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Archive de la catégorie Journal de la France de pendant par François F. soumis

Le péril rom ! 1/1 by Lofti Benayak

Le péril rom 1/1 par Lofti Benayak
Chronique du conquennat
Histoire de la France de pendant par François F. soumis

Quand j’arrive à la Chancellerie du Reic… à l’Elyséum Circus mon maître mirobolant est en pleine réunion avec l’OKC L’OberKommando der Kom’. J’attends sagement dans le couloir, ses publicitaires il me les prête jamais, il dit que c’est personnel un publicitaire et que de toutes les façons j’en ai pas besoin vu qu’on fait pas de publicité pour les nouilles ça se vend tout seul.
Il sort enfin, noyé au milieu des Rolex, des mines bronzées et des dentiers refaits:
-Ah tu es là toi, viens par ici, j’ai à te causer…
Il m’entraîne dans son bureau :
-Alors maintenant on met plus de cravate quand on va voir son chef !
-C’était… c’était les vacances, j’avais pensé…
-Penser c’est déjà désobéir… non allez détends-toi, je te dis ça, c’est surtout Carla Brauni qui a été choquée, elle est très regelung/regelung (règlement/règlement) ma gretchen… viens plutôt voir par là…
Il y a une table avec des grandes affiches étalées dessus :
-Je vais organiser une grande exposition à Paris sur les roms et comment les reconnaître avec des illustrations pour que les populations se gourrent pas.
-Cette histoire me semble quand même exagérément grossie à la limite du grotesque et…
-Mais tu rigoles ils sont partout ! Ils avaient tout envahi, il y avait même un journaliste rom au Figaro, on l’a repéré à sa roulotte qu’il avait garé sur le parking du journal, mais ses collègues ont été Korrekten ils l’ont dénoncé, il s’est défendu en disant que c’était son camping-car et qu’il partait en vacances en famille pour ça que… tu penses si on l’a cru. Et à Limoges le sous-préfet qui était en ménage avec une fil de feriste bulgare, je l’ai envoyé ramasser le sel… à Garande. Tu imagines à Limoges autant dire au coeur de l’état. Tiens si je te disais que Pujadas c’est pourtant bien ex-français Pujadas comme nom et bien il est à demi enromée par l’arrière-neveu de la tante à l’ex-soeur à son concierge et Claire Chazal, tu savais qu’elle avait une liaison avec l’un des frères Bouglione.
-Lequel ?
-Le dompteur de connes.
-Comme de juste. Ah la salope !
-Il faut une ex-France Romenfrei. Non mais tu ne te rends pas compte à ce rythme demain ça n’aurait plus été l’ex-France éternelle des mosquées salafistes et des Quicks hallals mais celle des Saintes Marie de la mer et des pèlerinages on aurait fini par tous bouffer du hérisson, et nos enfants ne se seraient plus appelés Meklouf, Solal ou Mamadou mais Django, Panch ou Luludja. Comme disait mon Papal le jeudi quand il nous emmenait au cirque : dans la vie il faut choisir mon fils: Medrano ou Pinder ! J’ai résolument choisi Pinder.
Quel homme !Quel patriote !
-Ah le cirque Pinder, La Piste aux étoiles, les Barrios, ça rend humble, c’est là qu’on se rend compte qu’on a rien inventé au gouvernement, je regardais ça quand j’avais été bien sage, autant dire à chaque fois, à l’époque je portais ma mèche à gauche, ah générosité de la jeunesse… Et… Et ceux qui disent que c’est bassement électoraliste, que tu fais la retape pour les cornards du Flan National.
-Non mais ça c’est de la rigolade les électeurs du Flan National c’est vraiment de la mouche à con, dés qu’ils en reniflent un bien à coeur ils se posent dessus, c’est des mecs qui ont voté Mitterrand et re-Mitterrand (alors qu’il était déjà mort depuis six mois !), Chirac et re-Chirac autant dire le trou noir intégral, en tirant entre-temps des petits coups furtifs avec Le Pen pour se donner des frissons et avoir l’impression d’exister pour de bon, ils ont voté déjà pour moi une fois, je les ai sur le dos quand je veux j’te dis.
-A propos j’ai trouvé le grand rabbin très bien, il aurait pu en faire des tonnes avec ce qu’ils nous cassent les noix depuis des années dés qu’un mec bouge une oreille ou lâche une vanne mais là… non très bien.
-Tu sais entre collègues de la CIA et du Mossad c’est quand même la moindre des choses de pas se tirer dans le dos.
-Les journalistes télés aussi, remarquables, aucun mauvais esprit, tous les jours une exaction rom avec le maire qui montre la sanisette salie ou le branchement EDF trafiqué en chialant que c’est p’us possib’ qu’y sont définitivement pas comme nous.
-Avec eux il y a pas de problèmes ils font où on leur dit de faire, de préférence dans le caniveau mais si on désigne la soupière familiale, ils baissent culotte et font dans la soupière à huit heures devant la petite famille attablée et toute émotionnée. Et mes flicaillons, ils ont pas été impeccables, problèmes de conscience connais pas… Führerprinzip ça marche à plein avec ces imbé… fonctionnaires et puis expulser une mémé ou un môme apeuré c’est quand même moins dangereux et plus dans leurs capacités que de lutter contre les trafiquants de drogue, non il y a qu’un ennui c’est en attendant les expulsions, où les parquer, je peux pas refaire des camps, tu penses bien ils seraient trop heureux.
-Et après tu y a pensé après ?
-Après je m’attaque aux luxembourgeois, par pleins camions ils passent la frontière, rien que l’année dernière: 67 d’après les chiffres du ministère corrigées des exactions saisonnières alors t’imagines les proportions les années bissextiles… et puis tu vas pas me dire qu’il y a que des diplomates là-dedans !

Je quitte « mein lieben Führer » en pleine exaltation, sur le trottoir d’en face, il y a une vieille tsigane qui fait des incantations en manipulant une poupée avec des talonnettes en direction du Palais, je suis pas superstitieux mais quand même… si elle pouvait nous en débarrasser pour de bon.

Putschez pas derrière !1/1 by Lofti Benayak

Putschez pas derrière !1/1 by Lofti Benayak

Chronique du Conquennat

Journal de la France de pendant par François.F. soumis

Pineulope était allé me chercher un quatrième bottin pour me mettre sous les fesses j’arrivais toujours pas au micro, le réalisateur mettait au point, Pujadas apprenait par coeur les questions et les réponses que je lui avais préparées, la maquilleuse rajustait ma mèche, l’accessoiriste arrangeait le drapeau derrière moi pendant que son assistante passait un dernier coup de fer sur mon uniforme, un chouette uniforme de sapeur d’empire que Pineulope avait trouvé dans les greniers de Matignon oui tout allait bien quand mon maître futurement débarqué… a débarqué.

On avait tout prévu sauf ça, normalement il était en voyage officiel en train d’essayer son Airbus présidentiel Air Gland One dans le ciel des Bahamas.

-‘utain de zinc de merde ! On avait pas si tôt décollé qu’on a perdu un moteur, une erreur humaine de l’ordinateur de bord à ce qu’il paraît, il voulait vider ma baignoire au dessus de Roissy et ce con a balancé un réacteur dans les champs, il a dû faire des heureux tiens !…

Il était tellement en colère qu’il n’a rien remarqué tout de suite et c’est en me voyant dans son fauteuil qu’il a ouvert les yeux :

-Qu’est-ce tu fous là toi ?

-Eh ben… tu vois… je te remplace… comme d’habitude quand t’es en voyage officiel et je … heu… J’ai heu…bafouillé… heu…

-Qu’est-ce que c’est cet uniforme grotesque ! Et qui c’est qui t’a permis de prendre mon prompteur et ma maquilleuse… je t’ai dit que je supportais pas qu’on touche à mes affaires ! Il a gueulé en débranchant le prompteur et en poussant la maquilleuse et le journaliste de France 2 dans le placard où il range les journalistes de la télé d’habitude avec l’aspirateur quand ils servent pas, il faut dire que le Pujadas il est bien commode il tient pas de place on a même pas besoin de le plier et le fil de l’oreillette il se rembobine tout seul en tirant sur la cravate.

-Mon… mon… mon allo… lo… locution… j’ai mon allo… locution dans cinq minutes…

-Qu’est-ce que c’est que cette histoire, tu allocutes toi maintenant ! Et qu’est-ce qu’elle fait la télé là ? Alors dés que j’ai le dos tourné c’est le grand bazar et où qu’ils sont mes collaborateurs.

Je pouvais pas lui dire qu’on les avait enfermés dans la cave. Heureusement qu’on avait encore tondu personne.

-Casse-toi de là tu veux !

J’ai obéi, à nouveau, c’est quand même bon, et je me suis levé avec mes papiers que j’avais préparés pour les questions du journaliste après mon allocution où je déclarais à la nation françouaise, que j’assumais dorénavant et à partir de maintenant la plus haute charge de l’état et que en ces heures troublées où le pays menaçait de sombrer à nouveau (il faut dire qu’il sombre à peu près tous les vingt-cinq ans) je faisais le don de ma personne (compris la mèche et mes petits souliers cirés) à la nation afin d’atténuer sa souffrance… et le ridicule dont elle était l’objet partout à l’étranger.

