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Nordnmark one point! by H.T.Fumiganza /12

-Hep ticketkë !
L’on imagine dans quel état je me trouve: en partie haute, je suis en sang et en partie basse à poils !
Mais le préposé ne me prend nullement en pitié et titubant il vient à moi en réitérant son injonction :
-Ticketkë !
Je le repousse rageusement et part à la recherche d’un homme sobre. Après avoir sondé les câles et monté sept étages, je suis bien obligé de me rendre à l’évidence, ils sont tous complétement rincés à bord ! Aussi bien les membres d’équipage que les passagers. Même les enfants, même les clebs, même les belle-mères !
C’est tout le drâme de ces contrées rigoristes, austères, mal desservies en bonne humeur et fantaisie, corsetées et frigides, au premier rayon de soleil ou quand l’occasion se présente les naturels se lâchent tout à fait et ne se connaissent plus de limites.
Il faut dire aussi qu’il y a ici trois étages de duty free où le Smörgg la boisson nationale, un alcool fort à base de jus de salami fermenté est en vente libre et fortement détaxée, on gagne facilement 1,67% par rapport aux prix pratiqués chez nos voisins.
Je parviens néanmoins à gagner la passerelle.
-Je veux voir le commandant du navire ! Intimé-je au premier gradé que je croise.
-‘heu cobandant y dort. Me répondit-il en me rôtant à la figure.
Je ne l’ai point encore signalé mais entretemps la houle a forci et le navire commence à balancer.
J’écarte le pécore et promptement j’arrive au poste supérieur, un gaillard barbu, qui ne manque pas de prestance dans un charmant ensemble blanc rehaussé d’or se tient à la barre, je dis qu’il s’y tient mais je devrais dire qu’il s’y cramponne.
-Vous êtes le commandant de ce… vaisseau ?
-‘y me semble… c’est bien la semaine B? …’oyons… si c’est la semaine B c’est moi qui suis là sinon c’est Henrietkë… l’est pas là Henrietkë ? Alors c’est pas la semaine A et c’est moi qui suis là !… quand même personne a vu Henrietkë ?
-Mon commandant la porte arrière est restée ouverte ?
-Quoi encore ! Mais merde on va re-couler ! Henrietkë il est où ce con-là ? On vous a jamais dit que vous portiez pas de slip ? Ben moi je vous le dis… gare mon garçon ou tu vas te les enrhumer et aussi… aussi vous avez du ketchup là sur la tête… là… et là aussi!
-Je vous dis que la porte…
-Ah ouais la porte… HoHé les gars ordre d’évacuer le navire on va coulo qu’y dit le jeuno… mais… mais qui t’es toi pour me donner des ordres ? T’es même pas Henrietkë. Foutez-moi ce quidam aux fers !
-Je suis le… le mari de votre reine: Printzip Raoultkë de Nordnmark.
Il se rappôche, me dévisage, il pue le Smörgg à plein nez :
-C’est toi Raoultkë Ôg Grotesqtkë !
L’on pourrait traduire par Raoul le risible, je mets cette remarque déplaisante et ridicule sur le compte de son état… avancé et je réalise que je n’obtiendrais rien de lui.
Il ne sera pas dit que mon sacrifice aura été inutile. Je réussis à lui faire décramponner la barre et le pousse dans son fauteuil de commandement où il se met à ronfler. Je n’ai jamais conduit de ferry jusque là mais celui-ci braque mal, il me semble fort peu maniable sans doute à cause de l’état de la mer et de l’eau que nous embarquons sans compter. Nous sommes déjà bien enfoncés.
Nous allons tout droit vers la haute mer et le naufrage assuré, il me faut dérouter l’animal vers l’île la plus prôche soit Umpingen. Je mets la barre à droite toute à… tribord donc.
La manœuvre est brutale et l’on commence à tambouriner à la porte du poste de commandement que j’ai pris soin de verrouiller.
En moins d’un quart d’heure nous arrivons à bon port sur Umpingen haut lieu des festivités.
Je suis en train de parfaire mon créneau lorsque me parvient l’écho de la voix reconnaissable entre toutes car invariablement mégaphoné de cet imbécile de Thor Dupondsen, le chef des services de sécurité :
-Monseigneur je vous en prie rendez-nous ce navire et relâchez les 2957 ôtages ! Crie-t-il depuis son hélicoptère tandis qu’à nouveau une pluie d’homme-grenouilles courônnés de bérets verts s’abat tout autour de moi, signe sans doute que le temps est à l’orage !

