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Archive pour septembre 2009

Le Bellâtre et le Merdaillon by Lofti Benayak 1/1

Le Bellâtre et le Merdaillon
Journal de la France de pendant par François F. soumis
Lofti Benayak 1/1

“Le Bellâtre et le Merdaillon

Il était une fois dans un ex-royaume enchanté, un Bellâtre et un Merdaillon. Quoique aucun ne fut chevalier ou seulement digne de l’être, tous deux rêvaient de prendre la suite du chef de l’ex-royaume enchanté devenu république gueusarde et pourrissant à l’ombre de l’empire du Bien, voisin, trop souvent mitoyen.
Le Merdaillon s’aboucha avec les ambassadeurs de l’Empire et, par les engagements qu’il prit envers l’Empire, il obtint d’eux sa puissance puis sa nomination et, à force de promesses au peuple rompu et affaissé, son élection.
Le pays était en banqueroute, il en doubla les effets, multiplia les traites, ruina ce qui était encore debout et se reposant satisfait de l’ouvrage accompli décida qu’il était temps de prendre sa revanche sur le Bellâtre, l’ancien et principal ministre de son prédécesseur, au motif qu’il avait tenté au temps de sa plus grande puissance de faire grand dommage à ses maîtres et de porter atteinte à son honneur personnel.
Or dans sa famille l’honneur était un dépôt sacré, tellement sacré que personne ne se souvenait de l’adresse du Mont de Piété où il avait été déposé trois générations auparavant.
Il demanda à trois des plus grands légistes de l’ex-royaume enchantée de faire une estimation raisonnable de son honneur et de sa probité à fins d’exiger par le droit de ses juges un juste et proportionné dédommagement.
Les travaux furent longs, enfin le premier parut, vieillard chenu et borné qui lui fit son compte comme à un brelan de taverne et estima son dû à pas moins de dix années de prison au pain sec et à l’eau dans un cul de basse-fosse non climatisé, il retournait sur ses terres et avait fait la somme au plus juste sans s’inquiéter des conséquences funestes de son honnêteté.
Le deuxième qui avait une carrière en cours, des fils à élever et une parentèle encombrante à placer présenta une toute autre estimation:
-A tout le moins monseigneur, il ne faut point tabler sur un petit peu plus que 16 milliards 935896…
C’était à peu près l’estimation que le Merdaillon se faisait de sa personne, honneur et probité compris.
-C’est tout compris? S’inquiéta-t-il.
-Oui Monseigneur.
-Répétez le chiffre!
-16 milliards 935896…
-Bien, bien… attendez 896 quoi?
-Euh… euh… bolivars.
-Ce qui fait ?
-Au cours de la veille à peu près 9 sols, trois pistoles et 25 casseroles (11 euros et 23 cents) Monseigneur.
Le troisième légiste vint, il s’avança vers le Merdaillon, tendit la main et dit:
-Vous me devez Monseigneur huit sols pour la plume et le parchemin.
Ce qui revenait à dire qu’il comptait l’honneur et la probité du Merdaillon pour rien et qu’il n’avait point l’envie de faire dépense pour lui.”

-Alors c’est ça que tu fais lire à tes enfants?
-Tiens tu étais là.
Vrai je n’avais pas vu arriver dans mon salon mon maître admiré. Il avait l’air très énervé, j’essayais de le calmer.
-C’est un conte contemporain. Une parabole.
-Mais ce grand con a 23 ans! Dit-il en désignant mon mien gamin couché sur le divan.
-Oui mais il n’arrive pas à dormir, il a eu des ennuis avec une dame motarde.
-Une parabole, comme ce qu’on met sur les toits c’est ça? Ouais et en même temps on en profite pour dire du mal de son bon maître. J’ai écouté, je vais te foutre tout ça en garde à vue, moi!
-Mais… mais je croyais que tu t’étais mis à la littérature?
-La littérature c’est comme la peinture quand elle est trop fraîche, elle tâche les doigts.
Mais dis-moi François tu trouves vraiment que je suis un bellâtre?
-Non!

