterd? Bon on va passer aux piéces à conviction apportez le poteau !<br />
Une dizaine de policiers entrent dans la piéce en portant un poteau télégraphique fraîchement tronçonné d’une dizaine de mètres de haut.<br />
-Tu reconnais ce poteau?<br />
Que dire me voilà bien embarassé, d’abord tous les poteaux se ressemblent et puis le mieux dans le souci de conserver comme à mon habitude toute ma dignité est de continuer de me taire sans doute.<br />
-&#8230;<br />
-La victîme l’a reconnu elle, elle déclare que tu l’as violée à de nombreuses reprises sur le sommet du sus-dit poteau,  je cite tu l’aurais forcé entre autres à éxécuter: « &#8230; la brouette norvégienne (compter un bon quart d’heure d’attente&#8230;) le broute-noix hondurien, la bombette otanesque et la gaufre liégeoise&#8230; », c’est comment déjà la gaufre liégeoise Jan-Kluk ?&#8230;<br />
-Mais si tu sais bien les partenaires sont dos contre dos et&#8230; on a essayé avec Odettkë mais bof personnellement ça me fait rien&#8230;<br />
-Ah ouais ouais je me rappelle c’est vrai elle apprécie pas trop Odettkë&#8230; euh&#8230; je veux dire mais où on met le sucre?&#8230; Mais t’es un vrai vicelard toi!<br />
-Et un acrobâte en plus ! Ajoute le collégue Jan-Kluk.<br />
C’est vraiment n’importe quoi, blessé dans mon intégrité morale et mon esprit logique j’explose:<br />
-La brouette norvégienne sur le sommet d’un poteau à dix métres du sol en équilibre instable et complétement bourré, cette fille est folle!<br />
Mes deux interrogateurs s’interrogent mutuellement du regard, ce qui est un comble pour des policiers et aussi la preuve que mon argument a porté dans leur conscience épaisse de fonctionnaires assermentés.<br />
A ce moment entre Thör Dupondsen, le chef de la sécurité du Palais :<br />
-Bonjour messieurs. Je vous prie de bien vouloir me suivre Monseigneur. Si vous voulez bien nous accompagner messieurs.<br />
-Monseigneur? S’exclâme Jan-Kluk en me remettant les menottes. Je savais bien que je l’avais déjà vu quelque part ce conktë-là !<br />
-Je ne comprends rien à ce qui arrive ! Confié-je à Dupondsen qui nous conduit de couloirs en couloirs dans le dédâle du Commissariat central qui vu les conditions climatiques hivernales habituelles est relié par souterrains au Palais de Justice et autres lieux de divertissements.<br />
-Vous allez comparaître en audience spéciale de la Haute Cour Monseigneur.<br />
-Rien que ça et au motif?<br />
Je n’ai pas le temps d’en apprendre plus, nous débouchons dans une salle d’audience déjà meublée de magistrats en perruque, de journalistes, à droite dans la stalle réservée aux accusés on a planté la piéce à conviction ce maudit poteau télégraphique autour de quoi l’un des flics accroche sans façon la chaîne après quoi je suis attaché, à ce moment j’aperçois dans l’assistance Urinald fun Froeboeun le grand chambellan du palais et sur un geste de lui une foule de photographes se mettent à me « shooter » pire qu’un peloton d’exécution: la photo du Prince consort Raoultkë de Nordnmark mal rasé, en imperméable fripé de pervers polymorphe, menotté et attaché à un poteau télégraphique fera le tour du monde et la une de tous les journaux, et pourtant malgré cela une fois encore je fais face car confusément je sens en moi que je suis innocent de toute cette histoire même si les apparences sont contre moi et mes souvenirs de cette soirée tragique encore incertains.<br />
L’avocat en charge de m’assister est un grand nom du barreau de la capitale: Ooksvald Sprüts.<br />
Ici point d’effet de manche ni de joutes oratoires, contrairement à nos pays latins sont considérés les faits et la concision est la marque des grands serviteurs de Thémis.<br />
-Preums! Dit Maître Sprüts.<br />
Ce que l’on pourrait traduire par:<br />
« Plaise à la cour d’entendre dés maintenant et pas plus tard que ce tantôt mes arguments à fins de faire valoir les circonstances du crîme dont est accusé mon vil client ! »<br />
A ne pas confondre avec « deums » qui veut dire: « Perdu, bon, patron r’mettez-nous ça la tournée est pour moi ! »<br />
Malheureusement cette fois la tournée est bien pour moi malgré le talent de mon défenseur et l’on m’écroue le soir mâme à la prison centrale (ici tout est central, normal après tout dans le trou du c&#8230; du monde !) d’Unkulalüum.<br />
Heureusement je n’y passerai que trois jours dans une promiscuité démocratique et ricaneuse qui aurait pu m’être dommageable si je ne m’étais souvenu fort à propos de mes talents pugilistiques exercés naguère dans diverses compétitions universitaires.<br />
Une fois encore c’est le cher Professeur Wulfüurt Wülwit   qui va m’en délivrer, argumentant longuement, contrairement à l’usage, que le poteau télégraphique support supposé de l’agression n’est point réglementaire, car contrevenant aux prescriptions administratives de poids, de taille et d’élection topographique, et le prouvant abondamment par toute une littérature juridique et technique ainsi que divers certificats et attestations du service des poids et mesures et des télécommunications, il obtient au motif que la piéce à conviction n’est point recevable, ma libération conditionnelle, ce que mon avocat ni personne à la cour n’ont cherché à  obtenir ni à instruire.<br />
Ah combien je bénis le jour où je l’ai rencontré et comme je maudis tous ces gens qui par commodité ou préjugé ne croient point en mon innocence en embrassant mes fidéles amis venus m’attendre à la porte de la prison: le baron Eriktkën, Charley, le Père Fulmance, le commandant Beursec-Bombsec et tant d’autres&#8230; et aussi, Dieu que j’en suis ému! mon petit Uürtikern seul membre de la famille à s’être déplacé:<br />
-Alors ça va dad, ça n’a pas été trop môche?<br />
Quelle belle âme indépendante et fière.<br />
Allez va, il l’aura son régîment, je lui en fais la promesse.<br />
29 Septembre<br />
Après quoi je m’isole.<br />
Les périls de l’heure commandent une profonde réflexion et même un retour sur moi, je ne crains pas de m’y livrer, surtout qu’il n’y a pas beaucoup de chemin à faire.<br />
On le sait l’introspection ne me fait point peur, pourvu que l’on aille pas trop profond et que l’on soit bien encordé par quelques solides certitudes morales, elle ne peut être que bénéfique, je descends donc en moi, non sans vertige, je m’engage dans de longues heures de méditation, entrecoupées je le concéde de somnolences raparatrices, mais dont je tire le meilleur parti prospectif.<br />
Je fais les honneurs de la bibliothéque du Palais à notre ami, le Professeur Wülwit qui en est fort curieux et nous y passons de longues heures, le professeur furéte dans tous les coins comme un chien de sang à sa première battue.<br />
Je l’accompagne dans ses recherches en lui posant quantités de questions sur un peu tous les sujets mais au bout de quelques jours il revient avec une pîle d’illustrés découverte je ne sais où :<br />
-Tenez Monseigneur j’ai trouvé celà qui devrait vous occuper&#8230; vous plaire.<br />
Quel garçon charmant ! Vraiment ! De fait je m’immerge avec grand plaisir dans les aventures de Shmukk &#038; Shnukk ! deux jumeaux très turbulents, qui paraissaient en feuilletons dans les journaux nordmois avant-guerre.<br />
C’est tellement hilarant que j’en oublie pour un temps mes soucis de l’heure et je lis les légendes à voix haute en suivant du doigt et en bavant de jubilation, nous en sômmes là de nos recherches quand en une fin d’après midi doucereuse le professeur revient vers moi tenant un vieux, démesuré et poussiéreux livre dans ses bras.<br />
-Voilà ça y est, Euréka !<br />
-Hein quoi ? Comment ?<br />
Je m’étais assoupi.<br />
-Permettez-moi Monseigneur je crois que j’ai trouvé de quoi terminer au mieux votre histoire. Je veux dire redonner à cette affaire toute la hauteur et la profondeur nécessaires à la victoire en bonne stratégie et selon les préceptes du grand Sun-Tzsu. Voyez ceci est la grande chârte des droits du Royaume de Nordnmark: le Magnus Pékulum&#8230;<br />
-Ah oui, ah bon&#8230; j’en ai entendu beaucoup de bien, il paraît que ce n’est pas sans intérêt.<br />
Je m’apprête à porter mon doigt sur le texte embrouillé et proprement illisible qu’il me présente quand il m’arrête:<br />
-Non c’est en nordmois ancien du onziéme siécle, vous n’y comprendrez rien&#8230;je veux dire:c’est incompréhensible quand on ne le pratique pas avec quelque assiduité et de longue dâte, mais il y a là me semble-t-il un article qui devrait vous intéresser et que je vais vous résumer si vous me le permettez Monseigneur.<br />
-Appelez-moi Tétesse mon cher Wulwie. Alors de quoi s’agit-il?</p>
<p>Lecture faite et après sa longue explication, j’ai l’esprit un peu embrouillé en ce début de soirée, malgré tout nous mettons au point derechef, et même un peu avant, un plan de bataille circonstancié.<br />
Le lendemain je convoque une journaliste, la plus féministe possible mais de ces féministes qui vont voir la flicaille au premier regard mâle un peu appuyé, rien à voir avec les véritables féministes du début du siécle dernier qui avaient l’étoffe de croisés, telle mon arrière-arrière-grand-mère la marquise de Bonpéze-Hédulour qui mordaient les agents au sang quand ils tentaient de l’interpeller après une manifestation de suffragettes.<br />
Là il s’agit bien de volaille hystérique et caquéteuse qui revendique avec orgueil leur égoïsme entretenu autant que leurs manières de conscrit en débordement qui ne sont  que la reconnaissance d’une liberté profitable et encagée dans de nouvelles et éprouvantes régles sociales.<br />
Comme l’écrit le père Fulmance des Emplettes, dans un opuscule fort intéressant de Préparation Militaire au Mariage :<br />
« La sexualité exacerbée pour seul aveu n’a jamais libéré qui que ce soit, elle vous enferme, vous aliéne pis elle vous clôt. »<br />
Même si personnellement je modérerais volontiers le propos en le réservant à la part féminine du couple, quoiqu’on en pense par ailleurs, le mâle restant fondamentalement un chasseur-cueilleur n’est-ce pas.<br />
La chère enfant a préparé un questionnaire obscéne et mal venue qu’elle récite avec une application de couventîne onaniste.<br />
Et au hasard d’une question intruse sur mes supposés enfants naturels et mes prétendus capacités érectiles exacerbées je lui rappelle et fais valoir toute la portée que pourrait avoir cet article non abrogé du Magnus Pekulum déterré par ce cher Wulwie.<br />
Bien sûr celà ne rate pas et le lendemain le jounal féminin Birrüt’n , orgâne de la femme d’active tître entre deux bancs d’essai de sextoys à vapeur:<br />
« Le prince Raoultkë revendique son droit de cuissage sur les employées de l’état. »<br />
J’envois illico au journal un communiqué rectificatif où je déclare citant l’article même des lois fondamentales du Royaume tiré du Magnus Pekulum qu’il n’y a pas de restrictions de sexe, leurs ancêtres vikings s’envoyant à l’occasion un mousse quand ils n’y avaient plus de bière fraîche dans les cales de leurs drakkars.<br />
Bien entendu ce nouveau scandale dit du « poteau » a eu quelque retentissement sur ma relation avec ma Poupetkë, nous nous étions retrouvés avec bonheur et en de renouvelées effusions après ma trop longue absence, je tiens une forme en ce moment, hélas&#8230; mais ce soir comme tous les autres soirs depuis dix jours sitôt qu’elle a remis sa seule fîche au tableau de la pointeuse de la salle du trône elle va s’enfermer dans ses appartements avec consîgne donnée à la domesticité de tirer à vue si je m’en apprôche.<br />
Il suffit de voir la tête réjouie de ce salopard de Urinald Fun Froeboeun pour comprendre qu’elle n’est assurément pas dans les meilleures dispositions à mon endroit.<br />
Que de sacrifices j’aurais consenti à ce pays!<br />
Bien entendu dés le lendemain un pseudo débat constitutionnel fait la une des journaux dont l’alternative fort simple peut ainsi se résumer:<br />
-Faut-il couper les couilles au prince consort ou réviser le Magnus Pekulum ?<br />
37% des personnes interrogées sont pour la sécation,  37 autres pour la révision, le reste ne se prononce pas.<br />
-Voilà un balloche&#8230; tage que je dirai favorable. S’amuse en français dans le texte le cher baron mauve qui n’a trop rien compris à la manoeuvre complexe du cher Professeur, à dire le vrai je commence moi-mâme à m’y perdre un peu, mais se plait dans l’effervescence et le scandale.<br />
 Malgré que, et c’est là-dessus que tablait notre cher Professeur Wülwit, mes adversaires se retrouvent en porte à faux, ils ne peuvent résilier le Magnus Pekulum, gloire du royaume, première constitution « démocratique » écrite d’Europe et sans doute même du monde (si l’on excepte certaines tentatives Tyro-Sidoniennes vers le septiéme siécle avant notre ére aux dires du cher Wulwie qui posséde bien son sujet.) non plus que me donner raison.<br />
 Le lendemain, je suis réveillée par une employée des postes tremblante et débutante qui après moult détours dans le palais sonne enfin à la porte de mon pavillon de chasse, cet imbécile de Pezzolino m’a demandé un jour de congé pour je ne sais plus quelle fausse raison et c’est sa vice-majesté (plus pour très longtemps éh, éh, je travaille à ma revanche&#8230;) soi-mâme en slip qui ouvre la porte.<br />
La donzelle a revêtu une tenue anti-viol qui est très à la mode en ce moment, cela se présente comme une veste de cosmonaute toute blanche en Kevlar (du boudin!) renforcé, fermant sur le devant par une fermeture éclair cadenassée.<br />
C’est mon manageure, le regrettable Charley Bédouani qui en a eu l’idée et qui la commercialise avec une photo de moi agrémenté d’un sens interdit sur le plastron, en partie basse.<br />
Ce n’est certes pas du meilleur goût mais je touche 20% sur chaque exemplaire et ça se vend comme des petits pains à 50 Brelotkë la piéce.<br />
Malgré tout je fais mine d’avoir l’air, je me gratte un peu partout à la manière d’un gorille en rut et laboure puissament de mes ongles la région la plus méridionale et à tout le moins la plus exposée de ma personne, puisque je viens de me rendre compte que je ne porte point de slip et que je suis dans une forme éloquente, avant de cueillir la lettre des mains tremblotantes de la fille  rougissante, fumante et ébouriffée comme un électricien daltonien (voir plus haut !).<br />
Elle s’enfuit sans demander son reste ni même une signature.<br />
Après quoi, je me douche et me vêts, malgré les récents événements je n’ai rien changé à mon agenda, je fais face, j’inaugure ce matin un foyer pour agriculteurs transexuels fille-mère, mais cette fois point de costûme de cheviotte ou d’élégance superfétatoire je mets un imperméable mastic et une paire de lunettes noires, avec ma barbe de trois jours, et ma réputation bien assise de la veille, je fais un sociopathe tout à fait sortable il me semble, aussi sors-je. Quelques manifestantes hystériques s’entassent déjà derrière les grilles du palais munies de pancartes.<br />
« SEKAREN NUXX RAOULTKË DERN PERVERSEN VISLARDEN »<br />
Et quoi cela devient véritablement une obsession !<br />
Leur lit est fait il me semble, espérons que la manoeuvre inspirée de notre cher Wulwie ne me soit point préjudiciable au final, mais non j’ai confiance, et puis ce n’est pas dans les habitudes de ma race que de mollir, je me rappelle la fière  devise des Bonpéze pour me regarnir en courage:<br />
« Quod non periclitet ? »<br />
C’est du latin mais je n’en posséde point la traduction exacte.<br />
A propos de devise celle des souverains nordmois est elle en français, sans doute pour faire riche :<br />
&#8220;Nordmois le neuf  oncques ne démord le veuf&#8221;<br />
Elle fut prononcée pour la première fois par le roi Aalkon IX dit « Meridixi » ce qui veut dire en nordmois ancien la fin de la ligne&#8230; héréditaire mâle lors de la bataille d’Oplott où il était allé se faire voir en 1564 et qu’il perdit après prolongations, le terrain était gelé, face aux suédois, leurs ennemis héréditaires, supérieurement organisés, ils avaient mis des crampons d’acier à leurs brodequins alors que les nordmois étaient en moulés.<br />
Il faut dire pour donner quelque sens à cette orgueilleuse devise qu’outre le fait qu’il était le neuviéme de sa lignée, il venait de perdre son épouse aimée dans un accident de traineau à un passage à niveau.<br />
Lors de l’inauguration du foyer, j’intrigue, je trouble, le public me regarde comme il considèrerait un ex-Beattle en train de faire la manche dans le Métro ou un fauve dans un garni, bref quelque personnage en même temps familier et étranger, docile et dangereux.<br />
Je fais face aux journalistes nombreuses qui me demandent si j’entends réellement user de mes prérogatives sur le personnel administratif du foyer par exemple, la directrice est aussi scandalisée qu’émoustillée, je leur réponds qu’il n’y a point d’urgence&#8230; mais qu’une tradition millénaire se doit d’être respectée et même honorée quand elle représente le fond véritable du peuple qu’elle anime.<br />
Après quoi en tant que Président du Comîté Olympique nordmois je reçois quelques sportifs récemment médaillés, athlétes dopés,foutbaleurs luxés, tennismen cocaïnomanes, il n’y a que dans les sports de glisse que nous montrons de la tenue et faisons à peu près bonne figure ainsi qu’en ski nordique, nous avons toujours été très bons dans les épreuves de garde frontière, dans le tir sur russes ou allemands casqués à 1500 métres particulièrement.<br />
Un tapineur&#8230; pardon un patineur artistique que j’honore d’une solide poignée de mains en lui remettant une plaque commémmorative du comîté me sussure:<br />
-Quelle force Monseigneur ! Vous savez je suis fonctionnaire des impôts.<br />
Il a dit ça avec beaucoup de sous-entendus, l’affaire devient périlleuse, si le cher Wulwie croit que je vais m’appuyer toutes les guichetières ménopausées de la Poste Centrale ou les contrôleurs invertis de la Caisse Sociale des Travailleurs Sociaux pour faire droit à la coutûme, eh bien il se leurre!<br />
*<br />
Nouveaux rebondissements dans l’affaire dite du poteau, on apprend de source judiciaire que la fille est un homme, qu’il n’est pas employé du téléphone à mi-temps mais malade psychiatrique à plein-temps,qu’il n’avait rien à faire sur ce poteau qu’il avait tutoyé toute la soirée en usant comme un marin en vigie d’un mât de bateau, qu’il avait consommé des substances illicites et hallucinogênes en quantité, que les jours de grand vent il se prend pour Marléne Dietrich et à marée haute pour le Captain Cook, qu’il a tout inventé et qu’il prévoit la fin du monde pour le 12 courant dans l’après-midi, les témoins qui avaient cru voir se rétractent et parlent de lutte indécise, arguent de leur vue basse, qu’ils n’ont trop rien compris, qu’on leur a fait dire qu’ils&#8230; et qu’ils ont cru que&#8230;, les journalistes reconnaissent que&#8230; malgré tout et par ailleurs&#8230; qu’ils sont peut être allés un peu vite en besogne en me traînant dans la boue, boue qu’ils ont abondamment recouvert de leur m&#8230;, constatons-le.<br />
Bref le poteau et moi nous retrouvons pleinement innocentés.<br />
A la surprise générale, j’en fais l’acquisition, l’on va croire que je ne peux plus vivre sans lui, mais la réalité est que je le le fais planter dans le jardin du palais devant mon pavillon de chasse, et sous les fenêtres de la salle du petit-déjeuner de la Reine avec cette inscription sur une plaque de deux mètres sur deux:<br />
« Pour ne point oublier! En hômmage à toutes les victîmes d’erreurs judiciaires, trop vite jugées et injustement condamnées»<br />
Sans compter que c’est assez décoratif car pour courônner le tout le cher Charley m’a confectionné une bannière à mes armes qui palpite élégamment au vent frais de la capitale.<br />
Les meubles des armes des Bonpéze étant un zinc (un comptoir quoi !) avec deux yaourts sur fond de laitue en hômmage à un très lointain ancêtre qui fut crêmier dans son jeune temps avant de bifurquer vers la fonction publique et d’être adoubé chevalier-adjoint aux sports co(llectifs) de Godefroy de Bouillon-Kub.<br />
Regardant flotter mes couleurs avec fierté, je pense avec quelque douleur que je sors malgré tout de cette histoire plus abattu et amer que je ne le dis, je fais face avec force et entrain, mais maintenant ma décision est prise et comme le chantait certains révolutionnaires de l‘avant-siécle dernier :<br />
« La lutte finale est engagée ! »<br />
17 Octobre<br />
Curieuse aventure vécue la nuit dernière, est-ce l’abattement, la fatigue consécutives à de récents et regrettables événements ou encore la nostalgie mélancolique qui m’a gagné en conduisant ma douce Klopilde à l’autel, mettant un terme à  son enfance qui me fut si douce.<br />
Toute cette journée du mariage officiel, me fut éreintante, j’y ai participé sans enthousiasme, même si bien sûr le bonheur de mon enfant  me remplissait le coeur et de la voir dans sa robe aussi somptueuse que virginale (la coquine !) m’a tiré des larmes.<br />
Le cher Lopeck était émouvant lui aussi, surprenant autant, il s’est marié en bleu&#8230; bleu de chauffe et sans lâcher sa sacoche à outils même devant l’évêque d’Upschloüt au moment de l’échange des alliances dans la cathédrâle.<br />
-Moi garrder ! Toi pas toucher ! Pas vouloirrr moi voler outils… pas confiance indigênes!<br />
Mais sa rigoureuse simplicité a ému nos foules nordmoises venues nombreuses, agitant force drapeaux, criant, manifestant leur joie et leur fierté.<br />
Les carrosses étaient de sortie, les uniformes aussi, je crois avoir assez dignement exécuté ma partition même si comme à chaque fois il m’a fallu tenir compagnie aux femmes des chefs de gouvernements et des présidents qui avaient fait le déplacement, c’est agaçant ce rôle d’épouse, de prince de compagnie que je dois jouer en permanence, je supporte de plus en plus mal toutes ces visites aux jardins d’enfance ou aux musées quand d’autres sujets autrement plus importants devraient occuper mes jours et ma réflexion.<br />
Toute notre famille d’ailleurs a fort bien figuré dans ce spectacle grandiose et coloré, nous n’avons eu à déplorer que les débordements éthyliques et pétardiers de la chère Bir-Bir, Birgiktkë, la soeur jumelle de la Reine, revenue tout exprès de Cibiza sa station minéo-balnéaire roumaine et de ceux plumardiers du cher Rawanalpajpout, playboy bengalorien, son ré-époux qui s’étant bourré de Viagra se promenait partout entre les buffets, son membre sorti et érigé en se faisant admirer même de la jeune mariée, de ma douce et (presque) innocente Klopilde  et en promettant à sa chère et renouvelée moitié la Princesse Bir-Bir une seconde nuit de nôces inoubliable.<br />
Ils se sont courus après ainsi tout l’aprés-midi avant de finir ronflants, impudiques et enlacés dans les cuisines du Palais où le personnel les a retrouvé au matin à la prise de service.<br />
 Certes j’ai eu ma part d’applaudissements, de vivats, ce me furent autant d’encouragements à poursuivre dans ma voie,  il y a entre ce peuple et moi une secrète entente, il m’est reconnaissant, je crois, de manifester, moi seul, mêlé au plus intîme de ma substance gauloise ce vieux fond viking qu’il n’a plus le droit d’actionner que lors de messes foutbalistiques ou concerts d’Heavy Metal.<br />
Et où ailleurs, dîtes-le moi a-t-on encore le droit de se montrer  un vrai mâle?<br />
Pour l’occasion j’ai fait venir de Bonpéze quelque parentéle  ainsi que de mes amis de là-bas, qui sont arrivés par car comme sportifs en bordée, éructant et joyeux malgré tout, après deux mille kilomètres, dont le Père Beignalous, le cher Voualtère Brummeliche (aussi les jours de fête), le père Oboudubouduban-Oujustendsou et Jacky Chombard qui quoique de sentîment écolo-anarco-républicain a été très impressionné par nos liturgies royales mais que la Reine-Mère a accaparé toute la journée et une partie de la nuit.<br />
Et puis je suis retourné à mon pavillon de chasse après les dernières salutations, depuis le balcon du Palais Royal, adressés par nous tous,  « Royals » à la foule rassemblée à nos pieds comme notre famille innombrable et enfin réunie dans le bonheur et l’espérance des jours.<br />
Heureusement que Maître Bourmous m’avait rejoint car je n’avais pas même la ressource de cet imbécile de Pezzolino parti se saoûler et tringler quelque part dans la ville en fête, l’envie m’était venu de vouloir l’imiter moi aussi, d’aller à l’aventure à travers cette joie populaire, mais pour une fois, quelque peu échaudé, je choisis la prudence.<br />
Maître Bourmous m’avait apporté du «Speciou», une spécialité de chez nous de saucisson fait avec un foetus de porc  cuit dans un utérus de truie cousu dans un estomac de brebis mijoté dans une panse de vache assaisonné de fesces fraîches de chevrette de nos montagnes. L’important est lors de la cuisson de préserver  le croquant et le petit goût de noisette&#8230; et lors de la régurgitation de ne pas s’en mettre partout.<br />
