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Archive de la catégorie Nordnmark one point !

NORDNMARK ONE POINT ! H.T.Fumiganza 45…

7 Septembre

J’embarque donc, certes à regrets mais mon esprit de sacrifice est tout entier aux commandes de mon âme. On m’a proposé de voyager en brise-glace atomique, j’ai préféré l’avion c’est plus rapide somme toute… et moins dangereux.

Je pose devant les photographes en haut de l’échelle dans un chaud et épais manteau de fourrure et à l’escâle de Reyjkavik je découvre dans les journaux que m’apporte l’hôtesse des Nordnmark Airlines que je suis à nouveau source s’un scandale fabriqué de toutes piéces par les journalistes et les ligues de vertu écologistes, tous m’accusent d’avoir arboré un magnifique manteau de fourrure en peau de Panda, ce que je ne nie pas mais je ne vois pas où est le scandale? Il fait froid là-bas m’a-t-on dit, auraient-ils voulu que j’y débarquasse en slip?

J’arrive enfin à Kloonberg la capitale du Brümnland. Notre Boeing a tourné pendant une heure, à cause de la brume il ne trouvait pas l’aéroport. C’est l’été il fait froid, l’hiver il fait inhumain. Le gouverneur actuel du Brümnland m’attend à la descente de l’avion… avec ses valises, il tient dans une main une torche enflammée pour se repérer et dans l’autre, ses raquettes de tennis et ses cannes de golf.

-Ah Monseigneur!

-Vous pouvez m’appeler “Sous-Altesse ou vice-majesté” maintenant j’y ai droit.

C’est qu’avec tout ça j’ai pris du grade, à propos de grade, il ne m’en reste plus qu’un à franchir, on l’aura remarqué mais re-chuuut !

-Ah oui… comme il plaira à Monseigneur, quel plaisir de vous voir sous-Altesse je vais enfin pouvoir rejouer au tennis!

Il fait signe de sa moufle droite à la fanfare de majorettes en jupettes de fourrure de jouer le “Humpfkë unt Pumpfkë” me salue et monte l’escalier à toute allure et enfin claque la porte du Boeing. Sur ce que le seul journaliste présent, le correspondant du “Kloonberg-Soir” me prend en photos. J’ai l’impression que les adductions de paparazzi n’ont pas encore été installées ici, enfin une heureuse nouvelle.

Le conseiller du gouvernement pour les affaires Brümnlandaises m’explique le tempérament et la complexion mentale des habitants de l’endroit dans la chenillette qui nous emméne au palais du gouverneur vice-roi.

De son long exposé voilà ce que je retiens: les Brümnlandais boivent leur quatre litres de Krüppen par jour, le Krüppen est un alcool fort tiré d’une ancestrale recette à base de jus de couille de phoque pressé et fermenté, ils battent leur femme, violent leur fille quand elle est en âge, jouent de la corne de brûme avec quelque virtuosité, certains hasardent même qu’il en sont les inventeurs, font des embarcations défectueuses avec quoi ils bravent la mer par pure inconscience, éthylisme chronique ou surestimation de soi, pêchent la morue en bande ou périssent seuls en mer selon l’humeur du jour, érigent des tumulus à tous les croisements de chemins, se suicident plus souvent qu’à leur tour et font leurs courses au supermarché du chef-lieu chaque samedi bref pour résumer: de vrais bretons ces Brümnlandais!

Le chauffeur arrête la voiture:

-Nous sommes arrivés? S’enquiert le conseiller.

-Non panne d’essence!

Les brumes nous environnent, toutes sortes de brumes, je l’ai dit ici ils s’en font une spécialité.

-Le mieux c’est de finir en raquettes.

Nous chaussons donc les raquettes et en route. Kloonberg est sans doute une ville charmante mais nous n’en voyons rien, à un carrefour nous voulons demander notre route à un agent de police en manteau de fourrure qui se révéle être un ours polaire qui fait son shoppingue dans les poubelles du centre-ville.

-Les putes doivent avoir un mal fou ici? Interrogeai-je le conseiller.

-Avec un bon sonar à morue on s’y retrouve Majesté.

-Là-bas une lumière! Nous crie notre chauffeur à pied en nous désignant un clignotement au milieu de la tempête de neige qui commence à hanter la brume, nous faisons aussitôt route vers la lumière et après dix minutes de marche contre le vent nous débarquons dans un … sex-shop esquimaud.

C’est très étonnant car les esquimauds étant quoi qu’on en pense frileux, au moins toujours chaudement vêtus, ils ne se mettent jamais tout à fait nus, même pendant leur nuit de nôces et pour eux le sommet de la pornographie est de montrer ses oreilles, on imagine la débauche d’oreilles de toutes tailles le plus souvent congestionnées et mouilléesqu’arborent les jaquettes de films. C’est étonnant mais à force cela en devient troublant et j’en rougis un peu.

La tempête se calmant nous quittons l’établissement et après trois bonnes heures de marche nous arrivons enfin au palais, malheureusement impossible d’y pénétrer à cause des congères qui en bouchent toutes les entrèes.

-Il faut grimper jusqu’au cinquiéme étage, c’est là qu’est la lôge du concierge, mais moi je peux pas je sors d’arrêt maladie. Nous explique le chauffeur.

Le conseiller se déclarant sujet au vertige et donc fort peu volontaire pour une grimpette, me voilà parti, par la face est, la plus difficile dit-on, à l’assaut de mon propre palais vice-royal., élégant batîment de style “guillauminien triomphant”.

A-t-on idée aussi d’installer le concierge au cinquiéme et pourquoi pas sur le toît?

Malgré les engelures et sans l’aide d’un quelconque ustensîle alpin j’aborde au cinquiéme, réveille le concierge afin qu’il précipitât une cordée de secours pour mes camarades dans le même temps où je me fais connaître et lui demande le chemin de mes appartements, il m’y conduit sans plus de formalités ni d’égards et derechef j’entre en fonction et commence à vice-régner en vidant le frigidaire, j’ai une de ces faims moi, l’altitude ça creuse!