Je détaillais aussi les premières mesures que j’avais décidées, enfin c’était Raffarin qui avait fait la liste après son retour d’un voyage d’étude en Thaïlande, d’abord l’armée (ouais ce qu’il en restait quoi, le mal qu’on avait eu à trouver une dizaine de chars qui perdent pas leurs chenilles !) occuperait Radio Nostalgie et le Comité Miss France (il avait prévu Jean-Pierre et j’en avais approuvé le principe, je suis légitimiste, la restauration de Madame de Fontenay.) ensuite pour plaire au populo on passerait par les armes quelques footbôleurs socio-traîtres et le rejeton Arthus-Bertrand qui casse les bonbons à tout le monde avec ses pignolades aéro-mondaines et sa morale de bourgeoise, mi-effrayée, mi-émoustillée, par le travailleur du tiers-monde en sueur.

Puis rassemblement au stade de France pour un grand jamboree carcéro-festif de toutes les personnes suspectée d’accointances avec l’art contemporain ou la commission européenne.

Réouverture du Bagne de Toulon pour les artistes subventionnés, les pipoles péremptés, les publicitaires et autres jeanf…decom’.

Pathétique-sur-Navrant (mon pays natal) devenant capitale administrative du royaume… (non ça c’est pour plus tard !),du pays au détriment de ce Paris maudit classé zone interdite à décon… taminer.

Transfert des cendres de Catherine Langeais et de Jacqueline Huet au Panthéon, aux speakerines (de mon adolescence branloteuse) la nation reconnaissante.

Retour immédiat à l’an 2000, au franc et à la croyance dans le progrès éternel.

Réhabilitation du képi et distribution de gauloises bleues aux enfants des écoles…

-Passe-un peu tes papelards là ! Il m’a commandé d’un air soupçonneux.

-C’est rien… c’est des idées en l’air que j’ai noté… je… je… c’était pour les voeux de… nouvel an…

-Un 22 Août ! T’es en pleine Alzheimer mon pauv’gars !

Et il m’a arraché mes papiers.

Mais Pineulope revenait pas et j’étais à nouveau sous le pouvoir de cet être infernal.

Il s’est assis dans son fauteuil et il a commencé à lire dans mes papiers. Il ouvrait des yeux étonnés à mesure qu’il découvrait ce qu’on avait décidé avec Jean-Claude (Gaudin), Jean-Pierre (Raffarin) et Pierre (Méhai…hai…hai… gnerie).

Il faut dire qu’on avait fait fort. Pour la direction de la junte aussi on s’était partagé les rôles, Gaudin qui n’a jamais caché son penchant pour la marine avec mousse la représenterait il s’était déjà fait tailler… un uniforme d’amiral, Raffarin prenait l’aviation il en rêvait de tout môme, Méhai…hai…gnerie se chargeant de l’armée de terre où il avait fait valoir qu’y ayant grade de lieutenant-colonel de réserve il n’aurait qu’à remplacer ses barrettes par quelques étoiles, pour ma part outre le commandement en chef de la junte j’avais hérité, après confrontation de nos points de vue et un concours de bites finale pour nous départager des … Eaux & Forêts.

-Mais qu’est-ce que c’est que ces conneries ! S’est exclamé mon chef re-révéré juste au moment où Pineulope ponctuelle comme la cavalerie américaine arrivait enfin pour me délivrer en brandissant un vieux minitel:

-Tiens, il y a pas une bottin dans ce taule, c’est tout ce que j’ai trouvé, tu t’assiéras le cul le-dessus ! Tiens il est là lui ! Elle a dit ma Pineulope avec sa grosse voix de quand elle est pas contente parce que j’ai pas bien fait mon lit ou que j’ai pas ouvert au chat.

-Il est là et même un peu là. Ne vous en déplaise ma chère, je crois que je suis arrivé à temps, à un crochet de boucher je vous ferais tous pendre, bande de traîtres ! Ah on voulait conspi…

-Toi tu fermes ton gueule little boy ! Bon les pétites bonshommes maintenant shut-up vous va jouer dans le cour pendant que moi je vais le faire l’allocution…

On est parti tous les deux, péteux, il faut dire que Pineulope quand elle est en rogne il y a pas grand chose à faire surtout qu’y restait dans le Palais juste une poignée de gardes républicains beloteurs, les autres avaient posé leurs congés ou des RTT et ils se bronzaient la couenne en famille à Argelés-Plage ou regardaient tomber la pluie en Bretagne, vous parlez d’une garde de fer.

-Non je dis pas, mon François, il y a des trucs pas mal dans ton programme… il m’a dit mon maître punaisé pendant qu’on regardait l’allocution de Pineulope, elle se débrouillait très bien et elle, elle avait même pas besoin d’uniforme ce que c’est que l’autorité quand même !

La semaine du (petit) blanc 1/1 by Lofti Benayak

La semaine du (petit ) blanc 1/1 by Lofti benayak
Journal de la France de pendant par François F. soumis

Depuis son retour de Vachinguetonne j’essayais en vain de joindre mon maître immarcescible, en désespoir de cause je me décidais à l’aller voir à l’Élysée malgré l’interdiction formelle qu’il m’avait faite de m’en approcher même pour les conseils des ministres, parce qu’il disait que j’avais une mauvaise influence sur ses ministres je m’en fichais bien pour ce que ça servait, quand on coule on coule et il faut être couillon pour aller sur la passerelle à ce moment-là surtout quand il n’y a pas assez de chaloupes à bord.
J’allais souffrir et je m’en réjouissais d’avance.
Arrivé sur place, je découvrais la place désertée, les défenses tombées, les huissiers déchaînés fumaient des cigares devant des cheminées éteintes, les maîtres d’hôtel s’envoyaient les chambrières sur les dessertes de la salle de bal et les journalistes accrédités faisaient ce qu’ils savaient faire et suçaient tout ce qui passait à portée. Il me fallut quelques temps pour découvrir que si en surface tout était à l’état d’abandon, cela grouillait en dessous dans l’abri atomique, le fameux QG Pluton ultime ornement giscardien, authentique monument à la grande trouille bourgeoise jadis devant le soviet aujourd’hui face à l’arabe.
Je n’avais jamais vu un tel encombrement de gardes républicains, klaxonnant tôle contre tôle dans les couloirs bas de plafond (forcément les plafonds font quatre mètres d’épaisseur !), chargés à plein, ils transportaient des archives que l’on brûlait à grand feu dans les chaudières et ça téléphonait de tous les côtés, on prenait des nouvelles du front (social) en même temps que l’on se préparait une retraite la plus élastique possible de préférence en un lointain étranger. Les rumeurs les plus folles couraient: là des petits blancs lynchés en dehors des heures d’ouvertures de la HALDE, ici la Lauvergeon violée par une quarantaine de gaillards sur le Parvis des Droits de l’Homme (au Trocadéro quoi !) alors qu’elle faisait son joguingue vespéral:
-Heureusement ce n’était pas des mâles blancs !
Je finis par découvrir mon maître munificent (poï poï !) enfermé dans les toilettes triple épaisseur du PC Pluton.
-Il y a longtemps qu’il est là-dedans ?
-Depuis que la Roselyne est venue lui dire que cloper du volcan c’était mauvais pour la santé et qu’il fallait faire une loi pour interdire les éruptions volcaniques dans les lieux publiques.
J’ai tapé à la porte, pas de réponse :
-Ouvre c’est moi, François.
Il a entrebâillé la porte, il était boulonné sur le trône et pourtant beaucoup moins régnant que d’habitude:
-Elle est où Eva ?
-Quelle Eva ?
-Meine fraülein ?
-Ah tu veux dire Carla ?
-C’est ça… Carla Brauni !
-Je… je ne sais pas, elle va venir…
-Tu crois vraiment… Pendant que je te tiens tu aurais pas une capsule de cyanure à me prêter ?
Il avait l’air vraiment atteint et j’ai essayé de le raisonner :
-Tout ne va pas si mal… ton sketch sur la lutte contre l’insécurité était épatant, j’avais beau le connaître par coeur, il me fait toujours autant rire.
-Insécurité mon cul, c’est la guerre ouais ! ach la kèrre gross malheur! A la préfecture pendant mon discours des mômes ont demandé une cigarette à Roselyne et comme elle en avait pas, forcément, ils l’ont balancé du deuxième étage, heureusement les vigiles qui protégeaient les parachutistes qui protégeaient les CRS qui protégeaient les flics de faction ont amorti sa chute.
J’avais une pensée pour notre Roselyne, ma payse (on est tous les deux natifs du Chauvinois) et ma seule copine au gouvernement, mais il faut dire aussi qu’elle est casse-noix avec ses histoires de clope alors que la coke est maintenant au menu des cantines scolaires.
-Et on a arrêté les coupables ?
-Non, mais j’ai fait installer un radar pour la prochaine fois, histoire de voir à quelle vitesse elle passe quand elle tombe.
-Enfin ta visite à Vachinguetonne s’est bien passée quand même?
-Ah ça c’est une consolation, le chef a été impeccable, on a été vachement bien reçu, on a même vu sa femme et les enfants, il m’a montré son prix Nobel j’uis ai dit que quand je serais grand j’aurais le même pareil même s’il me faut bombarder comme lui la moitié de la terre pour ça, il faut dire aussi que quand on est arrivé ils étaient en pleine lessive et c’était le coup de feu vu que le personnel mexicain faisait la grève alors on a donné un petit coup de main, j’ai même servi à table pendant le dîner officiel… qu’il a donné en l’honneur du Président de Trinidad et Tobago, le soir on était vanné entre le linge à repasser et les lits à faire, le chef reçoit beaucoup, on avait même plus la force d’aller jusqu’à l’ambassade de France alors il nous a logé… sous les combles dans des chambres de service, tu sais que maintenant il m’appelle Nike…
-Et toi tu l’appelles ?
-Moi je l’appelle Mon Président. Bon je te fais pas entrer hein… de toutes les façons il y a pas la place, alors les nouvelles ? Ici on est au courant de rien les ondes passent pas les murs sont trop épais, commode pour un QG de commandement, il faut être con comme un polytechnicien giscardien pour inventer des trucs comme ça. Et puis tu m’excuses si je t’ai pas téléphoné, tu sais depuis cette histoire de complot je me méfie de tout le monde… t’es sûr de pas avoir été suivi ?
-Suivi par qui ?
-Décidément t’es jamais au courant de rien toi !
-Mais… mais je t’assure…
Il m’a regardé étrangement:
-Je me demande au fond si derrière la mèche… tu n’en serais pas du complot ?
Mein Furh… je veux dire mon maître inextinguible a sauté en bas de son trône, il était tout rougeaud, il trépignait :
-Je vais te faire pendre à un croc de boucher comme von Villepin !
-Un croc de boucher ? Ouh là ça doit faire rudement mal … je dis pas non… mais je sais pas si Pineulope permettrait, ça risque d’abîmer mes affaires de gouvernement non !
Il s’est calmé m’a tapoté l’épaule:
-Bon oublie ça… la prochaine fois, si tu peux encore passer les lignes, oublie pas de me rapporter des allumettes et un jerrican d’essence on ne sait jamais … et prends-en aussi un pour Carla Brauni ah et puis promets-moi de faire piquer Lefebvre, ça m’emmerderait de le laisser derrière moi il serait vraiment trop malheureux.
Il m’a raccompagné jusqu’au sas de confinement qu’il a soigneusement refermé derrière moi. En remontant à la surface je réfléchissais à ce qu’il m’avait demandé :
« Bon pour l’essence, il me restait quelques tickets de rationnement et pour son protégé je demanderais au jardinier de Matignon de lui mettre une cartouche anti-taupe ça soulagerait tout le monde.»
Une fois à l’air libre, j’ai respiré un bon coup et je me suis dit, intérieurement, j’aime bien me parler intérieurement comme dit Pineulope au moins comme ça je risque pas d’attraper des maladies :
-L’avenir t’appartient ma Pinouillette !
Comme disait il gran grand lider centristo Alain Poher: le bromure ça peut aussi être une politique. Après la bandaison permanente qu’aura été le conquennat de ce petit coq piété au milieu de sa basse cour, régnant sur son parquet à volailles, les français n’aspireront qu’à une chose: du repos.
Détumescence et flaccidité voilà les mots d’ordre de ma future campagne présidentielle.