L’on m’a mis dans une chambre que le tapissier est en train de finir de capitonner au modeste hôpital général d’Umpingen lorsque ce saligaud d’Urinald fun Froeben le grand chambellan de la cour vient enfin me chercher:
-Pardonnez-nous Monseigneur, ces messieurs ont cru que vous aviez… à nouveau… perdu la raison et détourné ce bateau…
-Navire ! Froeben, l’on dit navire lorsque l’on est marin. Et je n’ai jamais jusqu’à ce jour perdu la raison, que je sache.
-… vous avez raison Monseigneur: ce navire, ils ignoraient que votre geste avait sauvé la vie de tant de gens…
-2957 Froeben… pas plus que de 2957… mais pas moins…
-Une voiture vous attend Monseigneur.
-Une voiture… oui… oui mais non… je vais un peu rester ici… c’est ici que l’on s’amuse aujourd’hui n’est-ce pas: à Umpingen.

Devant la sortie de l’hôpital, une foule importante m’attend pour me fêter…
Des jeunes filles tendant leurs seins dénudées pour que je les leurs dédicacent crient :
-Raoultkë Tek Lof ! (Traduction : Raoul on t’aime !)
Dieu de Dieu me voilà populaire… enfin ! Je me jette dans la foule et me laisse engloutir par elle. C’est si bon d’être aimé de son peuple. (à suivre…)

Vacances actives by H.T.Fumiganza 1/1

Vacances actives !
1/1 par H.T.Fumiganza

L’autre jour nous regardions les offres de destination vacances sur EasyCattle.com avec Pervenche rien ne nous tentait vraiment, on avait déjà tout fait : le Bengladéche en ski nautique, le Yémen en parapente furtif aussi bien que l’Afghanistan en char T.92 hybride. Le plus important dans les vacances pour nous, et pour tout le monde aujourd’hui, je crois, c’est les activités, c’est vrai quoi sinon on s’ennuie tout de suite en vacances, comment s’occuper ?

J’ai abandonné un instant l’écran pour descendre les poubelles et l’enfant, on lui a pas encore donné de nom, on l’a fait il y a trois ans quand on parlait des bébés médicaments, le concept nous a tout de suite plu, on s’était dit avec Pervenche que ce serait peut-être pas bête d’en faire un pour les piéces détachées et un pour la route, on a commencé par la remonte et puis finalement on en est resté là, on le gardera peut-être même si on prend un chien plutôt qu’un enfant.

Josy qui tient l’agence de voyages Emergency Tour sur la place Lolo Ferrari (18°) où nous habitons était en train de fermer, je lui ai demandé des nouvelles de Jacky son époux, un merveilleux tour opérator avec lequel j’ai fait dans le temps pendant un congé-maladie les sept plus grands sommets de l’Hymalaya en patins à roulettes (nous étions jeunes, le plus physique c’est la descente !) et qui est actuellement détenu comme otage remplaçant par les FARC (et attrapes) en Colombie septentrionale où il était allé reconnaître de possibles parcours de trek :

-Jacky ? Oui j’ai eu de ses nouvelles par Internet, il devrait passer otage titulaire au Printemps, si tout va bien.

-Ah chouette.

-Il dit que c’est dur d’avoir de l’avancement, ils sont tellement nombreux là-bas, et puis tu sais comment ça marche ? Comme partout il y a les pistonnés, les pipeules qui passent avant tout le monde. Tu prends un café, j’allais fermer, on a le temps.

Nous avons un peu discuté, je lui ai dit notre embarras, nous avions regroupé nos RTT pour pouvoir partir trois semaines avec Pervenche, en laissant le môme en consîgne (mais non pas à la Gare de Lyon ! Dans un parking à bébémédicament, un établissement très bien, très propre, très moderne où on leur fait les niveaux tous les jours.). Je suis sous-directeur-Adjoint du Centre d’Information, d’Orientation et de Documentation sur l’Autosexualité et les Altersexualités (Cinfodaa.) de la Ville de Paris (Numéro vert 0 800 000 001 ) où Pervenche est archiviste, c’est pas un travail facile avec toutes ces pages collées, aussi avions-nous bien besoin de vacances, mais pas des vacances genre Flôts bleus, non des vacances, modernes actives .