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT ! by H.T.Fumiganza 41…

17 Août

Notre petit Koonradt est arrivé ce matin, il ne m’a pas reconnu, il faut dire qu’il m’a fallu me raser entiérement la tête poils et sourcils inclus, je ressemblais à une mine marine, ce qui a provoqué quelque étonnement de ma Poupetkë et de toute la famille. J’ai pris la chose avec désinvolture:
-Petite réfôrme morale et physique dis-je en remettant mes lunettes noires, malheureusement il m’a fallu aussi dans l’affaire sacrifier ma moustache de pronunciamentiste en puisssance.
Koonradt a eu une permission de son capitaine, cela ne l’empêche pas d’être en uniforme de colonel de son régiment, il l’a eu à sept ans, son régiment, sept ans l’âge de raison, comme tout prince héritier de la courônne de Nordnmark, son frère cadet mon bon Uurtikrn fut déçu de ne pas en avoir un, de régiment, lui aussi pour son anniversaire l’année suivante. Devant les cris et les disputes et sa déception, j’avais proposé à la Reine, pour qu’il n’y eut point de jaloux, de lui en attribuer un, de gendarmes à pied ou d’assistantes sociales à cheval, n’importe quoi pour amuser l’enfant mais bien entendu l’on ne manqua pas l’occasion de m’humilier une fois encore, depuis mon romantique Uurtikrn déçu dans ses espérances militaires cultive un pacifisme vestimentaire et moral qui m’apparait comme son seul vrai défaut.
Et puis notre Koonradt n’est guère prêteur, il tient ça de sa mère (concédons-le!) et chaque fois que le bon Uurtikrn voulait s’amuser à conduire son régiment au Zoo ou au square, son frère prétextait une sortie ou des manoeuvres pour lui en confisquer le plaisir.
Alors pendant que mon bon Uurtikrn porte son triste uniforme de grunge notre cher Koonradt bien que faisant son temps militaire dans l’aviation arbore plutôt que la tenue d’aspirant de seconde pompe un éclatant costûme de Colonel du 11° régiment de Renkeyser de la reine, le tître est un peu pompeux, d’abord parce que l’on aurait peine à trouver les dix régiments qui le précédent sur le papier et qui sont tous symboliques maintenant et ensuite parce que l’on pourrait traduire ce substantif de “Renkeyser” par conducteur de rennes. Il est gardien de rennes quoi!
J’ai dit l’attachement que le nordmois a pour le bestiau sacré, sans doute parce que pendant des siécles le renne l’a nourri, vêtu et permit de commercer avec les autres sauvages habitants de ces contrées tardivement et incomplétement (constatons-le honnêtement!) civilisées mais cette considération qu’il a pour ces animaux a de nos jours viré à l’idolâtrie et à une manière d’animisme anémié car sans sacrifice humains ni festivités un peu colorées.
Le renne est un ruminant, un animal maussade et fataliste, tout comme le nordmois et il partage avec lui la même qualité dominante et précieuse en ces pays: il n’est pas frileux.
Malgré tout je suis heureux de revoir mon enfant. Un bonheur n’arrivant jamais seul le cher Sir John Branke Strikeman nous rejoint dans l’après-midi, je le découvre dans un champ alors qu’il est en train de replier son parachute:
-Ah tétesse, jieu passais par là par hasard et l’idée m’est véniou de venir vous présenter mes respects amicaux et parachutistes… où est mon chapeau?
Il m’apprend le retour de son chapeau décroché d’un arbre en même temps que celui de son épouse à l’ambassade conjugale.
-Heureuse nouvelle donc!
-Point complétement elle a beaucoup perdu en bourse, sans doute pourquoi son français l’a quitté. A propos de français l’on me dit que vous allez rencontrer the little shit… je veux dire le président français …
-Dîner officiel tout à fait superfétatoire à mon goût.
-Et au mien donc cet homme est d’une goujaterie, lors de son dernier voyage officielle chez nous il n’a cessé de tripoter la reine, enfin a-t-on idée même son époux y a renoncé depuis bien longtemps. Entre nous Altesse, les américains sont très fâchés contre lui suite à de récents bombardements stratégiques aux Pepsico Islands tout à fait hors de propos et il veut se refaire il va essayer de vous vendre des chasseurs-bombardiers tactiques.
-Ah tiens don’ mais nous n’en avons pas l’usage, il me semble. Mais pour bombarder qui nous sommes en paix avec tout le monde?
-Oh pour ça on trouve toujours, regardez les américains, il s’invente des ennemis tous les jours, le jour où ils ne s’en trouveront plus ils tomberont de cheval et on en parlera plous! Et puis votre flotte de chasse dâte quand même des années cinquante.
-Et cela se remplace tous les combien une chasse?
-Mettons qu’il serait temps de vous débarasser de vos avions à pistons.Vos aviateurs y pensent aussi d’ailleurs, vous avez le plus fort taux de perte de l’alliance atlantique.
-Ah quand même nous sommes champion de quelque chose! Mon Dieu et notre Koonradt qui sert dans l’Armée de l’Air.
-Je vous le dis il serait temps de s’en inquiéter. Or une proposition va être faite par le consortium Fairthrope-British Teapot-Aircraft-Drumman Corporation dont je suis le représentant exclusif pour le Nordnmark, mais cela ne doit compter pour rien bien sûr dans vos réflexions, c’est malgré tout un marché de plusieurs milliards de Brelotkë sur quoi mes amis américains insistent pour qu’un pourcentage de 5 % au moins aille abonder vos oeuvres Tétesse en particulier votre Fondation d’Art Post-Contemporain qui les intéresse au plus haut point.
-Ah tiens don’ je ne voyais pas vos texans aussi ouverts à l’Art Post-Contemporain. Mais mon cher vous accordez, je le crains, trop d’importance à mon faible pouvoir d’influence.
-De ce que j’ai compris, tout devrait se jouer lors de la prochaine réunion de l’OTAN à laquelle vous représenterez sa Majesté la Reine. Une déclaration de votre part après une démonstration en vol de notre WC 29 Shootnuns aurait pour nous valeur d’engagement.
-Vous oubliez mon cher John Branke que dans ma poitrîne bat encore un coeur français
-C’est bien cette fidélité à vos principes qui m’inclinent à penser que vous ne pourriez décemment faire prendre des risques à vos jeunes pilotes nordmois dont le jeune prince Koonradt or le nouveau chasseur bombardier français Razfoune à rétro-pédalage furtif et décollage oblique, s’il montre des solutions élégantes sur le papier n’est absolument pas au point et même dangereux d’usage le dernier prototype parti du Bourget s’est crashé sur une sanisette de la campagne de Reims même si l’affaire a été adroitement tenue secréte.
-Nous verrons mon cher John Branke. En attendant nous ferez-vous le plaisir de déjeuner avec nous.

*

Plus étonnant, deux heures après alors que nous venons de raccompagner Sir John Branke au car pour Londres, qu’elle n’est pas notre surprise de voir arriver un second parachutiste, celui-là vise semble-t-il la grande pelouse, deux hectares quand même, et tombe avec grâce au milieu de la piéce d’eau.
C’est avec plaisir que je reconnais… là-dedans ce cher Petcho Larigaïe.
-Je m’ai penché, je m’ai tombé… nous explique-t-il en se débarassant des nénuphars et autres plantes d’eau.
Une fois séché et réconforté avec une vieille prune hors d’âge et alors que nous nous promenons malgré mes douleurs de pied, mes doigts sont toujours dressés et comme sur le qui-vive, dans la campagne sous une petite pluie pas désagréable, passent au dessus de nous trois chasseurs à réaction fort bruyants:
-Oh mais diantre ne serait-ce point de nos nouveaux chasseurs bombardiers tactiques Razfoune, oh Monseigneur voyez quelle belle allure ils ont!
-Je ne vous connaissais pas cette attirance pour les avions de chasse, mon cher, vous un littérateur, un poête, un homme d’esprit et de réflexion!
-C’est justement cela la figure du chasseur-bombardier tactique dans la littérature contemporaine est sous-exploitée Monseigneur, je rêve de faire un grand poême là-dessus.
-Ah tiens don’!
Il ouvre sa musette:
-Voyez Monseigneur j’ai quelque documentation …
Il sort force illustrés en couleurs puis ce qui lui semble être quelques solides arguments de vente:
-… d’autant que le gouvernement français m’a-t-on dit voudrait faire profiter Monseigneur de son offre spéciale tiers-monde: je m’équipe en Avril et je commence à toucher dessus en Mars… plus les mémoires en bandes dessinés de notre président… plus la compil’ discographique de la présidente doublée dans le langage des signes… plus la photo dédicacée… plus le tee-shirt et la casquette coordonnée… plus le bandana…
Bien sûr, son patriotisme excuse son activisme commercial au service des Armes françaises mais j’ai tôt fait de le démonter.
-Je vous arrête tout de suite mon cher je n’ai que peu d’influence dans le traitement de ce genre d’affaires industrielles, j’y prends même assez peu d’intérêt.
-Oh comme je vous comprends Monseigneur… moi-même… pourtant si vous vouliez toucher quelques mots à la Reine…
Il est tout essouflé au dessus de nous les avions font une véritable démonstration, la Reine est sortie sur la terrasse et observe tout cela avec grande attention, soudain deux missîles partent de l’un des aéronefs, l’un va percuter la sanisette sur la place de l’église, l’unique sanisette de Bonpéze de style Jaclang triomphant et classée Monument Hystérique pendant que le second détruit l’abri-bus Jeanclaudedecauxnien tardif à la sortie de la bourgade qui n’était pas même à l’inventaire supplémentaire mais s’avérait fort utile surtout l’hiver.
-C’est… c’est vous l’aurez noté, Monseigneur, actuellement le meilleur chasseur d’abri-bus et de sanisettes en capacité tout-temps du bloc Atlantique!
-Impressionnant en effet autant que bruyant mais je crains que ce genre de divertissements enfantins ne soit plus guère de mon âge… et si nous allions aux champignons!
(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT ! H.T.FUMIGANZA /39

16 Août

Ai-je rêvé de cette soirée quelque peu agitée, je me souviens que ce cher Jacky Le Chombard m’a raccompagné tôt le matin dans sa Citroën Méhari orange, mais du reste hormis une forte migraine…

Je m’habille… enfin Pezzolino m’habille:

-Sa Seigneurie a eu une soirée agitée?

-Occupe-toi de tes pizzas veux-tu. Tu as brossé mes cheviottes?

-Oui Monseigneur.

-Eh bien alors sors-moi un costume de velours.