Preuve que l’on n’invente rien les vertus fortement hémétiques de nos plâts traditionnels du Beaufinois ont précédé de longtemps celles de la fameuse cuisine molléculaire actuelle.<br />
Autre recette locale multi séculaire qui marque assez bien notre esprit frondeur et que je prise autant: la fameuse Débagoulada: de la queue de porc marinée longuement, compter bien trois semaines avec des oreilles de douaniers (si l’on n’a pas de douanier sous la main, prendre des oreilles de jeunes nônnes bien tendres et fruitées, ou de gendarmes dont on aura retiré les poils auparavant sinon, au pire, on peut utiliser aussi des bracelets montres que l’on aura attendri au préalable pendant deux jours dans une marinade moitié Pernod, moitié jus de gland).<br />
C’est spécial, il faut avoir le goût fait pour pleinement les déguster mais alors tous les parfums du pays vous caramélisent les papilles&#8230; en même temps que vous sollicitez les services d’urgence.<br />
« Ah mious Païssous toun cagadou piensam bocoupo a té. » ne puis-je m’empêcher de murmurer les larmes-z-aux plis des-z-yeux.<br />
Nous nous coupions de braves tranches de notre « spéciou » en dégustant du Chateau-Bonpèze de la bonne année: 48 (la seule disent les mauvaises langues!) tout en nous racontant nos souvenirs d’enfance respectifs ou communs quand la porte du Frigidaire s’est ouverte toute seule.<br />
Rien d’alarmant mais en même temps j’ai senti comme une présence soudaine dans la piéce.<br />
-Qu’est-ce qu’il y a Monseigneur La guenuche? M’a demandé Maître Bourmous.<br />
-Tu ne sens pas?<br />
-Ah ça c’est le « spéciou » tu sais bien qu’il faut que ça shmecte pour que ce soit bon. Celui-ci est parfait non?<br />
-Non pas une odeur, une présence.<br />
A ce moment les lumières s’éteignent et un souffle chargé d’un parfum assez pénible, mélange de vestiaires et de vase traverse la piéce.<br />
Les fantômes ne m’ont jamais beaucoup impressionné, notre chateau de Bonpèze en est tout habité.<br />
Il faut dire aussi que mes ancêtres ont beaucoup par le passé exécuté de gens.<br />
Ainsi souvent depuis l’enfance, une vieille sorcière vient me tirer les pieds, une que de miens ascendants firent brûler dans le temps pour hérétisme (c’était le motif marqué sur le grimoire mes ancêtres, solides guerriers, n’avaient point eu le temps de parfaire leurs études), abus de biens asociaux, dissimulation de revenus de servage et non déclaration d’impôts seigneuriaux, mais qui m’a adopté et m’a souvent bercé en mon jeune âge.<br />
L’important avec ce genre d’entités est de bien reconnaître dés l’abord s’ils sont favorables ou néfastes, en un mot, comme pour les vivants deviner leur caractère, il y a des emmerdeurs aussi chez les fantômes.<br />
Très assuré je dis d’une voix bien trempée :<br />
-Vous partagerez bien notre petit repas?<br />
-Mais à qui tu parles? S’inquiéte Bourmous.<br />
-Tu vas voir&#8230;<br />
Et de fait nous voyons dans une sorte de halo lumineux et vibrants se concentrant à mesure jusqu’à faire apparaître une manière de viking, casqué, chevelu, moustachu, hirsute, bref quelque conquérant en parfait état de marche tenant un cierge à la main.<br />
-C’est pas de refus, ça sent bon mais il y a plus de bière au frigo.<br />
Il attrape notre « spéciou » et mord dedans.<br />
Son cierge allumé éclaire la scéne avec force et détails.<br />
-Je suis le roi Dezköoeung XII&#8230; non XIII&#8230; non non c’est bien douze. Dédéz pour les copains. C’est à la bataille de Palavatzen contre les danois, j’avais promis à Dieu de me convertir et de faire ma première communion dans l’année si je remportais la victoire sur eux et puis j’ai oublié, avec ce qu’on s’était mis, j’avais des escuses, un an après j’ai passé, dans la nuit, et depuis j’erre avec ce foutu cierge pour accomplir ma pénitence, j’ai plus que 12589 ans à tirer&#8230;<br />
Il parle français au mieux avec un émouvant accent de Belleville qui me rassure et me le rend tout de suite sympathique, je lui en fais la remarque.<br />
-En 1200 ans on a le temps de se cultiver et de tourner, le siécle dernier j’ai fait l’Espagne&#8230; C’est toi Raoultkë dit-il en s’adressant à Maître Bourmous déjà bien entamé?<br />
-Ah non moi c’est Jean-Raymond’con!<br />
-Je suis Raoultkë. Dis-je avec quelque émotion.<br />
-Ah bien, écoute ça alors Raoultkë&#8230; tu m’entends bien&#8230; ah mince j’avais un message pour toi&#8230; ‘m’en souviens p’us&#8230; c’est rapport à&#8230; un truc qui te concerne&#8230; y a pas un p’tit coup?&#8230; je l’ai toute séche&#8230; ‘tain Dédéz tu vieillis ‘là que j’ai pu’s ma tête&#8230; Clap ! Clap !..  c’était comment déjà ? Ah ça va m’revenir, putain de cierge ça me coule dessus&#8230; Ah ouais c’est toi qu’est marida avec mon arrière-arrière-arrière&#8230; oui enfin ma descendante qu’est reine de Nordnmark présentement&#8230; alors quoi merde c’est les gazesses qui dirigent tout maintenant si j’ai bien suivi de ce qui cause à la tévé&#8230; ah ouais là ça me revient&#8230; un truc commak:<br />
« Marche Raoultkë car ton combat est juste et tu seras victorieux mais surtout n’oublie pas ta petite prière avant de t’endormir&#8230; »<br />
Terrassé comme saint Paul sur le chemin de Dallas, je m’agenouille à ses pieds et il me fait couler un peu de cierge sur la nuque :<br />
-Aïe !<br />
Mais il tire haut son glaive et poursuit le cierge levé dans un scintillement étoilé au milieu d’une sorte de poussière dorée :<br />
-Va-t-en paix noble et loyal Raoultkë, preux chevalier franc, défenseur de la foi et du Brümnland nordmois, je te confie ce peuple. Eléve-le vers la vraie foi, protége-le des nouvelles hérésies et va brouter les nordmois&#8230; bouter les nordmois hors de leur faux confort et de leur vraie désespérance-rance sans quoi ma colère sera grande!<br />
Il semble se réveiller enfin, range son glaive, finit son verre:<br />
-&#8230; il rape mais il est fameux! Voilà en gros c’est l’idée. Ah on peut dire qu’ils t’ont à la bonne là-haut&#8230; ‘faut dire tu fais pas trop pédé pour un gigolpince princier&#8230; bon allez maintenant ‘faut que j’y aille, je dois aller donner un coup de main au père Noël&#8230;. aargh! Aaargh! Non sans charre j’ai encore de la route à faire, allez salut les hommes!<br />
Et il s’évapore sans nuls effets spéciaux cette fois.<br />
Nous demeurons émerveillés, enfin surtout moi car mon ex-collégue de catéchisme et actuel confrère de révélation ronfle maintenant comme un vieux DC3 en apprôche d’une piste taillée dans la jungle.<br />
Je le bouscule un peu, désireux de lui faire partager mes réflexions, après m’avoir écouté un moment il conclut avec son  bon sens en l’espéce un peu forcé:<br />
-Oh dis la Guenuche tu vas pas te prendre pour Jeanne d’Arc maintenant. Je dis pas c’est assez troublant mais nous-mêmes on était plutôt trouble quand ça s’est passé&#8230; ton Chateau Bonpéze tu sais bien qu’il pardonne pas! Alors de là à&#8230;. à partir pour la guerre sainte et je ne sais trop quoi&#8230; il y a un pas. Va surtout pas gâcher ta situation et celle de tes enfants avec des couenneries d’illuminé.<br />
Je le regarde avec un peu de commisération, j’en suis rempli et comme transfiguré, vrai j’en déborde.<br />
Maître Bourmous est maître Bourmous, notaire de province, homme de loi pratique et concret, préposé aux actes tamponnés et aux aveux certifiés mais moi, Raoultkë de Bonpèze je me dois de répondre à cet appel. Je ne peux trahir ma foi et mon idéal. A partir de cet instant je me considére comme croisé. Advienne que devra!<br />
18 Octobre<br />
Le lendemain soir je vais voir le cher Charley pour assister aux répétitions, je lui ai loué, sur ma cassette personnelle, en vidant en partie mon Livret de Caisse d’Epargne, un ancien cabaret le Fukmöeu au bas de son immeuble, au rez de chaussée le bar est fermé et la cave est profonde et insonorisée. Mais ce soir tout est calme, ses chanteuses sont à l’étable:<br />
-Le vendredi je les mets au vert, Mauricette les emméne à la campagne, on commence à les faire tourner dans des bals, elles font leur effet vous pouvez me croire Monseigneur. Et puis comme ça elles ont l’occasion de faire quelques couchés, elles se font un peu d’argent de poche et en même temps elles apprennent le métier. C’est important de savoir coucher quand on est dans les professions artisstiques.<br />
-Ah oui sans doute oui. Et vos&#8230; vos voisines?<br />
-Ah les putes du voisinage, elles sont en séminaire de formation organisé par la Caisse Sociale des Travailleuses du Sexe.<br />
Je le regarde en train de batailler avec des mètres de satin noir sur sa machine à coudre installé derrière l’ancien comptoir.<br />
-Dîtes-moi mon cher, je pensais à quelque chose: avec tous vos talents vous ne pourriez pas me monter une petite armure de bataille?<br />
Il avale le crayon qu’il tenait entre les lévres et se pique avec l’aiguille qu’il avait en main:<br />
-Une&#8230; une armure&#8230; vous voulez une armure mon Prince?<br />
-Oh pas grand chose, une petite armure d’intersaison&#8230;. vous voyez assez simple&#8230;<br />
-C’est que&#8230; J’ai bien des coupons d’un petit jersey mais&#8230;<br />
-Une armure, en jersey, vous plaisantez ami Charley?<br />
-Mais c’est que j’y connais rien moi en armure, je sais pas faire&#8230; et puis vous trouverez jamais ça en confection, c’est pas du prêt à porter, il faut faire du sur-mesure ‘faudrait&#8230; ouais vous adresser à un mécano quelque chose comme ça&#8230; vous imaginez le boulot: ‘faut former les tôles, les souder&#8230;<br />
-Non, je vous demandais ça en passant, c’est surtout pour avoir quelque chose à mettre en cas de&#8230; comment dire? De gloire soudaine&#8230; l’histoire est en train de se faire, il faut être prêt et d’abord préparer une image favorable pour la postérité&#8230; comme les peintures de Richelieu au siége de La Rochelle, représenté en pourpre et armure, c’est parlant, d’ailleurs vous avez raison, mon cher Charley  je vais m’adresser à un mécanicien&#8230;<br />
-Si vous voulez Monseigneur, il y a un concessionnaire Automobiles Reugeot au coin de la rue, ils vous feront peut-être ça ils sont bien complaisants, ils me font les révisions de la 504 et j’ai jamais eu à me plaindre.<br />
-J’irai les voir, encore que je souhaiterais une certaine discrétion. Si les journalistes l’apprennent, Dieu sait ce qu’ils iraient encore imaginer, pour quoi j’avais pensé à vous&#8230; mais n’en parlons plus.<br />
-Croyez bien que je suis désolé Monseigneur.<br />
-Mais qu’est-ce que vous faîtes donc mon cher avec tout ce satin noir?<br />
Je regarde un peu autour de moi, c’est très étonnant comme ce lieu a changé en quelques jours, ce ne sont que draperies sombres, châines, cages barreaudées, colliers de cuir cloutés, menottes et autres instruments nickelés accrochés aux murs ou à des planches de bois, oui vraiment tout un appareil étrange je me demande d’ailleurs si notre cher Charley a encore toute sa raison tant son esprit me semble envahis de sombres menées.<br />
-C’est&#8230; pour mettre sur le podium, je &#8230; je vais&#8230; pour les photographies vous voyez Monseigneur? Qu’on aille pas encore faire des frais pour louer un studio, quand j’étais en France, toutes les pochettes de disque de mes artisses je les confectionnais dans mon garage, j’avais un bel équipement vous pouvez me croire.<br />
-Ah tiens don’ je n’y aurais point pensé&#8230; et tout ça, ces ustensiles dis-je en lui désignant les cages&#8230;<br />
-Ah ça&#8230; oui&#8230; et bien c’est pour mettre l’ambiance, et puis ‘pas être pris de court surtout ça hein&#8230; si on a besoin d’un lion par exemple pour les photos, il faut bien une cage ‘s’pas? Eh bien là on a tout sous la main, tout disponible mais c’est du travail.<br />
-Ah c’est un métier en effet. Eh bien je vous félicite, voilà de la prévoyance, mon cher&#8230; Maintenant&#8230; vos drapés me font penser à quelque chose: Louis XIV en costûme de sacre le célébre tableau de Rigaud&#8230; dîtes-moi mon cher charley et un costûme de sâcre vous sauriez faire ça ?<br />
-Un&#8230; Ah béh oui, s‘il y a pas de soudures et que j’ai un bon modéle, il faudrait que je demande à Mauricette de me faire un patron d’après vos idées Monseigneur&#8230; mais oui pourquoi pas?<br />
-Oh ce ne sera pas de grandes complications mais enfin je tiens à quelques symbôles, le manteau d’hermine, le sceptre et tout ce genre de choses que l’on a un peu trop délaissé aujourd’hui.<br />
-C’est aussi que c’est pas trop commode dans les embouteillages Monseigneur&#8230; je plaisante&#8230;<br />
 -J’avais deviné. Bien nous en reparlerons en temps utile, bien entendu je vous demanderai la plus grande discrétion sur le sujet.<br />
-Charley quand c’est important c’est une tombe.<br />
-Bon je vais vous laisser, mon cher Charley, à bientôt&#8230; non ne vous dérangez pas je connais le chemin.<br />
-Mes respects Monseigneur.<br />
Je m’en vais, un peu déçu malgré tout de n’avoir point pu assister aux répétitions, ces jeunes personnes sont charmantes et j’aurais voulu m’assurer que les choses avançaient leur train.<br />
A propos de train, justement, le « Chodpitzën » est un quartier vivant, le seul qui le soit dans notre bonne vieille capitale encore très provinciale, ici passé cinq heures du soir tout le monde est couché, les magasins claquemurés. Les discothéques et nights clubs poussent jusqu’à huit heures du soir, après plus rien, de vie nocturne il n’y en a que dans ce quartier chaud, enfin tout juste tiédasse d’une ville bien froide.<br />
Pris d’une curiosité estudiantine je déambule malgré tout quelque temps dans les rues, mon incognito savamment élaboré assailli par les aboyeurs des divers établissements ou les sourires de ces dames.<br />
Mais après une heure de badeaudage je me dis qu’il est temps de rentrer au Palais, j’ai divers dossiers importants à traiter et&#8230; ma chambre à ranger, cet imbécile de Pezzolino délaissant de plus en plus ses devoirs domestiques auprofit de ses activités d’espionnage, mes dressings et  garde-robes sont quasi à l’état d’abandon et mes slips et chaussettes plus qu’épisodiquement repassés.<br />
En revenant sur mes pas quel n’est pas mon étonnement en apercevant une foule trépide attendant devant l’immeuble de Charley Bédouani et plus précisément à la porte du Fukmoëu, établissement de plaisir que je croyais à quai, désarmé et qui tout du contraire semble faire le plein et voguer sur la vague du succés.<br />
Subrepticement je m’introduis parmi la clientéle, clientéle d’ailleurs étonnante, je me glisse entre une dame en guépière qui proméne son mari en laisse et deux donzelles percées, tatouées, habillées à la manière de motards de la côte ouest des Zétats-Zunis et coiffées de casquettes en cuir.<br />
Le spectacle est aussi, et surtout, dans la cave.<br />
Une évidence s’impose le Fukmoëu, d’ancien cabaret a été transformé en boîte à partouze sado-masochiste, Charley m’expliquera sans doute qu’il a voulu ainsi amortir le loyer.<br />
Personnellement je ne prise guère ce genre de sports collectifs, cela finit toujours par ressembler à un vestiaire, avec du débraillé partout, des claquements de bretelles et des odeurs de chaussettes.<br />
Et que vois-je? Au milieu de la scéne que drapait de satin noir tout à l’heure Charley, Pezzolino, mon valet de chambre, en dompteur, courtement habillé de fausse panthère, le fouet dans une main, son membre turgide dans l’autre et s’acharnant de sa langue de cuir sur trois jeunes filles enfermées dans une cage pendant qu’il entreprend puissament une blondasse toute en volûmes vautrée à ses pieds.<br />
Ah je ne sais comment cette nuit commencée aux enfers a fini, l’on comprendra sans peine mon trouble moral mais le lendemain au courrier j’ai la surprise de découvrir dans une enveloppe des photos de moi en compagnie de dames plus que nues dans des positions à tout le moins périlleuses.<br />
Une lettre les accompagne, anonyme bien sûr, écrite avec des caractères découpés dans un journal et m’enjoignant de déposer la somme de 50000 Brelotkes à la consigne de la gare Centrale avant midi si je ne veux pas que les photos soient envoyées à la presse d’Upschloüt.<br />
Soucieux, migraineux, en buvant mon jus d’orange je déplie mon journal, l’actualité du jour est pour le moins aérée,  je le repose et sonne Pezzolino.<br />
Cette fois il ne met pas longtemps à arriver.<br />
-Sa vice-altesse a sonné. Je lui prépare un costûme de cheviotte&#8230;<br />
-Pour quoi faire ?<br />
-Béh pour aller à la gare.<br />
-Non mon ami je n’irai pas, en revanche vous voudrez bien aller me chercher un autre journal, celui-ci avec les découpes que vous y avez faites est proprement illisible et je lui déplie la une à claire-voie.<br />
-Oh putain merde ch’uis con, j’étais tellement pressé ce matin, j’ai mis sur le plateau le journal qui m’est tombé sous la main sans me rendre compte que c’était le&#8230;<br />
-Et oui celui-là même sur lequel vous pratiquâtes vos exercices de découpage à fins de chantage&#8230; ah autre chose je vous confisque votre appareil-photo.<br />
-L’appareil&#8230; ah oui l’appareil&#8230;<br />
Il me le tend en bredouillant avant de se mettre à genoux, en pleurs et se griffant le visage:<br />
-Que sa vice-altesse me pardonne, je ne sais pas ce qui m’a pris, un coup de folie, je voulais aider l’une de mes cousines qui se trouvait dans de grands embarras et je&#8230; j’ai&#8230; aaarrhh je suis un misérable, vous qui avez été toujours été si bon pour moi, ah pitié! Pitié! Sa vice-altesse ne va pas me chasser?<br />
-Nous verrons plus tard, en attendant j’entends que tout soit en ordre ce soir et bien sûr je vous demanderai de suspendre vos exhibitions indécentes et de soigner un peu plus votre service à l’avenir.<br />
Il se vautre à mes pieds en renversant mon jus de fruit et en embrassant mes pantoufles, cet albanorital n’a décidément aucun honneur ni amour-propre.<br />
Premier Novembre<br />
J’ai délaissé mon journal pendant un temps trop long mais tous ces préparatifs divers et éreintants ne me laissent guère de loisirs.<br />
Aujourd’hui jour de la fête Nationale, je le reprends, n’ayant point de révolution à célébrer non plus que de grandes victoires sur le reste du monde à commémorer, la Fête Nationale est fixée le jour anniversaire du souverain en exercice, on l’occurence, ma Poupetkë, soit le premier Novembre.<br />
Sans doute est-ce-là son dernier anniversaire de souveraine régnante, l’année prochaîne sera son premier anniversaire d’épouse obéissante. Bien entendu le titre lui restera de Reine de Nordnmark mais point l’imperium assumé tout unimement par un mâle enfin.<br />
Oui l’année prochaîne&#8230; à Upschloüt&#8230;<br />
Et si tout se passe comme ce doit, la fête nationale du Royaume se célébrera le Premier Avril, jour de ma naissance.<br />
Nos réunions de cave se font plus régulières et tous s’y montrent assidus, il faut tout mettre au point dans le détail.<br />
Le cher Eriktkën veut absolument s’occuper de la partie militaire de la chose, je crains connaissant son caractère entier et jusqu’au boutiste de la lui confier entièrement.<br />
Ma prise de pouvoir doit être virile certes mais sans grande effusion de sang.<br />
Malgré tout je le laisse faire, il nous expose son plan:<br />
-&#8230; la télévision est investie à 21 heures 47 GMT, nous commençons à émettre à 21 heure 57 GMT et à 22  heures 29 GMT le stade olympique est entre nos mains, je connais le gardien, il est des nôtres, nous y parquerons tous les parlementaires ainsi que le gouvernement, les journalistes, les militants des droits de l’homme et tous les possibles opposants dont voici la liste&#8230;<br />
Il fait circuler le document qui fait quand même quatre-vingt-seize pages tapées serrées, elle semble à tous exhaustive mais le cher Professeur Wulwfrüut n’en est visiblement pas satisfait et bondit soudain:<br />
-Il y manque les salopes&#8230; toutes ces putains de féministes de merde et d’abord&#8230; ma femme&#8230; elle est où ma femme? Dans le stade les folles! Il faut les fusiller! Toutes!<br />
Je ne l’ai jamais vu ainsi il est au bord de l’apoplexie, nous parvenons à le calmer en rajoutant son ex-femme, les meilleures amies de celle-ci et son ex-belle-mère à la liste.<br />
Il m’émeut le cher Wulwie, malgré ou à cause de sa mysoginie kamikazée.<br />
Sous ses dehors intellectuels bat un vrai coeur d’homme meurtri, labouré par la vie.<br />
A moi aussi les femmes ont fait beaucoup de mal et pourtant après chaque blessure, tel un lion, je rentre les griffes, je ravale les crocs et d’une patte lasse je flatte et pardonne.<br />
Que le cher Wulwie rallié à ma crinière en fasse son fruit lui à l’ordinaire toujours salutaire, réfléchi et de bon conseil.<br />
Comme dit le père Fulmance des Emplettes :<br />
« Il faut savoir quelques fois se mettre au dessus de soi&#8230; tout en restant juste en dessous de Dieu bien évidemment! »<br />
Il est notre aumônier, avec lui nous sommes comme des enfants, à lui nous pouvons tout confier, il nous donne sa bénédiction même si les punitions sont parfois gratinées, il ne lésine pas sur le « pater » à tartiner pendant des heures au moindre écart confessé mais il est juste, pour le reste il participe pleinement et de grand coeur à notre entreprise, il ne m’a rien demandé pour lui-même, bien sûr, je l’ai interrogé et finalement il m’a dit qu’il accepterait, sa modestie dût-elle en souffrir le poste de Grand Inquisiteur du Royaume, je n’avais point pensé à rétablir la charge d’entrée mais après tout si cela peut lui faire plaisir.<br />
Le caractère national est en effet grandement à redresser, il prend sa prochaine dignité très au sérieux, se renseigne sur les cours du bois, le rendement thermique du bouleau que nous avons en nombre est parait-il déplorable, philosophe il en a conclu:<br />
-Tant pis il faut faire avec ce que le Seigneur nous donne, nous doublerons les fagots.<br />
J’aime cette simplicité bon enfant (de choeur) chez un homme d’Eglise.<br />
Quant à notre dévoué et si compétent Professeur Wulwfrüut, je pense tenir là l’un de ces grands ministres, de la trempe de nos Louvois ou Colbert, j’en aurais besoin, j’ai de grandes ambitions, il en sera, je le sais, le serviteur loyal et efficient.<br />
-N’oubliez pas Tétesse qu’il vous faudra une marine digne de ce nom. Me glisse le commandant Beursec-Bombsec.<br />
-Nous y pensons&#8230; nous y pensons&#8230;Vous êtes sûr de vos troupes mon cher baron?<br />
-De mes p’tits gars et comment donc! Que des fils du Thöf! Pas de ces petits pédés de la ville ou de la capitale! Des mômes sains qui n’ont jamais entendu parler d’art contemporain, d’Upschloüt-Plage, leur bacs à crôttes, de théorie du genre et toutes ces conneries de fils de la lune! Ils s’emmanchent bien un peu dans les chambrées mais pas plus que le raisonnable entre compagnons d’armes.<br />
Lui aussi s’échauffe mais c’est dans ses habitudes. Je calme les esprits:<br />
-Il est vital que la télévision soit entre nos mains à l’heure dite cher Baron.<br />
-Je m’y engage Tétesse sur mon épée.<br />
-Fort bien, vous avez toute ma confiance cher Eriktkën.<br />
Car tout notre plan s’articule sur la conquête de celle-ci, je me livre ici enfin, l’on aura pu s’étonner dans les pages précédentes, que je consacrasse toute mon attention et beaucoup de mon temps précieux à ce groupe formé par notre cher Charley en vue du concours de variétés avariées de l’Eurovision, maintenant que j’ai la certitude, confirmé par le cher Petcho Larigaïe que celui-ci le groupe ÖBBÖ sera bien le représentant du Nordnmark lors de l’épreuve internationale de variétés, je peux dévoiler mes cartes.<br />
Au soir du 22 Mai tous les nordnmois seront devant leur écran de TéVé pour voir les leurs conccourir, plus que toutes les autres peuplades européennes ils sont friands de cet affrontement télévisé que nous n’avons pourtant jamais remporté et ces soirs-là l’audience est à son maximum.<br />
Suivons le raisonnement, il m’a été longuement expliqué par le cher Wulwie qui en fut l’initiateur et la première fois j’avoue que je m’y suis un peu perdu, aussi je recommanderai de serrer les rangs et d’être bien attentif: donc si nos chanteurs, comme il m’a été aussi confirmé après audition par le cher Petcho Larigaïe qui est  poête et parolier (il est en particulier l’auteur immortel du « 22 au jus! » un célébre chant de marche de l’armée française) font sinon la course en tête, à tout le moins figurent honorablement, l’attention des spectateurs sera à son comble et lorsque simulant un problême de retransmission, coutumier à ce genre d’événement multi-diffusé, nous ferons lire à l’antenne par un présentateur de la première chaîne Ewlin Dliatt, familier des tévéspectateurs car il présente tous les soirs la météo depuis 53 ans, et partageant nos idées, la proclamation, en unifôrme pour bien marquer les esprits, émanant des forces mâles et vives de la nation, et de vivacité et de vitalité nos amis et soutiens n’en manquent certes pas, m’appellant à régner dans l’intérêt supérieur du pays.<br />