La Pinouillette super star!1/1 Journal de la France de pendant par François F. soumis. Lofti Benayak 1/1

La Pinouillette super star
Journal de la France de pendant par François F. soumis by Lofti Benayak

Nous étions en véquende avec Pineulope à Pathétique-sur-Navrant dans les appartements du préfet en train de regarder sa tévé, il en a une super à grand écran et GPS embarqué, il y a plus que ces feignasses de fonctionnaires qui peuvent s’en payer des comme ça, à Matignon les soirs de match on va tous chez le concierge, enfin quand Pineulope le permet et que j’ai pas gouvernement le lendemain.
C’était le début du journal parlé du soir de la deuxième chaîne, présenté par le nain propret, je l’aime bien pasqu’il est tout mignon assis sur ses bottins et puis il est comme moi il existe pas trop, et lui aussi il a une raie et comme moi il est jamais décoiffé, d’ailleurs c’est le seul journaliste que Pineulope elle veut bien que je fréquente, pasqu’il salit jamais par terre alors je l’invite à tous mes anniversaires, je mangeais donc mon hamburguère que Pineulope m’avait payé pasque j’avais été bien sage et j’étais en train de mettre du ketchoupe quand je suis apparu à la tévé :
-Regarde Pineulope c’est moi ! C’est hier quand j’inaugurais les vieux à Sainte Hivégée. Ecoute ma Poupougnette je me suis adressé aux français…
-Gardészavus, gardézavuses…
Depuis quelque temps on me voyait tout le temps à la tévé avant mon maître indépassable il aimait pas trop ça :
-Moi d’abord tu permets ! Il me répétait tout le temps.
Maintenant il m’encourageait. Je crois bien que j’étais en train de devenir une star, il faut dire aussi que je rassure l’électeur, les français se retrouvent beaucoup en moi, comme eux je subis les illuminations d’un chef histrion, incapable et glandulaire, comme eux je m’ennuis dans un monde qui ressemble de plus en plus à une location saisonnière en enfer et comme eux… j’en fous pas une rame.
Soudain il y a eu un bruit de carreau cassé et un gros caillou atterrit sur mes chaussures de gouvernement que je venais de cirer, forcément j’ai été surpris et j’ai fichu du ketchoup partout sur la moquette blanche du préfet.
-C’est pas moi… c’est pas moi… et je l’ai pas fait esprès Pineulope !
-Arrête de chialer pétite con et lis plutôt la message qu’il y a écrit dessus !
Elle m’a dit Pineulope en regardant par la fenêtre le motard de la gendarmerie qui avait jeté le message et qui maintenant s’éloignait.
C’était un mot de mon maître incommensurable qui me fixait rendez-vous pour le lendemain.
C’était bien la première fois qu’il me faisait prévenir comme ça et par motard anonyme encore mais après tout on s’en fichait c’était les vitres au préfet !

Il m’avait donné rendez-vous en grande banlieue au bar-tabac le Balto de la rue Franpin à Bagnolet. Bien qu’un peu surpris j’avais obtempéré (comme d’habitude, c’est si bon d’obtempérer.) et pendant que j’enlevais mes pinces à vélos, j’étais venu en vélo-taxi mais comme j’aime à souffrir j’avais pris la place du pédaleur (bienheureuse époque que la nôtre où des jeunes gens éthiques peuvent remettre à la mode sans risquer le lynchage ce proméne-couillons pour marchands de soupe de temps de défaite, étonnant cette nostalgie de l’occup’ allemande, il faut dire aussi que l’actuelle ne tient vraiment pas la comparaison, une mosquée même salafiste dernier cri n’a aucune des commodités d’une kommandantur sans compter que c’est bien moins bien tenu et puis le petit personnel est rarement « korrekt » !), j’aperçus mon maître astronomique, il était assis sur une banquette défraîchie, défraîchi il l’était tout autant, ah il ne semblait plus trop de saison avec sa barbe de trois jours, ses lunettes noires, et son imperméable de permissionnaire en cavale.
Il me fit signe de le rejoindre, discrètement en fond de salle, j’obéissais, avec délice.
-Assieds-toi là, qu’est-ce que tu prends je t’ai commandé un demi moi je continue à la fine.
J’aurais préféré un diabolo-grenadine, la bière c’est pour les grands et ça me donne la migraine, mais bon, je comptais les soucoupes, il y en avait une douzaine devant lui, j’étais consterné, ainsi c’était vrai il s’était mis à picoler.
-Tu… tu as arrêté ton régime ?
-Non connard j’en ai commencé un autre… tu as apporté ce que je t’ai demandé?
-Le faux passeport ? Impossible ton petit protégé le Brice il a rien voulu entendre, alors je t’ai apporté un vieux de mon beau-frère… en bricolant un peu…
-C’est ça à la patate… ben tiens don’ putain quand je reviens je te le propulse aux sports ce connard ! Et pour la planque t’as pensé à quelque part ?
-Ben, j’ai pas eu trop le temps… enfin, je m’étais dit que peut-être en haut de la colonne Vendôme, ils sont en travaux, c’est central, il y a une belle vue et le gardien est un pays, Monsieur Chouinard il vient du Chauvinois comme moi, il pourrait te loger quelque temps…
-C’est ça et pourquoi pas dans les chiottes de l’Opéra-Bastille !
-T’énerves pas… mais tu prends les choses trop au tragique c’est pas parce que tu as dévissé dans les sondages que tu es devenu tricard !
-Je te dis qu’ils sont en train de comprendre et quand ils auront compris il va faire chaud !
-Ah non mais s’il fait chaud c’est à cause du réchauffement qu’on cause à la tévé !
-Qu’il est con ! Écoute tu es assez grand maintenant pour que je te fasse confiance, alors voilà j’ai besoin de me reposer un peu, sous-maître du monde adjoint tu dois bien imaginer qu’à la longue c’est fatigant, c’est toi qui va me remplacer pendant quelque temps… mettons jusqu’aux élections, tu connais le métier, c’est pas compliqué de tenir la baraque à frites républicaine, t’as rien à faire ça merde tout seul, c’est ça l’administration, c’est comme les poules, ça pond en continue tant que c’est nourri et baisé, et pour le reste la flicaille, la racaille et les radars surveillent le troupeau.
Il me semblait amer, il faut dire qu’il était bien mal récompensé de tous ses efforts, pourtant le million de chômeurs supplémentaires, les vingt pour cent d’endettement en plus, l’armée française anéantie, le pouvoir d’achat au ras des pâquerettes et bientôt les tickets de rationnement c’était lui et en même pas trois années, on me dira que l’armée allemande avait réussi à peu près le même programme en moins d’un mois en juin 40 mais eux ils étaient motorisés.
-Bon alors voilà je t’ai fait ton planningue de la semaine, lundi tu commences par aller voir les métallos en Lorraine et tu te prends un pain, après mardi le salon de la plouquitude, ils vont t’insulter, te parler des couenneries faites par cette grande loche de Barnier et de la chute de leurs revenus, oublie pas les stands bretons, ils sont rincés dés le matin et une andouille sur le coin de la gueule ça réveille, le mercredi tu pousses jusqu’à Sète et tu te coltines les pêcheurs de thon ça m’étonnerait que tu t’en ramasses pas un peu, rate pas la soupe de poissons dans le coin, c’est considéré comme arme bactériologique par l’OTAN, jeudi, ah jeudi c’est les cheminots tu vas les voir, tu leur parles augmentation du temps de travail, baisse des effectifs tu devrais normalement là aussi prendre un petit quelque chose, vendredi alors là la grande régalade le fiston te prête son scooter et tu vas sur la dalle d’Argenteuil, tu me raconteras, enfin samedi je t’ai organisé une petite visite officiel éclair en Libye, je sais pas ce qu’il sniffe mais il est remonté le bédouin en ce moment avec un peu de chance tu finis otage officiel en Libye. Alors heureux ? Tu vois que j’ai pensé à toi, merci qui.
J’étais ému aux larmes, je me jetais aux pieds de mon sublime maître et lui baisais ses talonnettes crottées, qu’est-ce que j’allais en chier !