Nordnmark one point ! 19 by H.T.Fumiganza

Nordnmark one point! 19 by H.T.Fumiganza
5 Juillet

Je ne cacherais pas que les premiers jours passés à bord me furent pénibles. Incroyable ce que cela peut tanguer un contre-torpilleur, il est vrai que celui-ci n’est pas de la première jeunesse, tiens c’est à noter cela, j’en toucherais deux mots à Sir John Branke: le possible remplacement du sus-dit navire par un plus nouveau, au moins mieux récent.
Est-ce le soudain dépaysement, les ennuis familiaux, bref j’ai été malade à n’en plus pouvoir, je me flatte pourtant d’avoir toujours eu l’âme et le pied marins, allez savoir.
Et cet imbécile de Pezzolino qui s’engouffre de renouvelées pizzas à longueurs de journée et presque sous mon nez.
J’aimerais d’ailleurs bien savoir comment il se les fait livrer à bord.
Nous quittons bien heureusement la Baltique par une porte dérobée et enfourchons gaillardement l’Atlantique, après c’est longtemps tout droit:
-Mais il ne faut pas rater la sortie! Me dit cet imbécile d’Amiral alors que je me renseignais auprès de lui sur la route que nous aurons à suivre.
Le cher Sir John Branke passe une grande partie de son temps avec la délégation tsilongaise, le leader perpétuel N’Gutu N’Gutu
se plaignant d’être chaque jour de corvée de pluches pendant son voyage officiel.
Et quoi il a bien fallu leur trouver une occupation, rien de plus dangereux qu’un leader révolutionnaire à qui l’on n’occupe pas les mains, alors j’ai donné des ordres pour qu’on le mette lui et ses ministres à la cuisine et aux tâches ménagères du bord .
Je retrouve quelque accalmie hépatico-stomacale sur l’Atlantique jusqu’à ce que ce cher Sir John Branke vienne me trouver fort alarmé:
-N’Gutu N’Gutu s’étonne que les couleurs Tsilongaises ne soient pas hissées en haut de mat prés du drapeau Nordmois?
-Et quoi encore?
-C’est qu’il est votre hôte et toujours chef d’état selon les usages internationaux qui n’ont rien prévu en cas de submersibilité du sus-dit état, d’autant qu’il demeure toujours un ilôt émergé de trois pieds carrés.
-Et bien qu’il aille donc y vivre sur ses trois pieds carrés, si nous passons devant je l’y ferais déposer avec toute sa troupe! Enfin cette farce va-t-elle bientôt finir mon cher ambassadeur?
-C’est qu’il menace d’appeler en phonie la Caisse d’Epargne d’Uügsborgh… s’il découvre que le compte est vidé…
Je le sens ému et pour émouvoir un britannique de carrière il faut un peu plus qu’un krach boursier ou un sacrifice de belle-mère.
-Et bien soit nous ferons hisser votre torchon nous dirons que c’est là mon nouveau pavillon personnel.
-Ah merci Tétesse… véritablement merci, vous m’êtes merveilleusement amical, c’est d’un brave!
Je demeure accoudé au bastingage, réconforté par ce bel élan et dévisageant l’Atlantique, c’est vaste il n’y a pas à dire.
Je suis en pleine évocation intérieure, invocation poético-philosophique lorsque, levant le nez sur les mouettes, surgit devant mes yeux le drapeau tsilongais que l’équipage est en train de hisser. Je fais appeler Strikeman qui surveille l’opération prés de la délégation Tsilongaise au bord du ravissement.

-Ah vous voilà! Dîtes-moi cher Brank ne dirait-on pas… enfin une paire de…
-Mais c’en sont Altesse, adroitement stylisées: une paire de testiculous de bélier avec un membre turgide au milieu: symbôle de force et de virilité du peuple tsilongais agrémenté d’une faucille et d’un pezburn, c’est un outil agricole, je ne saurais en traduire l’utilité, pour marquer son attachement prolétarien à la cause des peuples, au centralisme démocratique, à l’agriculture administrée et à tout ce genre de choses, l’ensemble sur un très joli fond rouge sanglant et…
-Et c’est ce… cette saloperie bolchévico-rurale que vous m’avez faite accrochée… cet ignominie qui voisine avec nos trois couleurs… bleues… ah non là mon cher… non là vraiment…
-Ne vous tourmentez pas outre mesure cher Tétesse. Dés que nous entrerons dans un port nous les masquerons aisément, j’ai l’habitude vous imaginez bien dans la diplomatie, il faut savoir mettre ses couleurs dans la poche, in ze pocket of ze queen’s trousers comme disait mon oncle dans le jardin de ma tante, ce ne sont là qu’enfantillages de peuplades primitives, regardez plutôt comme ils sont contents, ah je ne vous remercierai jamais assez Altesse de…
Je n’entends plus rien de ce qu’il me dit, un vacarme infernal occupant l’air, je regarde sur le pont en dessous, ces p… de nég… les tsilongais s’agitent avec frénésie en tapant sur des bidons d’huile et en vociférant.
Ce pauvre Brank ravi me gueule à l’oreille:
-C’est leur hymne national et révolutionnaire: “la Marche à l’aise” et je me permets de vous faire remarquer chére Tétesse qu’ils la chantent toute entiérement en français pour en marquer uniment le caractère fougueusement révolutionnaire.
Peuple attachant que ces tsilongais… ne puis-je m’empêcher de penser ému en me raidisssant au passage de leur hymne francophonée. (à suivre…)