Il ne s’agit, on l’aura compris, non pas d’une révolution ou encore moins d’une usurpation mais bien d’une restauration, je ne compte en effet pour rien, le siécle et quelque de monarchie parlementaire éfféminée qui a ruiné moralement le pays, car c’est bien le retour de l’absolutisme de droit divin que nous avons en tête.<br />
Mieux encore si ÖBBÖ triomphe, et le cher Petcho m’a déclaré que l’affaire était en bonne voie et que la veille au soir il venait encore d’acheter les votes Biélorussiens conquis par la qualité musicale du groupe, alors une autre légitimité celle-là toute artistique nous couronnera pleinement.<br />
Quant à l’actuelle reine ma ci-devante Poupetkë elle sera déposée le plus naturellement du monde et avec toute la tendresse et les égards dus à son sexe, en effet à cette époque de l’année et profitant de deux semaines de congés payés (la convention collective des « royals » stipulait trois semaines mais ces incontinents de parlementaires l’ont révisée unilatéralement!) nous avons pris l’habitude depuis des années de passer ce temps de vacances dans notre villa espagnole.<br />
Dans un temps T, à l’heure H et à la minute M il me suffira alors d’isoler mon épouse, par exemple en l’enfermant dans la salle de bains, de ses cabinets militaires et civils qui la suivent partout quoique en formation allégée pour ne point effaroucher par des dépenses somptuaires nos parlementaires démagogues et de gagner prestement et inconnument l’aérodrôme le plus prôche où un bimoteur de tourisme m’attendra, pleins faits et moteurs tournants pour me conduire à tire d’aile jusqu’au trône du Nordnmark.<br />
Comme l’on le voit la mécanique de toute notre opération est d’une précision suisse, il s’agit maintenant d’usiner le mouvement, de parfaire l’ébauche.</p>
<p>La réunion se poursuit, à mesure je sens que la tension monte, tous ces nordmois prêts au sacrifice m’apparaissent soudain comme de magnifiques français ainsi que je voudrais qu’ils fussent: tendus, bandés, bandant vers un seul but le rétablissement de leur grandeur passée.<br />
J’agrémente les différents développements des intervenants, chacun en charge de son domaine, d’interrogations toutes légitîmes et construites :<br />
-Et au point vue chars mon cher Baron est-ce que l’on ne risque pas d’être un peu juste ?<br />
-J’ai vu large Monseigneur, mais vous savez il n’y en a pas beaucoup de disponibles dans le Royaume, dans les derniers états que j’ai pu consulter comme parlementaire il n’y en avait que treize d’opérationnels, en tant que membre de la commission de la Défonce Nationale j’ai demandé à ce qu’ils fussent regroupés, assez loin de la capitale au camp de Boeren et j’ai envoyé les porte-chars à l’autre bout du pays. Pour notre part nous disposerons de six Leopard full options que j’ai échangé avec des commandants taliban contre cent-vingt-sept vierges libanaises d’exportation que j’avais en stock, j’ai eu une bonne reprise elles n’avaient presque pas tourné.<br />
Eux-mêmes avaient rachetés les chars, au détachement grec de l’ONU en Afghanistan qui avait organisé une brocante-vide-grenier pour réunir les fonds afin de se payer leurs billets d’avion pour retourner dans le Pélopponése.<br />
-Fort bien et au niveau de l’OTAN pas de problêmes en vue?<br />
-De ce côté-là Monseigneur j’avais pensé que vous pourrier vous en occuper, en tant que vice-amiral de seconde classe&#8230;<br />
-De première classe, mon cher baron, c’est récent mais acté.<br />
-Pardon, de première classe en charge de la convergence euro-atlantique&#8230; vous pourriez préparer le terrain au moins vous montrer&#8230;<br />
-Je prise assez peu l’ostentation, vous me connaissez mais soit&#8230; je dois d’ailleurs me rendre à une réunion de l’Otan prochainement pour y assister à des démonstrations tactiques, je vais faire mieux que préparer le terrain, je vais le labourer, le retourner et l’ensemencer.<br />
Je léve mon verre:<br />
-A notre bon santé Messieurs et que l’avenir nous soit clément !<br />
5 Novembre<br />
Le confesserai-je ces réunions de l’OTAN dans la  banlieue de Bruxelles m’ennuient, mais enfin cette fois j’y prends quelque plaisir, d’abord parce que je peux y étrenner mon uniforme de Vice-Amiral de première classe et mon appartenance récente au prestigieux ordre d’Albert le Moyen.<br />
Mes collégues de l’Axe du Bien me félicitent chaleureusement de mes embellissemnets statutaires, d’autant que pour parer un peu mieux mon costume j’ai fait coudre par le cher Charley qui a une main très sûre et la charmante Mauricette dont le goût l’est tout autant, deux couronnes semi-tranchées (comme des pastéques) de Vice-Altesse eut égard à ma vice-royauté toujours effective sur le Brümnland nordmois.<br />
Bien entendu je pense posséder maintenant, après tant d’avanies et d’épreuves subies puis assumées, suffisament de maturité morale pour ne point parader comme un jeune pou à toutes occasions mais enfin je me montre, que l’on sache que je suis bien disposé à accepter toutes destinés hors du commun dans quoi l’avenir ou mieux la providence pourrait me verser, bref je me tiens ostensiblement en réserve du Royaume.<br />
Les deux officiers supérieurs du cabinet militaire de la Reine qui m’accompagnent protocolairement sont étonnés par ma popularité chez les commandants suprêmes (aux fraises) de l’organisation atlantique (ils sont 879 au dernier recensement) mais certains en week-end n’ont point pu se déplacer (du fait de la grève des controleurs aériens belges me dit-on) et se sont faits remplacer par leurs adjoints suprêmes (en gelée).<br />
L’ordre du jour est assez fournie: démonstrations de nouveaux matériels et définition des prochains états à démocratiser, ou plus prosaïquement à bombarder.<br />
-A qui va-t-on bomber la gueule ce trimestre?<br />
C’est l’introduction familière de l’exposé du Commandant suprême en chef des commandants suprêmes le Général Timothy Nett.<br />
Les américains liquident ainsi périodiquement leurs vieux stocks de missiles périmés ou essaient pratiquement leurs nouvelles  collections d’armements sur les populations à libérer.<br />
Ainsi que le dit le père Fulmance des Emplettes, mon directeur de conscience:<br />
« Dieu est ordre. Le Diable ne peut donc régner que par le désordre. »<br />
De fait ces anglo-saxons m’effraient autant par leurs sourires  dentaires perpétuels que par leur goût du chaos et de la violence qu’ils ne cessent d’instiller au moyen de leur cinéma, leurs moeurs et leurs armes partout dans les consciences, les esprits et les peuples.<br />
Bien heureusement notre participation à l’Axe du Bien est plus symbolique que réelle, notre armée est résiduelle et comptera bientôt plus de généraux ou de dactylos que de corps de troupe.<br />
Malgré tout pendant la démonstration en vol du chasseur-bombardier américain furtif WC 29 Shootnuns je suis très entouré par ces messieurs, le contrât est d’importance, une cinquantaine d’avions doivent être commandés, j’en profite pour placer quelques phrases de déploration sur les nouvelles et supposées orientations religieuses de la Reine:<br />
-Votre engin-là est-il au moins hallal?<br />
-Je vous demande pardon Monseigneur ?<br />
-Sa construction a-t-elle été suppervisée par les autorités musulmanes de Seattle? Vous n’êtes pas sans ignorer que sa Majesté est en train de se convertir à l’Islam&#8230; au Palais mâme elle veut ouvrir une medersa à la place du jardin d’enfants et elle me disait encore hier au soir qu’elle tenait absolument à ce que le royaume rejoigne la Ligue Islamique avant le printemps.<br />
J’ai placé ces quelques paroles alors que les officiers du cabinet militaire de la Reine étaient loin et les généraux américains tout à côté en train de regarder avec moi la démonstration aérienne.<br />
L’effet en est étonnant sur cette foule étoilée et anglo-saxonnante, c’est le branle-bas de combat, on me questionne, on m’interroge.<br />
-Je vous dis ça Messieurs sous le sceau de la confidentialité bien sûr, c’est lors de notre dernière visite officielle à Dar Es Salam qu’elle a été subjuguée par un ordre social naturel où la femme a toute sa place mais ne singe pas l’homme, et puis je crois que la courônne lui pése un peu et nos enfants sont encore trop jeunes, elle s’en est ouvert à moi dans un moment&#8230; enfin l’un de ces moments de félicité conjungale vous voyez, c’est pourquoi je vous prie de n’en rien dire à personne n’est-ce pas.<br />
-Mais Monseigneur, jamais votre parlement n’accepterait de changer la religion d’état du royaume.<br />
-Mais mon cher nos parlementaires se flattent de ne croire en Dieu ni en Diable, alors luthérianisme prudent ou alaouisme bon teint ils ne s’arrêteront pas à la différence pour peu que la mode soit à ça. Et l’affaire prend de l’ampleur chaque jour si je vous disais que le Chambellan de la cour, cet Urinald Fun Froeboeun  qui avait toute notre confiance est un salafiste de la meilleure eau, je l’ai appris il y a peu par nos services, il aurait mis sur pied en vue de sa retraite une franchise Al Qaïda au Nordnmark Islamique.<br />
-My God !<br />
-Maintenant je ne vous cache pas, Messieurs, que je me suis moi-mâme opposé avec force à de telles menées, j’ai su réunir autour de moi quelques personnalités sûres mais ma parole aura-t-elle assez de retentissement dans une âme féminine en perpétuel questionnement&#8230; et puis vous connaissez les femmes.<br />
Je repose les jumelles:<br />
-Magnifique démonstration, c’est bien simple je ne l’ai seulement  pas vu passer votre avion furtif!<br />
-Euh c’est à dire que l’on me prévient que la démonstration est annulée Monseigneur, l’avion n’a pas décollé, du fait des mauvaises conditions météo.<br />
Je regarde le ciel dégagé sous un soleil rageur.<br />
-Ah oui&#8230; le pilote aurait risqué d’être ébloui sans doute.<br />
Signes que j’interprête favorablement à nos projets l’aprés-midi ni moi ni les  membres du cabinet militaire de la Reine ne sômmes conviés à la réunion d’état-major qui se tient dans le 104° sous-sol du commandement intégré non plus qu’au lunch dinatoire qui suit à la cantîne anti-atomique du 99°.<br />
J’en prends officiellement ambages et déclare dans un communiqué que je ne participerai point à la seconde journée de festivités euro-atlantiques.<br />
Le soir à mon hôtel pendant que cet imbécile de Pezzolino tente de m’espionner en fouillant une fois encore mes bagages qu’il est en train de faire et en photographiant le plan de Bruxelles que j’ai annoté, le cher John Brank Strikeman, l’ambassadeur britannique à la cour de saint Hubertkën vient me retrouver dans mon appartement:<br />
-Ah Monseigneur, j’espère que vous n’avez point pris pour vous les mesures de prudence qui ont été décidées par le commandant suprême en chef.<br />
-J’en ai été ulcéré vous voulez dire, nous un allié fidéle et historique nous traiter comme le chef coutumier du dernier des bantoustans que l’on siffle et congédie à sa guise.<br />
-Il ne s’agit pas de celà, vous savez que nous avons toute confiance en vous mais vos révélations sur les&#8230; nouvelles tendances and inclinations de sa Majesté la Reine Gretaertkë ont fait grande impression&#8230; êtes-vous sûr de leur bien fondé ?<br />
-Ai-je donc une réputation de fantaisiste? Dans tous les cas on ne me traitera pas en comique troupier et le compte-rendu que je ferai de la non démonstration de votre zinc invisible ne risque pas d’en améliorer la visibilité.<br />
Le coup a porté, au portefeuille, la seule zone vitale chez l’anglo-saxon.<br />
-Allons je vous en prie, je vous en supplie Monseigneur ne nous laissons pas mener par nos nerfs, je comprends et je respecte infiniment votre attitude toute patriotique et chevaleresque mais j’aurais l’audace de vous demander de surseoir à votre départ ce soir et de me laisser vous exposer quelques conclusions provisoires et officieuses.<br />
-Marchez mon cher, je vous écoute&#8230;<br />
-Voilà mon idée. Dans un premier temps je pourrais vous prêter quelques tsilongais, ils sont rentrés de leur stage Hezbollah au sud-Liban et je ne sais comment les occuper en ce moment d’autant qu’il pleut tout le temps, le N’Gutu N’Gutu est proprement intenable, le cas échéant nous pourrions les faire passer pour des rebelles, fomenter quelques troubles&#8230; et même oui même fonder un Front de Libération qui demanderait la sécession du Thöf par exemple&#8230; c’est cela un Front de Libération du Thöf, vous les connaissez ils sont d’un naturel&#8230; special&#8230;<br />
-Ils sont tout simplement « imbuvabeule » comme on dit chez vous !<br />
-Eh bien justement ça ils pousseront facilement les populations à bout, vos parlementaires se montreront impuissants comme à leur habitude à remettre de l’ordre et vous apparaîtrez alors en ultîme ressort comme le seul recours celui à qui l’on peut et doit se rallier dans la tourmente, « le dentier de l’oncle dans la confiture de Tante Marble » comme l’on dit chez nous.<br />
-Et vous pensez que je laisserais installer et provoquer la confusion et peut-être même la guerre civile dans le royaume pour assouvir une possible ambition?<br />
-Mais tout cela serait factice, artificiel, du cinéma, du carton-pâte américain, avec de fausses images tournées en studio et de vrais journalistes/agents d’influence payés en dollars. Ah vous nous fûtes coriace dans le réglement Brümnlandais, savez-vous que nos amis américains vous en ont voulu quelque temps et puis je leur ai fait valoir qu’il valait mieux avoir un allié de caractère qu’un ennemi dissimulé.<br />
-Il me semble oui en effet.<br />
-Et puis parlons franchement, pensez-vous vraiment que prince consort ce soit un achévement pour vous, vous végétez, vous vous gâchez là-dedans cher Tétesse, j’en souffre pour vous, « le doigt du destin s’irrite à gratter inutilement la narine du voisin ! » c’est l’un de nos proverbes coutumiers. Bien entendu il ne s’agirait en aucune façon de mettre en péril sa majesté mais au contraire de lui apporter le meilleur soutien: vous-mâme !<br />
&#8230; D’ailleurs tout le monde parle de parité et d’égalité des sexes mais la situation que l’on vous fait est proprement injuste et discriminatoire, un couple est un couple elle perdra en orgueil ce que vous gagnerez en autorité.<br />
« Ce qui lui tombera des coudes vous forcira les genoux », c’est une vieille expression galloise et ce n’est pas la traduction la meilleure mais l’idée y est n’est-ce pas, je veux dire que votre couple n’y perdra rien, au contraire il en sortira renforcé et la succession dynastique demeurera assurée autant.</p>
<p>N’est-ce pas un encouragement, je l’interprête du moins comme tel et sursois à mon retour prématuré.<br />
Le lendemain mes collégues de l’Axe du Bien me prodiguent de multiples attentions et pour me prouver leur confiance me font visiter l’usine de fabrication d’Ice Cream ultra secrète du 123° sous sol du commandement intégré.<br />
A dire le vrai, je n’ai pas tout compris de la manoeuvre de Sir John Brank Strikeman qui se surajouterait à notre plan déjà passablement complexe.<br />
Elle me semble une complication superfétatoire mais aussitôt rentrè à Upschloüt je m’en ouvre au cher Wulwie, le professeur considère la chose avec intérêt :<br />
-Tout celà nous est infiniment favorable et permettez-moi de vous en féliciter Tétesse, vous avez superbement manoeuvré en amenant la discorde chez l’ennemi, c’est la preuve que nos alliés n’ont plus pleinement confiance en la Reine et qu’ils sont prêts à mettre à la place n’importe quel crét&#8230; qu’ils recherchent une solution de remplacement, pour quoi nous pouvons aussi répondre favorablement à cette proposition de l’ambassadeur britannique d’autant que grâce à cette agitation artificielle le plan anti-terrorrisme que les américains nous ont imposé sera reconduit et les populations ne s’étonneront pas de voir des militaires dans les rues. Pour le Thöf nous n’avons trop rien à craindre de ce côté-là ce con de &#8230; notre compagnon le baron Kingofzethöf  tient bien sa province. Nous avons maintenant tous  les étages de notre  fusée.<br />
-Si je comprends bien je fais le cosmonaute dans l’histoire. Il n’y a plus qu’à allumer la méche et à m’envoyer en l’air!<br />
-Certes vous voilà dans la coiffe mais l’altitude n’a jamais fait peur à sa prochaine Majesté.<br />
Et il se met à genoux et me baise la main.<br />
Vrai j’en reste ému.<br />
11 Novembre<br />
Comme chaque 11 Novembre je commémore intimement l’armistice en allant déposer, bleuet à la boutonnière (j’en fais pousser spécialement dans les serres du Palais Royal pour mes commémmorations) une gerbe sur la tombe d’un soldat français: Edmond Parnaz mort à Upschlöut en cette année 1918, déserteur à son compte ou prisonnier évadé des géôles allemandes, la distance parcourue jusqu’à venir mourir ici dans notre triste capitale en cet automne lointain mérite le respect et j’honore ainsi autant l’exploit sportif que je célébre le symbôle de notre victoire et de nos vertus guerrières bien oubliées.<br />
De cette guerre que mes arrière-grands oncles et mon arrière-grand père ont fait je garde le souvenir de ce que racontait le dernier nommé mort centenaire et général et qui alors que j’étais âgé d’à peine cinq ans me confiait, en replaçant son dentier, ses souvenirs d’officier combattant blessé cinq fois&#8230; dans le dos :<br />
-Dés que j’allais commander l’assaut ça manquait pas, un de mes saligauds me flinguait par derrière&#8230; ah c’était rageant&#8230; et douloureux, se faire trouer le cul par ses propres hommes! C’est bien simple à la fin je pouvais plus leur tourner le dos&#8230; ni m’asseoir.<br />
Ces paroles demeurent gravées dans ma mémoire et me reviennent à l’esprit alors que je me prépare moi-mâme à commander l’assaut.<br />
Dans cet instant de pressante émotion l’on tousse dans mon dos, je me retourne et découvre Sir John Brank Strikeman, une courônne de fleurs aux couleurs du Royaume Uni à la main, un coquelicot à la boutonnière.<br />
Il se penche et la dépose sur une vieille tombe moussue sur laquelle est inscrit<br />
Aldous Yourmouth-Bebby  1882-1927<br />
V.C  D.S.O.<br />
Proxénéte notoire.<br />
Ses filleules du Flowered Basket d’Upschloüt ne l’oublieront jamais<br />
-Fier combattant, il avait the Distinguished Service Order and the Victoria Cross&#8230; Ne dirait-on pas que nous voilà à nouveau compagnons d’armes Monseigneur.<br />
L’émotion nous ré-étreint, nous nous tombons dans les bras.<br />
Quelqu’un re-tousse dans mon dos :<br />
-Ah oui&#8230; J’ai demandé à son ex-excellence monsieur le ministre N’Gombo deux fois, de bien vouloir m’accompagner il voudrait discuter des conditions d’emploi au sein du Front de Libération du Thöf nouvellement crée et dont lui et ses collégues anciens ministres de la République Populaire et Démocratique du Tsilonga&#8230;<br />
-Et Révolutionnaire vous oubliez&#8230; République Populaire, Révolutionnaire et Démocratique du Tsilonga&#8230;Tsoin-Tsoin  R.P.R.D.T.<br />
-Oui en effet&#8230; mais avec Tsoin-Tsoin celà fait R.P.R.D.T.T.T. votre ex-Excellence ?<br />
-Le Tsoin-Tsoin final est là pour solenniser l’intitulé de notre République, il se prononce mais ne s’écrit pas.<br />
-Ah fort bien, oui je vous disais Monseigneur que vu leur haut niveau de compétences, ils ont suivi des stages de formation, multiples et divers et&#8230; enfin ils demandent&#8230;<br />
-Nous exigeons&#8230;<br />
-Vu le bas niveau actuel de leurs frontières submergées il faudra qu’ils se contentent de ce que nous pouvons leur donner.<br />
Je passe malgré tout une grande heure à discuter des conditions de travail et du minimum syndical ministériel interprofessionel exigés par ces révolutionnaires salariés.<br />
Il faudra quand même penser à passer par les armes dés le nouveau régîme installé les protégés de ce cher John Brank, ce sera un bienfait démographique et moral, ces gens-là déshonorent l’espéce humaine.<br />
11 Décembre<br />
Cher journal je te délaisse de plus en plus, ce n’est pas faute d’avoir choses vues, réflexions, et impressions diverses à te confier mais par manque de temps, incroyable ce que la préparation d’un coup d’état peut prendre d’heures et de soins.<br />
Rien qu’à voir les longues journées de réflexion, de méditation de notre Professeur Wulwfrüut, je perds presque patience, est-ce bien cela que nous désirons, vers quoi nous voulons aller: ce sacrifice consenti d’un coeur alerte quoique calculé d’une main pesante ?<br />
Je m’interroge, ne visons-nous point trop haut et ce peuple avachi par la tévé réalité et les matchs de foutebôle nous suivra-t-il?<br />
Le Professeur, lui, ne dévie point d’un pouce, de l’objectif, tel un artilleur le nez collé à l’oeilleton calculant mentalement son azimut. Il parfait sa trajectoire, étudie l’ennemi, quelques fois mâme il me surprend mais très vite je me rallie à ces vues. Ainsi ce matin encore, il est venu me voir pour me dire:<br />
-J’ai mûrement réfléchi à cette prochaine soirée&#8230; inaugurale des temps nouveaux. J’en suis arrivé à la conclusion,  qu’il nous faut dés le début asseoir un peu plus l’autorité de votre Vice-Altesse et pour ce faire j’ai pensé à quelque chose&#8230; c’est d’ailleurs vous qui m’en avez donné l’idée en m’entretenant de l’effet détonnant que vous produisez sur les populations du cru lorsque vous portez moustaches et lunettes noires.<br />
Et voilà comment selon lui les choses devraient se passer :<br />
-&#8230; après la proclamation de déchéance de la Reine et du Parlement lue par le présentateur météo en unifôrme, devrait apparaître à l’écran un aréopage de militaires toujours en uniforme, représentant les diverses armes et vous appelant à assumer la succession au trône.<br />
J’hésite à comprendre, pourtant il m’a tout l’air d’être sérieux :<br />
-Vous voulez dire une junte militaire dans le style latino-andain, allons mon cher vous plaisantez!<br />
-Point du tout Monseigneur, c’est au contraire dans le droit fil de notre idée initiale qu l’on pourrait définir d’un mot, d’un slogan même: viriliser les esprits, faire comprendre aux gens, que le pouvoir change de sexe, c’est du marquetingue tout pur, je l’ai enseigné dans le temps quand j’étais jeune publicitaire, or qu’est-ce qui dans ce pays de lopettes, de mâles dématérialisés, représente au mieux la virilité érigée sinon une junte militaire. Croyez-moi ce genre d’apparition « golpesque » rendra moîte votre public féminin aussi bien que masculin. La junte représente l’interdit ultîme dans une démocratie sociale scandinave flaccide, la tumescence absolue, la transgression suprême, or transgresser dans nos sociétés infirmes et désoeuvrées c’est à coup sûr emporter l’adhésion du CSP+++ au CSP&#8212; vous allez faire un tabac. Demain ils voudront tous en acheter, s’essayer au grand frisson, se livrer tout entier à la soldatesque! Oh oui ça va mouiller ! Des salopes féministes qui n’attendent que de la bite aux garçons coiffeurs qui l’espèrent tout autant!<br />
Il s’envole littéralement aspiré par son sujet.<br />
J’imagine la scéne, derrière une table le commandant Beursec, le baron Eriktkën, Pétcho Larigaïe et quelques autres en grand unifôrme de leur arme respective, terre, air, marine portant moustache et lunettes noires apparaissant soudain sur l’écran familial entre deux réclâmes de fromages ou de tampons périodiques.<br />
-&#8230; nous n’aurons point trop de mal pour trouver quelque amiral à la retraite ou général aigri en réserve s’il nous faut compléter le tableau, ce doit être éminement spectaculaire et coloré, tenez je vois aussi debout derrière eux dans la bure austère de Grand Inquisiteur du Royaume Monseigneur Fulmance des Emplettes bénissant l’exercice, délivrant la caution morale.<br />
Je réfléchis un moment, car l’instant est capital. Il faut reconnaître qu’auprès de ces populations tellement con&#8230;scensuelles une telle image exotique et connotée serait passablement traumatique<br />
-Peut-être, je ne sais pas, mais alors il faudrait bien choisir la couleur des rideaux, rien ne va trop avec la bure, c’est difficile à porter&#8230; peut-être un écru?&#8230; Eh bien soit cher Professeur transgressons!<br />
25 Décembre<br />
C’est la belle nuit de Noël, une fois encore, mon vieux fond sentimental ressurgit et tel un enfant je m’extasie devant le spectacle donné par la capitale nordmoise: blanche, immaculée « de sa mère ! » Ponctue le baron Mauve qui est peu enclin à de tels émerveillements. Il faut dire que le Thöf est en état d’immaculence toute l’année! Les meilleurs crus ils ont bien droit à quinze jours de boue et de moustiques entre la mi-Août et le début Septembre mais avec leur pseudo réchauffement climatique c’est de plus en plus rare, comprenne qui pourra?<br />
Il a neigé, toute la matinée, l’aprés-midi, la soirée et comme ça depuis onze jours,  dans le parc du chateau nous avons des congères de onze mètres de haut. Noël vient bien dans ces contrèes primitives, il prend une allure de véritable et neuve communion.<br />