Votez beige ! Journal de la France de pendant par François F. soumis. 1/1 by Lofti Benayak

Votez beige !

Journal de la France de pendant par François F.soumis

1/1 by Lofti Benayak

Je venais de recevoir mon carnet de notes, j’avais pris dix points d’un coup Pineulope me chouchoutait en me coiffant le soir avant de me coucher (elle passe son temps à me coiffer et me recoiffer ! Cette obsession qu’elle a de ma raie ça doit vouloir dire quelque chose ?) :

-Je t’avais bien dit que quand tu voulais tu pouvais être la meilleur. Tu n’as pas oublié tes affaires d’état, tu as bien fait tous tes devoirs de gouvernement pour demain!

J’imaginais la tête qu’allait faire mon maître cyclopéen, lui il était stable dans les sondages, mais avec déjà les deux pieds dans l’eau, il était persuadé que c’était pas le pont supérieur qui descendait mais le niveau de l’eau qui montait à cause du réchauffement qu’on cause à la tévé.

Enfin je commençais à croire à ma chance, j’allais les avoir à l’écoeurement, voter pour moi c’était presque voter blanc mettons beige, le truc pas douloureux ni dangereux, le coup pour rien, la Pinouillette (comme ça que m’appelle Roselyne ma seule copine au gouvernement !) il la tenait sa revanche comme disait mon idole le regretté Alain Poher: « Je vais tous les niquer ces batards-lo! ».

Et pendant ce temps mon futur ex maître regrettable ne voyait rien venir, il était tout heureux, BBO (Barack Bomber Obama) l’avait invité à son anniversaire, enfin le lendemain parce que le jour même il recevait que ses amis, mais il pouvait venir le lendemain si sa mère voulait bien. Il m’a espliqué :

-Tu comprends les américains sont contents c’est la première fois qu’ils envahissent et occupent un pays sans avoir eu besoin de le bombarder, vrai ils ont pas eu de frais quand on sait ce que coûte le moindre nappage démocratique et libérateur en deux couches dressées gros au phosphore blanc sûr ça va leur faire faire des économies c’est comme une partie gratuite si tu veux, c’est bien simple ça leur économise une guerre et c’est important pour BBO surtout qu’il est un peu à court en ce moment rayon Tomawaks il en a tellement balancé sur les civils pakistanais et yéménites pour fêter son prix Nobel de la paix qu’ils sont en rupture, il vont pouvoir attaquer les Nouvelles Hébrides ou le Guatemala dés qu’ils sauront où c’est et qu’il les auront repérés sur une carte.

Pineulope a fini de me coiffer et elle m’a dit :

-Allez puisque tu as eu de bonnes notes, tu peux regarder le télévision ce soir.

D’habitude on regarde jamais TF1, ce doit être la même chose pour les types qui gavent les oies, ils bouffent pas de foie gras, là c’est pareil sauf que c’est les cons qu’on gave, et forcément quand on sait comment c’est fait, eh ben ça coupe l’appétit, mais ce soir-là je sais pas pourquoi, sans doute parce que j’aime souffrir, on s’est retrouvé sur l’émission spécial avec Laurence Dacia et Jean-Pierre Perniflard et alors là le choc, la révélation.

Avec Pineulope on a été ému, enfin elle pas tellement mais moi beaucoup, j’étais comme les autres et j’avais pensé jusque là que mon maître redouté n’était qu’une saloperie d’arriviste surbaissé préparé à toutes les compromissions et apte à toutes les bassesses et putasseries et il nous est apparu un saint homme, capable de miracles, il pouvait marcher sur le peuple sans y tomber et se noyer dedans.

Oui comme tout le monde j’avais découvert la vraie nature de mon maître incommensurable, un humain plein de compassion et d’humilité qui soulageait de sa main l’incontinent et rendait la joie de vivre au chômeur clochardisé et rayé des listes.

Quand je suis arrivé le lendemain à l’Élysée vrai j’étais encore tout impressionné de ce que j’avais vu :

Il est venu à moi les mains jointes, j’ai bredouillé :

-Oh ton émission… oh c’était beau comme le retable qu’il y a au-dessus du maître autel à la Cathédrale Sainte Blenneaux de Pathétique-sur-Navrant

-Ah oui et ça représente ?

-Sainte Ségolène branlant l’handicapé moteur sur le plateau d’Arlette Chabot. Oh vrai je t’ai découvert, excuse-moi…

Et je suis tombé en pleurs à ces genoux, je m’y suis même vautré abondamment, délicieusement, voluptueusement.

Il m’a tendu les mains et derrière lui ça rayonnait de partout, j’en prenais plein les mirettes :

-Relève-toi ami … ainsi homme de peu de foi tu as donc douté de moi, il est vrai que ton esprit était livré tout entier aux apparences… tu ne pouvais pas savoir que quand je me rendais au Fouquet’s c’était seulement pour apporter un peu d’humaine tendresse à la dame pipi qui a eu bien des malheurs. Et sur le yacht de Bolloré que de marins philippins, galériens des temps modernes, j’ai soulagé de peines, de paroles tues et de douleurs cachés. Ils se sont confiés à moi, et nous avons parlé comme l’autre soir avec les gardés à vue…

-Quels gardés à vue ?

-Eh bien les gardés à vue de TF1, ceux qui étaient sur le plateau.

-Ah parce qu’ils étaient en garde à vue ?

-Ben oui comme tout le monde.

-Et les journalistes ?

-Eux aussi c’est plus démocratique et comme ça on est sûr de pas être emmerdé. Mais ami tu voulais me parler.

-Ben oui j’ai apporté mon dernier plan d’action, le 74 bis corrigé 110b pour arrêter la paupérisation accélérée des classes moyennes.

J’en étais assez fier il faut dire que pour le rédiger j’avais utilisé que mon double décimètre, mon stylo quatre couleurs et des idées simples, d’ailleurs je crois pas qu’il y en ait de compliquées, en tout cas j’en ai jamais croisées personnellement en quarante années de vie politique. Comme disait le grand Alain Poher: « il faut faire simple et con, c’est ça qui plait à l’électeur! »

Il s’est assis sur une chaise toute droite, il était dépouillé et vibrait intérieurement, il avait tourné quasi janséniste:

-Marche je t’écoute Ami .

-Première mesure: hausse des salaires nominaux de 30 %… obligation faite au patronat de…

-Oui… oui… non je t’arrête ami… nous allons suivre les recommandations de soeur Christine des Finances plutôt que les tiennes.

Il avait retrouvé son petit sourire de gamin vicieux pour m’annoncer ça et là j’ai compris qu’une fois encore il s’était foutu de notre gueule… et j’ai joui.

-Et quelles sont-elles ces recommandations s’il te plaît !

Je lui ai répondu un peu sec, vrai j’étais remonté d’un coup.