Le Royal Chouquettes à l’assaut! 1/1 by G.M.Neoletto

Le Royal Chouquettes à l’assaut! 1/1 by G.M.Neoletto

“Messieurs les Mestres, assurez vos chapeaux, nous allons avoir l’honneur de charger!”

Quand j’ai signé mon engagement au 12° Chasseurs j’aurais jamais pensé que trois mois après je me retrouverais en Afghanistan, je me disais que l’armée ça me donnerait un métier, je pouvais pas penser que ce serait “fossoyeur”.

Après six jours d’instruction complète où on nous a appris à remplir les formulaires, fait signer une “convention obsèques 48 heures chrono rendu devant votre porte en cercueil plombé”, expliqué comment faire notre paquetage et dire en anglais dés qu’on croisait un civil suspect (ils le sont tous!):

“We are here to defend your dignity and the global democracy please raise yours hands, put you against the wall and take down your trousers hurry-up! I ask you please… drink Coca-Cola!”

On s’est installé au camp militaire Françoise Dolto à Pushtwadla à une centaine de bornes de Kaboul c’était au moment des fumanges, la récolte de la fumette quoi.

Notre colonel nous a fait un spiche, c’était un jeune gars moderne, fils de géné, neveu de géné, beau-père de futur géné, diplômé de psychologie d’état-major, c’est dire s’il maîtrisait le sujet, il nous a expliqué qu’il fallait surtout décontextualiser le conflit et il a conclu:

-N’oubliez pas que dans une guerre asymétrique il ne faut jamais insulter à la dignité des populations locales.

Les anciens ils priaient tous pour qu’il soit décontextualisé le plus vite possible, le colon, il devait passer général comme tout le monde et aller pantoufler dans une filiale d’une grande boîte parisienne de publicité, d’événementiel et de Relations Publiques, bref il s’était reconverti dans le trafic d’influence et la location de carnet d’adresses mais la nomination arrivait pas.

Les ritals qu’on avait remplacés étaient pas sortis une seule fois, la maman de leur colonel qui le leur avait défendu.

A notre droite on était les voisins d’un contingent jamaïcain, ils faisaient une foire du Diable, ils étaient venus avec leurs “soeurs”, eux ils se mêlaient vachement aux populations locales, ils prêtaient leurs soeurs en cas de besoin contre une participation aux frais, ils ont même pris part aux fumanges, il faut dire aussi qu’ils avaient acheté la récolte sur pieds et puis un matin ils sont partis, ils avaient tout revendu, uniformes, jeeps, flingots, interprètes de l’OTAN, et même leurs soeurs sur le marché aux bestiaux du coin, comme ça qu’on s’est retrouvé voisins de palier d’un seigneur local qui leur avait racheté leur part y compris leur droit au bail sur un bout du camp militaire:

-C’est pas des trucs à faire entre collègues de l’axe du bien. Il a résumé le colon vachement déçu par la mentalité otanesque.

Bon notre nouveau voisin de palier c’était pas non plus une brute le khan Kiluiamine Unchtar, il était pachtoune, il avait fait des études d’Econométrie Médiévale à Aix-La-Chapelle et de Plastiquage Comparé à Karachi, il roulait en vélib’, souvenir de Paris, il rêvait de faire bobo parisien mais il était pas encore résolu à se faire couper les couilles, c’était un amoureux de la culture classique française, il avait tous les disques de Simone Sartre et tous les bouquins de Michèle Torr. Il avait reçu chez lui pas mal d’intellectuels parisiens, BHL c’était son grand copain, il avait même fait financer avec le fric de l’ONU un square à sa gloire avec un buste du grand homme. Le marrant c’est que d’habitude un square c’est au coin de deux rues, mais là comme il n’y avait pas de rues c’était au coin de nulle part et de rien du tout, remarquez ça résumait bien l’oeuvre de l’embusté.