Indubitablement Noël est un sport de neige et ces pays nordiques y sont fort propîces encore que j’ai connu des Noëls à Naples ou Florence d’une sainte et belle éloquence malgré le temps odorant et améne mais ici c’est sans doute le seul jour de l’année où une certaine émotion animent ces populations d’un naturel frigide quoique partouzard.<br />
Au pied du sapin de quinze mètres de haut érigé dans la salle du Trône nous échangeons des cadeaux, ainsi offrons-nous au plombak&#8230; à ce cher Lopeck une panoplie de plombier, une boîte à outils toute neuve garnie d’un assortiment complet de clefs de douze ainsi qu’un trés bel album sur le thermosiphon à travers les âges, il en oublie de rouler les « r » en nous remerciant tant il est ému, on dirait un gamin découvrant son train électrique.<br />
Pour ma Poupetkë ce qui peut lui faire le plus plaisir des pelotes de fil de fer avec quoi elle pourra tricoter des côttes de maille pour le Musée Royal d’Histoire d’Upschloüt, sa récréation préférée, le tout accompagnée d’une photo de moi.<br />
-C’est gentil mais je grains de ne bas afoir drop le temps mon ami.<br />
-Vous l’aurez à l’avenir nous y veillerons ma chèrie.<br />
Vraiment je pense que sa mise en retrait, l’espéce de roque de la Reine que je prépare, lui sera des plus bénéfiques.<br />
Je crois que les événements à venir souderont encore un peu plus notre famille en redonnant à chacun un rôle plus naturel et même j’ose le dire plus harmonieux et chrétien, encore que je ne tienne pas tant que ça à me rapprôcher de la Reine-mère qui séquestre dans ses appartements Jacky Chombard depuis le mariage de notre Klopilde.<br />
Au début il a un peu résisté et même tenter de se faire rapatrier par l’ambassade de France tant la tâche à accomplir lui semblait énorme mais il a eu une vive discussion avec notre poête le cher Petcho Larigaïe lecteur de français de la Reine qui l’a convaincu de demeurer parmi nous et « d’oeuvrer »: « c’est aussi pour la France mon gars! » et le Jacky s’est accoutumé, lui l’anarchiste fonctionnaire des « Joyeux Autonômes du Beaufinois » à la vie du Palais, c’est à dire qu’il s’est fait mettre en disponibilité et méne l’existence aimable d’un julôt casse-croûte attendant la comptée en jouant aux cartes avec ses camarades  fonctionnaires syndiqués du Palais.<br />
Pour passer le temps, il organise des grèves surprises, fait éteindre les chaudières et l’on se douche à l’eau froide, ou il nous coupe le chauffage, quand la température au dehors avoisine les – 25° cela peut être farce, d’autres fois il décrête l’arrêt du cirage de pompes pendant quinze jours, bah nous empoignons les brosses, fait suspendre l’électricité et nous nous retrouvons, bougie à la main, perdus dans les 425 kilométres de couloirs que compte le Palais d’Hubertsbörg mais ce ne sont là que facéties et blagues potaches même si de temps en temps l’envie me prend de lui botter le train ou de lui arracher ses couettes.<br />
Enfin il a gardé toute sa bonne humeur et surtout elle gagne peu à peu ma royale Belle-Doche qui devient moins hormonale, presque  fréquentable et boit peu, heureuse influence s’il en est, pour quoi nous lui pardonnons beaucoup.<br />
Klopilde a offert à Bobby Rawanalpajpout un magnifique calendrier illustrant le kama-sutra où elle pose elle-même en situation avec des amis à elle, sapeurs pompiers dans le civil, c’est un peu rude et osé mais en même temps tellement artistique et vaseliné et puis c’est pour une bonne oeuvre, les profits allant à une fondation qu’elle a crée: Pumpino Aid International domiciliée aux Isles Bahamas et distribuant des secours en olibos aux veuves de pompiers morts en service, l’indien a bien pris la chose, la Princesse Bir-Bir moins :<br />
-Je vous remercie ma niéce avec la trique qu’il va se prendre je vais encore l’avoir dessus tout le véquinde ce con-là !<br />
Elle aussi semble avoir trouvé une certaine tranquilité d’esprit depuis qu’elle a acheté une villa sur la côte Ouest des Zétats-Zunis à Santa-Erica un faubourg populaire d’Hollivoude spécialisé dans l’industrie chimique et largement sinistré par la crise:<br />
-Santa Erica, Santa Monica, quelle différence ça fait hein Grolartkë ! Raille-t-elle en me pinçant les testicules quand je lui fais remarquer sa nouvelle erreur topographique. Et puis avec les fumées d’usine et tous ces pauvres gens dans les rues ça rappelle à Rawanal son enfance à Calcutta!<br />
A notre petit Koon pour le rappeler aux réalités, outre la traditionnelle photo de moi et ma dernière plaquette de poésie : « L’eau sur l’évier » (qui fait suite à « La pizza dans le four », on l’aura compris je suis en ce moment dans une veine «réaliste/minimaliste») j’ai fait présent d’une tête de renne empaillé ( j’ai embouti le bestiau il y a trois semaines en revenant d’un véquende très arrosé chez le Baron Eriktkën le Mauve, l’affaire a fait quelque bruit tant l’animal, je l’ai dit, est vénéré jusqu’à l’absurde dans ces contrées) orné d’un ruban aux armes du 12° Régiment de Rennkeyser dont il est le colonel ce qui fait s’esclaffer mon petit Uürtikern auquel j’ai offert une panoplie de « Bobo » parisien Made in Bengladesh mais trés bien imitée avec vélib, écouteurs, petite bite et masque triste en caoutchouc naturel ainsi qu’un sac à dos Equitabeule Trade, il monte sur son gros vélo gris et tourne autour du sapin en riant comme un enfant.<br />
Quelle fraîcheur d’âme, je pense sérieusement à intervertir l’ordre de succession, je donnerais en consolation le Brümnland à Koonradt et nommerait Uürtikern lieutenant général du Royaume, pour le mettre en quelque façon en apprentissage et lui donner le goût de l’uniforme, qu’il apprenne au mieux près de moi les rudiments du métier de roi.<br />
Il me faut penser à l’avenir&#8230; de mon avenir, après Raoultkë I° le Grand, roi du Nordnmark, Uürtikern III  (Il y en a eu deux autres avant lui au XIII° siécle, mais décédés très jeunes des suites d’une maladie de peau, l’homéopathie n’existait pas à l’époque) il n’est jamais trop tôt, ah il n’est pas simple de régner.</p>
<p>Je regarde le sapin clignoter, la neige tomber et son arachnéen silence soudain me pése.<br />
Premier Janvier<br />
Tous mes voeux!<br />
Je les présente à mes lecteurs futurs comme je les ai offerts plus étonnament au peuple nordmois, en effet lors de la cérémonie télévisée alors que je siégeais muet prés de la Reine quoiqu’en retrait et sur une chaise, combien cette coutûme me fut une humiliation durant toutes ces années, d’autant que ce saligaud d’Urinald Fun Froeboeun choisit une chaise de plus en plus étroite et celle de cette année, serrée et fragile comme une rosière retraitée émettait des craquements peu rassurants, celui-là si je ne le fais pas fusiller trois fois lors des festivités de mon courônnement c’est que je n’y aurais pas tenu et l’aurais fait pendre et écartelé bien avant, d’autant que l’un des techniciens de la Tévé Nationale l’Ortefeun crie à chaque fois juste avant la prise d’antenne:<br />
-Braguetten!<br />
Et à tous les coups ça ne manque pas, par un geste réflexe je baisse les yeux pour vérifier ma mise, je suis sûr que c’est à son instigation que la farce se répéte et que depuis des années les tévéspectateurs me voient les yeux fixés sur ma braguette en ouverture de la cérémonie des voeux royaux.<br />
Oui donc je disais, j’ai eu la surprise pour la première fois de voir ma Poupetkë se tourner vers moi, elle a un trône pivotant, et annoncer au tévespectateurs nordmois :<br />
-&#8230; d’ailleurs le Prince Raoultkë va vous dire quelques mots à l’occasion de cette nouvelle année.<br />
Pris quelque peu au dépourvu mais l’on connait mon esprit d’à propos j’ai d’une voix, d’abord un peu brouillée puis très vite éclaircie, dit:<br />
-Hein qui ça moi? (En français dans le texte) puis Euh&#8230; eurp&#8230;Glürp spög!<br />
Ce qui en nordmois veut dire :<br />
-Mes chers compatriotes que cette année nouvelle vous soit une source de bonheur familial renouvelé, de réussite dans vos entreprises et de félicité pour tout le reste, je m’associe à sa Majesté pour vous adresser mes meilleurs voeux d’acomplissement personnel au service du Royaume pour l’an neuf.<br />
Le Pumpkf unk Vlumpkf a retenti derrière nos trois couleurs bleues déployées et je me suis essuyé le front que j’avais moite.<br />
Ma Poupetkë m’a souri, elle est épanouie, il faut reconnaître que je fais tout pour cela, j’ai même mis en place un deuxiéme service le soir alors que je suis plutôt du matin, mais malgré tout cette initiative inhabituelle m’a intrigué, je me suis demandé toute la soirée si elle ne se doutait pas de quelque chose de mes intentions, les femmes sont fines et devinent souvent plus qu’elles comprennent et Dieu sait si la Reine est femme et même quelques fois femelle.<br />
Avec mon chapeau conique et des confettis colorés plein mon habit, une coupe de champagne (Nordmois! Il ressemble au français mais il n’a pas de bulles et il est préparé avec du lait fermenté de renne) à la main, je fais bonne figure, souriant, sportsman, montant au filet des conversations, plaisantin et charmeur, selon le minimum syndical de la convention collective des Princes-consorts, bref professionnel en Diable mais en dedans le doute s’est instillé en moi.<br />
J’avise le baron Eriktkën venu en tant que grand féodal glorieux plutôt que parlementaire honteux présenté ses voeux à la Reine.<br />
Il est vêtu de peaux de bêtes diverses, assemblées en désordre et à grosses coutures de lanières de cuir, qui lui battent les genoux, coiffé d’un casque à cornes les pointes en bas, la tenue traditionnelle du Thöf.<br />
Depuis des temps immémoriaux les seigneurs du Thöf viennent ainsi apporter en hommage à leur suzerain un panier de chocolats glacés le 31 Décembre, encore que dans les débuts des susmentionnés temps immémoriaux, si ma mémoire est bonne, les chocolats glacés n’étant point de mode, ils apportaient plutôt un gigot d’ours pôlaire ou des mamelles de pingouins congelés, dans le Thöf on se nourrit surtout de surgelés, et puis à l’époque le premier de l’an tombait le 29 Avril mais ma foi cela fait toujours plaisir et il n’est pas mauvais que les traditions évoluassent avec le temps.<br />
-Dîtes-moi mon cher Baron&#8230; dis-je en croquant l’un de ses chocolats glacés pour me donner une attitude vous n’avez parlé à personne de notre petite affaire?<br />
-Une tombe&#8230; J’en juste ai touché deux mots à la dâme Pipi du Parlement, elle est dans nos idées mais rien au patron de la buvette c’est un démocrate&#8230;  pourquoi vous avez eu des échos Tétesse?<br />
-Je ne sais&#8230; une sorte de sentîment vague&#8230; assez désagréable&#8230; mais chut l’on nous regarde&#8230;<br />
Urinald Fun Froeboeun et Thor Dupondsen sont en grande discussion et nous fixe intensément avec un sourire en coin (un chacun et dans des coins opposés).<br />
-Ah ils veulent en voir eh bien je vais leur en montrer !<br />
Et se retournant en soulevant ses peaux de bêtes notre cher Eric le Mauve prouve devant les plus hautes personnalités du Royaume et les ambassadeurs étrangers que la haute tradition du Thöf est pleinement respectée, qu’il la porte haut et sans slip sous sa mise néanderthalienne.<br />
Ce garçon est d’une vitalité réconfortante.<br />
23 Mars<br />
« Le temps est un passant pressé », je ne sais de qui est cette merveilleuse et si juste citation, peut-être bien de moi ?<br />
«Les Evénements dans le Thöf » font la une de tous nos quotidiens, ah les protégés de ce cher Sir John Brank ont fait du bon travail, ils réclâment maintenant l’indépendance pleine et entière, une repentance de l’état colonialiste Nordmois et des dommages et intèrêts.<br />
Les parlementaires parlementent et se réunissent en permanence, les ministres se disputent et Plöömströöom le premier ministre a déclaré solennellement qu’il agirait avec fermeté pour défendre l’unité territoriale du pays, se montrerait inflexible quoiqu’il advienne et&#8230; demandé s’il était possible d’obtenir un étalement pour le versement des indemnités compensatoires.<br />
L’ONU commence à s’intéresser à l’affaire et a envoyé des observateurs sur place.<br />
N’Gutu N’Gutu arrivé, on s’en souvient, il y a peu d’années dans les bagages de Sir John Brank Strikeman se fait photographier, par les nombreux journalistes étrangers accourus sur place, en habits traditionnels de Thofeur et donnent quantité d’interviews en tant que chef historique du Front de Libération du Thöf mais plus étonnant que cette imposture, est la réaction d’une partie des habitants de l’antique province nordmoise qui prennent fait et cause pour nos indépendantistes virtuels.<br />
La température monte donc dans le Thöf et ce n’est pas à cause du fameux réchauffement climatique.<br />
Nous avons grand-peine à contenir la fureur du baron Eriktkën :<br />
-Mais laissez-moi me le faire ce con-là! J’vais lui faire bouffer ses couilles et lui carrer dans le train son casque à cornes!<br />
Inquiet par la tournure que prennent les événements je consulte le Professeur Wulwfrüut qui se fait rassurant quoiqu’en partie dubitatif:<br />
-Il n’est pas impossible en effet que votre ami britannique ait eu une arrière-pensée que je n’ai point aperçue dés l’abord. Sans doute veut-il nous utiliser mais c’est de bonne guerre nous l’utilisons nous aussi, mais ne craignez  rien Tétesse le baron Eriktkën une fois nommé gouverneur du Thöf dissipera avec énergie toutes ces nuées et arrière-pensées.<br />
-En aurons-nous encore le temps alors cher Professeur et sans débours humains importants?<br />
-Ne soyez pas pessimiste Tétesse, ayons une discussion avec Strikeman pour mettre les choses au mieux.<br />
Je convoque Sir John Brank Strikeman&#8230; dans ma cave mais il me fait répondre qu’il est actuellement en vacances officielles à Majorque et qu’il déférera avec amitiés dés son retour mais je le soupçonne d’être en fait installé dans&#8230; sa cave de l’Ambassade à commander la manoeuvre.<br />
Sa carrière de spécialiste en irrédentisme spéculatif  au Foreign Office prouve assez à mon sens que ses maîtres l’avaient choisi pour occuper le poste d’Upshloüt à dessein et en attendant le jour et l’heure pour enclencher la manoeuvre, l’aurais-je favorisée ou à tout le moins précipitée.<br />
De plus je surprends à plusieurs reprises des communications radio-télégraphiques de Pezzolino qui depuis sa chambre communique avec qui?<br />
Je lui confisque son poste émetteur mais dés le lendemain je découvre que l’infâme albanorital en posséde un autre et continue ses émissions.<br />
Aurais-je été joué par Strikeman, ce sujet de la perfide Albion auquel j’avais donné toute mon amitié.<br />
Quant à la Reine ainsi que je l’ai toujours déploré si je veux bien croire qu’elle posséde au fond d’elle-même toute l’autorité naturelle nécessaire (ma Poupetkë n’est pas toujours commode-commode je peux en témoigner) pour faire face à une situation difficile, elle ne détient qu’une partie infîme du pouvoir, elle n’a pas même le droit de s’exprimer publiquement sans avoir consulté et obtenu la permission écrite du premier-ministre en exercice, c’est dire.<br />
Nous nous réunissons d’urgence dans ma cave et à l’unanimité moins le cher Baron Eriktkën qui a glissé sous la table avant le vote des motions nous décidons de poursuivre nos opérations.<br />
11 Avril<br />
Notre plan se déroule parfaitement, telle une mécanique implacable. Ce jour après son premier passage à la Télévision l’annonce officielle a été faite que le groupe ÖBBÖ représenterait officiellement le Nordnmark au Concours de l’Eurovision avec sa chanson :<br />
« Hög ! Hüg ! Häg ! »<br />
Que je traduirais librement par:<br />
« J’ai dans mes chausses la mèche pour allumer ton gros pétard » paroles et musique de notre divin Wolfgang à nous le cher Petcho Larigaïe, il a su avec son inspiration et son talent symphonique habituel adapté le lyrisme chatoyant et très français  de son texte au nordmois qui est tout en scandé et en rythmique obtuse comme toutes les langues de sauvage jusqu’à faire de cette chanson un modéle de concision, d’efficacité et d’entraînement, vraiment c’en est presque de l’envoûtement.<br />
Quant à la chorégraphie et aux tenues des danseuses alors là notre cher Charley et sa non moins chère Mauricette se sont surpassés.<br />
Que de travail et d’heures d’effort aussi pour arriver à un tel résultat. C’est un déploiement de strings mauves et roses fluorescents, de voiles flashy, de maquillages barbares, de collants à paillettes et de décolletés à franges multicolores, l’ensemble éclairé comme au premier matin du monde de surréelle manière par ce sorcier de Charley qui posséde admirablement son métier.<br />
Il y a certes eu quelques dizaines de milliers de protestations indignés de tévéspectateurs hurlant contre cette « putasserie outrageante et grotesque! » mais le plus grand nombre, la majorité silencieuse y a trouvé son compte et trémulsé de concert devant son poste. D’après Charley si, comme ils s’y sont engagés par contrât, nos partenaires de TFUnks la première chaîne de télévision commerciale et même industrielle du Royaume, passent la chanson 74 fois par jour :<br />
-Ils devraient être des centaines de milliers, ces cons-là, à nous acheter spontanément le disque!<br />
Si ses prédictions se réalisent, et il connait son affaire, en tant que producteur, occulte, mais réel de l’oeuvre cela garnirait assez joliment ma cassette personnelle même si, l’on s’en doute, mes motivations sont essentiellement artistiques, politiques et bien d’abord patriotiques.<br />
Autre sujet d’espérance la Reine a proposé au premier ministre Plöömströöm de renoncer à ses vacances dans notre villa des Baléares le mois prochain eu égard aux « Evénements dans le Thöf » qui prennent d’après les chaînes d’information anglo-saxophones un tour dramatique, des dizaines de militants du Front de Libération du Thöf se serait immolés par le feu en signe de protestation, renseignements pris à de meilleurs sources, il s’agirait de l’ancien ministre tsilongais de l’Intérieur (maintenant à l’Extérieur donc) qui se serait brulé le poignet en préparant des crêpes flambées en famille et que l’on a pris en photo, bandé et pleurnichant, à la sortie des urgences de l’hôpital communal.<br />
Mais comme attendu Plöömströöm l’en a dissuadée:<br />
-Vous n’y pensez pas Majesté, cela dramatiserait au contraire à l’excés la situation, aux yeux de votre peuple, de préoccupante elle pourrait devenir incontrôlable.<br />
Ces messieurs préférent être entre eux quand la catastrophe arrivera et pouvoir rejeter plus tard la faute sur une souveraine  qui prend ses vacances quand le pays est à feu et à sang, malheureusement pour eux ce n’est sans doute pas la calamité qu’ils prévoient qui surviendra.<br />
La fin du régîme parlementaire sera une délivrance pour le pays.<br />
J’ai surpris l’infâme Pezzolino dans sa chambre en train d’élever des pigeons, visiblement il s’est rabattu sur ce moyen de communication antique pour communiquer aprés que je lui eusse confisqué un éniéme poste émetteur.<br />
Je lui confisque derechef son élevage, mais peu de jours après j’observe un inhabituel va et vient de livreurs de pizza à la grille du palais.<br />
Le livreur se révéle être un sien cousin tout aussi incurablement albanorital que lui et sans doute, mais je n’ai pu éclaircir encore tout à fait l’affaire, les deux gredins communiquaient-il par envois de pizzas codées.<br />
Je confisque la mobylette du cousin qui fera ses livraisons à pied à l’avenir et je m’emporte contre mon serviteur :<br />
-Mais bougre d’imbécile vous ne pouvez pas utiliser le téléphone portable comme tout le monde!<br />
-Ah merde&#8230; J’y avais pas pensé. Je remercie sa vice-altesse, je vais aller prendre un abonnement.<br />
-Mais non bougre de crétin, utilisez des portables jetables sans abonnement comme n’importe quel dealer ainsi fait vous ne serez point repéré.<br />
Il faut même que je lui apprenne le métier, je renonce à le questionner ni même à le menacer, qu’il téléphone tout son soûl à qui il veut.<br />
22 Mai<br />
Me voici seul devant l’Histoire (en même temps que devant la mer Méditerranée).<br />
Allongé au soleil sur la plage, je regarde mes tongs avec une soudaine gravité à cette heure (et encore je retarde un peu) je peux dire que le processus final est enclenché, nous ne pouvons plus reculer.<br />
Nous sômmes arrivés la veille avec la Reine en notre coquette villa de Puerto Merdlico près de Palma de Majorque. Les enfants ne sont pas venus mais la belle-mère s’est imposée et je n’ai pas pu l’empêcher de nous accompagner avec ce gigolo de Jacky Chombard.<br />
La villa n’a rien du prestige ni des aises de Chateau Bonpéze, elle est toute simple presque monacale et le personnel militaire et civil qui entoure la Reine est obligé de dormir dans la cabane du jardinier&#8230; et le jardinier chez sa famille en ville.<br />
Le temps me presse un peu et depuis ce matin je ne cesse de regarder ma montre, ce que ma Poupetkë me fait remarquer en même temps qu’elle me demande de lui passer de l’huile solaire sur le dos.<br />
Nous sômmes là sur la petite plage familiale de Puerto Merdlico comme deux retraités allemands, il fait chaud, par ici le soleil est partout même dans l’ombre cuisante. Il s’insinue tel une onde bienfaisante; le gros réveil de cuisine que je transporte partout en ce jour mémorable se met à sonner :<br />
-Gu’est-ce gue z’est ? Vous afez abborté un réveil?<br />
-C’est&#8230; c’est pour ne pas oublier un truc important ma Poupetkë&#8230; ah 11 heures 12 déjà! Il faut que j’aille acheter des cigarettes&#8230;<br />
-Mais fous né fumez que le cikare mon ami.<br />
-Justement ça pendant les vacances j’ai décidé d’arrêter le cigare par mesure d’économie&#8230;<br />
-Eh bien demandez au colonel Mölln il fous en rabbortera, il sé doit d’aller en ville, zet imbécile a ouplié les godes zécrets de l’Otan dans un Weinstube de Palma hier zoir.<br />
-Non, non je préfére ne pas user de vos collaborateurs ma chère. On m’en ferait reprôche.<br />
Je me précipite vers une crique à l’écart pour téléphoner au Professeur Wulwie Wulwfüurt comme convenu à 11 heures 10 GMT pour lui donner le feu vert au déclenchement de l’opération   « Glandularious Revenge » (nous avons donné un nom à la chose comme font les collégues de l’Axe du Bien quand ils se préparent à envahir démocratiquement un pays souverain, celà permet de comunier dans un même idéal je m’en souviens de quelques uns fort poétiques donnés à des opérations passées tels que Enduring Niquing ou Sodomizing Pigs), on en jugera le moment est d’importance, d’un peu je l’oubliais, heureusement que j’ai eu cette idée du réveil.<br />
Plus étonnant notre cher Wulwie ne répond pas. Je ne comprends pas, lui d’habitude si ponctuel. Enfin après dix minutes il me rappelle :<br />
-C’est vous qui m’avez appellé Tétesse ?<br />
-Pas de nom mon cher, pas de nom&#8230; « J’ai trempé le baigneur dans l’eau froide » je répéte « J’ai trempé le baigneur dans l’eau froide »<br />
-Oh vous ne devriez pas c’est comme ça qu’on s’enrhume.<br />
-Mais non&#8230; mais enfin saperlipoputkë! C’est le mot de passe pour ce que vous savez!<br />
-Ah oui&#8230; ah mais que je suis bête, ça m’étonnait aussi en cette saison en Espagne!&#8230; bon où ai-je mis mon papier?&#8230; ah voilà : « Les doryphores viennent tôt sur la pomme de terre cette année » C’est bien ça?&#8230; Eh bien voilà c’est parti!<br />
 Je raccroche, transpirant, point seulement du fait de la chaleur.<br />
Quand je me retourne je découvre sur un bord de la crique Jacky Chombard déjà à l’ouvrage sur la belle-doche, le nez dans son string comme dans un plat de spaghettis, il a de la sauce partout, ce garçon ne pleure pas ses efforts, je lui fais un petit signe amical et m’escampe prestement.<br />
A midi  je mange peu, juste une langouste mayonnaise, ma Poupetkë débute comme chaque année à Palma sa période de régîme pré-estival concocté par son médecin personnel le docteur Burksblurp nutritionniste fanatique, apôtre de la maigreur et de la flagellation macrobiotique.<br />
Quand elle est au régîme la Reine fait montre d’une humeur éprouvante, je redoute ces périodes de restriction.<br />
Au menu cette année nous inaugurons le régîme dissocié pois cassé, le bon docteur Burksblurp détestant les pois cassés, traumatisme de la petite enfance sans doute, donc sur le papier on peut manger de tout sauf des pois cassés, voilà ce n’est pas plus difficile que ça, dans la première version du moins car il y a toujours un temps de mise au point chez cet abominable homme des sciences puis quand il se rend compte que sa méthode révolutionnaire ne révolutionne rien du tout et surtout pas la ligne de sa royale patiente, il lui impose une version beaucoup plus rigoureuse et intégriste, pour cette saison il limite la consommation de la Reine au broccoli et au radis noir et lui supprime tout le reste même la crême de chou-rave dont elle est particulièrement friande, l’on me dira que de la crême de chou-rave sur un plat de radis noirs et de broccolis ne serait pas d’un grand secours gastronomique mais très vite ma Poupetkë est en manque et regrette ses tartînes de rillettes de pingouin à la crême de chou-rave et plus étonnant elle m’en fait à l’évidence le reprôche tant luisent dans son regard des lueurs rien moins qu’homicides sinon déjà cannibales.<br />