-D’abord développer le pouvoir d’achat, permettre aux gens d’acheter (le dimanche de préférence) les chaussures ou les gants à l’unité plutôt que par paire, c’est trop souvent une dépense superflue, parce que c’est bien connu le pied droit s’use toujours plus vite que le gauche, ensuite mettre sur le marché des succédanés bon marché, qui a vraiment besoin de manger des pâtes aux oeufs quand on peut en consommer d’excellentes à la sciure. Le poisson pané, sans poisson, de toutes les façons c’est la panure que les mômes adorent et la confiture d’ersatz sans sucre ajouté c’est tellement meilleur pour la santé… il y en a comme ça des pages et des pages, de recommandations et d’idées astucieuses je sais pas où elle va chercher tout ça, elle me dit que c’est en observant sa bonne, c’est incroyable ce que ces gens-là peuvent jeter, enfin bref toute une série de mesures de bon sens et pas coûteuses… ah il y en a une qui te concerne, elle a compté les cheminées de Matignon, il y en a 113, à partir de maintenant tu te chaufferas au bois, c’est une énergie renouvelable et écologiquement neutre, de toutes les façons je t’ai fait couper le gaz, non… non ne me remercie pas Ami et casse-toi en paix.

Et s’il était con ! Journal de la France de pendant par François F. soumis by Lofti Benayak 1/1

Et s’il était con?

Journal de la France de pendant par François F. soumis.

Lofti Benayak 1/1

L’interrogation s’est lôgée dans ma tête pendant le “sommet mondial du réchauffement qu’on cause à la tévé”, à Copenhague moi j’y étais pas, déjà ça me tentait pas trop les pays nordiques en cette saison, je préférais me reposer chez moi à Pathétique-sur-Navrant, et puis Pineulope veut pas que je voyage en avion, et mon maître admiré depuis quelque temps m’a coupé les crédits et pour les voyages officiels il me donne plus que des tickets de bus ou de métro, pour Copenhague j’avais calculé, il me fallait 96 carnets et j’étais obligé de changer 187 fois. La dernière fois pour aller au Brésil il m’avait fallu 3897 carnets… et encore je m’étais retrouvé en Bolivie, dire si j’appréhende mon prochain voyage officiel en Chine, je prends Mairie d’Issy je change à la gare de Vladivostok rive-gauche puis Irkoutsk Chantiers mais après je sais pas si je sors à Bé-Kong-les-Lotus ou directement Place Tien-An-Men. Quand même qu’est-ce qu’il me fait pas faire!

Bon de temps en temps il faut se reposer aussi, penser à soi, la France ça va un peu… quand même il avait été dur avec moi:

-Tu comprends c’est un truc pour les grands… de la planète. Comme d’autres causent “couture ou chiffons” nous on va y causer “planète”, aérophagie bovine et jus de betteraves, t’y comprendrais rien, il faut être un visionnaire comme moi, mon horizon c’est le prochain millénaire toi c’est le bout de tes pompes, allez j’y vais, je te laisse la Roselyne elle me gonfle trop avec sa grippe du peigne-cul et puisque vous êtes “pays” vous avez qu’à aller inaugurer des vieux ensemble dans votre coin.

D’un autre côté ça tombait bien j’avais justement à inaugurer une maison de retraite à Noisillons-Les-Gommeux tout près de Pathétique-Sur-Navrant, j’ai appelé Roselyne:

-… on peut vacciner dans ton bled? Elle m’a demandé.

-Béh oui, comme partout.

-Et il y a beaucoup de vieux?

-Ah ben y a que ça!

-Super y a pas plus collabo que les vieux, on va en passer un max de doses, j’arrive Pinouillette.

-M’appelle pas comme ça, Pineulope elle aime pas.

“Pinouillette” c’était un surnom que Roselyne m’avait donné après m’avoir dépucelé dans la salle paroissiale de Pathétique-Sur-Navrant.

A peine arrivé chez moi, en TGV on y est en même pas 17 heures, voilà le téléphone qui sonne, c’est mon maître considérable, il est tout content parce que pour son petit Noël, Obama son chef vient de lui offrir, une laisse toute neuve et maîtresse Angela lui a acheté le collier à clous qui va avec:

Comme on s’inquiète d’un membre de la famille qu’on a jamais vu mais qu’on sait pas bien vaillant j’uis demande des nouvelles du “Réchauffement”:

-Tout va bien ça continue mais qu’est-ce qu’on se les caille, et ces enfoirés de la météo qui avaient prévu du grand beau temps ensoleillé sur Copenhague, bon je te quitte j’ai une réunion d’experts avec Nicolas Mulot et Laurence Lamborghini.

Là que je me suis demandé s’il méritait bien sa panoplie d’homme d’état que je lui avais acheté pour Noël, ça taillait peut-être un peu large pour lui, l’essentiel de sa morale politique pesait pas plus lourd qu’un numéro de Paris-Match bien retouché et quant à sa pensée de visionnaire de comptoir ça se résumait aux titres du journal de vingt heures. Un homme d’état ça bêle pas de concert avec les cons, il me semble non?

Je vais pour prendre mon petit-déjeuner quand débarquent dans la cuisine (on bouffe dans la cuisine de la Préfecture, pasque Pineulope elle préfère que je fasse des miettes chez le préfet que chez elle!) la Roselyne avec deux types en blouse blanche et seringue à la main:

-Bon on y va!

Je reste coi ma tartine beurrée levée haut à la main, (c’est Pineulope qui me les beurre, et comme c’est le beurre au préfet elle y va large, pas comme à la maison, et pareil pour la confiture, vrai je me régale et je regrette pas mon véquende!):

-On va t-où?

-Mais vacciner les vieux, allez il est huit heures.

-Mais l’inauguration est pour 14 heures moins vingt!

-Écoute ma Pinouillette, t’es bien gentil mais moi j’ai encore 92 millions de doses à passer, alors c’est pas encore cette semaine que j’aurai mon dimanche… à propos je t’ai piqué toi?

-Cinq fois déjà, je sens plus mon épaule.

-Dommage.Allez en route!

On arrive à la maison de retraite Raymond Radiguet de Noisillons-Les-Gommeux. Roselyne elle a fait distribuer des prospectus comme quoi il y en aurait pas pour tout le monde et ça se bouscule, vrai on se croirait en 40 pendant l’exode, il vient même des petits vieux des autres maisons de retraite les bras chargés de paquets de sucre parce qu’ils ont préféré faire des provisions au cas où la pénurie de vaccins s’étendrait aux denrées alimentaires et on est obligé d’ouvrir la Halle aux Cons Marcel Desnoeux pour faire face à la demande.

La Roselyne elle exulte et déballe les cartons de vaccins pendant que les infirmiers piquent à tout va et vaccinent même les bichons des veuves.

Je suis en train de me baisser pour féliciter de sa démarche citoyenne un vieillard en fauteuil roulant, quand la Roselyne en profite pour me vacciner traîtreusement dans le dos une fois de plus.

-Aïeouille! Putain ça fait mal!

-Et de six ma Pinouillette!

Le soir elle fait ses comptes:

-… ‘me reste plus qu’à liquider 91 978 789 554 doses de vaccin aprés Noël on essaiera ça sur les marchés et au porte à porte avec une convention obsèques gratuite ça pourrait marcher.

La pauvre elle me fait un peu chi… pitié avec ses vaccins, aussi a-t-on idée d’en commander comme ça un cent… millions d’entrée, je sais bien que c’était pour faire plaisir aux amis et faire marcher l’industrie mais quand même… en plus j’ai mal à l’épaule maintenant et je me couche fiévreux.

Le lundi matin de plus en plus vaseux, la sueur au front, je vais à l’aéroport accueillir le grand homme de retour de campagne, je suis un peu anxieux à l’idée de retrouver mon maître inestimable, il est de méchante humeur à ce qu’il parait, ça a foiré dans les grandes largeurs son happeningue mondialisé, les tauliers de la globalisation qui lui ont dit de se calmer, que c’était pour rire le “réchauffement” que personne y croyait vraiment mais que ça permettait de gouverner les couillons par la trouille, exactement comme dans les entreprises, comme ça ils sont pas dépaysés.

De fait il est en rogne, il a le nez tout rouge et une écharpe autour du cou:

-Putain de pays de berde! Putain de réchauffement à la con! Je grois bien que je b’ai enrhubé!

Maîtresse Angela et son caniche by Lofti Benayak 1/1

Maîtresse Angela et son caniche.

Journal de la France de pendant par François F. soumis

by Lofti Benayak 1/1

Quand j’arrivais à l’Élysée, mon maître admirable était tout songeur devant une truelle posée sur son bureau.

-Tu te souviens mon François en 89, on y était! Qu’est-ce que tu veux j’ai toujours fait l’histoire. C’est ça les grands hommes (à talonnettes).