-Et pourquoi pas le Prukhménistan !

-On connaît, on l’a fait il y a cinq ans quand on s’est pacsés.

Nous étions allés à Prukhmout-City avec Pervenche peu de temps après notre rencontre elle revenait d’ un stage de Inch Climbing au Tibet et moi d’un parcours de réoxygénation spirituelle et mentale dans une lamasserie autant dire qu’on avait les chaussures encore fumantes et tout de suite sexuellement on s’est trouvé, cela va faire cinq ans le mois prochain, à l’époque la destination était peu connue, nous en gardions un souvenir délicieux, c’était le printemps et les champs de betteraves étaient en fleur.

-Il parait que ça a bien changé depuis, j’ai un séjour SocialWaves de trois semaines…

-SocialWaves c’est what ?

-C’est un nouveau concept de vacances actives et equitabeule trade que l’Office de Tourisme Prukhméne a développé. ils sont très réactifs, très compétitifs tu sais, il y a plein d’activités dirigées et vous traversez tout le pays en raquettes de tennis ! Le côté athlétique je sais que ça compte pour toi.

-Ouais, pourquoi pas.

-Et puis c’est un pays merveilleux, la population est tellement accueillante… et en ce moment c’est pour rien, en hôtel international **** avec vue sur la mer, il me reste deux places et pas en low costs sur la compagnie nationale: Prukhmen Airways.

A la vérité ce n’était pas un charter mais nous voyageâmes en Worker Class, c’est-à-dire qu’à l’arrivée, nous avons perdu une bonne heure à vider et ranger les plateaux-repas, passer l’aspirateur et repasser les rideaux.

Quant à l’hôtel à nom de matelas : The Imperial Confort il donnait certes sur les plages mais il était niché entre les hauts-fourneaux et l’usine d’incinération d’ordures ménagères.

De fait Prukhmout-City avait pris un développement étonnant, ce n’était plus la petite capitale provinciale entourée d’immenses champs de betteraves et ses marchés à tout le moins bigarrés et parcourue d’innombrables Tire-Tire (l’ancêtre du pousse-pousse mais pratiqué à l’inverse de la croyance la plus répandue dans le reste de l’Asie et dans lequel le conducteur moteur vous fait face et vous prévient des dangers qu’il ne peut éviter et qu’il vous faut alors prendre à votre compte, une manière de brouette kamikazée si l’on veut!) que nous avions connue, mais une métropole incalculable, ressemée en buildings babéliens, ponts suspendus, bretelles et ceintures autoroutières. Ils venaient d’ailleurs d’inaugurer leur neuvième périphérique souterrain. Incroyable le trafic et donc la pollution, à côté Paris ressemblait à une sous-préfecture de garnison.

C’était un mouvement incroyable, les prukhménes ont toujours été d’énergiques travailleurs mais là ils se surpassaient, tout le monde courrait en regardant la montre du voisin et en lui marchant sur les pompes.

Quand nous sommes sortis de l’hôtel après avoir défait nos bagages, passé une tenue d’expédition urbaine et mis nos raquettes de tennis aux pieds, nous avons interrogé notre guide-interprète:

-Tire-Tire ?

-No more trop métier de con ! Nous a-t-il expliqué sans que nous comprenions tout ce qu’il expliquait, il avait fait français seizième langue au lycée et tout en se foutant de notre gueule à cause des raquettes.

Plus de Tire-Tire, c’était dommage car cela participait pour une bonne part du pittoresque des lieux.

-Louer un vélo est-ce possible ? Avons-nous demandé bien décidés à lâcher nos raquettes au profit d’un moyen de transport moderne et éthique.
-Ding-ding. Biçaïkeule in Prukhmout-City, you die in few minutes.

Bon nous décidâmes d’aller sur la plage, cette plage où nous nous étions aimés avec Pervenche à de multiples et satisfaisantes reprises.

Les plages brillaient au soleil… pourtant faiblard de ce début d’après-midi :

-Ferro-nickels bioutifoule !