Je descends à presque onze heures, ce qui n’est guère dans mes habitudes, je croise dans l’escalier Urinald Fun Froeben le Grand Chambellan de la Cour:

-Qu’est-ce vous foutez chez moi vous! C’est pas assez de nous emmerder à l’année il faut que vous veniez encore me casser les noix en vacances! Allez donc chambeller ailleurs mon vieux!

-Sa Majesté m’a convoqué. Je défére à ses ordres. Aboie-t-il en claquant des talons.

-Eh bien déférez…. mais sans bruits j’ai un de ces mal de tête!

Ma Poupetkë m’informe que nous avons reçu une invitation du président français il nous convie à un dîner officiel la semaine prôchaine à l’Elysée, la barbe, nous sômmes à Bonpéze en séjour privé quelle mouche le pique? En mesure de rétorsion pour cette invitation mal à propos je me promets de lui apporter quelques bonnes bouteilles de Chateau-Bonpéze.

Etrangement la Reine-Mère m’accueille amicalement et me sert d’autorité deux Alka-Seltzers bien tassés.

-Ah fotre ami avec une gueue de chwal, Jacky vous cherchait dout-à l’heure! M’informe-t-elle.

Jacky Le Chombard ne porte pas une queue de cheval mais une paire de couettes.

Je le regarde elle semble rêveuse comme une jeune mariée… du corps des dragons.

Jacky Chombard est venu au chateau prendre de mes nouvelles et s’entretenir avec moi, c’est un garçon qui gagne à être connu. Hors cette propension qu’il a d’élever des loups en pays d’élevage. Un peu intimidé il s’est d’abord adressé au père Beignalous:

-Le Cagadou? Oh il va bien, aussi couillon qu’il est solide!

C’est dit sans malice et il vaut mieux être tenu pour couillon en ce pays que clairvoyant en bien d’autres contrées.

Il s’en allait avec discrétion quand je suis arrivé:

-Eh bien mon cher vous avez fait forte impression sur la Reine-Mère.

Il rougit, tressaute, perd ses moyens:

-La… la Reine-Mère vous voulez dire que j’ai…

Il est effondré et en même temps comme apaisé:

-Je … je ne sais pas comment cela s’est fait, j’ai vu un jardinier qui taillait ses rosiers…

-Mes rosiers vous voulez dire!

-Je lui ai demandé si vous étiez là… et il s’est jeté sur moi… et j’ai cru qu’il… c’était donc madame votre belle-doche…

-La Reine-Mère en personne ce qui est vous l’avez remarqué assez considérable.

-Ah Dieu quel engin! Quel monument! Quelle… quelle femme! Je ne sais que dire Monseigneur.

-Dîtes Raoul plutôt que Monseigneur et continuez mon garçon, vous avez sur elle une influence toute bienfaisante et apaisante. Décidément l’éleveur de loups montre une attirance étonnante pour les grands carnassiers, réussir à dresser le dragon jusqu’à le faire manger dans sa… braguette voilà qui reléve de l’exploit.

-Mais vous vouliez m’entretenir mon cher Jacky?

-Oui, oui Monseigneur… euh Raoul… l’opération est pour ce soir.

-L’opération quelle opération? On va vous opérer? Vous êtes souffrant?

-Mais non l’opération contre l’émetteur tévé du Mont Pipard, nous agirons ce soir.

-Ah! Dis-je assez laconiquement je le concéde.

Maintenant il me revient le souvenir de quelques serments secrets solennellement prêtés dans la cave du Baltou et aussi de Maître Bourmous se promenant en tutu et montrant ses fesses aux clients de passage venus déranger notre cérémonie clandestine et de ce cher Voualtère Brummeliche (de plus en plus) entonnant quelques chants sonnants et soldatesques en tudesque dans le texte, bref je devine qu’il y eut du mouvement et de l’engagement mais de là à participer à la destruction d’édicules appartenant à l’état français, il y a un pas.

-Et ma participation à l’événement est requise?

Le cher Jacky qui est un romantique recule devant ma possible défection:

-C”est à vous de voir Monseigneur.

Je lui tapôte l’épaule:

-Il ne sera pas dit qu’un Bonpéze revînt jamais sur sa parole!

Son visage s’empourpre, je les connais mes gaulois, l’âme au bleu et le coeur au clair.

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT! H.T.Fumiganza 38…

15 Aôut

15 Août: Fête nationale de notre vieille France. Fête de l’assomption de la très sainte vierge. Que de souvenirs j’ai de ces processions à travers la campagne de Bonpèze où enfants de choeur nous défilions aux côtés de l’Abbé Pellefigues derrière la statue de notre Sainte-Mère et au milieu des bannières et des chants.
Je retrouve dans une armoire mon vieil uniforme de chef scout, je le mets, j’y rentre encore, le temps a passé je ne suis certes plus ce jeune homme de quinze ans assez étincelant d’après mon souvenir, ou d’après d’autres ce “guenuchon neurasthénique” c’était là mon totem, à l’époque je montais aisément aux arbres (je ne fréquentais point encore les dames) et je traversais de longues périodes d’apathie morale mais ne nous apitoyons pas, le short n’est pas trop short. Je mets les bas de laine aussi et le sifflet et le chapeau et les pataugas et je descends comme ça, très réglementaire sinon tout à fait élégant, sur la terrasse où les enfants, ma Poupetkë et la belle-mère prennent le petit déjeuner et me découvrent en cet étonnante tenue qui marquent de manière éclatante, quoique assez peu confortable cela me sert aux cou…des, la fidélité à mon passé et à ma foi.
-Et où allez-vous ainzi aggoutré mon ami?
-Faire un petit tour ma chérie.
-Moi jé té dis qu’il est gomplétement fondu ce gon-là! Commente la reine-Mère en se resservant en alka-seltzer.
Je rejoins la procession sur la place de l’église. Le curé de Bonpéze le père Prosper-Théobald Obouduban-Oujustandsou un solide congolais, fier buveur et qui posséde une très belle voix de basse, est fort désappointé, l’un de ses enfants de choeur n’est pas là:
-Je crois bien que ce petit saligaud est-t-allé-z-aux putes à Sainte Peyre! Il me manque un porte-bannière, vous marchez avec nous Monseigneur?
-Je suis tout à votre disposition mon père, cela me rappellera ma jeunesse.
La vérité est que j’ai longtemps rêvé de porter bannière mais c’était toujours Jean-Pascal Bourmous, le fils du notaire, le préféré de l’Abbé Pellefigues qui y avait droit.
L’abbé s’adresse à nous avant le départ:
-Et si vous êtes bien sages les enfants vous aurez des pains-z-chocolat au goûter. Et n’oubliez pas on tient la ligne, on lâche rien et l’on ne marche pas sur les aubes.
Je regarde mes collégues enfants de choeur, ils sont comme moi très concentrés, il s’agit de ne pas se louper pour décrocher les pains-z-au chocolat.
Bien entendu on l’aura compris il s’agit là d’une revanche que je prends sur l’élément protestant de notre famille car la procession tourne traditionnellement trois fois autour du château .
Quand nous arrivons en vue de château Bonpéze je hausse le son, les cantiques s’enchaînent et je hisse un peu plus haut nos couleurs sacrées.
Walter Brummiche le patron du Baltou qui est correspondant du Beaufinois Libéré prend des photos.
-Achtung! Bittë On zourit! Dankë!
Premier tour, ça bouge sur la terrasse, les enfants me font des signes, deuxiéme tour la belle-doche monte en ligne et s’agite, troisiéme tour ma Poupetke rappelle tout son monde. Quelle autorité! Qui n’a jamais vu ma Poupetkë commander un demi en terrasse ne sait pas ce que c’est que l’autorité.
Ah ça chiffre tout de suite les processions dans le coin, nous n’avons pas loin de vingt kilométres dans les jambes quand nous nous attablons enfin sur la place de l’église où trêteaux et bancs ont été installés, je régle trois tournées supplémentaires de pains-z-aux chocolats et de chocolat-t-au lait à mes collégues et quelques autres surnuméraires de pastis à tous les autres, le boulanger apporte aussi des Bouffles ce sont des gros pains farcis de cailloux en praslines, dans le temps c’était des vrais cailloux, avec cela que l’on se rendait aux champs, cela vous lestait pour la journée, le Beaufinois était un pays pauvre et les jacqueries se terminaient souvent par des festins païens et assez inconvenants, j’ai eu quelques ancêtres Bonpéze ainsi mis en brôche et dévorés par des paysans sans égards pour les dépositaires de l’autorité qu’ils étaient. Sans compter que d’un simple point de vue diététique cela ne devait pas être bien fameux.
-La Guenuche! Béh mais qu’est-ce tu fous là?
Je me retourne vers le quadragénaire et demi flanqué de deux gamins qui m’apostrophe :
-Bourmous, le fils du notaire, tu me remets pas? Gerboise Indomptable, la 1° Bonpéze .
-Bourmous ça alors! Mais ce n’était pas plutôt Gerboise Honteuse…
Je dois à la vérité historique de ne point celer ce détail, car le cher Bourmous avait gagné ce surnom parce que sitôt repas pris il allait se cacher dans les bois pour “gerber”.
-Non pour les gamins c’est “gerboise indomptable”, je préfére.
-Tu en as combien comme ça?
-Sept .
-Bravo.
-C’est plutôt toi qu’il faudrait féliciter, alors t’es altesse pour de bon. Comment faut-y- t’appeler Monseigneur?
-La Guenuche, ça va bien et ça me rajeunit.
-Alors Monseigneur La Guenuche t’as fini par la décrocher ta bannière, je suis arrivé trop tard, j’avais encore du travail à l’étude.
-Tu as repris l’étude de ton père?
-Qu’est-ce que tu veux, la tradition, je suis la neuviéme génération de Maître Bourmous notaire à Sainte Peyre de Clerc en Beaufinois. Quelques fois j’ai l’impression d’être un portrait de famille, d’être déjà peint.
-Bah bah bah ! Rien de plus honorable que de poursuivre la tradition familiale. Ton fils la continuera, le mien aussi et nous pourrons nous mettre hors du coup et parfaire notre salut au large.
-Tu as sûrement raison et puis j’ai jamais eu trop d’imagination pour m’inventer un destin comme toi Monseigneur La Guenuche.
-Maître Bourmous, je vous le dis, avec la meilleure volonté du monde, l’on ne devient jamais au mieux que des personnages.
“Conversations entre Monseigneur La Guenuche et Maître Bourmous” ce pourrait être le titre du tableau, nous ne sommes que des enfants grimés qui essaient de se faire le plus ressemblant possible à nos rôles. Vanités et fards de l’humaine destinée.