-C’est pas le genre de souvenirs que je cultive, d’abord on est arrivé à la bourre, quinze jours après tout le monde, ensuite t’avais bouffé trois cerises au kirsch et t’étais complètement pompette, enfin on s’est bien tous retrouvés devant un bout du mur mais celui-là fermait les chiottes de Herr Schmuttsberger, un plombier poméranien et quand il a vu qu’on lui en avait fait tomber un morceau, il a fallu non seulement lui reboucher le trou mais encore lui refaire l’enduit, on y a passé la nuit avec Juppé, quand je suis revenu à l’hôtel, qu’est-ce qu’elle m’a passé Pineulope parce que j’avais sâli mes affaires de gouvernement… tu crois vraiment que tu veux entrer dans l’histoire comme le couillon de français qui a recrépi un bout du mur de Berlin au moment de sa chute…

-T’es sûr… c’est marrant je m’en souvenais pas comme ça, je me voyais avec une grande cape rouge volant dans les airs… putain t’as vraiment le don de gâcher tous mes beaux souvenirs…

-En attendant il y a la Merkel qui débarque tout à l’heure…

-Parle autrement de Maîtresse Angela tu veux!

Je demeurais stupéfait:

-Maîtresse Angela? Ah parce que toi aussi… ah ben merde alors!

-Qu’est-ce que tu veux elle me fait du mal… mais elle me fait du bien, je peux plus m’en passer… et puis c’est tellement bon d’obéir! Écoute j’en ai connu des pas commodes, avec la Cécilia c’était revue de paquetage tous les matins mais avec Maîtresse Angela c’est autre chose, c’est une vraie dominatrice, l’éducation prussienne quand même c’est pas comparable, avec ça elle m’a raconté que comme job d’été elle faisait garde-frontière, il parait qu’elle faisait même peur aux clebs, si tu ajoutes les cours du soir à la Stasi, un vrai caractère quoi! Tu vois c’est quand je lui ai parlé à Berlin du Gross Paris Plage et qu’elle s’est mise à se marrer et à se foutre de moi devant tout le monde que j’ai compris combien j’avais besoin d’elle.

-Enfin, j’ai lu le programme du 11 Novembre, on va quand même pas lui faire ranimer la flamme à ta Prussienne…

-J’ai tout prévu, j’ai demandé au fiston, il m’a eue en promo chez Darty une plaque quatre feux comme ça on aura chacun une flamme à allumer et on pourra encore inviter du monde! Tiens elle est là dans le coin, il y a plus qu’à l’installer!

Je regardais l’ustensile avant que de bailler d’effroi:

-Mais c’est une plaque halogène, il n’y a pas de flammes!

-Eh ben comme ça on risquera pas de se brûler et puis il faut vivre avec son temps… et puis c’est plus écolo, cette flamme qui bouffait du gaz à longueur de temps, ça la foutait mal après mon Grenelle du pique nique écolo. Pourvu que la cérémonie plaise à Maîtresse Angela. J’aurais peut-être dû mettre plus de motards tu crois pas.

-Les motards c’est comme la crème au beurre quand il y en a trop ça écoeure.

-Et des chaînes, tu crois qu’il y en aura assez à l’Arc de Triomphe? Delanoé m’a promis de venir en cuir.

-Écoute, une passion aussi soudaine à ton âge!

-Elle me veut, je suis à elle, je suis sa chose, tu peux pas comprendre. Je lui obéirai toujours, je suis son soumis, tiens l’autre fois elle m’a parlé de l’Alsace-Lorraine…

J’ai pâli, je m’en souviens très bien, dans le Chauvinois on est patriote.

-Non déconne pas tu vas pas…

-Je m’en fous si elle re-veut l’Alsace et la Lorraine je les lui donne et la Haute-Marne avec, après tout on s’en fout tant que ça menace pas les frontières d’Israël et des États-unis!

J’étais là en pleine expectative, oui carrément les deux pieds dedans, quand a retenti une voix sèche et coupante comme un coup de trique:

-Nicolas ich bin da! Nicolas hier sofort! Kleinen Zwerg, wo bist du ?

(Nicolas, je suis là, Nicolas ici tout de suite! Petit nain où es-tu?)

-Merde elle est déjà là la prusko!

-Mais tais-toi je te dis, elle va t’entendre et je vais pas être puni. J’arrive, je suis là Maîtresse! Tu m’excuses hein mon petit François.

Le salaud, le dégueulasse, c’était bien la première fois qu’il s’excusait!

J’étais tourneboulé, je suis rentré en retard à Matignon et Pineulope m’a privé de télé, pour me consoler.

Le Bellâtre et le Merdaillon by Lofti Benayak 1/1

Le Bellâtre et le Merdaillon
Journal de la France de pendant par François F. soumis
Lofti Benayak 1/1

“Le Bellâtre et le Merdaillon

Il était une fois dans un ex-royaume enchanté, un Bellâtre et un Merdaillon. Quoique aucun ne fut chevalier ou seulement digne de l’être, tous deux rêvaient de prendre la suite du chef de l’ex-royaume enchanté devenu république gueusarde et pourrissant à l’ombre de l’empire du Bien, voisin, trop souvent mitoyen.
Le Merdaillon s’aboucha avec les ambassadeurs de l’Empire et, par les engagements qu’il prit envers l’Empire, il obtint d’eux sa puissance puis sa nomination et, à force de promesses au peuple rompu et affaissé, son élection.
Le pays était en banqueroute, il en doubla les effets, multiplia les traites, ruina ce qui était encore debout et se reposant satisfait de l’ouvrage accompli décida qu’il était temps de prendre sa revanche sur le Bellâtre, l’ancien et principal ministre de son prédécesseur, au motif qu’il avait tenté au temps de sa plus grande puissance de faire grand dommage à ses maîtres et de porter atteinte à son honneur personnel.
Or dans sa famille l’honneur était un dépôt sacré, tellement sacré que personne ne se souvenait de l’adresse du Mont de Piété où il avait été déposé trois générations auparavant.
Il demanda à trois des plus grands légistes de l’ex-royaume enchantée de faire une estimation raisonnable de son honneur et de sa probité à fins d’exiger par le droit de ses juges un juste et proportionné dédommagement.
Les travaux furent longs, enfin le premier parut, vieillard chenu et borné qui lui fit son compte comme à un brelan de taverne et estima son dû à pas moins de dix années de prison au pain sec et à l’eau dans un cul de basse-fosse non climatisé, il retournait sur ses terres et avait fait la somme au plus juste sans s’inquiéter des conséquences funestes de son honnêteté.
Le deuxième qui avait une carrière en cours, des fils à élever et une parentèle encombrante à placer présenta une toute autre estimation:
-A tout le moins monseigneur, il ne faut point tabler sur un petit peu plus que 16 milliards 935896…
C’était à peu près l’estimation que le Merdaillon se faisait de sa personne, honneur et probité compris.
-C’est tout compris? S’inquiéta-t-il.
-Oui Monseigneur.
-Répétez le chiffre!
-16 milliards 935896…
-Bien, bien… attendez 896 quoi?
-Euh… euh… bolivars.
-Ce qui fait ?
-Au cours de la veille à peu près 9 sols, trois pistoles et 25 casseroles (11 euros et 23 cents) Monseigneur.
Le troisième légiste vint, il s’avança vers le Merdaillon, tendit la main et dit:
-Vous me devez Monseigneur huit sols pour la plume et le parchemin.
Ce qui revenait à dire qu’il comptait l’honneur et la probité du Merdaillon pour rien et qu’il n’avait point l’envie de faire dépense pour lui.”

-Alors c’est ça que tu fais lire à tes enfants?
-Tiens tu étais là.
Vrai je n’avais pas vu arriver dans mon salon mon maître admiré. Il avait l’air très énervé, j’essayais de le calmer.
-C’est un conte contemporain. Une parabole.
-Mais ce grand con a 23 ans! Dit-il en désignant mon mien gamin couché sur le divan.
-Oui mais il n’arrive pas à dormir, il a eu des ennuis avec une dame motarde.
-Une parabole, comme ce qu’on met sur les toits c’est ça? Ouais et en même temps on en profite pour dire du mal de son bon maître. J’ai écouté, je vais te foutre tout ça en garde à vue, moi!
-Mais… mais je croyais que tu t’étais mis à la littérature?
-La littérature c’est comme la peinture quand elle est trop fraîche, elle tâche les doigts.
Mais dis-moi François tu trouves vraiment que je suis un bellâtre?
-Non!