Quand je l’ai vue aux jumelles la statue de l’intellectuel parisien elle était tout maculée de merdes de pigeons.

-’Pas croyab’ ce qu’ils peuvent chier ces bestiaux-là je dis à Blanzac,

-Pauv’ couillon qu’y me répond t’en as beaucoup vu des pigeons dans le coin? C’est de la merde de peshmergas.

-Quoi tu veux dire…? Putain c’est des acrobates!

-C’est surtout des gros chieurs!

Ceci dit ils sont quand même assez modernes dans le secteur ils pratiquent le tri sélectif des poubelles il y a même un bac à infidèles c’est celui avec le couvercle toujours rouge.

Les ricains on les voyait pas beaucoup et on évitait de les appeler, y se foutaient de nous les frenchies, y nous appelaient les conserves de nouilles “tin noodles” à cause des planchers en alu de nos blindés qui se déchiraient comme une conserve quand on se faisait bomber.

C’est que dans le coin ils en connaissent un bout rayon armurerie, les mômes à huit ans ils savent démonter une Kalach les yeux fermés et dévisser un soldat de l’Otan à quinze mètres sans avoir à viser.

L’ennui c’est que le khan Kiluiamine Unchtar un matin il a décidé que nos chiottes étaient chez lui, il faut dire que c’est des nomades ces mecs-là, et comme ça depuis Alexandre le Grand et même avant, ils ont que les limites qu’ils se donnent alors il pouvait aussi bien faire le tour du camp et nous le réquisitionner pan à pan. Le colon il a appelé le géné qui lui a dit que les problèmes de voisinage il ne voulait pas en entendre parler, il attendait lui aussi d’embaucher comme DRH dans la société de Miss France une filiale de TF1.

- Les histoires de voisinage il me semble que c’est quand même une bonne part de la problématique de la guerre. Il a dit le colon en raccrochant re-déçu.

Alors il a décidé de faire une démonstration de force pour dégager ses chiottes:

-Bon on se dirige à trois compagnies en sécurité maximale vers le square BHL la section Jaunard en ternaire se détache et reprend la position dans un mouvement enveloppant, vous m’envelopperez bien ça hein Jaunard, dans la tradition, vous voyez, pas trop large… pas trop serré non plus… pendant que la colonne de route continue sa marche en avant, le tout bien entendu dans la discrétion il s’agit de montrer sa force mais sans insulter à la grande dignité des populations.

Un mouvement enveloppant avec une section ça ne me plaisait pas trop, surtout que j’en étais de la section Jaunard, ça risquait de pas tellement envelopper grand chose, on allait manquer de papier d’emballage.

On se met en route, le square BHL Intellectuel parisien était à pas cinq cent mètres mais on l’a jamais atteint.

On a subi quatorze attaques, les ménagères de moins de 50 ans qui leur faisaient l’appui feu, entre deux feuilletons égyptiens à la télé elles nous balançaient des rasades de RPG 7 et quand on est arrivé en vue du square les mômes ont lâché leurs balançoires pour nous jeter des pétards qui nous ont torché deux VAB c’est dire si ils sont doués et comme on est aimé

Avec la section Jaunard on a quand même réussi à envelopper ce qu’on pouvait et on est arrivé devant nos chiottes, nos chiottes outragés, nos chiottes capturés mais nos chiottes bientôt libérés, instant émouvant, le lieutenant il a détaché trois hommes dont moi pour faire les sommations d’usage, en sueur, on avait tous passablement les chouquettes, j’ai frappé héroïquement à la première porte (comme ça que j’ai obtenu ma Légion d’Horreur) et on a entendu:

-Y a quelques uns!

Ils étaient 600 peshmergas enfermés là-dedans.

Le lieutenant il a préféré décrocher, ça devenait un peu trop asymétrique, s’agissait de pas finir d’insulter à ce qu’il nous restait de dignité comme aurait dit not’ chef de corps.

-Bon a dit le colon pendant qu’on se repliait en ordre… élastique, vous me creuserez des feuillets réglementaires en attendant l’installation de nouveaux lavatories, mais cette fois vous les mettrez à côté de mon bureau que je puisse garder un oeil dessus, j’ai pas envie qu’il me les barbote encore une fois, pour un pays de khan c’est vraiment un pays de khan!