Aussi m’obligeai-je, par décence autant que par prudence, à quitter notre aimable terrasse ensoleillée ma langouste-mayonnaise sous le bras pour l’aller manger hors de sa vue dans la caravane que nous a laissée la tante Bir-Bir qui à une époque, venait (trop) souvent nomadiser sur nos pelouses, c’est dire la simplicité toute démocratique de notre installation qui pourrait rivaliser avec la résidence secondaire de n’importe lequel de nos employés en retraite des chemins de fer nationaux.<br />
De cette modeste caravane, j’ai fait peu à peu ma thébaïde, là que je m’isole, médite, vis en sauvage quand la tension diététique dans notre couple est trop grande.<br />
J’ai posé un toit sur le devant en tôle ondulée, disposé des vieux pneus tout autour où je fais pousser des fleurs tel le rescapé d’un ancien naufrage je communie avec la nature&#8230; dans une bonne odeur de frites et de gauffre, nous ne sômmes pas très loin de la route nationale n° 14 (qui traverse en pointillée l’île).<br />
La Reine appelle ça mon bidonville princier et me menace quand elle est de trop alacriteuse humeur, de m’en faire expulser et à la suite de faire raser toute mon installation de tzigâne, mon « lubanar »  par la Guardia Civile.<br />
Pourtant j’ai fort bien aménagé l’ensemble avec de la moquette mauve et orange partout sur les murs, des boules à facettes et de grands miroirs, je confesse y emmener quelques fois mes conquêtes.<br />
Mais là quand j’y débarque, avec ma langouste mayo, j’ai la surprise d’y découvrir cet imbécile de Pezzolino le casque sur les oreilles en train d’émettre depuis ma caravane tout en besognant un trio de touristes allemandes extraverties.<br />
-Mais vous n’en finirez donc jamais avec vos turpitudes hertziennes aussi bien que copulatoires!<br />
-&#8230; Alfa-Bravo terminé! Que sa vice-altesse me pardonne&#8230; Hupf! Hupf! Je me suis fait voler par un mien cousin le portable que j’avais volé à un autre mien cousin et je n’ai pas trouvé&#8230; Hupf ! Hupf !&#8230;  De cabines téléphoniques&#8230;<br />
-Vous avez trois minutes pour me virer toute cette volaille hystérique et aller étendre mon linge au soleil!<br />
Ce garçon avec toutes ses combînes et son service déplorable m’insupporte, et je me promets bien de mettre en oeuvre dés ma prise de fonctions quelques charters d’albanoritals.<br />
En un spasme libérateur il salit mes rideaux en même temps qu’il satisfait sa clientêle tudesque, reçoit le prix de sa saillie et des prestations afférentes, encaisse les cartes bleues et édite les factures et la bouche pleine de pinces à linges s’en va accrocher mes slips et chaussettes derrière la caravane.<br />
Outre la salubrité de cette occupation, j’y vois une occasion de taquiner ma Poupetkë en lui bouchant en partie ainsi la vue sur la mer qu’elle prise presqu’autant que le crême de chou-rave.<br />
Le commandant Beursec-Bombsec que j’ai fait naturaliser et nommer mon conseiller militaire réside en ville, il vient me visiter au café avec des dossiers vides et de réconfortantes nouvelles, tout se passe comme attendu:<br />
-Nous sômmes pré-positionnés dans tout le pays Monseigneur.<br />
-Fort bien&#8230; rien à signaler?<br />
-Il n’y a eu qu’un incident notable sur un parking d’hypermarché Ogög à Boeren où nous avions stationné des chars trop près de l’accés aux pompes à essence et des clients se sont étonnés.<br />
-Et alors ?<br />
-Nous les avons neutralisées.<br />
Une sueur nouvelle me mouille les tempes, avec leurs conneries je vais finir derrière une vitre blindée à la cour Pénale Internationale pour génocide aggravé moi, et les collégues de l’Axe du Bien me feront pas de cadeaux, ça quand on les connait on n’a qu’une envie c’est de s’en aller batifoler avec des squales!<br />
Je&#8230; je&#8230; ba&#8230; bafouille:<br />
-Vous&#8230; vous avez liquidé les clients&#8230;<br />
-Mais non Monseigneur nous avons neutralisé les pompes.<br />
-Ah bien, bien.<br />
Je respire.<br />
-Je vous retrouve à 22 heures 11 GMT sur la dûne.<br />
-Affirmatif.<br />
Que le temps aujourd’hui s’écoule lentement comme une interminable opilation, il fait de plus en plus chaud, le ciel lui-même semble espérer quelque purgation libératoire, la langouste mayonnaise me pése un peu.<br />
En milieu d’après-midi, alors que nous sômmes sur la plage avec la belle-mère et Jacky Chombard, ma Poupetkë propose un scrabbeule et sans demander notre avis fait un signe à l’attaché militaire à la courônne de faction, le pauvre garçon, il faut voir comme il sue sous le plumet de son uniforme, a la lourde charge d’emmener partout ce foutu Scrabbeule en version nordmoise bien sûr pour me désavantager un peu plus.<br />
Ce cher Jacky a fait d’étonnants progrés en nordmois et il trouve « Kluggzzwwyyxx » qui lui vaut 129 points et signifie en nordmois « stop » si je ne me trompe.<br />
Je marque 7 points avec « urp » qui veut dire « anticonstitutionnellement », heureux présage ?<br />
Je regarde discrétement mon réveil il est 16 heures 17 GMT.<br />
A 19 heures 14 GMT je repars aux lavatories pour la 14° fois cette saloperie de langouste ne passe décidément pas ou alors c’est la mayonnaise qui n’était pas fraîche, j’en ressors à 19 heures 27 GMT pour y retourner aussitôt.<br />
A 19 heures 55 je constate avec satisfaction que la maison est vide, les membres de l’entourage de ma&#8230; la Reine (j’en parlerais ainsi dorénavant sans plus aucune connotation sentimentale, je me dois d’être froid et lucide en même temps que me détacher d’un conjugalisme qui me rapetasse !) ont regagné leur cantonnements soient la cabane du jardinier ou leur terrain de campingue (on ne va quand même pas leur payer l’hôtel, de toutes les façons nos exemplaires parlementeurs n’y consentiraient point).<br />
A 20 heures GMT je retrouve la Reine qui pour toute collation déguste un yoghourt broccoli/concombre devant le journal télévisé nordmois de TFUnks.<br />
Les tîtres sont sans grand intérêt:<br />
« Incident de frontière thermo-nucléaire entre les deux Corées, tremblement de terre en basse-Californie de magnitude 11.7 sur l’échelle de ce brave Richter qui prête son échelle depuis des dizaines d’années à la moindre secousse, mort du premier ministre russe dans une rixe avec le président&#8230; »<br />
Bref rien de saillant et après une bonne demie-heure de publicité le générique Te-Déumesque de l’Eurovision retentit dans notre intérieur.<br />
La Reine est une fidéle adepte de ce genre  de divertissement, en celà elle représente fort bien son peuple quelques fois simplement consternant.<br />
Les présentations et explications en divers idiômes sont interminables enfin les choses sérieuses commencent avec un groupe lusitanien qui chantent en anglais des idioties d’importation américaine en se remuant d’importance.<br />
Je regarde mon réveil sans cesse en même temps que je tente de juguler mes élancements intestinaux, mes préoccupations font que je prête peu d’attention au spectacle lancinant et inepte d’une Europe anglo-saxonnant de la même voix de tête et sur d’identiques rythmes industriels même les monégasques s’y sont mis, c’est dire.<br />
Il est 21 heures 14 GMT quand je prends position dans les Vécés ainsi que prescrit dans notre plan d’opération, d’abord parce que tirant parti de la position qui me procure un soulagement immédiat je peux ainsi guetter, assis, le moment où la Reine profitant d’une interruption publicitaire s’y rendra.<br />
C’est chose faite à 21 heures 22 GMT, j’en condamne vivement la porte en poussant avec difficulté devant elle une armoire de style néo-canarien que j’avais précédemment pré-positionnée (il m’avait fallu la monter de la cave, un cadeau de la Princesse Bir-Bir que nous avions gardée au frais depuis des années tant elle est laide et massive)  comme dirait Beursec-Bombsec.<br />
La Reine crie que la porte est « coinzée » mais je suis le seul à l’entendre et je monte le son de la TéVé par précaution.<br />
 A 21 heures 28 GMT l’histoire s’écrit, l’interruption des programmes se fait et notre camarade Ewlin Deliatt en unifôrme de présentateur météo du cadre de réserve lit notre communiqué.<br />
Magnifique phrasé qui moule chaque mot&#8230; jusqu’à ce qu’il soit vivement pris à partie par la miss météo de faction qui proteste qu’il n’a rien à faire ici car ce n’est pas sa semaine, elle est heureusement jugulée et mise en déroute par le Baron mauve que je reconnais sous sa mise déguisée.<br />
Très vite apparait à l’écran la nouvelle junte, c’est saisissant, j’en suis moi-mâme saisi, les conjurés impassibles, moustachés et lunettés de noir sur un rang en grand unifôrme de putschistes avec en arrière-plan deux parachutistes bedonnant en armes et comme président l’assemblée en sa bure austère de prochain saint le père Fulmance des Emplettes futur Grand Inquisiteur du Royaume bénissant d’abondance l’avénement salvateur.<br />
Le Baron Eriktkën prend la parole, martial comme à ses meilleures heures et plus mauve que jamais, ces imbéciles de tsilongais ont tenté d’incendier hier son chateau dans le Thöf, demeure qui souvenons-nous en est en glace donc naturellement ignifugée, incident qui lui est une motivation supplémentaire, il parle, je le cite :<br />
-&#8230; de la situation insurrectionnelle qui agite notre plus belle province et de l’incapacité des politiciens et du monarque résiduel à la faire cesser aussi nous appelons solennellement à la Lieutenance Générale du Royaume pour assurer la régence, la seule personnalité digne et responsable le Prince Raoultkë de Nordnmark qui a donné tant de preuves dans le passé de son énergique patriotisme et de son autorité naturelle notamment en nous conservant le Brümnland nordmois que les politiciens corrompus à la solde de l’étranger voulaient nous confisquer&#8230;<br />
Je suis remué en plus profond et ce n’est pas seulement à cause de la langouste mayo&#8230; soudain à&#8230; quelque chose GMT &#8230; ce sont à nouveau cris et remuements la Miss météo est allée chercher du renfort dont son petit ami qui est cameraman et représentant syndical, l’image s’interrompt me laissant ému et subjugué par la portée de l’événement, un peu interrogatif et troublé aussi à cause de l’interruption du programme mais le son revient et l’on entend distinctement un:<br />
-&#8230; excusez-moi Baron je m’ai trompé de bouton, je vais vous arranger ça tout de suite!&#8230; Putain elle m’a mordu cette conne!<br />
Ces échos me rassurent un peu d’autant qu’ils couvrent aussi les imprécations de la Reine toujours enfermée:<br />
-Raoultkë oufre za doute zuite ! Raoultkë ne vais pas le gon!<br />
Il est 21 heures 42 GMT, je me vêts de mon grand unifôrme de Lieutenant Génaral du Royaume et me rue vers les dûnes.<br />
Le commandant Beursec-Bombsec pantalons retroussés et les pieds dans le sable m’attend.<br />
-Vite Monseigneur nous devons trouver un taxi maintenant.<br />
-Mais quoi vous n’aviez pas prévu un véhicule?<br />
-Béh j’avais ma Renault 16 mais elle ne veut pas démarrer&#8230; rien à faire, ça fait une heure que j’essaie et maintenant il n’y a plus de batterie le sable sans doute, pourtant une bonne bagnole! J’aurais du faire faire la révision des 750000 kilomètres avant de partir mais je comptais pas de sitôt faire l’Espagne. Ah ça me rappelle Papa en 63 de retour d’Alger où il avait joliment putsché, on est parti à travers l’Espagne en 403 pleine de trous de balle&#8230; il venait pourtant de la toucher&#8230;<br />
J’arrête là ces évocations filialo-tomobilisques et nous partons dans une folle équipée en bord de nationale mais impossible de trouver un taxi, ils sont tous en centre-ville, enfin nous avisons un bus qui se dirige vers l’aéroport, et nous le hêlons.<br />
Ma tenue fait grosse impression sur quelques fêtards bataves éméchés en fond de car qui nous chahutent, bien heureusement nous arrivons à l’aéroport avant que la situation ne dégénére véritablement, je ne perds dans l’affaire que quelques médailles superfétatoires mais conserve outre ma dignité le grand cordon d’Alfred le Moyen qui m’est cher, on le comprendra, je l’étrenne.<br />
Il nous faut encore traverser toute l’aérogare bondée avant de rejoindre la partie privative où nous attend un avion privé.<br />
On nous regarde, on cherche les caméras, on me demande des autographes mais nous pressons le pas, nous avons quand même un coup d’état en cours.<br />
Consternation quand je découvre à 22 heures 48 GMT le zinc qui doit nous véhiculer jusqu’au Nordnmark: un vieil hydravion sur roues Ilyouchine qui me semble hors d’usage et bon pour la réfôrme:<br />
-C’est une occasion que le Baron Eriktkën a racheté au cartel de Medellin. Il est comme neuf et comme il est amphibie on pourra atterrir n’importe où. Ne vous inquiétez pas Monseigneur tout est prêt, révisions et pleins faits.<br />
-Eh bien embarquons mais le Baron Eriktkën me la copiera de me faire voyager là-dedans !<br />
Le pilote, un belge volumineux surpris en pleine libation et sudation, se présente Manfred van der Chtoffen, c’est un ancien compagnon d’armes du Baron Mauve, il me semble quelque peu « imbibé ».<br />
A 22 heures 63 GMT&#8230; je veux dire 24 heures moins 57 GMT   nous prenons la piste enfin. A Dieu vat!<br />
Par la radio de bord nous suivons la retransmission du concours de l’Eurovision qui a repris sur toutes les chaînes et stations du royaume, il n’est même pas sûr que le bétail devant ses écrans se soit rendu compte du changement de régîme. La prestation du  groupe ÖBBÖ que nous écoutons en direct semble avoir marqué les esprits mais nous entendons mal les commentaires, l’appareil bouge énormément et un peu dans tous les sens et dimensions, il craque aussi, c’est assez effrayant.<br />
-Faîtes escuse ça secoue mais on est obligé de voler bas pour éviter le plus possible les stations radars! Les français sont sous-équipés, ils détectent rien  mais il y a toujours chez eux un con de fonctionnaire inspiré pour faire du zéle en allant pisser à la lune juste au moment où vous passez au dessus.<br />
Il faudrait aussi songer à éviter tout le reste et particuliérement les reliefs encombrés et aiguisés que nous tutoyons maintenant du bout des ailes dans un balancement permanent qui me rend nauséeux, Dieu merci la langouste-mayo me laisse momentanément et intestinalement parlant enfin en paix.<br />
Nous parvenons après une lutte sans répit à passer les Pyrénées, tout le monde à bord serre les fesses jusqu’à la douleur, enfin le gros belge débouche une bouteille de spumante islandais pour fêter l’événement :<br />
-Eh ben ça est la première fois que je me crash pas une fois, je les ai tentées onze fois les Pyrénées, toujours il m’avait manqué un petit quéque chose pour passer!<br />
-Vous avez mis le pilote automatique? Demandai-je trinquant tout en désignant la cabine de pilotage vide au co-pilote un asiate taciturne, que Van der Chtoffen m’a présenté comme étant auprès de lui en « stage de formation ».<br />
-Ah il y a pas de pilote automatique là-dessus ! Rugit le belge de plus en plus rougeaud. Pas de balises, rien, ça est du rustique! Mais je l’ai bien en main maintenant il y a plus qu’à remonter!<br />
Et à 23 heures 43 GMT nous nous écrasons très proprement près de Tournai dans des champs de Houblon mûrs.<br />
Bien heureusement nous avons amorti notre chute en  glissant sur un grand étang pendant de longues minutes, piéce d’eau que cet imbécile de Van Der Chtoffen avait prise pour une portion d’autoroute salvatrice.<br />
-‘Pas ma faute ! C’est ce con de niak’ qui s’est gourré dans ses estimations! Gueule-t-il en s’extrayant le dernier du cockpit&#8230; Putain passer les Pyrénées pour s’écraser en plaine c’est trop con!&#8230; Ah mais je connais bien  le coin&#8230; il y a un village pas loin avec quelques ouvroirs de dames où j’ai fréquenté dans le temps.<br />
 Et c’est dans un estaminet de la frontière belge que nous suivons à la tévé les premiers résultats du&#8230; coup d’état au Nordnmark.<br />
Apparait sur les écrans satellitaires notre cher petit Koonradt.<br />
-Tiens c’est marrant il est habillé une fois pareil que vous çui-là!<br />
Car lui aussi est en unifôrme de Lieutenant Général du Royaume, il commence gravement son allocution en affirmant qu’en l’absence regrettable et coupable de sa Majesté la Reine et devant les événements qui secouent le pays il assume la régence du royaume, ce garçon tient de moi, il n‘y a pas à dire, ce goût pour les unifôrmes et les régîmes forts qui vont avec, cette assurance mâle, mais enfin il n’allocute pas longtemps car surgit dans le studio de la Télévision ma douce Klopilde très remontée qui lui met une paire de claques en criant :<br />
-Tire-toi p’tit Koon! Personne ne touche au royaume de Maman quand elle est pas là!<br />
Je ne dis pas, c’est émouvant. Au moins avons-nous de bons enfants, douce consolation.<br />
Le tenancier qui nous a commandé un taxi pour Caracas, qui ne vient pas, remet à la demande générale la retransmission du concours de l’Eurovision.<br />
Et dans le soir de nos illusions retentit cette cruelle parole:<br />
-&#8230; and Nordnmark ouane poiiint!<br />
-Ah tiens ça c’est marrant d’habitude c’est nous les belges qu’on fait dernier mais ce coup-là je crois bien que ça va être pour vous une fois! S’esclaffe l’immonde Van Der Chtoffen juste avant que je me jette sur lui pour l’étrangler.<br />
Il est 24 heures 19 GMT<br />
28 Mai<br />
Que dire en ces instants de recollation des événements récents? Que le sort et les mauvais hasards ont conspiré&#8230; contre notre conspiration: le gardien du stade où devaient être rassemblés les putatifs opposants qui ne veut point ouvrir au capitaine en charge de notre détachement d’éclairage parce qu’il a oublié ses lunettes et ne le remet pas, notre chef opérationnel le général en retraite Haeinz Skrö qui se trompe de bretelle de sortie à la tête de ses chars, puis égare son ticket de péage et se retrouve en pleine zone industrielle quand on l’attend avec impatience dans la capitale, la Miss Météo qui telle une nouvelle Jeanne Hachette ou Pasionaria hystérique, galvanise et fanatise ses troupes syndiquées et fonctionnaires jusqu’à chasser nos meilleurs éléments, malgré les exhortations et fulminations du Père Fulmance, de la Télévision que nous n’occupâmes hélas que fort momentanément. Et même mon aventure personnelle, si bien commencée dans un ciel de gloire et achevée entre fumier et labours, qu’en dire?<br />
Certes il y a quelques éléments consolants, n’étant point apparu, à aucun moment, dans le cours des événements on ne peut que me suspecter, la Reine la première qui ne fut délivrée qu’au petit matin par les pompiers des toilettes de notre villégiature.<br />
Le brave Baron Eriktkën s’il ne fut point irréprochable dans l’exécution, le fut du moins dans le dénouement, Interpol à l’instigation des parlementaires félons, ces gens-là n’agissent qu’en meute, ayant lancé un avis de recherche intergalactique, par le biais d’une notice vert pomme (individu à appréhender s’il vous passe devant et que vous avez rien d’autre à faire!), il fut arrêté après un siége de trois jours, retranché comme il l’était dans une cafétéria du centre-ville d’Upschloüt et encore sa reddition ne fut-elle acquise que parce qu’il avait épuisé toutes les réserves de tarte aux pommes et de beignets.<br />
Quand aux tévéspectateurs nordmois, plus bovins que jamais ils ne se sont trop rendus compte de rien et ont pris l’allocution de notre junte pour une réclâme de laxatif.<br />
Je pourrais donc recouvrer ma vie habituelle, mon ordinaire de prince consort avec ses impuissances et aussi quelques fois ses mâles fulgurances, mais après avoir pesé tous les éléments, j’ai décidé de fuir loin de cette médiocrité, l’on connait ma soif d’absolu (non point la vodka mais l’idéal qui n’est pas en vente dans les épiceries) et mon refus des compromissions et puis je dois l’avouer j’ai quelque réticence à retrouver ma Poupetkë maintenant, parait-il qu’elle serait « fumasse » à mon endroit selon un SMS reçu de mon cher et fidéle Uürtikern.<br />
Un peu de distance sentîmentale, nous fera je crois le plus grand bien, quelques milliers de miles nautiques au moins.<br />
Et puis partir pour mieux retentir, au loin, vers les vastitudes désencombrées, hors cette Europe, éfféminée tatillonne et bornée comme un sergent de semaine qui  traque le motif et vous étouffe.<br />
Malheureusement, perfidie féminine, je constate en voulant retirer quelque argent avec ma carte bancaire dans un établissement du Port d’Anvers que tous mes comptes sont bloqués.<br />
Alors avec mes derniers fidéles compagnons, qui m’ont ralliés, successivement, en ordre dispersé, même cet imbécile de Pezzolino sur lequel un sien cousin a mis un contrât à la suite d’impayés sur je ne sais quel trafic,  mon dernier carré de braves, ils sont tous là et à l’initiative du fier breton, le commandant Beursec-Bombsec nous nous enrôlons sur un morutier norvégien, en mal d’équipage et en route vers Las Islas Bravadas y Cornutos ou quelque chose comme ça (NDLE : Las Islas Bravados y Perditas) peu importe la destination pourvu que quelque part nous espère l’oubli&#8230;<br />
Plus surprenant alors que je suis en train de peler des monceaux de pommes de terre, on m’a mis aux cuisines avec quelques charmants phillipins dont j’entends encore moins l’anglais que leur idiôme natif mais dont je comprends et partage la bonne humeur internationale, le cher Petcho Larigaïe nous rejoint, essouflé et pose sac à bord:<br />
-Ces cons des services français m’ont mal renseigné, ils se sont gourrés dans le nom de votre bateau, je vous ai cherché partout, j’ai demandé ma retraite anticipée maintenant que je vous ai retrouvé je reste avec vous Monseigneur on se marre trop&#8230;<br />
Mais plus surprenant voilà pas que débarquent le traître rosbif, Sir John Brank Strikeman en personne accompagné de sa meute de ministres tsilongais ex-libérateurs du Thöf:<br />
-Ah Monseigneur morigénez-moi autant que vous voudrez, mais comprenez que je n’ai fait qu’obéir aux ordres de mon gouvernement, j’en appelle à la foi de l’homme d’honneur que vous êtes accueillez-nous en vos états je vous en prie&#8230;<br />
-Mes états sont réduits à peu de chose mon cher, mais quoi ne dirait-on pas que vous avez chaud au train très cher.<br />
Il me raconte que leur petite aventure à tourné court et que la Reine a profité de notre opération pour imposer aux parlementaires une augmentation de ses pouvoirs et redonner une meilleure assise à son régne, elle a pu mettre ainsi un terme aux agitations qui secouaient le Royaume.<br />
-Nous sômmes recherchés par toutes les polices du royaume et d’Europe du fait des exactions de ces messieurs !<br />
Il s’est retourné vers N’Gutu N’Gutu et ses collégues qui regardent leurs pompes avec des airs de gamines fautives<br />
-Ils m’ont encore bouffé du personnel civil, nous avons même décroché une notice bleue pâle (ça s’améliore !) d’Interpol&#8230;<br />
-Et vous-mâme Excellence vous vous êtes livrés à de coupables agissements?<br />
-Moi je suis traqué par le service « Comptabilité » du Foreign Office, ces imbéciles de bureaucrâtes se sont mis en tête d’ausculter les comptes de mon ambassade comme l’on dit chez moi: «Ce que tu ne trouves pas dans la narine du nourrin cherche-le dans son fondement ! »&#8230; Oui la traduction est approximative mais l’idée y est. A la vérité je crois que nous avons tous été joués Monseigneur, votre épouse est décidément une personne très supérieure.<br />
A ce moment Petcho Larigaïe qui se dépensait sur le pont avec ses petits camarades nous revient assoiffé:<br />
-Il y a pas de bière fraîche? Ah j’avais oublié&#8230; j’ai un message de sa Majesté à vous remettre&#8230;<br />
Il me tend une page arrachée d’un cahier où sont écrits ces quelques mots dans une écriture presqu’enfantine:<br />
« Partout où vous irez mon coeur vous restera. »<br />
Il y aura donc un retour.</p>
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		<title>Le président sous l’armoire by Lofti Benayak 1/1</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Apr 2012 02:15:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

		<category><![CDATA[Urbane Tattack votre feuilleton sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[
Le président sous l’armoire
Chronique du Conquennat (suite et fin)
Par Lofti Benayak 1/1
-Bonjour Monsieur Hollande il y a Jean-Luc qui vous fait dire de la part de Jean-Pierre que Jean-Marcel dit que vous pouvez sortir de sous l’armoire, il a eu les premiers résultats  c’est dans la poche.