Ces imbéciles avaient répandu sur les plages de sable porphyroïde les scories de ferro-nickel venant de l’usine sidérurgiques voisine.

On s’était mis pieds nus avec Pervenche et forcément on s’est blessé les pieds et on a remis nos raquettes soudain une musique a retenti, diffusée tout le long de la plage, et tous ceux qui s’y trouvaient se sont raidis instantanément :

-Casquettes ! Enlevez casquettes pendant hymne saligoo ! Nous a intimé notre guide.

C’est devenu assez vite lassant cette histoire d’hymne et de saligoo. Il retentissait toutes les heures et même les touristes étaient tenus de se mettre au garde à vous pendant l’exécution.

Sans nous en rendre compte à la suite de notre guide, nous nous sommes retrouvés dans une banlieue de Prukhmout-City devant l’entrée d’une usine immense qui fabriquait de tout en très grandes séries: International Prukhmen Company of Engineering and Industrials for Equitabeule Trade Corporation ça s’appelait. Notre guide a absolument tenu à nous faire visiter, c’était immense, ils fabriquaient de tout: des réveils aussi bien que des presses purées électroniques, des extincteurs ou des fours à pain, des brouettes et des pompes à main et même des ouvriers pour leurs propres chaînes: il entrait des paysans et elle vous sortait des travailleurs parfaitement calibrés.

Le guide nous a désigné deux places en milieu de chaîne, il voulait absolument qu’on essaye, il y avait plus de trois milles ouvriers dans l’immense halle, nous nous y sommes mis avec Pervenche, un contremaître est venu a regardé notre travail et nous a dit en le jetant dans une corbeille en plastique:

-Not good ! Frenchies bad ! Belgians good !

Et en même temps il nous désignait un couple très appliqué sur la ligne de production devant nous.

-Brigitte et Jean-Luc Van Der Berk ! Se sont-il aussitôt présentés sans quitter leur travail. Nous sommes de Liége, vous aussi vous vous êtes fait avoir avec le séjour actif SocialWaves de ces salauds de l’Office de Tourisme Prukhméne. Quand je pense qu’on pourrait être bien tranquilles en pull marin sur une plage ventée de chez nous à ne rien faire que de combattre le vent et de faire des mots fléchés en écoutant le transistor!

Nous avions le droit de revenir le soir à l’hôtel à pied sans supplément mais c’était loin (19 Kms !) et les taxis sont chers là-bas, et puis on était fatigués, les cadences étaient très élevées, ils montaient un scooter en 3‘27‘’ il faut suivre, surtout quand on a pas l’habitude de travailler, alors avec les Flohic’ de Perros-Guirec, les Martin-Besnard de Livry-Gargan et les Van Der Berk de Liége le soir nous restions couchés au dortoir 116W et nous prenions nos repas dans la grande salle commune 23 B. Et puis comme ça on se faisait des souvenirs en même temps que l’on avait un vrai contact avec la population… bâillante et somnolente. Avant de monter on allait s’en fumer une, j’avais recommencé, je sais c’est mal mais ça détend aussi quand on est crevé comme ça, devant le grand dégueuloir du collecteur central des égouts de Prukhmout-City, on en profitait pour écrire des cartes postales avec plein de couchers de soleil aux amis restés à Paris:

-Gros bisous de Prukhmout-City !

L’écriture était un peu tremblée, à cause des cadences de la journée. On nous avait changé de chaînes on était au rechapage des brouettes. C’était intéressant.

On a traversé tout le Prukhménistan comme ça en raquettes de tennis au gré de nos différentes affectations, d’activités dirigées en activités obligées on a fini dans une taule sordide, un bob pour mineurs au plus profond du pays profond. Pervenche se faisait jusqu’à 50 passes par nuit, moi pas plus d’une vingtaine, je suis très étroit (enfin beaucoup moins maintenant.).

On comptait les jours jusqu’à notre départ et le moment où on pourrait retrouver le boulot à Paris pour enfin se reposer… et peut-être même s’asseoir.