Peu à peu d’autres personnages nous rejoignent sous les quiets tilleuls de la place Césarin Pébre qui semblent bayer au soir, l’abbé Obouduban-Oujustendssou vient de dire sa dernière messe et a fini sa journée, Jacky Le Chombard passait par là et Voualtère Brummeliche a quitté son comptoir et délégué la conduite de son bar à son épouse Marilyne née Cabressous second bien fessue et qui tient ferme au cap.
Est-ce échauffement naturel entre grands mâles, effets de l’alcoolémie ambiante ou influence pernicieuse des exhalaisons mellifiques des tilleuls sus-cités nous en arrivons à la conclusion unanîme que l’époque n’a guère de vertu et qu’il convient de la punir pour son impudente outrecuidance.
-Il faut lui foutre au cul!
Jacky Le Chombard nous montre la place maintenant vide:
-Savez-vous où ils sont tous ? Devant leur foutue télé! Et il est où le lien social? Carbonisé le lien social!
Ce garçon me semble s’exalter un peu vitement, mais l’on aura noté que mes réflexions antèrieures sur l’influence maléfique de la télévision rejoignent d’assez prés ses préoccupations.
Maintenant tout en confiance il m’avoue avoir mené quelques actions symboliques quoiqu’illégales tout à fait dans nos idées, il a même saboté un relais de télévision et revendiqué derechef la paternité de l’attentat au nom d’un groupe activiste: les Joyeux Autonomes du Beaufinois qu’il a monté avec le patron du Baltou et le curé de Bonpéze tous deux opposants à la tévé par vocation sacerdotale.
-Les joyeux autonomes du Beaufinois, ça fait pas un peu société d’aviron? M’interrogeai-je.
-Ah moi ça me plait j’en suis! S’exalte Maître Bourmous, très rutilant en acquittant sa première cotisation.
Je pourrais opposer au principe de mon adhésion secréte à leur association que ma position officielle ne m’autorise pas à m’affilier à un groupe terroriste non reconnu d’utilité publique (commes le sont groupes de pressions, écologistes, féministes ou homosexuels) mais l’attrait de la nouveauté occulte en moi tout souci de prudence et je m’engage à leurs côtés dans les pas de Maître Bourmous
Le cher Voualtère Brummiche réussit même à me placer en supplément une carte de pêche.

NORDNMARK ONE POINT! H.T.Fumiganza /37…

La paix enfin revenue dans notre foyer, belle-maman point encore dessoûlée ronfle dans ses appartements, je me dois de constater que le 49 est bon, en effet, et bien meilleur que la cuvée de l’an dernier, je m’en ouvre au Père Beignalous qui en convient:
-Celui de l’an dernier il est imbuvable tu veux dire.
-Et comment se fait Père Beignalous?
-Aïlle Cagadou y a le terroir qu’a changé, depuis qu’y nous ont installés l’élevage industriel de poulets et après la même chose pour les porcs, et puis les campingues industriels et tous les stalags à parisiens, forcément ça chie tout ce monde-là alors à chaque fois on essayait de corriger les offenses faites à la terre, on remettait du souffre et des polysulfites, et puis il y avait les directives de Bruxelles, il voulait bien donner des subventions mais seulement si c’était hygiénique, interdits les nougats des saisonniers pour presser le raisin, pourtant le jus de panards pas lavés de trois semaines, tu peux me croire ça donne du goût à l’assemblage, mais maintenant y faut tout faire en atmosphère confiné, le pinard aseptique t’avouera, alors on a utilisé le Hexasulfabite de Bromopétagêne et ensuite pour équilibrer le tanin au protoxyde pernodyhidrophosphorique et après… oh c’est bien simple aujourd’hui on pourrait se passer de la vigne pour les vendanges et les faire directement en laboratoire.
-Mais ce n’est pas ce que je veux, je veux au contraire revenir au vrai Chateau Bonpéze?
-Ah ouais, je vois, maintenant… ‘mon avis il faudrait qu’on se trouve deux ou trois tonnes de Tétrafulminate de bétachlorosol pour retrouver le petit goût de noisette mais le problême c’est que c’est classé en armes bactériologiques… tu pourrais peut-être toi avec tes relations…

*

Conversation fort instructive la mentalité elle-même du paysan me semble bien changée, je discutais l’autre jour avec le vieux Pignadous de la Ferme des Brenets, il pleuvait à torrents et nous nous tenions abrités sous l’un de ses antiques noyers:
-Ah et ça va pas s’arranger ils ont dit à la tévé que la sécheresse continuerait comme ça chez nous tout l’été et même que ça s’aggraverait…
Je le regardais en pensant qu’à son âge: 94 ans il commençait à, osons le mot: rouler sur la jante et même: usiner le moyeu, l’herbe était drue et moussue, nous nous enfoncions comme dans de l’éponge saturée d’eau et l’autre vieillard de continuer:
-Les sols sont secs et même que le préfet a commencé les restrictions d’usage comme en 42
Et puis je compris qu’il avait été convaincu d’une autre réalité que celle vérifiable qu’il avait tous les jours sous les yeux, sous ses pas, à portée de main, la réalité de la télévision manipulatrice, politique et maléfique. Il croyait à ce monde de rapport qu’on lui inculquait jour à jour où il fallait serrer les fesses, se contraindre, se restreindre, perdre toutes ses aises et avec elle sa liberté de vivre et d’être.
Je lui désignais une forte colline en face de nous, appelée le Mont Bégou, l’un de ses versants s’était à moitié écroulé:
-Qu’est-ce qu’il est arrivé au Bégou?
-Ah ça c’est à la fonte des neiges! Des torrents, il en giclait de tous les bords, ça lui a tout changé la figure… vouaïlle ça m’inquiéte bien ce réchauffement qu’y cause à la tévé… y faudra aussi que je fasse couper ces foutus noyers, y nous servent plus guère! Aïlle Cagadou!
Et il s’en alla sous “la sécheresse” qui tombait à cordes.