-Je sortirais quand il me l’aura dit lui-même. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://images.blog-24.com/1360000/1363000/1362763.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>Le président sous l’armoire</p>
<p>Chronique du Conquennat (suite et fin)</p>
<p>Par Lofti Benayak 1/1</strong><em></p>
<p>-Bonjour Monsieur Hollande il y a Jean-Luc qui vous fait dire de la part de Jean-Pierre que Jean-Marcel dit que vous pouvez sortir de sous l’armoire, il a eu les premiers résultats  c’est dans la poche.</p>
<p>-Je sortirais quand il me l’aura dit lui-même. Qui vous êtes vous d’abord ?</p>
<p>-Je suis Jean-Philippe le second sous-conseiller de l’adjoint du conseiller technique principal de votre premier conseiller aux élections.</p>
<p>-J’ai tellement de conseillers que je vais finir par leur mettre des dossarts pour les reconnaître.</p>
<p>-Ah voilà Jean-Luc il va vous le dire lui-même.</p>
<p>-Bon ça y est François c’est bon tu peux sortir de sous ton armoire on les a eus. Je reconnais que ta stratégie était la bonne plus tu te planquais plus l’autre clown se montrait et faisait ta campagne, il a décidément rien compris au film. Bon tu viens pour faire ta déclaration aux français.  </p>
<p>-Non, je sais pas&#8230; mais non, je crois que je vais l’enregistrer là.</p>
<p>-Sous ton armoire ? Tu y penses pas ?</p>
<p>-Eh quoi je suis bien là, peinard, il faudra quand même changer la femme de ménage il y a plein de moutons, ça me rappelle quand j’étais avec Ségolène, cette conne avait le syndrome de la femme libérée, elle avait la phobie des aspirateurs et des lave-vaisselle et elle passait son temps à renvoyer nos bonniches sri lankaises. Bon ça va tu peux amener les techniciens je suis prêt.</p>
<p>-Non mais t’es dingue qu’est-ce que va penser la presse étrangère !</p>
<p>-Que je suis un président modeste qui passe ses week-ends sous l’armoire comme n’importe quel cadre de l’industrie quand on lui annonce que sa belle-mère vient pour le week-end. De toutes façons je m’en fous, je sortirais qu’une fois élu pour de bon, avec l’autre nain on peut s’attendre à tout il est capable de faire détourner un TGV sur la Syrie rien que pour me mettre la pression, je suis sûr qu’il me concocte un de ses coups de pute, qu’est-ce qu’il fait en ce moment ?</p>
<p>-Il est complètement rincé il prépare ses Adieux de Fontainebleau.  </p>
<p>-Fontainebleau c’est un Musée National, il aurait pu me demander mon avis ch’uis le futur président quand même !</p>
<p>-Non c’est pas ce Fontainebleau là, c’est le Fontainebleau Palace Hôtel de Miami, il est barricadé là-bas dans la Suite Frank Sinatra avec les Balkany. Alors tu viens ?</p>
<p>-Non, j’attends le second tour, à propos on a reçu les instructions de Bruxelles, du FMI et des américains  </p>
<p>-Oui, oui t’inquiète, il y a rien de changé, t’auras les mêmes chefs que l’autre, il y a qu’un truc au Département d’État t’auras droit à la cantine des sous-chefs de zone, l’autre pendant les réunions aux Nations Unies il avait droit qu’à un panier repas, pour te dire que t’as fait bonne impression et que t’es ‘achement bien noté.</p>
<p>-Eh bien mais tout ça se présente fort bien, tu as pensé à ce que je t’avais demandé, tu t’es renseigné auprès du Mobilier National celle-là d&#8217;armoire c’est du Ikea, elle craque méchamment et elle arrête pas de perdre ses vis, je passe mon temps un tournevis à la main à tout resserrer, ça m’angoisse j’ai toujours peur qu’elle me tombe sur la gueule, t’es sûr que le concierge l’a bien montée, on oublie toujours des pièces dans ces trucs en kit, enfin c’est une modeste armoire de campagne&#8230; électorale modeste mais je vais quand même pas inaugurer mon mandat là-dessous, non tu vois ce qu’il me faudrait c’est du meuble présidentiel mais attention pas ostentatoire hein ?</p>
<p>-Tu préfères pas du Louis XV ou du Retour d’Égypte&#8230; le bronze ça sacralise.</p>
<p>-Surtout non du confortable provincial, essaye de me trouver quelque chose de bien dans le genre Louis-Philippard&#8230; mais en trois portes si c’est possible comme ça je pourrais recevoir les ambassadeurs étrangers et garder les mômes à coucher quand ils viendront me voir&#8230; maintenant j’en ai presque autant que de conseillers ! Ah j’oubliais il faudra aussi me moquetter l’Élysée le parquet comme ici c’est pas génial surtout pour les coudes, je veux bien la jouer président modeste qui sort ses poubelles lui-même, il faudra d’ailleurs que tu te renseignes sur les jours de sortie des bacs,  mais j’ai droit quand même à un minimum de confort il me semble&#8230; bon tu peux les faire rentrer je vais faire ma déclaration au peuple&#8230; ah une dernière chose qu’ils oublient pas de mettre les patins, on vient de cirer et c&#8217;est quand même la mesure phare de mon programme électoral en 32 positions, 50 astuces et 400 blagues l&#8217;usage obligatoire des patins en agglomération !</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>NORDNMARK ONE POINT ! H.T.Fumiganza 45&#8230;</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jan 2012 06:38:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nordnmark one point !]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

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		<description><![CDATA[
7 Septembre
J&#8217;embarque donc, certes à regrets mais mon esprit de sacrifice est tout entier aux commandes de mon âme. On m&#8217;a proposé de voyager en brise-glace atomique, j&#8217;ai préféré l&#8217;avion c&#8217;est plus rapide somme toute&#8230; et moins dangereux.
Je pose devant les photographes en haut de l&#8217;échelle dans un chaud et épais manteau de fourrure et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://images.blog-24.com/1390000/1391000/1390867.gif" alt="" /></p>
<p>7 Septembre</p>
<p>J&#8217;embarque donc, certes à regrets mais mon esprit de sacrifice est tout entier aux commandes de mon âme. On m&#8217;a proposé de voyager en brise-glace atomique, j&#8217;ai préféré l&#8217;avion c&#8217;est plus rapide somme toute&#8230; et moins dangereux.</p>
<p>Je pose devant les photographes en haut de l&#8217;échelle dans un chaud et épais manteau de fourrure et à l&#8217;escâle de Reyjkavik je découvre dans les journaux que m&#8217;apporte l&#8217;hôtesse des Nordnmark Airlines que je suis à nouveau source s&#8217;un scandale fabriqué de toutes piéces par les journalistes et les ligues de vertu écologistes, tous m&#8217;accusent d&#8217;avoir arboré un magnifique manteau de fourrure en peau de Panda, ce que je ne nie pas mais je ne vois pas où est le scandale? Il fait froid là-bas m&#8217;a-t-on dit, auraient-ils voulu que j&#8217;y débarquasse en slip?</p>
<p>J&#8217;arrive enfin à Kloonberg la capitale du Brümnland. Notre Boeing a tourné pendant une heure, à cause de la brume il ne trouvait pas l&#8217;aéroport. C&#8217;est l&#8217;été il fait froid, l&#8217;hiver il fait inhumain. Le gouverneur actuel du Brümnland m&#8217;attend à la descente de l&#8217;avion&#8230; avec ses valises, il tient dans une main une torche enflammée pour se repérer et dans l&#8217;autre, ses raquettes de tennis et ses cannes de golf.</p>
<p>-Ah Monseigneur!</p>
<p>-Vous pouvez m&#8217;appeler &#8220;Sous-Altesse ou vice-majesté&#8221; maintenant j&#8217;y ai droit.</p>
<p>C&#8217;est qu&#8217;avec tout ça j&#8217;ai pris du grade, à propos de grade, il ne m&#8217;en reste plus qu&#8217;un à franchir, on l&#8217;aura remarqué mais re-chuuut !</p>
<p>-Ah oui&#8230; comme il plaira à Monseigneur, quel plaisir de vous voir sous-Altesse je vais enfin pouvoir rejouer au tennis!</p>
<p>Il fait signe de sa moufle droite à la fanfare de majorettes en jupettes de fourrure de jouer le &#8220;Humpfkë unt Pumpfkë&#8221; me salue et monte l&#8217;escalier à toute allure et enfin claque la porte du Boeing. Sur ce que le seul journaliste présent, le correspondant du &#8220;Kloonberg-Soir&#8221; me prend en photos. J&#8217;ai l&#8217;impression que les adductions de paparazzi n&#8217;ont pas encore été installées ici, enfin une heureuse nouvelle.      </p>
<p>Le conseiller du gouvernement pour les affaires Brümnlandaises m&#8217;explique le tempérament et la complexion mentale des habitants de l&#8217;endroit dans la chenillette qui nous emméne au palais du gouverneur vice-roi.</p>
<p>De son long exposé voilà ce que je retiens: les Brümnlandais boivent leur quatre litres de Krüppen par jour, le Krüppen est un alcool fort tiré d&#8217;une ancestrale recette à base de jus de couille de phoque pressé et fermenté, ils battent leur femme, violent leur fille quand elle est en âge, jouent de la corne de brûme avec quelque virtuosité, certains hasardent même qu&#8217;il en sont les inventeurs, font des embarcations défectueuses avec quoi ils bravent la mer par pure inconscience, éthylisme chronique ou surestimation de soi, pêchent la morue en bande ou périssent seuls en mer selon l&#8217;humeur du jour, érigent des tumulus à tous les croisements  de chemins, se suicident plus souvent qu&#8217;à leur tour et font leurs courses au supermarché du chef-lieu chaque samedi bref pour résumer: de vrais bretons ces Brümnlandais!</p>
<p>Le chauffeur arrête la voiture:</p>
<p>-Nous sommes arrivés? S&#8217;enquiert le conseiller.</p>
<p>-Non panne d&#8217;essence!</p>
<p>Les brumes nous environnent, toutes sortes de brumes, je l&#8217;ai dit ici ils s&#8217;en font une spécialité.</p>
<p>-Le mieux c&#8217;est de finir en raquettes.</p>
<p>Nous chaussons donc les raquettes et en route. Kloonberg est sans doute une ville charmante mais nous n&#8217;en voyons rien, à un carrefour nous voulons demander notre route à un agent de police en manteau de fourrure qui se révéle être un ours polaire qui fait son shoppingue dans les poubelles du centre-ville.</p>
<p>-Les putes doivent avoir un mal fou ici? Interrogeai-je le conseiller.</p>
<p>-Avec un bon sonar à morue on s&#8217;y retrouve Majesté.</p>
<p>-Là-bas une lumière! Nous crie notre chauffeur à pied en nous désignant un clignotement au milieu de la tempête de neige qui commence à hanter la brume, nous faisons aussitôt route vers la lumière et après dix minutes de marche contre le vent nous débarquons dans un &#8230; sex-shop esquimaud.</p>
<p>C&#8217;est très étonnant car les esquimauds étant quoi qu&#8217;on en pense frileux, au moins toujours chaudement vêtus, ils ne se mettent jamais tout à fait nus, même pendant leur nuit de nôces et pour eux le sommet de la pornographie est de montrer ses oreilles, on imagine la débauche d&#8217;oreilles de toutes tailles le plus souvent congestionnées et mouilléesqu&#8217;arborent les jaquettes de films. C&#8217;est étonnant mais à force cela en devient troublant et j&#8217;en rougis un peu.</p>
<p>La tempête se calmant nous quittons l&#8217;établissement et après trois bonnes heures de marche nous arrivons enfin au palais, malheureusement impossible d&#8217;y pénétrer à cause des congères qui en bouchent toutes les entrèes.  </p>
<p>-Il faut grimper jusqu&#8217;au cinquiéme étage, c&#8217;est là qu&#8217;est la lôge du concierge, mais moi je peux pas je sors d&#8217;arrêt maladie. Nous explique le chauffeur.</p>
<p>Le conseiller se déclarant sujet au vertige et donc fort peu volontaire pour une grimpette, me voilà parti, par la face est, la plus difficile dit-on, à l&#8217;assaut de mon propre palais vice-royal., élégant batîment de style &#8220;guillauminien triomphant&#8221;.</p>
<p>A-t-on idée aussi d&#8217;installer le concierge au cinquiéme et pourquoi pas sur le toît?</p>
<p>Malgré les engelures et sans l&#8217;aide d&#8217;un quelconque ustensîle alpin j&#8217;aborde au cinquiéme, réveille le concierge afin qu&#8217;il précipitât une cordée de secours pour mes camarades dans le même temps où je me fais connaître et lui demande le chemin de mes appartements, il m&#8217;y conduit sans plus de formalités ni d&#8217;égards et derechef  j&#8217;entre en fonction et commence à vice-régner en vidant le frigidaire, j&#8217;ai une de ces faims moi, l&#8217;altitude ça creuse!</p>
<p>(à suivre&#8230;)</p>
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		<title>La rubrique sexo-petassing de Lurbaine</title>
		<link>http://revue.lurbaine.net/2011/10/17/la-rubrique-sexo-petassing-de-lurbaine/</link>
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		<pubDate>Mon, 17 Oct 2011 05:34:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

		<category><![CDATA[Urbane Tattack votre feuilleton sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[
La rubrique sexo-petassing 
Spéciale régimes

Ce mois-ci les filles nous parlons des régîmes, aujourd’hui ils occupent une place essentielle dans notre vie (et dans celle de nos caniches aussi&#8230; pardon je veux dire de nos mecs !), avec la machine à café et les sextoys ils ont avantageusement remplacé la croyance et la pratique religieuse, oui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://images.blog-24.com/1370000/1367000/1367462.gif" alt="" /></p>
<p><strong>La rubrique sexo-petassing </p>
<p>Spéciale régimes<br />
</strong></p>
<p>Ce mois-ci les filles nous parlons des régîmes, aujourd’hui ils occupent une place essentielle dans notre vie (et dans celle de nos caniches aussi&#8230; pardon je veux dire de nos mecs !), avec la machine à café et les sextoys ils ont avantageusement remplacé la croyance et la pratique religieuse, oui les filles il faut croire en notre ligne même si ce n’est pas toujours facile et que les preuves et la grâce souvent manquent, pour vous aider nous avons testé les régîmes vedettes du moment:</p>
<p>- Le régime dissocié du docteur Bronstein-Petiaux :</p>
<p>Comptable de devoir le jour, étrangleur de jougueuse la nuit :</p>
<p>-Point fort: une réelle dépense physique, courir pour attraper la jougueuse, la maîtriser, la violer, l’étrangler puis la découper et l’enterrer.</p>
<p>D’autant que le viol selon une étude de l’Alabama State Lynch University est un exercice extrêmement énergétivore bénéfique à la concentration et à l’acuité visuelle.</p>
<p>Alors pourquoi se priver ?</p>
<p>-Point faible: se faire surprendre par les flics en plein exercice mais là encore nouvelle dépense d’énergie pour leur échapper très favorable à une perte de poids.</p>
<p>-Le régime constructif alternatif du docteur Bismuth-De Oliveira Teixeira Hernandez Olivares ect&#8230;</p>
<p>Chaque week-end vous coulez une dalle de béton de 35 m² ou vous creusez une tranchée de 35 mètres de long sur trois de large et deux de profondeur.</p>
<p>-Point fort: vous êtes trop fatiguée le reste de la semaine pour penser à vos fesses, de toutes les façons au bout de trois semaines vous n’avez plus de fesses.</p>
<p>Peut être combiné avec un collègue pratiquant le régime Bronstein-Petiaux vous vous occupez alors de la partie terrassement.</p>
<p>-Point faible: risque de dérèglement vertébral et de redressement fiscal pour travail au noir.</p>
<p>-Le véritable et seul authentique régime Dukon :</p>
<p>Le régime ventre plat/classe moyenne du Professeur Sarkollabo (de l’Otan !) </p>
<p>Vous supprimez, la viande, le poisson, la charcuterie, les laitages, tous les fruits et les légumes, de toutes façons vous pouvez plus vous en payer et le frigo est vide, c’est comme sous l’occup’, les patates à l’eau (à vingt balles le kilog!) sont devenus un plat de luxe sauf que maintenant même les topinambours et les rutabagas sont rationnés et hors de prix alors vous sucez votre bâton caséiné ou vous mâchez inlassablement votre pain fantaisie à la sciure de bois en crachant sur le portrait en pied grandeur nature (10cmx15cm) de l’idole des vieux, le petit père des pépères, le vainqueur d’Al Bezouf (bourgade du désert libyen peuplé de 7 habitants et de 11 chameaux prise héroïquement par nos troupes grotescotanesques après trois semaines de bombardements intensifs!)</p>
<p>-Point fort: en même pas quatre ans vous êtes économiquement, moralement et cliniquement  mort et donc adieu les problèmes de ligne.</p>
<p>-Point faible: « Salauds de vieux ! »</p>
<p>Critique littéraire : </p>
<p>Une histoire de couenne! de Pervenche Broutmeux-Leuzgig</p>
<p>aux Editions Marie-pas-Claire. 63.99 zeuros.</p>
<p>C’est un sujet des plus douloureux dont nous parle Pervenche Broutmeux-Leuzgig Socioguogue au CNRS: la couenne à travers les âges (et dans une perspective transgenre bien entendu !).</p>
<p>Bannie de notre paysage culturel, proscrite de tout régime alimentaire moderne, chassée des frigos vides de nos cuisines intégrées, la couenne a pourtant longtemps régné en France tel un symbole de prospérité et d’art de vivre, elle est aujourd’hui mise au ban de notre société allégée mais Pervenche Broutmeux-Leuzgig ne biaise pas (depuis longtemps !) elle sait éviter, avec légèreté, tout ce que le sujet pourrait avoir de scabreux et même de blasphématoire envers l’hygiénisme contemporain (les âmes sensibles pourront quand même s’épargner la vision de certaines photos de jambon de Bayonne éventrés et de pâtés en croûte tremblotant de gelée la tripe à l’air proprement insoutenables).</p>
<p>En 119 pages (entièrement découennées et dégraissées je vous rassure) déjà une somme pour servir à l’histoire de la couennerie afin que de telles époques ne reviennent jamais.</p>
<p>Les bonnes recettes de Julie l’Anorexique: </p>
<p>La Tarte aux boulons.</p>
<p>-Aujourd’hui Je suis avec Jean-Pierre Taincon de La Gerbouillade à Morzy-Lepreux mon cher Jean-Pierre qu’allez vous nous préparer?</p>
<p>-Alorrrsss pour ce tout de suite nous allons fairrrre ma chèrrre Julie une vieille rrrecette de chez nous: la couenne de porc frite au gras et cuite dans la graisse d’oie avec ses lardons au beurre.</p>
<p>-Aaaaaaaaaaarrggghhhhhhhhhh !!!&#8230; Zzzdddooong !</p>
<p>-‘tain con ! Elle s’est évanouie&#8230; Oh c’était pour rire&#8230;  Eh ! Oh ! Shlac ! Shlac ! Là ça va mieux ?</p>
<p>-Oui&#8230; oui&#8230; enfin je crois&#8230; mais arrêtez de me mettre des claques! Et prévenez-moi la prochaine fois que vous faîtes de l’humour Jean-Pierre&#8230; Bon alors la recette du jour c’est la Tarte aux boulons avec sa sauce au minium et aux escargots mixés&#8230; Euh ça ne risque pas d’être un peu lourd Jean-Pierre tout ça?</p>
<p>-Vous m’avez demandé de fairrre moderrrne et crrréatif ! ‘faudrrrait savoirr ce que vous voulez pourr du molléculairrre c’est du mollécullairrre ça! Maintenant si vous voulez alléger vous mettez du boulon de 12 au lieu du 16 mais il y aurrrra moins de crrroquant forrcément&#8230; bon béh passez-moi le masque de soudeurrr que je monte le fond de tarrrte&#8230; pendant ce temps occupez-vous quoi&#8230; tiens vous avez qu’à repeindrrre la grrrille du studio avec la sauce&#8230;</p>
<p>Le courrier des Lecteuses :</p>
<p>Aujourd’hui Nicolette nous écrit :</p>
<p>« En vacances en Libye je suis sortie quelque temps avec un bédouin, nous avons vécu une merveilleuse histoire d’amour, j’ai cru en lui et en son amour, il m’avait promis de m’acheter des Rafales, des centrales nucléaires et des Airbus et il s’est ignoblement moqué de moi,  j’ai décidé de me venger, chez moi le glandulaire gouverne tout, depuis six mois avec l’aide de Barack mon chef je le bombarde jour et nuit, je me fous d’avoir l’air d’une conne à bomber (humainement s’entend!) des bouts de désert et des stations services (on est humainement pas à quelques milliers de pompistes et fils de pompistes pauvres bitards de vingt ans près! ) mais voilà depuis je suis devenu boulimique et j’arrête pas de bouffer et à la cantine de l’OTAN  toutes mes copines de l‘Alliance et de l’Axdubien se foutent de moi. Quel régime adopter ? Jusqu’à présent je n’ai essayé que le régime policier Flicker-Guéant mais mes collégues zétazuniens me disent le plus grand bien de leur régime pénitentiaire électrifié Rumsfield-Guantanammo.»</p>