Au retour, après avoir retiré l’enfant de la consigne (en l’accrochant sur le vélib, je me suis rendu compte d’ailleurs qu’il m’avaient donné le N° 5468 alors que j’avais le ticket N° 5467, mais je n’avais aucune envie de refaire la queue pour réclamer, et puis à un chiffre prés, ça ne valait vraiment pas le coup d’y retourner!) je suis allé voir Josy pour lui faire un scandale, vrai j’étais indigné, au moins très colère, enfin assez remonté :

-Ouais je sais c’est limite arnaque comme plan mais tu voulais des activités t’en as eu !

-Ah ça c’est sûr.

-C’était éthique ? T’as exploité personne ?

-Ce sont eux qui nous ont exploités. Tu te rends compte qu’on a payé pour travailler à la chaîne… et je te raconte pas tout…

-Forcément t’avais jamais travaillé de tes mains…

-Oh s’il n’y avait eu que ça…

-Ouais… ça t’a fait une expérience humaine. Et puis qu’est-ce que tu veux, la com’ est bonne, je suis bien obligé d’en placer un max pour payer la rançon de ce connard de Jacky !

Une enquête de la Cellule Homicide 22/ Le mangeur de foules 2/3

Une enquête de la cellule Homicide 22 par J-P.Chassavagne 2/3
La cheffe Gringeau Josyane et le sociopathe mangeur de foule.

Le lendemain nouvelle réunion d’urgence de la Cellule Homicide 22, ce coup-ci j’arrive pas en retard, il faut dire que j’ai dormi sur place sur la galerie de ma bagnole pour être sûr de mon coup, cette gonzesse me terrifie et c’est bon! Exactement comme au temps de Mademoiselle Rompie et que je faisais dans ma culotte, de toutes façons je m’en fous j’ai apporté un slip de rechange.
La Cheffe Gringeau termine l’appel:
-… Plantacul.
-Présent Cheffe!
-Bon nous avons reçu ce matin un nouveau message de Tenculathor…
C’est comme ça que le mangeur de foules signe ses messages, c’est parait-il un ancien Dieu de la Lune chez les danseurs d’opéra vikings, la cheffe prend un papier:
-Je vous le lis:”ça va gicler!” Je laisse la parole au Professeur Dugond-Lajouasse pour qu’”il nous en fasse l’interprétation:
-Chacun l’aura compris c’est une allusion directe à la 3° prophétie (à droite du garage à vélos!) de Melchésior l’analphabète dans les évangiles apocryphes non écrits du sous Mathieu versets 33. Je le retranscris tel que la tradition orale médiévale nous l’a restituée: “Et z-alors partout roigneront la désolation et batifoleront vermine et cloportes et z’alors ils s’en mordriront les génitoires ceusses qui z’auront pas onctement payés leurs tournées!” Or si l’on multiplie le nombre de voyelles du verset 33 par ma note de blanchisserie on obtient le nombre 3789 (putain combien qu’elle m’a compté les chemises cette conne!) 3789 le nombre sacré qui dans le comput hébraïque ancien correspond à la veille du jour des soldes! Or les soldes sont dans deux jours…. il va-t-attaquer demain!
Un silence pesant s’abat sur nos képis mous.
Le morpho-psychologue libanais menotté avec son interprète et toujours en garde à vue sur l’estrade en attente de leurs expulsions lève leurs doigts pour intervenir:
-L’honorable Docteur Petzoupoulos et moi-même souhaitons de connaître où sont les lavatories je vous please sir.
Ah là ça se bouscule on a du mal à tout noter.
Le profileur belge nous explique que le postier qui a porté la lettre de Tenculathor ainsi que sa fourgonnette Renault ont été mis en garde à vue pour crime de lése-nain et klaxonnage pendant une visite officielle présidentielle (art 666), l’analyse ADN de traces de klaxon retrouvés sur la banquette de la Renault a permis de les confondre.