Je dirais que nous vivons là un réel changement civilisationnel, le paysan français a jusque là et depuis des siécles toujours été guidé par un bon sens et une tempérance de jugement, un quant à soi imperturbable, eh bien pour la première fois dans l’histoire du monde le paysan français est en train de devenir con.
(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT ! H.T.Fumiganza 35…

13 Août

Je respire le bon air de Bonpèze comme un chien de chasse lâché aux fesses de quelque gibier courant, ah Dieu que voilà de la bonne liberté, me voilà chez moi enfin, sur nos terres.

En traversant le village dans notre vieille Daimler venue nous chercher à l’aéroport, je reconnais les beaux visages de nos grands vieillards, qui reviennent de l’épicerie buvette… ou y retournent, boire sans doute quelque apéritif anisé ou qui sait un godet de notre bon vin rouge de nos vignes de Chateau Bonpèze tellement robuste et revigorant.

-Je crois que je vais aller un peu par la campagne… hugolai-je à l’oreille de ma chère Gretaetkë qui en ses instants n’est plus la reine de Nordnmark mais la tendre et soumise épouse de l’homme de la terre que je redeviens ici, le paysan même osons le mot.

-Mais vous n’y pensez pas mon ami, il y a huit kilométres jusqu’au chateau.

-Laisse Gretaetkë si ça l’amuse ce grand konktë de plastronner au milieu de ses populations dégénérées. Déclare sa mère toujours aussi irascible et de plus en plus agressive.

Je ne suis pas sûr que sa 49° cure de désintoxication soit une pleine réussite, d’ailleurs elle ressort un flasque de sous son manteau et s’en remet un coup derrière le col. Rude tempérament assurément, pénible aussi.

Le chauffeur arrête donc la Daimler sur la place du village… et repart aussi sec, me laissant seul avec mes gens.

Très vite je suis entouré, fêté, embrassé, nulle distance entre nous:

-Lou cagadou! Agui lou cagadou tu és de retrou à nostrous pequito merdou!

“A nostrous!” “Chez nous” ah le beau mot, l’on ne pouvait me servir un meilleur accueil.

-Aïllecon lou cagadou! Tu pagadous la tournéss de Ricardou?

Il m’emméne, je me laisse emporter, tant est grande ma popularité ici, vers l’épicerie-buvette, haut-lieu de convivialitude du bourg.

Chacun de vouloir me raconter les derniers événements du pays, les mariages, enterrements, maquignonages, réglements de comptes, homicides paysans bref tout ce qui fait la vie de cette petite patrie, oh ils en rajoutent bien sûr et en patois encore, j’avoue que je n’entends pas tout, certaines subtilités m’échappent, sans doute ne saurai-je jamais qui a violé la chévre du père Bidalou durant les deux mois d’hiver avec une assiduité quotidienne puis le gendarme que l’on avait placé en faction pour protéger les arrières de la suse-dite chévre.

Les récits se terminent et tous s’esclaffent et il en repart d’autres, la bonne humeur ne s’arrête que lorsque je commande un nouvelle tournée générale:

-Mais cette fois mon cher Voulatère servez-nous don’ de notre vin rouge de Chateau Bonpèze!

Le propriétaire du café Lou Baltou, Voualtère Brumliche con! (je le livre dans la prononciation locale) un ancien légionnaire allemand venu s’établir dans notre pays si accueillant, s’essuie son front de l’est (je l’ai dit il est allemand) et bredouille:

-Ach kon jéné zais bas z’il m’en restou!

J’avise un tonnelet à notre marque de Chateau Bonpéze sur le bord du comptoir:

-Mais si, tenez là…

-Ach za z’est bour faire les kuivres kon!

Etonnant ! Faut-il qu’il les aime ses cuivres!

Je mets mes lunettes et regarde l’objet de plus près:

-En plus c’est celui de l’an dernier il est fameux, je crois.

Le discipliné Voualtère se décide enfin à servir tout le monde, enfin ceux qui restent, beaucoup ont soudain disparu, demandés par des tâches domestiques ou agricoles, la terre n’attend pas, le maire Maître Bézouillard est le premier a entonner son verre… le premier à tomber par terre aussi.

On le ranime:

-Eh quoi ça ne va pas bien Maître?

-Ma faiblesse au coeur, j’ai accouru quand j’ai appris que vous nous faisiez l’honneur d’une visite Monseigneur.

Maître Bézouillard est huissier de justice il a saisi la moitié du village et l’autre moitié l’a élu pour services rendus.

Il reprend son rang au comptoir et nous dégustons, sans avoir à signaler de nouvelles pertes, nos verres.

-Il est réellement exxx-cellent! dis-je satisfait en clapant et re-clapant fier de mon enfant.

-Il serait encore meilleur dans une salade de pissenlits. Affirme le père Bidalou.

Entre à cet instant Jacky Chambard, c’est l’élu écologiste de la commune, barbu portant une paire de couettes, toujours très remonté, histrionesque, narcissique et revendicard, une sorte de N’Gutu N’Gutu blanc :

-Un jusio do carottu plizou!

Il s’est mis au patois mais il est encore loin d’y exceller, c’est un fonctionnaire parisien arrivé là au gré des mutations.

Le fils Balazou, un garçon encombrant, au verbe haut et aux manières contondantes et velues, toujours déguisé en parachutiste crasseux; le prend à parti:

-Dis donc Jacky le parisien je te préviens que si je vois encore un de tes foutus loups roder autour de mes chévres je l’allume avec le fusile!

Le Jacky Chambard ne répond pas, il paie comptant son jus de carottes, aux parisiens on ne fait pas de crédit, léve le poing dans ma direction en criant “vive la république sociale! ” et prend la porte.

-Non c’est vrai con est-ce qu’on a idée lâcher des bestiaux comme ça dans une agglomération.

“Une agglomération”, l’on reconnait bien là le goût pour l’exagération de mes compatriotes, je fais une courte mise au point écologique:

-Nous avons des quantités de loup au Nordnmark et il est très rare qu’ils s’attaquassent aux promeneurs dans les forêts, il est vrai que par moins 37 les vocations de cueilleurs de fraises et de flâneur sont rares.

Je regarde l’horloge au dessus du comptoir, il est bientôt huit heures du soir quand je quitte la compagnie, on se propose de me raccompagner en tracteur mais connaissant leurs talents de conducteur et leur état éthylique, la combinaison des deuxm’incite à décliner les propositions.

Et puis il fait si bon… les premiers kilomètres, après il me tombe dessus un orage d’apocalypse qui me trempe et même m’imbibe, enfin cela me tient éveillé, c’est déjà quelque chose car je me sens un peu hors de forme, ah nos vies citadines nous préparent mal à l’effort et puis les libations générales et successives m’ont quelque peu … appesanti.

Sous la pluie serré, je me réjouis intérieurement de bien connaître le pays, un parisien n’y verrait goutte, c’est le cas de le dire et s’égarerait dans… les… ma…ré…cages… Je regarde mes pieds de plus en plus lourds, ne les vois plus, j’ai de la boue jusqu’aux genoux, j’ai du quitter la route sans m’en rendre compte et me voici planté entre osières et roselières. Je commence à m’enfoncer légérement et au loin j’entends des hurlements… qui se rapprôchent… je continue de m’enfoncer… la bête de se rapprocher… j’ai de la boue partout, sur la tête mâme, je parviens en sautillant à émerger à grand peine j’ouvre les yeux et je découvre un grand loup en face de moi assis sur la berge et je ne mentirais pas en disant que je vois à cet instant sur son visage comme… comme un sourire:

-Help… I need some help! beattlai-je en anglais dans le texte.

Et le plus étonnant c’est que la brave bête me secoure comme elle peut, bien posée sur ses fesses elle se met à hurler et s’en va sans attendre sa monnaie en toute discrétion… à pas de loup.

A ce moment surgit d’entre les roseaux cet imbécile de fils Balazou, grotesquement déguisé en parachutiste obése et déclassé et avant même d’avoir pu lui parler, il murmure:

-’utain le bestiau! Le griffon griffu!

Il épaule et très simplement me tire dessus… comme ça sans façons.

Je vacille et fais… Gloup! Je sombre dans la boue, avec je crois une certaine dignité, mais je sombre et l’autre gros … imbécile d’exulter:

-’Utain je l’ai-z-eu! J’ai-z-eu Griffon Griffu le monstre des marais péteurs!