La cellule de maintien idéologique 3/3 by G.M.Neoletto

La Cellule de maintien idéologique 3/3 Par G.M.Néoletto.
Les aventures de Jean-Plaude et Jean-Cluc militants Umpistes de la Basse-Meuse

Là-dessus Jean-Plaude est arrivé, il était vachement excité:

-Il est là! Il est là! Il gueulait en se mettant à genoux, en se relevant sans les mains, en rayant le carrelage avec les dents, en embrassant la serpillière qu’essorait la fille de salle.

-Mais qui est là? A demandé le bon docteur Craquebume intrigué par le Jean-Plaude.

-Le… le président est là! Il arrive, il descend du ciel dans une énorme colombe blanche.

On est sorti sur le seuil, il y a avait effectivement un gros hélicoptère blanc qui était en approche, dessus il était écrit République Française-Drink Pepsico.

J’étais émotionné et je serrais les fesses, la dernière fois que je l’avais vu et touchu en vrai c’était lors d’une féria UMP dans le Bromurois quand la Morano avait été élue Miss Bromurois, on avait remplacé les vachettes par des streap-teaseuses et les toreros par des militants UMP, c’était simple et de bon goût mais c’était bien la première fois que je voyais des vachettes encornées par des toreros!

La présidente aussi était venue, elle balançait par la lucarne de l’hélico des capotes aux victimes en dessous, quel beau geste!

L’hélico a atterri et on a d’abord descendu des types qui se sont mis à gueuler et applaudir spontanément au signal quand il a débarqué, il était en “Claude François”, vrai il avait un costard clignotant blanc, doré et argent avec des franges et des guirlandes lumineuses il s’était fait teindre en blond et il remuait de partout comme s’il était branché sur le secteur (en vérité le service de sécurité nous a expliqué qu’il avait des batteries portatives dans les talonnettes).

Nous on cherchait les clodettes forcément mais on les a pas trouvées, à part Roselyne Bachelot mais elle bougeait pas dans le rythme des tics du Président, il y avait plein de pipoles aussi dont Pierre Arditi qui pleurait même en se faisant maquiller et surtout des équipes de TF1 qui filmaient tout à la fin elles se filmaient même les unes les autres et le Président a dû les engueuler.

-Moi seulement! Le reste on s’en fout!

Le Président il était pas venu les mains vides, il nous a espliqué après, il savait pas trop quoi apporter, c’est toujours comme ça quand on va chez les gens: des gerbes c’est convenu et ça chiffre tout de suite si on veut bien faire les choses alors ils s’étaient arrêtés avec madame la présidente à la pizzeria Colombani sur la route de Fleurizy-le-Michton et ils en avaient commandées quatorze douzaines, c’était Madame la Présidente qui avait payé parce que même les fonds secrets ils étaient à sec.

-Je vais les faire à quinze euros la grande et douze euros la moyenne c’est honnête non? De toutes les façons il y a pas de concurrence.

Momo le livreur de pizzas il a protesté:

-C’est sûr par hélicoptère c’est plus facile et forcément ça reste chaud.

Lui les siennes de pizzas pour les servir chaudes, il les mettait deux minutes à la sortie du pot d’échappement de sa mobylette.

-En plus ça donne du goût!

Le président il l’a fait mettre aussi sec en garde à vue pour conccurence à chef de l’état.

-Ces types-là ne respectent vraiment rien.

Il avait apporté des pizzas Ibiza aux moules bavaroises et des glaces pour tout le monde, deux parfums au choix: “Danseuse du Lido avant la douche” ou “Gendarme mobile en excursion”.

Le plus marrant c’est que tout le monde s’est précipité sur le parfum “Gendarme mobile en excursion”.

-C’est vrai que c’est plus pareil l’ex-France c’est étonnant ce goût qu’ils ont pris pour le fonctionnaire. Il a dit le bon Docteur Craquebume en caressant les fesses de mademoiselle Chaudaz.

-Attention elles sont encore bien chaudes! A gueulé le Président.

De voir le Président distribuer la pizza aux moules aux agonisants et encaisser la monnaie ça nous a tous ému aux larmes, on chialait, ce qu’il était resté simple

On avait complètement oublié que les secours étaient toujours pas arrivés, le plus important c’était que “lui” il était là.