Blondeur vagale by Lofti Benayak 1/1



Blondeur vagale by Lofti Benayak 1/1
Journal de la France de pendant par François F… soumis

Quand j’ai appris que mon maître vénéré s’était effondré dans un massif de fleurs du parc de Versailles, je me suis effondré à mon tour, mais sur les gravillons de Matignon pour que ça fasse plus mal.
J’étais désespéré en me rendant à son chevet au Val-de-Grâce-Kelly en brouette officielle (il m’a supprimé le tandem parce que c’était encore trop polluant mais je m’en fous, j’ai pris comme chauffeur un jardinier culturiste de Matignon, un costaud pas croyab’ qui vient du Chauvinois comme moi, Monsieur Blémont de Laturluthe-Poursanbal tout près de Pathétique-Sur-Navrant mon pays natal et avec lui je peux vous assurer qu’on lambine pas même dans les embouteillages et puis quoi de plus démocratique que la brouette même noire métallisée avec les vitres fumées !)
J’imaginais que ça devait être grave, c’est pas dans les habitudes de mon maître vénéré de s’effondrer dans les massifs, je pensais que s’il était trop diminué, il ne me punirait plus jamais et que la vie deviendrait invivable, bien sûr il me resterait Pineulope qui en connait un bout question dressage mais quand même ce serait pas pareil.
Je m’en voulais aussi, ces derniers temps j’étais très remonté contre lui, je m’étais même carrément rebellé et j’avais changé… ma mèche de côté, ni Pineulope, qui me coiffe pourtant tous les matins avant de me conduire à … Matignon, ni mon maître vénéré ne s’en étaient aperçu, mais quand même je l’avais fait et pire encore je m’y étais tenu.
Quand je suis entré dans la chambre il n’était pas seul, il y avait un monsieur et une dâme qui étaient en train de le coiffer.
Le plus étonnant c’est qu’il m’a reconnu tout de suite, pourtant depuis le dernier remaniement on ne se voit plus que le mercredi.
Il était souriant:
-Tu es là toi… c’est gentil d’être venu, viens plus près… tiens tu as changé ta mèche de côté, tu as bien fait ça te va bien… je te présente Josy et Jean-Marcel tu vois je suis en train de me faire faire une couleur, c’est Carla qui en a eu l’idée, elle a que des bonnes idées…
-Hum… hum… j’ai toussé, pas convaincu du tout.
Mais ce coup-ci il ne m’a pas engueulé et il a commencé une véritable confession:
-Il faut que les gens comprennent que je suis comme les autres, je suis très émotionnel, certaines de mes copines américaines me trouvent même:”glandularious”, c’est vrai que tout part de là chez moi, il faut que je sois au top toujours bien dans mon corps, bien dans ma tête, j’ai essayé tous les régîmes, les dissociés, l’allégé complet avec juste des bols d’air toutes les deux heures, il y a que le régime pénitentiaire que j’ai pas encore essayé, il parait que ça marche bien les types qui se suicident pas y perdent en moyenne une bonne douzaine de kilos, je demanderai à Villepin quand il sortira…
Il parlait un peu comme un article de fond d’un journal féminin, j’ai pensé à son évaporation pardon son malaise qui était lui aussi assez dans le ton, j’ai compris que j’allais penser mal et me moquer de la nature pétassogêne de mon maître admirable et pour me changer les idées j’ai regardé les bouquins sur la table de nuit:
-Oui je prends un peu de temps pour lire, ce que je préfère c’est les bouquins américains, il y a plus de pages mais c’est normal c’est plus grand l’Amérique mais j’aime aussi les romans français surtout ceux où ça se termine bien et que le héros finit en garde à vue, pour ça Émile Zorba et les Roujons-Macquards c’est bien mais il y a pas assez de garde à vue tu trouves pas… dis donc toi qu’est au courant c’est vrai qu’il était grec?
Il y a eu un silence, les coiffeurs en avaient terminé et il était maintenant d’un blond éblouissant mon maître vénéré, il m’a pris le bras et il m’a murmuré:
-Écoute j’ai fait un retour sur moi, j’en ai même fait plusieurs grâce à Clara qui connait un tour-opérator spécialiste du retour sur soi (et aller sur les autres), eh bien j’ai compris une chose, il faut mo-ra-li-ser.
Ah là j’étais content, enfin il avait compris:
-Ah bien on en parlait justement avec Pineulope, c’est ce que je pense aussi, toute cette putasserie klaxonnante ce n’est plus possible, les gens voient bien que vous vous foutez du monde et conduisez comme des maffieux susceptibles, ils en sont réduits à bouffer des ersatz pendant que les épicemards se font des fortunes comme leurs pères sous l’occup’ bientôt les pères de famille s’échangeront des pneus de Traction contre des boîtes de lait concentré…
-Eh bien alors ils s’adaptent, je vois pas le problème?
-Mais vous vous rendez pas compte on va tous finir tondus et encore dans le meilleur des cas si c’est pas plutôt pendus aux lampadaires de la Place de la Concorde, le français c’est un côcu de naissance…
-Et alors c’est justement ça, ça rentre tout seul pourquoi se priver…
-Mais dans les belles histoires de cul c’est le cocu qui se congestionne soudain et se met à buter à tout va… mais enfin excuse-moi je t’ai coupé, oui tu disais que tu voulais moraliser… les pratiques financières scandaleuses d’abord je suppose …
-Non mais tu n’as rien compris c’est le peuple qu’il faut moraliser, j’en parlais dernièrement avec des copains banquiers, ce n’est plus acceptable, on a été trop bon, on les a tolérés trop longtemps, pourtant j’ai été hu-main, j’ai fait de la pédagogie pour qu’ils comprennent, j’ai supprimé l’amnistie, installé des miradors… enfin des radars à tous les coins de rue, je les ai pénalisés, fliqués, verbalisés, adéhenisés comme du bétail, encartés comme des putes tout en laissant s’installer la violence quotidienne pour que pris entre deux feux ils puissent plus bouger une antenne et voilà pas qu’ils s’arrêtent de consommer ces salauds-là!

-Mais je te dis qu’ils peuvent plus.

-Qu’est-ce que tu racontes, consommer on peut toujours, c’est un devoir sacré, moi-même depuis que j’ai quatre ans j’ai toujours consommé, d’abord des roudoudous et puis des figurines Panini et ensuite des putes suisses à crédit et puis des montres en platine et… pas un jour où j’ai pas consommé, quand on veut on peut.

Je ne pouvais m’empêcher de l’admirer, quel sens du devoir, quel dévouement… à soi!
-Alors j’ai réuni une commission de moralisation du peuple, ici même, présidé par le patron de T F Huns qui a lui même une grande expérience dans les domaines du peuple et de la morale et il a été décidé quelques mesures simples et je pense efficaces. D’abord autoriser le cannibalisme en praïme-taïme de soirée, non c’est vrai pourquoi interdire à Bryan le dominant de dévorer Jonathan le dominé en direct parce qu’il louchait sur Vanessa la pute en chaleur, c’est une vision saine de la société et puis c’est un loisir simple, pas cher et familial, ensuite réintroduire la corvée seigneuriale le dimanche devant les établissements bancaires histoire qu’ils comprennent qui sont leurs maîtres, enfin rendre obligatoire le passeport intérieur biométrique, le collier bipeur et le servage à mi-temps afin d’améliorer l’employabilité chez les 8/88 ans…
Il caressa longuement sa nouvelle blondeur avant de reprendre:
-Mais attention cela ne va pas sans contreparties, s’ils font des efforts, leurs bons maîtres doivent en faire aussi alors j’ai décidé de réduire ton salaire de moitié, vrai tu t’en rendais pas compte mais ça la foutait mal tout ce fric que tu touchais pour rien!

Réveillon chez les régressifs by Lofti Benayak 1/1



Avec les policiers de la Brigade Anti-chouquettes.
Réveillon chez les régressifs
Chroniques de la France de pendant.

Journal de François F. soumis.

Avec Roselyne, on avait décidé de frapper un grand coup pour le réveillon du nouvel an. Roselyne c’est ma copine, elle est ministreuse de quoi déjà ? Mais si comment ça s’appelle ? L’avortement, l’euthanasie ? La santé voilà ! C’est de ça qu’elle s’occupe: de notre bonne santé, physique, morale et intellectuelle. Avec Roselyne on est pays, je la connais de tout môme, c’est elle qui m’a dépucelée dans la salle paroissiale de Pathétique sur Navrant où je suis né, ça s’est passé après une causerie débat organisée par la JEC sur la « libération de la femme et ses conséquences sur la traite laitière», elle s’y est reprise même à trois fois avec moi tellement j’étais pressée.

A l’époque, à la campagne c’était pas facile de trouver des partenaires euh… qualifiées, alors quand il passait une conférencière, on en profitait, un peu comme avec les boulangers ambulants si vous voulez : c’est pas toujours fameux, c’est plutôt cher, ça rend malade quelques fois mais ça dépanne, la Roselyne question dépucelage elle dépannait sur trois cantons au moins.

Elle a toujours été une dominante elle aussi, comme mon maître pipeulisé, pour ça que je l’admire, rien que sa manière de s’habiller en pute provinciale à l’ancienne : cuir noir et jupette rose vous fait de l’effet, ajoutez-y sa voix rauque et épicière de sous maquerelle elle en impose, convenons-en.

Roselyne, quand elle débarque chez l’électeur il faut voir comment elle te vous le secoue, c’est pas des campagnes électorales qu’elle organise mais des rafles.

Bon où en étais-je don’ ? Oui je vous disais cette année nous avions décidé à fins de leur rendre hommage d’accompagner dans leurs périples en ce soir du Nouvel An les policiers de la toute nouvelle Brigade anti-chouquettes en charge de l’application sur le terrain de la nouvelle “loi gaufrette” visant à la répression du gaufrettisme passif et des déviances sociales agglomérantes. (Une anecdote en passant… Il faut savoir qu’au départ après consultations de spécialistes reconnus mondialement…du doigt mouillé dans le vent et à l’issue d’une réunion interministérielle nous nous étions entendus sur un chiffre (départ d’usine/franco de port) de 800 morts annuels du fait du gaufrettisme passif, bien heureusement l’un des membres du cabinet du premier ministre de l’époque eut l’idée ingénieuse d’indexer le bilan annuel communiquée à la presse sur les prix du pétrole ce qui nous donne aujourd’hui plus de 5000 morts annuels et c’est pas fini avec le baril à bientôt 150 $ vous imaginez!)