Quand je me réveille nullement au paradis mais encore dans notre pays de Bonpéze couché sur la plate-forme arrière d’une Citroën Méhari orange haute époque, je reconnais Jacky Chombard penché au dessus de moi:

-Bon ça va il y a pas trop de dégâts! Juste quelques plombs dans l’épaule. Ce gros connard…

Il me désigne le fils Balazou, penaud et rosissant comme une fausse rosière démasquée.

-… ce gros connard vous a pris pour…

-Je sais Griffon Griffu le monstre des marais péteurs, une vieille légende d’ici, il faudrait lui confisquer ses bandes dessinées sinon un jour il va croire que les martiens ont débarqué et vous anéantir la caserne de pompiers.

-Si le loup ne m’avait pas averti té! Vous auriez coulé et on vous aurait jamais retrouvé. Drôle de fin pour une altesse. Je vais vous raccompagner.

-Tu peux me jeter chez le père, j’ai perdu le chien, et avec la nuit j’ai peur de me paumer? Ose le gros Balazou.

-Te jeter, ah ça ouais tu sais bien que c’est toujours avec plaisir mon garçon que je te jette mais préviens l’heureux bénéficiaire quand même qu’il ne te tire pas dessus en croyant voir le couillon découillu.

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT ! H.T.Fumiganza 33…

Aprés quoi je fais une petite sieste réparatrice, passe un costûme d’été en lin épépiné, Pezzolino m’a apporté quelques vêtements dans l’après midi et je descends, les invités de Klopilde sont déjà arrivés, la douce enfant a bien fait les choses, elle a accroché partout des guirlandes lumineuses, dressé deux mats d’éclairage de quinze métres de haut, fait nettoyer le jardin et planter une pelouse toute neuve, repeindre la façade et remplir la piscine, dresser un buffet de six métres de long et mis en place une desserte par hélicoptères depuis l’aéroport international, je dois lui reconnaître, pour cela elle tient de sa mère, de solides talents d’organisation mais qui s’épanouiront aussi bien dans des activités civiles autres que le proxénétisme hôtelier, ce me semble.

Malgré tout cela reste assez provincial, hormis la présence du vice-président des Etats-Unis, d’une dizaine de parlementaires et du gouverneur de l’Etat.

-Ce sont des bons clients. Me sussure ma coupable enfant.

Il n’y a pas que des femmes de professeurs endimanchées, il y a aussi beaucoup de perles, de diamants et de décolletés, je soupçonne ma lucrative Klopilde d’avoir fait payer fort cher ses invitations à venir voir le prince Raoultkë de Nordnmark que “l’on dit charmant et tellement français”, tous ces braves américains seraient bien infoutus de situer le Nordnmark sur une carte du monde et pas plus l’Europe mais enfin ils ont déjà cette qualité d’être curieux… de moi.

Klopilde en profite pour mettre en place une tombola, une loterie, un sweepstake, deux pistes de strip-tease et quelques tables de poker, je ne sais d’où elle tient ce goût pour la libre entreprise mais c’est vraiment très étonnant.

Elle me prend par le bras:

-Tu es très beau Papatkë… viens je vais te présenter le professeur Alacan… il est par là…

Il n’est pas loin en effet il campe devant le buffet au rayon spiritueux, il est même largement entamé et aux prises avec l’un de ses collégues, phénoménologue belge, structuraliste comme lui, mais d’une autre obédience, très imbibé lui aussi et auquel il conteste des présupposés hégéliens, très vite la dialectique aidant ils en viennent aux mains et se déconstruisent mutuellement allégrement, c’est terrible de voir cela et l’on se dit que la philosophie spéculative devrait être interdite quand elle ravale ainsi l’homme au rang de la bête.

Malgré tout la soirée se passe sans plus d’incidents hormis une apparition de Lopeck Glissanski qui claque un peu fort les volets en gueulant de sa voix très sonore depuis le premier étage:

-Il y en a vouloirrr dorrrmirrr ici! Quoi merrrrde!

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT!H.T.Fumiganza 32…

31 Juillet… suite…

Elle porte une petite jupe à carreaux et toujours ses couettes, Dieu du ciel comme elle est restée gamine!

Une demie douzaine de ses amis, des garçons robustes en parfaite santé, viennent la saluer avant de partir:

-Bon Klo-Klop on doit y aller on a entrainement, et encore merci pour cette nuit. Tu étais partout, devant, derrière… Ah c’était…. c’était inoubliable!

-Oubliez ça, bon au revoir les garçons et de toutes les façons c’est pas tous les jours que vous gagnez contre les Rangers.

Une fois les garçons partis, Klopilde nous explique que c’était l’équipe de football de l’université et qu’ils ont remporté une importante victoire qui a été fêtée jusque tard dans la nuit… et même jusque tôt dans le matin.

-Et les voisins? M’interrogeai-je.

-Les voisins ils étaient là! Ils doivent même être encore sur la moquette du salon!

-Et vous mon cher Lopeck, malgré la fête ce matin quand je suis arrivé, fort tôt d’ailleurs, vous étiez déjà sur le pont .

-Moi le nuit je dormirrrr! Nous répond-il toujours depuis son dessous de baignoire.

-Bon et bien moi je vais mettre un peu d’ordre, aprés quoi on pourrait aller avec mon Papatkë chéri visiter un peu la ville.

Je l’aide dans ses tâches ménagères, ranger les coussins, pousser dehors les porto-ricains qui sont dessous ou vider les cendriers pleins:

-Ils fument de drôles de cigarettes tes amis, regarde elles sont coniques, on dirait… ne seraient-ce point là ce que l’on appelle des pétards!

-Que veux-tu papa chéri, ils sont jeunes.

-Tu n’en fumes pas j’espère?

-Lopeck me tuerait, il a bien trop peur pour son fils!

-Car un fils ce sera?

-Oui, oui un garçon c’est certain.

-Mais qu’est-ce qu tu fais?

Klopilde est en train de ramasser des bouts de plastique qui jonchent la moquette et de les lancer aux chiens qui restent sur le seuil comme au garde à vous et mâchent longtemps chaque morceau avant que de l’avaler avec un gros gloup!

-Regarde comme ça les amuse!

Je me penche un peu sur la moquette, je ramasse l’un de ces objets intrigants, on dirait des ballons de baudruche dégonflés et dégou… li… nants… de…

-Des capotes! Mais ce sont des capotes usagées!

-”Il faut bien que jeunesse se passe!” comme vous dîtes en France. Allez viens mon Papatkë joli on va se promener en ville et d’abord déjeuner, j’ai une de ces faims !

Ma douce Klopilde appelle un taxi, c’est un cubain, il s’adresse à mon enfant en cubain dans le texte… non plutôt dans le taxi. Il ne sait pas que j’entends fort bien l’espagnol, pendant des années nous y avons passé d’excellentes vacances sur l’Île de Majorque avant que je ne rachéte notre vieille terre de Bonpéze que monsieur mon père avait vendu à de vagues cousins: les Mairdleux de la Momerie.

-Il a une sâle gueule ton micheton, si tu veux on va te le faire crâcher un max, je lui fais faire le tour de la ville pendant que tu l’endors avec une gâterie, j’appelle les amis et on te l’arrange dans un terrain vague, j’en connais des très bien.

-Mais enfin Josépito tu n’y penses pas, c’est mon papa chérie.

-Ah ouais! Ah c’est pas vrai! T’as un père toi ma poule et depuis longtemps? Il a pas dû te faire beaucoup d’usage. Bon en route c’est moi qui régale, je te dois bien ça avec tous les coups que tu m’as servis!

J’interroge mon enfant en nordmois, langue peu usitée en ces contrées:

-Tu as d’étonnantes fréquentations ma fille?

-Oh je ne risque rien, ce sont des amis de Lopeck.

-J’aimerais connaître aussi quelques uns de tes professeurs…

Il en est de fameux à la Florida’s Surf and Smurf University (FSSUF).

-Si tu veux…. tiens j’inviterais ce soir le Professeur Jacques Alacan c’est un français très connu l’un des derniers philosophes structuralistes, il est passionnant quand il a trop bu il se met à destructurer, on ne peut plus l’arrêter.