<p>La réponse de notre rédacteuse Mary-Keune-Debaze:</p>
<p>« Ma chère Nicolette dans ton cas nous te conseillons le régime Mandelbaum-Gagarine tu avales chaque jour au petit-déjeuner 520 grammes de chlorate de soude, 330 grammes  de nitrate de potassium et deux grosses cuillérées à soupe de charbon phosphoré, au bout d’une semaine tu t’introduis un Tampax dans l’anus et tu y mets le feu si tu suis bien le régime normalement tu devrais être idéalement placée en orbite basse pour 2012. »</p>
<p>&#8230; à plus les filles !</p>
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		<item>
		<title>NORDNMARK ONE POINT ! by H.T.Fumiganza 41&#8230;</title>
		<link>http://revue.lurbaine.net/2011/08/02/nordnmark-one-point-by-htfumiganza-41/</link>
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		<pubDate>Tue, 02 Aug 2011 05:53:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nordnmark one point !]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

		<category><![CDATA[Urbane Tattack votre feuilleton sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[17 Août
Notre petit Koonradt est arrivé ce matin, il ne m&#8217;a pas reconnu, il faut dire qu&#8217;il m&#8217;a fallu me raser entiérement la tête poils et sourcils inclus, je ressemblais à une mine marine, ce qui a provoqué quelque étonnement de ma Poupetkë et de toute la famille. J&#8217;ai pris la chose avec désinvolture:
-Petite réfôrme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>17 Août</strong></p>
<p>Notre petit Koonradt est arrivé ce matin, il ne m&#8217;a pas reconnu, il faut dire qu&#8217;il m&#8217;a fallu me raser entiérement la tête poils et sourcils inclus, je ressemblais à une mine marine, ce qui a provoqué quelque étonnement de ma Poupetkë et de toute la famille. J&#8217;ai pris la chose avec désinvolture:<br />
-Petite réfôrme morale et physique dis-je en remettant mes lunettes noires, malheureusement il m&#8217;a fallu aussi dans l&#8217;affaire sacrifier ma moustache de pronunciamentiste en puisssance.<br />
 Koonradt a eu une permission de son capitaine, cela ne l&#8217;empêche pas d&#8217;être en uniforme de colonel  de son régiment, il l&#8217;a eu à sept ans, son régiment, sept ans l&#8217;âge de raison, comme tout prince héritier de la courônne de Nordnmark,  son frère cadet mon bon Uurtikrn fut déçu de ne pas en avoir un, de régiment, lui aussi pour son anniversaire l&#8217;année suivante. Devant les cris et les disputes et sa déception, j&#8217;avais proposé à la Reine, pour qu&#8217;il n&#8217;y eut point de jaloux, de lui en attribuer un, de gendarmes à pied ou d&#8217;assistantes sociales à cheval, n&#8217;importe quoi pour amuser l&#8217;enfant mais bien entendu l&#8217;on ne manqua pas l&#8217;occasion de m&#8217;humilier une fois encore, depuis mon romantique Uurtikrn déçu dans ses espérances militaires cultive un pacifisme vestimentaire et moral qui m&#8217;apparait comme son seul vrai défaut.<br />
Et puis notre Koonradt n&#8217;est guère prêteur, il tient ça de sa mère (concédons-le!) et chaque fois que le bon Uurtikrn voulait s&#8217;amuser à conduire son régiment au Zoo ou au square, son frère prétextait une sortie ou des manoeuvres pour lui en confisquer le plaisir.<br />
Alors pendant que mon bon Uurtikrn porte son  triste uniforme de grunge notre cher Koonradt bien que faisant son temps militaire dans l&#8217;aviation arbore plutôt que la tenue d&#8217;aspirant de seconde pompe un éclatant costûme de Colonel du 11° régiment de Renkeyser de la reine, le tître est un peu pompeux, d&#8217;abord parce que l&#8217;on aurait peine à trouver les dix régiments qui le précédent sur le papier et qui sont tous symboliques maintenant et ensuite parce que l&#8217;on pourrait traduire ce substantif  de &#8220;Renkeyser&#8221; par conducteur de rennes. Il est gardien de rennes quoi!<br />
J&#8217;ai dit l&#8217;attachement que le nordmois a pour le bestiau sacré, sans doute parce que pendant des siécles le renne l&#8217;a nourri, vêtu  et permit de commercer avec les autres sauvages  habitants de ces contrées tardivement et incomplétement (constatons-le honnêtement!) civilisées mais cette considération qu&#8217;il a pour ces animaux a de nos jours viré à l&#8217;idolâtrie et à une manière d&#8217;animisme anémié car sans sacrifice humains ni festivités un peu colorées.<br />
Le renne est un ruminant, un animal maussade et fataliste, tout comme le nordmois et il partage avec lui la même qualité dominante et précieuse en ces pays: il n&#8217;est pas frileux.<br />
Malgré tout je suis heureux de revoir mon enfant. Un bonheur n&#8217;arrivant jamais seul le cher Sir John Branke Strikeman nous rejoint dans l&#8217;après-midi, je le découvre dans un champ alors qu&#8217;il est en train de replier son parachute:<br />
-Ah tétesse, jieu passais par là par hasard et l&#8217;idée m&#8217;est véniou de venir vous présenter mes respects amicaux et parachutistes&#8230; où est mon chapeau?<br />
Il m&#8217;apprend le retour de son chapeau décroché d&#8217;un arbre en même  temps que celui de son épouse à l&#8217;ambassade conjugale.<br />
-Heureuse nouvelle donc!<br />
-Point complétement elle a beaucoup perdu en bourse, sans doute pourquoi son français l&#8217;a quitté. A propos de français l&#8217;on me dit que vous allez rencontrer the little shit&#8230; je veux dire le président français &#8230;<br />
-Dîner officiel tout à fait superfétatoire à mon goût.<br />
-Et au mien donc cet homme est d&#8217;une goujaterie, lors de son dernier voyage officielle chez nous il n&#8217;a cessé de tripoter la reine, enfin a-t-on idée même son époux y a renoncé depuis bien longtemps. Entre nous Altesse, les américains sont très fâchés contre lui suite à de récents bombardements stratégiques aux Pepsico Islands tout à fait hors de propos et il veut se refaire il va essayer de vous vendre des chasseurs-bombardiers tactiques.<br />
-Ah tiens don&#8217; mais nous n&#8217;en avons pas l&#8217;usage, il me semble. Mais pour bombarder qui nous sommes en paix avec tout le monde?<br />
-Oh pour ça on trouve toujours, regardez les américains, il s’invente des ennemis tous les jours, le jour où ils ne s’en trouveront plus ils tomberont de cheval et on en parlera plous! Et puis votre flotte de chasse dâte quand même des années cinquante.<br />
-Et cela se remplace tous les combien une chasse?<br />
-Mettons qu&#8217;il serait temps de vous débarasser de vos avions à pistons.Vos aviateurs y pensent aussi d&#8217;ailleurs, vous avez le plus fort taux de perte de l&#8217;alliance atlantique.<br />
-Ah quand même nous sommes champion de quelque chose! Mon Dieu et notre Koonradt qui sert dans l&#8217;Armée de l&#8217;Air.<br />
-Je vous le dis il serait temps de s&#8217;en inquiéter. Or une proposition va être faite par le consortium Fairthrope-British Teapot-Aircraft-Drumman Corporation dont je suis le représentant exclusif pour le Nordnmark, mais cela ne doit compter pour rien bien sûr dans vos réflexions, c&#8217;est malgré tout un marché de plusieurs milliards de Brelotkë sur quoi mes amis américains insistent pour qu&#8217;un pourcentage de 5 % au moins aille abonder vos oeuvres Tétesse en particulier votre Fondation d&#8217;Art Post-Contemporain qui les intéresse au plus haut point.<br />
-Ah tiens don&#8217; je ne voyais pas vos texans aussi ouverts à l&#8217;Art Post-Contemporain. Mais mon cher vous accordez, je le crains, trop d&#8217;importance à mon faible pouvoir d&#8217;influence.<br />
-De ce que j&#8217;ai compris, tout devrait se jouer lors de la prochaine réunion de l&#8217;OTAN à laquelle vous représenterez sa Majesté la Reine. Une déclaration de votre part après une démonstration en vol de notre WC 29 Shootnuns aurait pour nous valeur d&#8217;engagement.<br />
-Vous oubliez mon cher John Branke que dans ma poitrîne bat encore un coeur français<br />
-C&#8217;est bien cette fidélité à vos principes qui m&#8217;inclinent à penser que vous ne pourriez décemment faire prendre des risques à vos jeunes pilotes nordmois dont le jeune prince Koonradt or le nouveau chasseur bombardier français Razfoune à rétro-pédalage furtif et décollage oblique, s&#8217;il montre des solutions élégantes sur le papier n&#8217;est absolument pas au point et même dangereux d&#8217;usage le dernier prototype parti du Bourget s&#8217;est crashé sur une sanisette de la campagne de Reims même si l&#8217;affaire a été adroitement tenue secréte.<br />
-Nous verrons mon cher John Branke. En attendant nous ferez-vous le plaisir de déjeuner avec nous.</p>
<p>*</p>
<p>Plus étonnant, deux heures après alors que nous venons de raccompagner Sir John Branke au car pour Londres, qu&#8217;elle n&#8217;est pas notre surprise de voir arriver un second parachutiste, celui-là vise semble-t-il la grande pelouse, deux hectares quand même, et tombe avec grâce au milieu de la piéce d&#8217;eau.<br />
C&#8217;est avec plaisir que je reconnais&#8230; là-dedans ce cher Petcho Larigaïe.<br />
-Je m&#8217;ai penché, je m&#8217;ai tombé&#8230; nous explique-t-il en se débarassant des nénuphars et autres plantes d&#8217;eau.<br />
Une fois séché et réconforté avec une vieille prune hors d&#8217;âge et alors que nous nous promenons malgré mes douleurs de pied, mes doigts sont toujours dressés et comme sur le qui-vive, dans la campagne sous une petite pluie pas désagréable, passent au dessus de nous trois chasseurs à réaction fort bruyants:<br />
-Oh mais diantre ne serait-ce point de nos nouveaux chasseurs bombardiers tactiques Razfoune, oh Monseigneur voyez quelle belle allure ils ont!<br />
-Je ne vous connaissais pas cette attirance pour les avions de chasse, mon cher, vous un littérateur, un poête, un homme d&#8217;esprit et de réflexion!<br />
-C&#8217;est justement cela la figure du chasseur-bombardier tactique dans la littérature contemporaine est sous-exploitée Monseigneur, je rêve de faire un grand poême là-dessus.<br />
-Ah tiens don&#8217;!<br />
Il ouvre sa musette:<br />
-Voyez Monseigneur j&#8217;ai quelque documentation &#8230;<br />
Il sort force illustrés en couleurs puis ce qui lui semble être quelques solides arguments de vente:<br />
-&#8230; d&#8217;autant que le gouvernement français m&#8217;a-t-on dit voudrait faire profiter Monseigneur de son offre spéciale tiers-monde: je m&#8217;équipe en Avril et je commence à toucher dessus en Mars&#8230; plus les mémoires en bandes dessinés de notre président&#8230; plus la compil&#8217; discographique de la présidente doublée dans le langage des signes&#8230; plus la photo dédicacée&#8230; plus le tee-shirt et la casquette coordonnée&#8230; plus le bandana&#8230;<br />
Bien sûr, son patriotisme excuse son activisme commercial au service des Armes françaises mais j&#8217;ai tôt fait de le démonter.<br />
-Je vous arrête tout de suite mon cher je n&#8217;ai que peu d&#8217;influence dans le traitement de ce genre d&#8217;affaires industrielles, j&#8217;y prends même assez peu d&#8217;intérêt.<br />
-Oh comme je vous comprends Monseigneur&#8230; moi-même&#8230; pourtant si vous vouliez toucher quelques mots à la Reine&#8230;<br />
Il est tout essouflé au dessus de nous les avions font une véritable démonstration, la Reine est sortie sur la terrasse et observe tout cela avec grande attention, soudain deux missîles partent de l&#8217;un des aéronefs, l&#8217;un va percuter la sanisette sur la place de l&#8217;église, l&#8217;unique sanisette de Bonpéze de style Jaclang triomphant et classée Monument Hystérique  pendant que le second détruit l&#8217;abri-bus Jeanclaudedecauxnien tardif à la sortie de la bourgade qui n&#8217;était pas même à l&#8217;inventaire supplémentaire mais s&#8217;avérait fort utile surtout l&#8217;hiver.<br />
-C&#8217;est&#8230; c&#8217;est  vous l&#8217;aurez noté, Monseigneur, actuellement le meilleur chasseur d&#8217;abri-bus et de sanisettes en capacité tout-temps du bloc Atlantique!<br />
-Impressionnant en effet autant que bruyant mais je crains que ce genre de divertissements enfantins ne soit plus guère de mon âge&#8230; et si nous allions aux champignons!<br />
<em>(à suivre&#8230;)</em></p>
]]></content:encoded>
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		<title>DSK m&#8217;a baiser ! Lofti Benayak</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jul 2011 05:37:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Journal de la France de pendant par François F. soumis]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

		<category><![CDATA[Urbane Tattack votre feuilleton sur Internet]]></category>

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		<description><![CDATA[
DSK m’a baiser !
Journal de la France de pendant par François F. soumis.
Chronique du Conquennat . 22. Lofti Benayak.
Mon maître infaillible m’attendait sur un banc à la gare de Differdange au Luxembourg près de la frontière, il avait un béret sur la tête et il s’était laissé pousser la barbe.
-Ben qu’est-ce qu’il y a?
-Oh putain [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://images.blog-24.com/1140000/1143000/1142743.jpg" alt="" /></p>
<p><strong>DSK m’a baiser !</p>
<p>Journal de la France de pendant par François F. soumis.</p>
<p>Chronique du Conquennat . 22. Lofti Benayak.</strong></p>
<p>Mon maître infaillible m’attendait sur un banc à la gare de Differdange au Luxembourg près de la frontière, il avait un béret sur la tête et il s’était laissé pousser la barbe.</p>
<p>-Ben qu’est-ce qu’il y a?</p>
<p>-Oh putain je crois bien que j’ai honte ! C’est la première fois ça m’était jamais arrivé avant ça ! Je savais même pas que ça existait</p>
<p>-Bah c’est pas la première fois qu’on se prend une tremblée, on s’en remettra comme des précédentes.</p>
<p>-Mais aussi tout ça c’est à cause de ce con de Puga mon nouveau chef d’état-major particulier, tu sais ce que c’est son chef d’état-major c’est un peu comme un kleb, on s’attache on lui confie ses problèmes, moi j’aimais bien le soir près du feu lui causer, on lui caressant le képi&#8230;</p>
<p>-T’as de la chance moi j’ai hérité du frère à de Villiers, j’ai pas intérêt à lui toucher le képi, un aristo à la con c’est qu’il me mordrait, il me traite comme la concierge de Matignon ah il faut voir comment il garde ses distances&#8230; mais tu me disais la Libye&#8230;</p>
<p>-J’ui en ai causé, j’ui ai dit les méchancetés qu’il m’avait fait le bédouin et comment chez Dassault y veulent plus rien me donner, et quand même les com’ pour un président ça représente les trois-quarts de la paye c’est pas avec ce que me donne ce con de Bolloré sur ses putes africaines&#8230; j’ose même p’us ouvrir mes relevés de compte en Suisse, mon dernier samedi à Paris au Shopi c’est encore Carla qui avait payé, j’avais honte ‘t’imagines pas. Bref je raconte mes malheurs à mon chef  d’état-major, un tradi ras du béret et il me dit :</p>
<p>-Mon Président y faut-t- y aller !</p>
<p>-Il faut te dire qu’avec lui y faut-t- y aller tout le temps, y tient pas en place ce garçon c’est un exalté !   </p>
<p>-Je t’avais pourtant dit de surtout pas sortir l’armée et qu’on aurait l’air de cons! Dés qu’on leur retire les housses ça rate pas.</p>
<p>-Mais c’est l’autre allumé qu’y me poussait :</p>
<p>« Mon Président avec les ‘tits gars on vous plie ça en 48 heures. Voyez, je prends par les Alpes façon Hannibal, je rabats sur Malte et après y a plus qu’à pousser&#8230; vo-yions un peu les états de matériel et d’effectifs&#8230; chic aujourd&#8217;hui c&#8217;est spaghetti à la Bolognaise&#8230; non ça c&#8217;est le menu de la cantîne des génés&#8230;</p>
<p>-Eh la soupe est bonne?</p>
<p>-Formide mon Président grâce à vous, c&#8217;était dans le livre blanc, on l&#8217;a rénovée entièrement la cantîne des généraux et on lui a ajouté une douzaine de salles c&#8217;était pas de trop &#8230; bon je disais les états&#8230; impeccable on a de dispo deux rafales lanceurs de gaufres et trois chenillettes à friction plus quatre sections d’aides ménagères-parachutistes au complet, ah votre réforme Mon Président ça a été une grande chose, comme toutes vos réformes d’ailleurs, on a fait le ménage dans tous les coins et depuis l’armée française ça brille de partout; c’est petit d’accord mais alors ça sent le frais et bref on est bien chez soi ! »</p>
<p>-Mais mon général il ne serait pas préférable d’être bien chez les autres, c’est pas à çà  que ça sert une armée.</p>
<p>« Justement ça Mon Président sur ce coup on va leur montrer qu’on s’exporte. »</p>
<p>-Ah ça pour une démonstration, ça a été une belle démonstration. Écoute, c’est fini, maintenant tu ne vas pas rester là ! Qu’est-ce que tu vas faire ?</p>
<p>-J’y ai pensé je vais monter une radio comme l’aut’grand con en 40&#8230; Ça sera pas Radio Londres mais Radio Luxembourg vu que&#8230;</p>
<p>-Tu sais je crois que ça existe déjà&#8230; écoute j’ai causé avec Mouammar il t’en veut pas, il dit qu’il a jamais autant rigolé, il pense même à nous acheter des avions et des munitions, tellement il a eu honte pour nous, et puis il m’a demandé de lui prêter des hommes pour le défilé, vu qu’y sont pas assez nombreux&#8230;</p>
<p>-Le défilé ? Quel défilé ?</p>
<p>-Béh celui de la victoire&#8230; enfin pour lui&#8230; pour nous ce serait plutôt celui de la défaite &#8230; mais enfin reviens tu risques rien les frontières sont pas gardées, ils occupent un minimum, la rue Montaigne, Fauchon, Lasserre et un petit bout du 8° arrondissement d’ailleurs il a eu un joli geste, Mouammar il veut aussi équiper en Toyota nos gendarmes pour qu’y se chargent de l’occupation&#8230; ça l’emmerde, y veut pas s’occuper d’occuper. En attendant il nous fait la paie.    </p>
<p>-Et tu es prêt à accepter ça; mais t’es un vrai collabo. Je t’ai vu à la télé suisse quand tu es venu plier les genoux devant lui sous l’Arc de Triomphe pendant qu’il préparait son méchoui sur la flamme! Quand je pense qu’avec le coup que j’avais monté, mon opération DSK j’allais être réélu les doigts dans&#8230; la braguette.</p>
<p>-Justement tes méthodes de Guéant&#8230;gster ça commençait à sentir et même à incommoder, Mouammar, lui il est popote, très attaché aux vraies valeurs: la dune ne ment pas&#8230; Razzia, Famille, Tribu&#8230; presque traditionaliste&#8230;</p>
<p>-Ah ne me parle plus de ces cons-là !&#8230; quand même je l’aurais bien niqué le gros Khan&#8230;</p>
<p>Il avait repris son sourire vicieux et je n’ai pas tenu devant tant d’injustice, j’ai fondu en larmes.</p>
<p>-Jamais ! Jamais  je ne te pardonnerai ce que tu lui as fait !</p>
<p>Et je lui frappais la poitrine de mes petits poings, j’étais hors de moi, presque décoiffé, c’est dire.</p>
<p>-Mais ma parole&#8230; mais on dirait&#8230;. mais tu l’aimes.</p>
<p>-Oui je l’aime&#8230; et même j’attends un enfant de lui&#8230; Il est brutal, grossier, cynique, lâche, sans éducation, dominateur, foireux, grotesque tout ce qui me plaisait chez toi je l’ai retrouvé chez lui&#8230; je l’aime oh oui je l’aime! Je lui appartiens, il est mon maître!</p>
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		<title>NORDNMARK ONE POINT ! H.T.FUMIGANZA /39</title>
		<link>http://revue.lurbaine.net/2011/06/23/nordnmark-one-point-htfumiganza/</link>
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		<pubDate>Thu, 23 Jun 2011 02:12:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nordnmark one point !]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

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		<description><![CDATA[16 Août
 Ai-je rêvé de cette soirée quelque peu agitée, je me souviens  que ce cher Jacky Le Chombard m&#8217;a raccompagné tôt le matin dans sa Citroën Méhari orange, mais du reste hormis une forte migraine&#8230;
Je m&#8217;habille&#8230; enfin Pezzolino m&#8217;habille:
-Sa Seigneurie a eu une soirée agitée?