J’ai demandé à un officiel, qui s’empiffrait de pizzas, si les secours allaient arriver enfin, il m’a répondu:

-Les secours? Quels secours on a tout annulé… on a déclenché le plan Vachier++++++… fameuse la pizza au camembert! “Il” est là ça devrait vous suffire non et puis je veux pas vous vexer mais un TGV qui rentre pleine bourre dans un métingue UMP j’appelle pas ça une catastrophe nationale ça reste du mickey péteux, du con de base manipulable qui vote avec le troupeau, trente ans qu’il nous emmerde, on va pas se mettre en frais pour cette engeance-là!

A ce moment que la présidente s’est trouvée mal en voyant tous ces cadavres et ces agonisants autour d’elle, elle était choquée… elle angoissait, elle craignait comme le père Mouillot que la nature reste à jamais marquée par le déraillement du TGV homicide.

On a appelé la cellule de soutien psychologique, le docteur Craquebume est arrivé avec le belge Monsieur Wadong, ils ont un de ces métiers:

-Mais non voyons ça va pas rester là ma p’tite dame vous pensez bien, on va tout débarrasser, voyons vouére doncque les poubelles passent quel jour ici?

-Les encombrants c’est le lundi .

-Ils vont nous parachuter des cercueils en cornets à frites recyclés et des bodybags biodégradables en peau d’estivant on emballera tout ça et on l’apportera à la déchetterie, il y aura plus qu’à trier: les militants UMP dans le bac à couvercle bleu et les braves gens dans le cimetière du village.

-Justement on en a une ultramoderne de déchetterie qui vient d’être inaugurée sur la place de l’Ex cathédrale.

-Vous voyez ça demain il y aura plus rien et on va replanter et ce sera bien aussi beau qu’avant allaye doncque.

Déjà deux délégués du “droit à mourir dans la dignité, en silence après 22 heures et sans tâcher son voisin” avaient commencé à faire le ménage, ils se promenaient dans les rangs des victimes et administraient ceux qui étaient plus assez dignes. Y fallait voir comment les agonisants ils se redressaient en les voyant pour faire bonne figure et le Raymond Pointecourt le tout premier il sifflotait et souriait tout en se tenant les couilles mais vu qu’il s’en était mis partout ils tâchait et ça la foutait mal, vrai il manquait par trop de dignité et ils lui ont mis très dignement une balle dans le chignon.

La fille qui était chargé des “outdoors shows, hula hoopers, juggling and live performance” à la présidence est venue et elle nous a demandé à Jean-Plaude et à moi où elle pouvait monter le podium?

-Quoi le podium?

-Le Président va faire un discours éthique il va annoncer une taxe sur les catastrophes nationales pas éthiques et après c’est sa tournée avec madame la ministreuse il vaccine tout le monde contre la grippe du castor. On lui a fait des prix c’est moins cher que l’autre celle du porc et puis c’est plus consensuel, personne n’aurait l’idée de bouffer du castor.

D’ailleurs parmi les pipoles il y avait le Mufti de la Grande Mosquée de Palavas-les-Flots, il inspectait les lieux, on l’avait fait venir pour qu’il certifie tout hallal, c’était la première catastrophe nationale certifiée hallal. Oui un grand jour décidément.

Le président il avait fini sa caisse:

-Bah ça fait pas des mille et des cent mais enfin ça paiera toujours le kérozéne, et puis ça fait une distraction le dimanche quand on a plus les moyens de faire du shoppingue.

Et il a voulu voir les secours et comme il y avait que les types de la cellule de soutien psychologique d’arrivés il est venu pour les féliciter devant les caméras de TF1.

C’est là que le Docteur Craquebume a craqué on l’a pas vu à la tévé quand il a essayé d’étrangler le clown Balpo son beau-frère, on l’a vite évacué à l’arrière vers une cellule de soutien psychologique et c’est le viet pas rigolo qui a pris sa place, lui avant de faire du soutien psychologique il avait fait du maintien idéologique chez les cocos, dire s’il était rodé.

Nous avec Jean-Plaude, on a poussé jusqu’aux Pinouillettes la polyclinique d’Orthogénie, le TGV il était rentré dans la salle de travail en plein “avortement thérapeutique”, la fille était morte, le toubib idem, y manquait juste le bébé, on l’a retrouvé un peu plus loin, vivant, elle l’avait expulsé sous le choc, le môme il avait été sauvé par une catastrophe nationale, quand même ça nous a fait réfléchir.

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