Le lendemain un dispositif énorme est mis en place tout au long de la rue de la République la principale artère commerçante de la ville, c’est bien simple il y a plus de flics que de civils si on compte les auxiliaires occasionnels et les délateurs assermentés, ce coup-ci on peut pas le rater si le prof s’est pas gourré dans ses déductions exégéto-biblico-ésotéro-ferroviaires, moi ça m’étonnerait un peu ça serait trop beau que les sociopathes arrivent à l’heure.
Bon pour la foule qui doit servir de chèvre on a pris des tévéspectateurs comme ça s’il y a trop de pertes dans le bétail ça se remarquera pas trop, on a profité d’une audition pour une émission de télé réalité: “Ce soir on débranche pépé!” j’ai pas trop bien saisi le concept mais je crois que ça tourne autour du truc qu’on cause à la tévé: l’euthanazie, “c’est éducatif quoi mais en même temps ça reste du praïme!” nous a expliqué le producteur, un type souriant qui parle tout le temps et tellement sympa qu’on a presque pas envie de lui casser la gueule.
En tout cas quel succès à onze heures ils sont déjà plus de 25000 à attendre avec leurs vieux baveurs dans des fauteuils roulants ou allongés sous perfusion tout au long du boulevard de la République, la si bien nommée.

On est posté avec Plantacul depuis une petite heure quand soudain… putain le suspense, je vous dis pas, on note des mouvements de foule suspects, avec nos jumelles, ça bouge, la Cheffe Gringeau qui a l’oeil à tout nous appelle pour confirmation:
-Le salaud il était déjà dans la foule et il est en train de faire un vrai carnage, essayez de le repérer bordel quoi merde!
-Oh ça y et je le vois, oh l’enfoiré il s’est déguisé en rappeur! Gueule Plantacul.
-Usurpage d’habits sacerdotaux ça va lui coûter cher! Marmonne la Cheffe Gringeau scandalisée.
Très vite on fait mouvement et on encercle la foule, le problème c’est que ça affole un peu plus encore le bétail, à l’intérieur Tenculathor est en train d’entamer sa quatorzième victime, ça gicle de tous les côtés comme il nous l’avait annoncé, la foule se défend pas bien sûr, elle court d’un bord sur l’autre et finit par forcer notre barrage et ce saligaud en profite pour s’échapper.
Heureusement on a mis en place un barrage aux deux bouts du boulevard de la République et ce sont des collègues allemands en stage parmi nous dans la cadre de l’Europe nouvelle qui déploient les barbelés, les mitrailleuses lourdes et font le rabat de la foule paniquée qui s’engouffre dans les maisons tout au long du boulevard.
Quand ça s’est enfin un peu calmé la Cheffe Gringeau en rajustant ses nibards phénomènes reprend la main, elle est très énervée:
-Bon foutez-moi tout ce monde en garde à vue pour courage dans les rues quand j’ai pas dit Nicolas a dit (art 911 Carrera)
-Vous voulez cheffe qu’on mette en garde à vue tout le boulevard de la république?
-Affirmatif et maintenant on va visiter les immeubles un par un.

Tout l’après-midi y passe, pensez le boulevard de la République fait bien ses trois kilomètres de long enfin on arrive devant le monastère des frères Clémentins, ils ont fait voeu de prier en faisant des condiments divers jusqu’à la fin de leurs jours, c’est les rois de la conserve: les condiments des frères de Sainte Clémence sont vendus en épicerie fine partout dans le monde.
Tout de suite dés qu’on rentre y a un malaise, ils sont tous albinos avec les cheveux en brosse et un bandeau sur l’oeil, c’est pas difficile de deviner que c’est eux les méchants de l’histoire, vrai on se croirait dans une dramatique du service public, tout en finesses plombées et sous-entendus gueulés, du petit point quoi.
La Cheffe Gringeau elle est de plus en plus excitée, elle a les mamelons qui pointent et se balade dans tous les coins son flingue à la main.
-Mon enfant un peu de tenue! Lui dit le supérieur.
-Toi ta gueule ou je te flingue. Elle lui intime en lui collant le canon de son pistolet devant son oeil valide.
Alors le supérieur il lui fout comme ça une grande baffe et il lui enlève son flingue:
-Confisqué!
Putain je sais pas comment qu’il a fait? On est tombé chez les moines de Shaolin peut-être?
Aussi sec la Cheffe Gringeau le fout en garde à vue pour pour tapage sur connasse dans l’exercice de ses fonctions hormonales (art 12569 et suivants…)
A ce moment il y a un moine qui abandonne la grande table où ils épluchent tous les cornichons et il se met à courir à travers le cloître, on réussit à l’attraper au moment où il escalade le mur d’enceinte, sous la bure apparaît notre faux rappeur de tout à l’heure, Tenculathor himself et en personne! On l’a attrapé enfin! (à suivre…)

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