Nous déjeunons de salades, l’établissement en sert 9865 différentes au bord de l’eau dans une marina, le paysage est splendide, hormis les batîments tape à l’oeil, la pelouse artificielle, les palmiers racoleurs et la mer qui semble repeinte de la veille, le seul ennui c’est que Klopilde y connait une quantité de monde, de nobles quinquagénaires habillés en yachtman et toutes les trois minutes, elle sort son carnet pour noter des rendez-vous, mais ce sont surtout des femmes, le plus souvent fort jolies quoiqu’exagérément blondes et apprêtées qui l’abordent:

-Klo-Klop je vois que tu es en clientéle ….

-Mais non voyons c’est mon papounet chérie, qu’est-ce qu’il y a ma Cynthia?

-C’est pour mon client du 16, il voudrait qu’on fasse ça pendant une pêche au requin. Tu sais que je supporte pas le bateau, tu pourrais pas lui coller Sonja?

-On va arranger ça, je vais demander à Lopeck, je t’appelle, ciao.

-Enfin ma fille pourrais-tu m’expliquer ce que sont-ce au juste ces activités qui t’accaparent tant?

-Oh je fais juste un peu de… d’animation commerciale, je prends les rendez-vous de Lopeck, j’organise des fêtes, je procure des hôtesses, quelques fois je donne un peu la main comme avec les fôtbaleurs de cette nuit, les filles n’en pouvaient plus, c’est Lopeck qui m’a appris le métier.

-Il est très travailleur?

-Ah ça très.

Brave garçon ce Lopeck, je confesse que je goûte assez ces longues conversations sous l’évier que j’ai avec mon beau fils en lui passant la clef de 12 c’est un garçon attachant et qui s’est fait seul à la force du poignet, et il en faut de la force dans le poignet pour exercer ce métier de contraintes et d’effort. Quand soudain, amenée par je ne sais quelle tellurisme paternel en provenance directe des mes entrailles, passe devant mes yeux la fîche de renseignements que m’avait présentée cet imbécile de Thör Dupondsen et les deux condamnations pour proxénétisme du polak.

-Tu… tu ne te livres pas au… au proxénétisme au moins?

-Oh Papounet tu as de ces mots. Il faut être moderne, aujourd’hui c’est un bizeness comme un autre.

Je m’effondre dans ma salade cumin/betterave/pamplemousse, avant que de me ressaisir et de me redresser derechef en empoignant mon couteau… à salade:

-Mais je vais le crever moi ç’t empaffé de polak!

-Ah je vous en prie père pas de scandale, je suis connue ici.

La terre me manque, assailli comme je le suis par une mêlée de sentîments contradictoires: tue-je? Egorge-je? Ou Pardonne-je?

Je me rééffondre sur mon fauteuil au moment où le garçon apporte le dessert, une salade aux fraises chou rave et huitres chaudes sucrées.

-Enfin Klopilde mon enfant tu n’es pas raisonnable, as-tu oublié que tu es dans la liste de succession au trône de Nordnmark?

-Troisiéme! Il y a ce nazillon de Koonradt et ce demeuré d’Uurtikern avant moi, autant dire que sauf épidémie, tremblement de terre ou autres circonstances favorables…

-Ne parle pas comme ça de tes frères nous sommes une famille unie.

-Et puis de toutes les façons ça ne m’intéresse pas, j’ai vu pour maman c’est trop de soucis.

-Il est de fait que pour une femme, régner n’est jamais facile, c’est plutôt une affaire d’hommes.

-Qu’est-ce que tu racontes maman se débrouille très bien. Non moi je veux mon indépendance… parlementaire, être autonome, ne pas dépendre toute ma vie d’une bande de députaillons, médiocres et grégaires, imagine que ces imbéciles par démagogie me coupent ma liste civile, qu’est-ce qu’il me restera pour vivre et élever mon enfant, je préfére prendre les devants.

-Prendre les devants… et aussi les arrières !

-Ne soyez pas trivial père !

Je reconnais qu’elle n’a pas tout à fait tort, le parlementarisme est une plaie mais je ne peux pourtant lui donner entiérement raison.

-Bon écoute vous fermez votre petite entreprise et vous revenez au Nordnmark, ton mari a un bon métier, je parle de la plomberie, pas de l’autre… et toi tu pourrais t’inscrire à l’Université de Boeren ou d’Upschlout et je ne dis rien à Maman c’est promis…

-Faire du surf à Upschlout sur la baltique? Entre les icebergs peut-être?

-Mais bon Dieu il n’y a pas que le surf dans la vie! Je ne sais pas moi tu pourras faire de longues balades en traineau au printemps dans le Proomsberg ou de la luge l’été dans le Thöf. Et en attendant, puisque l’année universitaire est terminée, sais-tu ce que nous allons faire? Nous allons tous ensemble passer un bon mois de vacances à Bonpéze, je demanderais une permission à son chef de corps pour Koonradt et tu peux même emmener ton… ton polak, mais il faudra bien l’attacher qu’il nous bouffe pas les poules… ah te souviens-tu quand tu étais petite ce qu’on s’amusait là-bas à cueillir les cerises, ou à faire la moisson avec les paysans… songe aux champs de blé dur mûr…

-Le blédurmur? Qu’est-ce que c’est que ça? Mais merde j’ai grandi depuis et les péquenots ça m’a toujours fait chier.

-Ah ne parle pas comme ça ma fille ! Pas de nos gens!

C’est peut-être les fraises, ou les huitres ou les propos de Klopilde ou le mélange de tout ça mais j’ai comme un poids sur l’estomac.

-Bon si tu me faisais visiter un peu cette ville, j’en suis curieux.

Miami est une ville sans doute d’antique peuplement mais de construction récente et de civilisation quasi inexistante, toute sillonnée de retraités, de culturistes, d’étudiants et de caniches en shorts, lunettes de soleil et casquettes, étonnant ce culte rendu à l’accessoire sous un ciel vide meublé d’un soleil célibataire, l’on se croirait dans un meublé mais en plein air, une contrée éternellement vacante comme entre deux locations, un pays bande mou bien loin de nos plages méditerranéennes tellement érectiles.

Quand nous retournons chez Klopilde, au petit trôt, les bras chargés de victuailles en vue de la petite réception qu’elle veut donner ce soir, Lopeck Glissanski est dans le garage, sous sa bagnole en train de s’amuser avec le delco, c’est comme ça qu’il se détend: en bricolant sa voiture, c’est définitivement un c… euh… un garçon intéressant, je lui balance préventivement sa clef de 12 et m’en vais prendre une douche.

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT! H.T.Fumiganza 31

31 juillet

La Floride nous voilà! Non ce ne doit pas être ça.

L’avantage avec un sous-marin atomique c’est que l’on n’a nul besoin en route de s’arrêter pour ravitailler, l’inconvénient c’est que l’on ne peut collecter et collectionner ces petites figurines ou ces gadgets amusants que distribuent chaque fois que vous y faîtes le plein, les pétroliers ravitailleurs véritables stations service à la mer.

Malgré tout la propulsion atomique vous donne une liberté étonnante et fort agréable. Imaginez cela sur un pédalo et le concept même de loisirs en est changé. Je jette sur le papier ces quelques idées originales, il me semble, en prévision d’un prochain livre que je prépare où j’entends bien livrer ma vision du monde actuel et à venir. Le réchauffement climatique, la fonte de la culôtte glaciaire après un régîme dissocié même la place du caleçon dans nos sociétés contemporaines, j’essaierais d’aborder tout sans idées préconçues et avec ma propre sensibilité d’écrivain.

Dés que nous abordons au matin, je fonds sur un taxi, lui donne l’adresse de ma douce mais coupable Klopilde, depuis ses épousailles surprenantes elle loue une grande maison en ville, à proximité de l’Université.

Quand j’arrive chez elle la maison est pleine de jeunes gens avachis sur les canapés défoncés, défoncés je pense que les jeunes gens sus nommés le sont aussi un peu, cela sent une drôle d’odeur, une manière de parfums de tabacs turcs qui flotte dans l’air, j’ouvre en grand les fenêtres, il fait un soleil magnifique, après quoi j’appelle :

-Klo-Klop ! C’est Papatkë!

Mais elle ne répond point, je visite la maison, toutes les chambres sont pareillement occupées par des jeunes gens, plus ou moins jeunes d’ailleurs, mais tous ronflants et débraillés, certains sont même fort nus!

-Klopilde où es-tu?

-Ici! Me répond une voix mâle qui n’est nullement celle de mon enfant, elle provient de la cuisine, j’y cours, un homme en cottes bleus est à demi enfoui sous l’évier de la cuisine:

-Je Lopeck Glissenski. Vous cherche Klopilde ma femme, elle être bibliotek Universitek? La clef de 12 je please!