-Occupe-toi de tes pizzas veux-tu. Tu as brossé mes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>16 Août</p>
<p> Ai-je rêvé de cette soirée quelque peu agitée, je me souviens  que ce cher Jacky Le Chombard m&#8217;a raccompagné tôt le matin dans sa Citroën Méhari orange, mais du reste hormis une forte migraine&#8230;</p>
<p>Je m&#8217;habille&#8230; enfin Pezzolino m&#8217;habille:</p>
<p>-Sa Seigneurie a eu une soirée agitée?</p>
<p>-Occupe-toi de tes pizzas veux-tu. Tu as brossé mes cheviottes?</p>
<p>-Oui Monseigneur.</p>
<p>-Eh bien alors sors-moi un costume de velours.</p>
<p>Je descends à presque onze heures, ce qui n&#8217;est guère dans mes habitudes, je croise dans l&#8217;escalier Urinald Fun Froeben le Grand Chambellan de la Cour:</p>
<p>-Qu&#8217;est-ce vous foutez chez moi vous! C&#8217;est pas assez de nous emmerder à l&#8217;année il faut que vous veniez encore me casser les noix en vacances! Allez donc chambeller ailleurs mon vieux!</p>
<p>-Sa Majesté m&#8217;a convoqué. Je défére à ses ordres. Aboie-t-il en claquant des talons.</p>
<p>-Eh bien déférez&#8230;. mais sans bruits j’ai un de ces mal de tête!  </p>
<p>Ma Poupetkë m&#8217;informe que nous avons reçu une invitation du président français il nous convie à un dîner officiel la semaine prôchaine à l&#8217;Elysée, la barbe, nous sômmes à Bonpéze en séjour privé quelle mouche le pique? En mesure de rétorsion pour cette invitation mal à propos je me promets de lui apporter quelques bonnes bouteilles de Chateau-Bonpéze.</p>
<p>Etrangement la Reine-Mère m&#8217;accueille amicalement et me sert d&#8217;autorité deux Alka-Seltzers bien tassés.  </p>
<p>-Ah fotre ami avec une gueue de chwal, Jacky vous cherchait dout-à l&#8217;heure! M&#8217;informe-t-elle.</p>
<p>Jacky Le Chombard ne porte pas une queue de cheval mais une paire de couettes.</p>
<p>Je le regarde elle semble rêveuse comme une jeune mariée&#8230; du corps des dragons.</p>
<p>Jacky Chombard est venu au chateau prendre de mes nouvelles et s&#8217;entretenir avec moi, c&#8217;est un garçon qui gagne à être connu. Hors cette propension qu&#8217;il a d&#8217;élever des loups en pays d&#8217;élevage. Un peu intimidé il s&#8217;est d&#8217;abord adressé au père Beignalous:</p>
<p>-Le Cagadou? Oh il va bien, aussi couillon qu&#8217;il est solide!</p>
<p>C&#8217;est dit sans malice et il vaut mieux être tenu pour couillon en ce pays que clairvoyant en bien d&#8217;autres contrées.</p>
<p>Il s&#8217;en allait avec discrétion quand je suis arrivé:</p>
<p>-Eh bien mon cher vous avez fait forte impression sur la Reine-Mère.</p>
<p>Il rougit, tressaute, perd ses moyens:</p>
<p>-La&#8230; la Reine-Mère vous voulez dire que j&#8217;ai&#8230;</p>
<p>Il est effondré et en même temps comme apaisé:</p>
<p>-Je &#8230; je ne sais pas comment cela s&#8217;est fait, j&#8217;ai vu un jardinier qui taillait ses rosiers&#8230;</p>
<p>-Mes rosiers vous voulez dire!</p>
<p>-Je lui ai demandé si vous étiez là&#8230; et il s&#8217;est jeté sur moi&#8230; et j&#8217;ai cru qu&#8217;il&#8230; c&#8217;était donc madame votre belle-doche&#8230;</p>
<p>-La Reine-Mère en personne ce qui est vous l&#8217;avez remarqué assez considérable.</p>
<p>-Ah Dieu quel engin! Quel monument! Quelle&#8230; quelle femme! Je ne sais que dire Monseigneur.</p>
<p>-Dîtes Raoul plutôt que Monseigneur et continuez mon garçon, vous avez sur elle une influence toute bienfaisante et apaisante.  Décidément l&#8217;éleveur de loups montre une attirance étonnante pour les grands carnassiers, réussir à dresser le dragon jusqu&#8217;à le faire manger dans sa&#8230; braguette voilà qui reléve de l&#8217;exploit.</p>
<p>-Mais vous vouliez m&#8217;entretenir mon cher Jacky?</p>
<p>-Oui, oui Monseigneur&#8230; euh Raoul&#8230; l&#8217;opération est pour ce soir.</p>
<p>-L&#8217;opération quelle opération? On va vous opérer? Vous êtes souffrant?</p>
<p>-Mais non l&#8217;opération contre l&#8217;émetteur tévé du Mont Pipard, nous agirons ce soir.</p>
<p>-Ah! Dis-je assez laconiquement je le concéde.</p>
<p>Maintenant il me revient le souvenir de quelques serments secrets solennellement prêtés dans la cave du Baltou et aussi de Maître Bourmous se promenant en tutu et montrant ses fesses aux clients de passage venus déranger notre cérémonie clandestine et de ce cher Voualtère Brummeliche (de plus en plus) entonnant quelques chants sonnants et soldatesques en tudesque dans le texte, bref je devine qu&#8217;il y eut  du mouvement  et de l&#8217;engagement mais de là à participer à la destruction d&#8217;édicules appartenant à l&#8217;état français, il y a un pas.</p>
<p>-Et ma participation à l&#8217;événement est requise?</p>
<p>Le cher Jacky qui est un romantique recule devant ma possible défection:</p>
<p>-C&#8221;est à vous de voir Monseigneur.</p>
<p>Je lui tapôte l&#8217;épaule:</p>
<p>-Il ne sera pas dit qu&#8217;un Bonpéze revînt jamais sur sa parole!</p>
<p>Son visage s&#8217;empourpre, je les connais mes gaulois, l&#8217;âme au bleu et le coeur au clair.   </p>
<p>(à suivre&#8230;)</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>NORDNMARK ONE POINT! H.T.Fumiganza 38&#8230;</title>
		<link>http://revue.lurbaine.net/2011/03/02/nordnmark-one-point-htfumiganza-38/</link>
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		<pubDate>Wed, 02 Mar 2011 05:47:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Nordnmark one point !]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

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		<description><![CDATA[15 Aôut
15 Août: Fête nationale de notre vieille France. Fête de l&#8217;assomption de la très sainte vierge. Que de souvenirs j&#8217;ai de ces processions à travers la campagne de Bonpèze où enfants de choeur nous défilions aux côtés de l&#8217;Abbé Pellefigues derrière la statue de notre Sainte-Mère et au milieu des bannières et des chants.
Je [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>15 Aôut</p>
<p>15 Août: Fête nationale de notre vieille France. Fête de l&#8217;assomption de la très sainte vierge. Que de souvenirs j&#8217;ai de ces processions à travers la campagne de Bonpèze où enfants de choeur nous défilions aux côtés de l&#8217;Abbé Pellefigues derrière la statue de notre Sainte-Mère et au milieu des bannières et des chants.<br />
Je retrouve dans une armoire mon vieil uniforme de chef scout, je le mets, j&#8217;y rentre encore, le temps a passé je ne suis certes plus ce jeune homme de quinze ans assez étincelant d&#8217;après mon souvenir, ou d&#8217;après d&#8217;autres ce &#8220;guenuchon neurasthénique&#8221; c&#8217;était là mon totem, à l&#8217;époque  je montais aisément aux arbres (je ne fréquentais point encore les dames) et je traversais de longues périodes d&#8217;apathie morale mais ne nous apitoyons pas, le short n&#8217;est pas trop short. Je mets les bas de laine aussi et le sifflet et le chapeau et les pataugas et je descends comme ça, très réglementaire sinon tout à fait élégant, sur la terrasse où les enfants, ma Poupetkë et la belle-mère prennent le petit déjeuner et me découvrent en cet étonnante tenue qui marquent de manière éclatante, quoique assez peu confortable cela me sert aux cou&#8230;des, la fidélité à mon passé et à ma foi.<br />
-Et où allez-vous ainzi aggoutré mon ami?<br />
-Faire un petit tour ma chérie.<br />
-Moi jé té dis qu&#8217;il est gomplétement fondu ce gon-là! Commente la reine-Mère en se resservant en alka-seltzer.<br />
Je rejoins la procession sur la place de l&#8217;église. Le curé de Bonpéze le père Prosper-Théobald Obouduban-Oujustandsou  un solide congolais, fier buveur et qui posséde une très belle voix de basse, est fort désappointé, l&#8217;un de ses enfants de choeur n&#8217;est pas là:<br />
-Je crois bien que ce petit saligaud est-t-allé-z-aux putes à Sainte Peyre! Il me manque un porte-bannière, vous marchez avec nous Monseigneur?<br />
-Je suis tout à votre disposition mon père, cela me rappellera ma jeunesse.<br />
La vérité est que j&#8217;ai longtemps rêvé de porter bannière mais c&#8217;était toujours Jean-Pascal Bourmous, le fils du notaire, le préféré de l&#8217;Abbé Pellefigues qui y avait droit.<br />
L&#8217;abbé s&#8217;adresse à nous avant le départ:<br />
-Et si vous êtes bien sages les enfants vous aurez des pains-z-chocolat au goûter. Et n&#8217;oubliez pas on tient la ligne, on lâche rien et l&#8217;on ne marche pas sur les aubes.<br />
Je regarde mes collégues enfants de choeur, ils sont comme moi très concentrés, il s&#8217;agit de ne pas se louper pour décrocher les pains-z-au chocolat.<br />
Bien entendu on l&#8217;aura compris il s&#8217;agit là d&#8217;une revanche que je prends sur l&#8217;élément protestant de notre famille car la procession tourne traditionnellement trois fois autour du château .<br />
Quand nous arrivons en vue de château Bonpéze je hausse le son, les cantiques s&#8217;enchaînent et je hisse un peu plus haut nos couleurs sacrées.<br />
Walter Brummiche le patron du Baltou qui est correspondant du Beaufinois Libéré prend des photos.<br />
-Achtung! Bittë On zourit! Dankë!<br />
Premier tour, ça bouge sur la terrasse, les enfants me font des signes, deuxiéme tour la belle-doche monte en ligne et s&#8217;agite, troisiéme tour ma Poupetke rappelle tout son monde. Quelle autorité! Qui n&#8217;a jamais vu ma Poupetkë commander un demi en terrasse ne sait pas ce que c&#8217;est que l&#8217;autorité.<br />
Ah ça chiffre tout de suite les processions dans le coin, nous n&#8217;avons pas loin de vingt kilométres dans les jambes quand nous nous attablons enfin sur la place de l&#8217;église où trêteaux et bancs ont été installés, je régle trois tournées supplémentaires de pains-z-aux chocolats et de chocolat-t-au lait à mes collégues et quelques autres surnuméraires de pastis à tous les autres, le boulanger apporte aussi des Bouffles ce sont des gros pains farcis de cailloux en praslines, dans le temps c&#8217;était des vrais cailloux, avec cela que l&#8217;on se rendait aux champs, cela vous lestait pour la journée, le Beaufinois était un pays pauvre et les jacqueries se terminaient souvent par des festins païens et assez inconvenants, j&#8217;ai eu quelques ancêtres Bonpéze ainsi mis en brôche et dévorés par des paysans sans égards pour les dépositaires de l&#8217;autorité qu&#8217;ils étaient. Sans compter que d&#8217;un simple point de vue diététique cela ne devait pas être bien fameux.<br />
-La Guenuche! Béh mais qu&#8217;est-ce tu fous là?<br />
Je me retourne vers le quadragénaire et demi flanqué de deux gamins qui m&#8217;apostrophe :<br />
-Bourmous, le fils du notaire, tu me remets pas? Gerboise Indomptable, la 1° Bonpéze .<br />
-Bourmous ça alors! Mais ce n&#8217;était pas plutôt Gerboise Honteuse&#8230;<br />
Je dois à la vérité historique de ne point celer ce détail, car le cher Bourmous avait gagné ce surnom parce que sitôt repas pris il allait se cacher dans les bois pour &#8220;gerber&#8221;.<br />
-Non pour les gamins c&#8217;est &#8220;gerboise indomptable&#8221;, je préfére.<br />
-Tu en as combien comme ça?<br />
-Sept .<br />
-Bravo.<br />
-C&#8217;est plutôt toi qu&#8217;il faudrait féliciter, alors t&#8217;es altesse pour de bon. Comment faut-y- t&#8217;appeler Monseigneur?<br />
-La Guenuche, ça va bien et ça me rajeunit.<br />
-Alors Monseigneur La Guenuche t&#8217;as fini par la décrocher ta bannière, je suis arrivé trop tard, j&#8217;avais encore du travail à l&#8217;étude.<br />
-Tu as repris l&#8217;étude de ton père?<br />
-Qu&#8217;est-ce que tu veux, la tradition, je suis la neuviéme génération de Maître Bourmous notaire à Sainte Peyre de Clerc en Beaufinois. Quelques fois j&#8217;ai l&#8217;impression d&#8217;être un portrait de famille, d&#8217;être déjà peint.<br />
-Bah bah bah ! Rien de plus honorable que de poursuivre la tradition familiale. Ton fils la continuera, le mien aussi et nous pourrons nous mettre hors du coup et parfaire notre salut au large.<br />
-Tu as sûrement raison  et puis j&#8217;ai jamais eu trop d&#8217;imagination pour m&#8217;inventer un destin comme toi Monseigneur La Guenuche.<br />
-Maître Bourmous, je vous le dis, avec la meilleure volonté du monde, l&#8217;on ne devient jamais au mieux que des personnages.<br />
&#8220;Conversations entre Monseigneur La Guenuche et Maître Bourmous&#8221; ce pourrait être le titre du tableau, nous ne sommes que des enfants grimés qui essaient de se faire le plus ressemblant possible à nos rôles. Vanités et fards de l&#8217;humaine destinée.    </p>
<p>Peu à peu d&#8217;autres personnages nous rejoignent sous les quiets tilleuls de la place Césarin Pébre qui semblent bayer au soir, l&#8217;abbé Obouduban-Oujustendssou vient de dire sa dernière messe et a fini sa journée, Jacky Le Chombard passait par là et Voualtère Brummeliche a quitté son comptoir et délégué la conduite de son bar à son épouse Marilyne née Cabressous second bien fessue et qui tient ferme au cap.<br />
Est-ce échauffement naturel entre grands mâles, effets de l&#8217;alcoolémie ambiante ou influence pernicieuse des exhalaisons mellifiques des tilleuls sus-cités nous en arrivons à la conclusion unanîme que l&#8217;époque n&#8217;a guère de vertu et qu&#8217;il convient de la punir pour son impudente outrecuidance.<br />
-Il faut lui foutre au cul!<br />
Jacky Le Chombard nous montre la place maintenant vide:<br />
-Savez-vous où ils sont tous ? Devant leur foutue télé! Et il est où le lien social? Carbonisé le lien social!<br />
Ce garçon me semble s&#8217;exalter un peu vitement, mais l&#8217;on aura noté que mes réflexions antèrieures sur l&#8217;influence maléfique de la télévision  rejoignent d&#8217;assez prés ses préoccupations.<br />
Maintenant tout en confiance il m&#8217;avoue avoir mené quelques actions  symboliques quoiqu&#8217;illégales tout à fait dans nos idées, il a même saboté un relais de télévision et revendiqué derechef la paternité de l&#8217;attentat au nom d&#8217;un groupe activiste: les Joyeux Autonomes du Beaufinois qu&#8217;il a monté avec le patron du Baltou et le curé de Bonpéze tous deux opposants à la tévé par vocation sacerdotale.<br />
-Les joyeux autonomes du Beaufinois, ça fait pas un peu société d&#8217;aviron? M&#8217;interrogeai-je.<br />
-Ah moi ça me plait j&#8217;en suis! S&#8217;exalte Maître Bourmous, très rutilant  en acquittant sa première cotisation.<br />
Je pourrais opposer au principe de mon adhésion secréte à leur association que ma position officielle ne m&#8217;autorise pas à m&#8217;affilier à un groupe terroriste non reconnu d&#8217;utilité publique (commes le sont groupes de pressions, écologistes, féministes ou homosexuels) mais l&#8217;attrait de la nouveauté occulte en moi tout souci de prudence et je m&#8217;engage à leurs côtés dans les pas de Maître Bourmous<br />
Le cher Voualtère Brummiche  réussit même à me placer en supplément une carte de pêche.</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>La Révolution deux boules 1/1 Lofti Benayak</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Feb 2011 05:56:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
		<category><![CDATA[Journal de la France de pendant par François F. soumis]]></category>

		<category><![CDATA[Feuilletons]]></category>

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		<description><![CDATA[La révolution deux boules 1/1 Lofti Benayak
Journal de la France de pendant par François F. soumis
Quand on est monté en courant dans Air Gland One l’avion de mon futur ex-maître regrettable, ça commençait vraiment à chauffer, aux dernières nouvelles Bayrou avait pris le pouvoir à la tête d’une junte centriste, Villepin venait de se faire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>La révolution deux boules 1/1 Lofti Benayak<br />
Journal de la France de pendant par François F. soumis</strong></p>
<p>Quand on est monté en courant dans Air Gland One l’avion de mon futur ex-maître regrettable, ça commençait vraiment à chauffer, aux dernières nouvelles Bayrou avait pris le pouvoir à la tête d’une junte centriste, Villepin venait de se faire couronner empereur des français à Charenton,  Boorloo occupait le palais Bourbon, enfin il tenait la buvette et c’était sa tournée, Delanoé s’était réfugié dans une sanisette du Bd Saint Germain avec des troupes fidèles, 150 chargés de mission de la Mairie de Paris fanatisés qui avaient dit qu’il faudrait leur passer sur le corps avant de pouvoir passer sur le corps de leur maître et Ségolène Royal voulait brouter les anglois .<br />
Les enfants dans les rues défilaient avec leurs professeurs en portant de grandes banderoles sur quoi était inscrit : « Raivaulussion mintenon »</p>
<p>Mon maître ex-considérable était lui en pleine extase, je m’interrogeais avec le Père Laridondette qui avait embarqué avec nous, il était de passage à Matignon quand les &#8230; « les événements » s’étaient déclenchés :<br />
-Ton ami François me semble avoir pris des substances illicites autant qu’hallucinogènes ? Je t’assure qu’il n’est pas dans son état normal.<br />
-Il n’a pas d’état normal mon père.<br />
J’allais m’asseoir sur un tabouret à côté de lui dans la salle du Trône qu’il avait faite aménager en avant de l’Airbus, de fait il semblait, malgré tout ce qu’il se passait, étrangement transporté (alors que nous n’avions pas mâme encore décollé !).<br />
-Euh ça va bien ?<br />
 - Jamais je ne me suis senti aussi bien. Tirer sur la foule ah tu peux pas savoir c’est vraiment un accomplissement pour un homme d’état! Tu connaîtras jamais ça toi ma pauvre Pinouillette! Ah mais ce que c’est bon putain j’en bande encore ! Sauf que la deuxième fois les CRS ont pas voulu.<br />
-C’est tout à leur honneur.<br />
-Mais non ils voulaient qu’on leur paie une prime de carnage et qu’on double les paniers-repas.<br />
-Quand même ça n’a pas arrangé les choses.<br />
-Mais ça n’a rien à voir, les américains voulaient lancer un nouveau produit sur le marché de la démocratie light après la révolution du jasmin, la révolution orange, la révolution deux boules, deux parfums pour pays développé en voie de tiers mondisation et c’est l’ex France qu’ils ont choisi, c’est mon chef de zone de la CIA qui m’a prévenu du début de la révolution vanille-fraise, c’est le nom qu’ils ont trouvé, ce tantôt, d’un côté c’est plutôt flatteur, d’un autre c’est emmerdant au possible j’aurais bien fait un second conquennat moi, bon on va aller à Bruxelles voir mes chefs&#8230; non pas ceux-là d’autres&#8230; on va prendre les ordres et s’il faut revenir pour re-tirer sur la foule on y retourne.<br />
Cela lui avait vraiment plu et il eut alors ce mot historique :<br />
-Je reviendrai sur les ailes des flics.</p>
<p>Mais arrivé à Bruxelles ils ont pas voulu qu’on atterrisse vu qu’on venait de passer ennemi du peuple, régime honni et tout le reste, fallait voir comment les journalistes de l’ex-télé d’état dont l’Elise Lucet/Sucet  (Aspirant Assec dans la résistance) nous savonnaient le portrait, elle se croyait revenue en 2002 au 21 Avril quand sur les barricades montés par le pouvoir en place elle s’illustra comme l’on sait la poitrine offerte au Fachisme.<br />
Après deux heures de vol on a demandé à atterrir en Italie mais Berluscono venait de s’enfuir dans son Boeing (le traître vendu aux américains !) pour Doubaï.<br />
-Pas con ça Doubaï&#8230; Cécilia m’a dit que c’était génial pasque les magasins étaient ouverts le Dimanche&#8230; en revanche le vendredi ils sont en panne ‘sais pas pourquoi. Tiens ça tombe bien je crois que c’est le Festival Mondial du Shoppingue en ce moment ça va nous détendre. Va pour Doubaï.<br />
On a même fait la course avec Berluscono, son Boeing a gagné il avait deux réacteurs de plus pour nous consoler très sport il a envoyé un message<br />
« L’ex président du conseil Berluscono invite l’ex-président français à une partie de banga-banga sitôt atterri  au Sheraton qu’il vient d’acheter.»<br />
Mais il y avait déjà en stand-by les avions de Moubarak, Albert de Monac et la grand duc du Luxembourg qui tournaient depuis une heure, ils ont un parking airport à dictateurs à Doubaï et on a été détourné sur Oman.</p>
<p>Me rappelant soudain que j’étais premier-ministre soit la plus haute autorité après l’autre nain minable, pestilentiel dont je le rappelle j’avais toujours combattu le régime honni, à la tête de mon réseau de résistance Consternation Sud j’avais même saboté son bain à remous au péril de ma vie (quelle châtaigne !) mais je le raconterai plus tard dans mes mémoires de combat.<br />
Je décidai donc de débarquer subrepticement en prétextant l’achat de journaux et de confiseries :<br />
-Prends-moi des Nuts ! Furent les dernières paroles historiques que j’entendis proférer par mon ex-maître excrémentiel.<br />
Je regardais la télé dans le hall arrivals ou departures.</p>
<p>En ex-France les choses évoluaient, la glorieuse révolution des fonctionnaires vivait des heures exaltantes. A l’éducation nationale on discutait ferme pour savoir si les heures de révolution seraient bien payées et les syndicats de lycéens demandaient une suspension des interros zécrites jusqu’à l’aube du jour radieux afférent à la susdite glorieuse révolution, la formation d’un comité de Salut Publique siégeant jour et nuit se heurtait au problèmes des heures de nuit, des repos compensatoires et des 35 heures.<br />
Mélenchon-Tinville nouvel accusateur publique avait mis la main sur une vieille guillotine et en essayant de la faire fonctionner il s’était coupé l’annulaire :<br />
-Cela ne fait rien citoyens il me reste mon pouce à mettre dans le fondement des ci-devant. Commenta-t-il spirituellement.<br />
Il avait fait établir une liste d’aristocrates politiques susceptibles d’amortir par leur légitime décollation la remise en état de sa guillotine par le Mobilier National: Giscard d’Estaing, de Villepin, Chodron de Courcel, Donnedieu de Vabres malheureusement en consultant l’association de la noblesse française on découvrit que pas un n’était authentiquement noble et impossible de mettre la main sur de Villiers qui changeait de bistrots trop souvent.<br />
Alors il avait proposé de guillotiner du ci-devant par ordre alphabétique en prenant le bottin, un exalté ce garçon, quoique heureusement, je le découvrais, fonctionnaire lui aussi.</p>
<p>Je prenais le premier vol de retour pour Vichy où je retrouvais Rachida Dati alias Caporale Pompette dans la résistance:<br />
-Tiens tu as changé de coiffure !<br />
-Ils m’ont tondu les salauds !<br />
Avec quelques complicités essénecéfistes je remontais de manière incognitesque sur Paris où je découvrais sans étonnement excessif que la révolution était &#8230; en grève.<br />
Les conditions de travail révolutionnaires, les sous-effectifs révolutionnaires et le problème des RTT révolutionnaires en étaient le .prétexte ainsi que la cantine du comité révolutionnaire (et dix de der !) qui laissait à désirer.<br />
Sur le pont de l’Alma, dans les bras du zouave une fille enroulée à poils dans un drapeau rouge éternuait, je me pensais: les connes s’enrhument c’est bon signe l’hiver revient.<br />
Avec l’aide de deux compagnies de nageurs de combat, tout ce qu’il restait d’opérationnel dans l’armée française, je repris démocratiquement le pouvoir par derrière, cette chère Marianne en avait pris l’habitude,  fis noyer Mélenchon et convoquais les français aux urnes.</p>
<p>Jean-Louis Debré après avoir fait et refait ses additions à la main dévoila les résultats que je lui avais communiqués par avance et proclama « plésentement élu Monsieur Laurent Gbagbo », une idée à moi qui résolvait  deux problèmes en même temps.<br />
Et derechef (et même un petit peu avant) en tant que représentant de l’ethnie majoritaire Blankoué je me retrouvais  premier ministre, en charge du Ministère du Cacao, le plus important selon ce cher Lolo qui se révélait beaucoup plus calme et facile à supporter que son histrionique prédécesseur&#8230; honni, sa femme Simone prenant la tête du ministère des Corn-flakes beaucoup plus lucratif car soumis dés le lendemain de sa nomination à un contingentement douanier, pour ma part je n’avais qu’à visiter les plantations de café et de cacao pour veiller sur les récoltes ce qui du moins en France métropolitaine ne me semblait pas représenter une tâche trop écrasante. </p>
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