De toutes les façons il est bien admis aujourd’hui que la gaufrette tue, par atteinte des voies zaériennes et bronchiques et pollution sonore, mais la chouquette aussi !
Car, quoique plus silencieuse et donc mieux tolérée par le corps social (corps social qui tolère aussi d’ailleurs beaucoup mieux dans le métro la bande de jeunes banlieusards en débordement que le sexagénaire fumeur solitaire, allez savoir pourquoi ?), la chouquette par de subtiles menées sub-enzymatiques et autres exaltations glucidiques, sans oublier la pollution énorme crée par les grains de sucre inhalables abandonnés en fond de sac, sac le plus souvent utilisé, une fois gonflé avec la bouche et écrasé d’un coup sec, pour faire peur au copain, sans s’apercevoir que l’on peut causer ainsi de multiples défaillances cardiaques dans le voisinage (347,12 décés l’année dernière dus à de tels agissements !), la chouquette dis-je n’est pas moins dangereuse sur le plan de la santé publique, c’est pourquoi dans le même temps nous avons lancé une grande campagne d’affichage et d’information sur le thème : « votre voisin a du cholestérol dénoncez-le !
(www.monvoisinaducholesteroljeledenoncependantlespubsalatv.gouv.enc)

Roselyne m’avait donné rendez-vous à la mairie du 2° arrondissement où elle devait m’attendre à la tête de sa demi-brigade de képis mous (c’est d’un bien meilleur rapport que le képi dur, qui s’enfonce au premier coup de tuyau en plomb, le képi mou lui il est réutilisable, il n’y a qu’à changer le fonctionnaire en dessous !).

Tous, je peux en témoigner, tous ces fonctionnaires sont animés par le même idéal sublime… de garde-champêtre fanatisé : verbaliser le contrevenant à la modernitude.

Malheureusement en face le contrevenant manque tragiquement. L’assujetti, il ne demande qu’une chose : obtempérer ! Circuler, ne rien avoir à voir, à entendre ni à critiquer, bref il se planque devant le grotesque .

J’arrive en retard, j’espère que Roselyne va être colère et me punir sévèrement mais je suis déçu, elle est entrée dans un magasin de jouets tenus par un couple de jeunes gens de ses amis : Jean Fernand et Jean Marcel, le magasin de jouets qui s’appelle : « Pumpini » (23, rue Charly Gaul (2°)) est bien entendu interdit aux enfants et ils sont une bonne quinzaine d’adultes baveurs à faire: prout ! prout ! tuuut ! tuuut ! bang ! bang ! en jouant avec des petites voitures de pompiers et des poupons pisseurs.

-Ah te v’la toi tu sais que tu es en retard ! Tu as un mot de tes parents ?

Heureusement j’y ai pensé, j’en ai apporté un de Pineulope.

-Bon on verra plus tard, allez en avant !

Je la regarde, je la contemple, je l’admire: on dirait Jeanne d’Arc s’en allant inaugurer un sex-shop.

Pour commencer nous débarquons dans un salon de thé, les policiers de la Brigade Anti-Chouquettes que nous accompagnons ont un peu… les chouquettes quand même, mais comme l’a dit mon maître enrhumé : « Il ne doit pas exister de zone de bon droit dans botre république ! », bien sûr c’est dangereux, s’attaquer à un salon de thé, comme ça en plein jour: surtout vers les cinq heures, parmi les petites vieilles il peut y en avoir une plus affamée que les autres, ou en état de manque. Aussi tout de suite et sans faiblir ils utilisent les grands moyens, on fait ranger la clientèle contre le mur et doigt devant fouille au corps intégrale, on ouvre et renverse les sacs à main des fois qu’il y en aurait une qui y planquerait un paquet de gaufrettes. Bon il y a rien… une petite vieille essaie bien de ramasser un truc sur une table pour le planquer et se l’enfouir, aussi vite, on la plaque au sol, on se met à une dizaine dessus, au bout de deux minutes elle bouge plus rien la septuagénaire, même pas les oreilles :

-Un macaron ! Gueule triomphante la cheffe Josiane Chopinot en relevant ses grosses fesses du visage de la petite vieille cyanosée.

-Allez on l’emmène au poste. Décrète le commissaire, une jeune con éthique, souriant, sympathique qui ferait sans grand effort un parfait directeur de stalag souriant, sympathique, éthique, tout barbelés de préjugés lâches et de slogans commodes.

-Vous savez pas que c’est interdit aussi les macarons ! On vous enverra la convoc’ devant le tribunal.

Car le macaron est assimilé, à juste titre, dans la loi, à la gaufrette, il est certes moins offensif, la pollution sonore est moindre que pour la gaufrette mais des études ont montré qu’une consommation régulière de 97.3 macarons/jour pendant 84 ans réduit l’espérance de vie de 4 ‘’27 par trimestre ouvrable, déductions faites des congés compensatoires.

Et que l’on ne me parle pas du macaron mou, lancé et vanté par quelques artisans et industriels peu scrupuleux, c’est loin d’être la panacée espérée.

La petite équipe repart, sur un passage clouté des vélibeurs sur le sentier de la guerre sont en train de tourner autour et de crever les pneus et de casser les vitres d’un retraité barricadé dans sa voiture immobilisée, il vient de refuser une priorité à gauche à des réformateurs du code de la route, très vite grâce à la cheffe Chopinot le dialogue s’établit avec les emplumés à vélo et l’on emmène le retraité à moitié scalpé au commissariat pour le mettre en garde à vue.

Soudain la cheffe Chopinot s’immobilise, sort son 9 mm para H. und K. et entre en trombe dans une laverie automatique, les mômes se couchent à terre comme dans les séries tévé et les mères « sans papiers » montent à l’étage pour se jeter par la fenêtre comme dans les articles de journaux.

Nous suivons la Cheffe Chopinot toute à son inspiration et l’on découvre dans l’un des tambours un mangeur de chouquettes planqué, on arrête le tambour, on essore le contrevenant dans le séche-linge attenant et hop en route !

-Tiens on s’arrête là, je les connais c’est des amis ! S’écrit Roselyne rosissante :

C’est un café délicieux que je vous conseille: L’Intromis rue Roger Pingeon. Les serveurs sont des jeunes gens charmants en slips kangourous. Le concept est original: boissons froides ou chaudes à la demande et slips kangourous. On peut acheter une quantité incroyable de slips kangourous tous différents tout en buvant un thé à la menthe. Il y a aussi un coin « antiques » où l’on peut chiner des vieux slips d’occasion. C’est rafraîchissant !

Seule fausse note : mon officier de sécurité qui demande un demi pression !

Nous repartons, quittant à regrets ce havre du bon goût.

Après quelques minutes de marche souriante, le commissaire reçoit un appel, c’est un signalement (en allemand : Ein Dénonciation !!!) dans une maison de retraite :

-Un mangeur de gaufrettes, fumeur de pipe, déprédateur d’arbres à la Résidence des Aubépines ! Articule-t-il avec quelque angoisse. Chacun des fonctionnaires de vérifier que son arme, son gilet pare-balles et son tampax sont bien accrochés.

-Il faut y aller ! Murmure magnifique la Cheffe Chopinot, avec Roselyne nous sommes émus, vrai ils en deviennent émouvants !

Bien sûr des renforts sont aussitôt demandés et très vite la maison de retraite est cernée par deux escadrons de gendarmerie.

Le contrevenant qui a été signalé est un dangereux récidiviste, un fumeur de pipe bien connu des services de police, ancien officier d’Indochine et d’Algérie aussi héroïque qu’une miss France découronnée.

C’est un couple de retraités des Pets et Têts qui l’a dénoncé.

-Il arrête pas de nous bouffer des gaufrettes sous le nez, c’est bien simple l’été, à cause de ç’t engeance, on arrive plus-z-à écouter la tévé et puis il fume aussi tout le temps, sa fenêtre ouverte, d’ailleurs sentez, c’est à cause de lui que le parc pue ! Alors on s’est dit : il faut faire quelque chose contre le réchauffement qui monte à la tévé… ah aussi on vous a fait une liste de tous ceux qui ont du cholestérol dans le quartier. C’est pas seulement pour la prime c’est aussi pour aider.

Ach les praves gens !

Les policiers de a brigade anti-chouquettes tentent bien d’engager des négociations avec le multi délinquant, mais il ne veut rien entendre, et continue de multi-délinquer de plus belle, la pipe au bec, le paquet de gaufrettes dans une main, son couteau suisse dans l’autre il s’obstine sur l’écorce de ce pauvre arbre.

Le spectacle est insoutenable, scandé par le craquement des gaufrettes.

Finalement après une demi-heure de tractations stériles autant que dangereuses, il est armé, ne l’oublions pas ( ben tiens et le couteau suisse !), le commissaire se résout à faire intervenir les tireurs d’élite syndiqués qui dégomment la concierge et son chat avant de casser la pipe au fumeur de pipe .

Sur l’arbre odieusement mutilé il a gravé :

« Vive la France … d’avant ! »