-Ah bien: Fort bien! Vous êtes donc son époux! Fort bien je suis son papa Prin….

Je me retiens de décliner mes tîtres et dignités, qui risqueraient de quelque peu amidonner nos relations que je veux ouvertes et dénué de tout préjugé, ce n’est pas parce que ce foutu prolo slave s’est payé une petite pute dans les toilettes d’un aéroport international et que cette petite pute était ma fille qu’il me faut lui en tenir éternellement rigueur!

-Raoul de Bonpéze.

Il me tend la main, je la lui sers, cela dure, il ne veut pas la lâcher enfin il dit toujours sans sortir de sous son évier:

-’pouvez pas passer moi la clef de 12 ! Je please.

-Mais… mais bien sûr, la clef de 12 donc…

Je fouille dans sa sacoche en cuir de plombier et je la lui rapporte triomphant:

-Voilà la clef de 12!

-Pas la débouchée, la plate! Je please.

Je me conforme à ses souhaits, je les satisfais même, il grogne quelque chose en polonais non sous titré mais qui ressemble fort à un remerciement mal articulé.

-Ce sont des camarades de Klopilde?

-Ah ça êtrrre petits cons! Marrrteau je please!

Je lui dis toute l’estîme que j’ai pour les métiers manuels.

-Gagner crrroûte bientôt môme faut bien!

Je lâche son marteau sur mes pieds:

-Aïe! Vous voulez dire que Klopilde est enceinte?

-Tac! Pas elle dirrrre papa?… Moi dirrre Marrrrteau!

Il commence à m’agacer avec ses outils, je ne suis pas infirmière mais bientôt… grand-pérrre! Je lui passe quand même son foutu marteau.

-Vouloirrrr café?

-Je… je veux bien.

-Toi fairrrre deux tasses, cafetiérrrres là-bas!

Il m’énerve ze polish plumber avec ses roulements de “r”!

Enfin, je fais du café pour deux, je lui tends la tasse, il est toujours en immersion sous son évier, il aurait du faire sous-marinier plutôt que plombier ce garçon.

-Je vais un peu m’aérer et me détendre les jambes.

Je le laisse à ses problèmes de tuyauteries pour aller marcher dans le jardin et méditer un peu. Le jardin est charmant quoique salissant, il est jonché d’énormes crottes de chien Je suspends très vite me exercices et laisse là mes méditations car deux énormes molosses viennent à ma rencontre en aboyant et en me montrant les dents.

Je retourne à la cuisine, mais mon … beau-fils a disparu, j’appelle:

-Lopeck! Cher ami où êtes-vous?

-Je être là!

Je le retrouve dans la salle de bains, sous la baignoire.

- Pas énerrrevez les chiens! Clef de 12 je please.

Je suis à deux doigts de la lui balancer à la figure mais un: de figure je ne vois point et deux: c’est alors que j’entends la douce voix de ma tendre Klopilde:

-Bonjour les gentils chiens… oui vous êtes mignons mes amours… oh mais dîtes donc vous êtes encore là vous! Coquins! Allez mes bons amis rhabillez-vous et remettez un peu d’ordre voulez-vous… Lopeck mon ravichou adoré tu es là?

-Je être sous baignoirrrre! Répond l’homme des sanitaires.

Klopilde vient à nous:

-Oh papatkë! Mon papatkë jolitkë! Que je suis contente de te voir!

Elle se jette dans mes bras, quelle bonne enfant! Malgré tout je la gourmande un peu:

-Tu comprendras que j’attends des explications!

-Eh bien moi j’attends un bébé.

-Je sais notre ami me l’a appris.

-Ah vous avez fait connaissance, je suis contente tout plein, je suis sûre que vous allez sûrement vous entendre merveilleusement!

(à suivre…)

NORDNMARK ONE POINT ! by H.T.Fumiganza 30…

29 Juillet

Après avoir folâtré quelque peu sur les océans, mais après tout c’est les vacances, nous arrivons à Los Angeles pour les manoeuvres navales Nordmo-Américaines.

Les autorités navales américaines sont un peu déçues ils attendaient un contre-torpilleur et ils voient arriver un sous-marin lanceur d’engins.

Quelle idée aussi d’organiser des manoeuvres aussi loin de chez nous, d’ailleurs pour dire la vérité notre participation est somme toute assez symbolique, les américains mettant en ligne 62 bâtiments de surface dont 14 porte avions à propulsion nucléaire et nous outre le Françoise Dolto rebaptisé Ingrid Bergmon à la hâte et à la suite d’un erreur du peintre qui s’est trompé dans les prénoms, Ingrid Bergmon étant comme chacun le sait une combattante féministe nordmoise morte héroïquement au combat les ciseaux à la main dans les toilettes du stade Olympique d’Upschloüt dans les années 70 le soir d’une finale de la Coupe de Nordmark, nous ne pouvons aligner qu’une vedette des Douanes transportée à dos d’hommes depuis la Baltique.

Ne nous leurrons pas, nous ne faisons que de la figuration, la plus intelligente possible. Le théme des manoeuvres est simple:

“On disait que ces salauds de russkofs essayent d’envahir la grande banlieue de Los Angeles et d’asservir le monde libre, traitez-moi cela en douze heures sans vous servir de l’aviation mais vous pouvez utiliser des missiles intercontinentaux à têtes multiples et vous aider d’un rapporteur!”

Comme on le voit, on ne se renouvelle pas beaucoup dans la Marine américaine.

Pour notre part nous demeurons en queue de peloton à actionner les sirênes pour saluer les populations attroupées sur les quais et au retour l’on ne dispute même pas le sprint final.

Au soir lors du dîner officiel clôturant les manoeuvres, j’ai mis l’uniforme vert pâle en soie sauvage que m’a taillé le talentueux tailleur des Isles Futrak, avec une belle chemise à jabots et des chaussures italiennes, je fais sensation auprès de la gente féminine, elles me veulent toutes et tout de suite, ces américaines sont le plus souvent privées de vrais mâles, surtout ici à Los Angeles. L’amiral O’Sweatie commandant la 71° Flotte est lui même le premier amiral irlandais transgenre de la Marine américaine, il arrive en longue robe décolletée. Entendons-nous je n’ai rien contre les homosexuels et autres tarlouzes ou folles de placard mais pourvu qu’elles gardent leurs distances, ne fassent pas de prosélytisme et n’essaient pas de sauter le mur (ou autre) du pénitencier.

Ceci mis à part c’est une personne charmante elle/il me dit que le Président de la République Française a été cueilli en sortant des Nations Unies et qu’il est actuellement en garde à vue dans un Commissariat de la 47° rue à New York pour “Génocide aggravé d’estivants du corps de troupe de l’armée des Etats-Unis d’Amérique”.

-Ah tiens don’ et pourquoi don’?

-Vous n’êtes pas au courant Monseigneur ?

-Vous savez Amiral sur un sous-marin les journaux arrivent mal.

-Il aurait fait balancer un frigo atomique (Atomic Fridge) sur notre établissement des Iles Pepsico.

-Un frigo atomique diantre! Vous entendez ça John Branke? Qu’est-ce qu’on ne va pas inventer maintenant! Et comment est-on sûr que les français soient au départ de la chose?

-On a retrouvé la garantie dans le compartîment à oeufs, il a été acheté au magasin Darty de Lorient.

-Bigre ça ne s’arrange pas pour lui on dirait.

-C’est grave! Insiste O’Sweatie, il risque de perdre sa retraite de fonctionnaire de la CIA.

Pour remettre un peu d’entrain je fais valser l’Amiral O’Sweatie, il/elle chausse du 49 et il est préférable de garer ses vernis quand elle/il change de bord.

Toutes ces formalités accomplies nous ne prenons pas même le temps de visiter la ville malgré les sollicitations d’un carnet d’adresses prestement rempli, nous mettons le cap sur la Floride où je vais retrouver ma douce, tendre, candide …. mais oh combien coupable Klopilde.

Je donne à Bombsec l’autorisation de raccrocher ses lampions et de remettre ses tables sur le pont, les hommes sont détendus, ils font des grillades et boivent de la bière… fraîche, ce cher et délicieux John Branke nous ayant fait livrer un nouveau frigo, les vacances commencent bien.
(à suivre…)