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Archive pour décembre 2008

La question franchouillarde

Voir l’intellectuel

Extrait du Journal de Bertrand Henri Sfinckelmerd dit BHS. Intellectuel parisien. (e.r)

Aujourd’hui 11 heures nous sommes allés à Roissy recevoir Soupalodong Ragoualodong qui lutte dans son pays contre la junte militaire au pouvoir. Elle est la petite fille de Soupogazodong qui proclama l’indépendance de son pays et le dirigea démocratiquement (il était marxiste et mis en œuvre notamment cinq réformes agraires d’importance s’étant marié cinq fois) jusqu’à sa mort 49 années plus tard. Ce nous semble être une personne intelligente et raisonnable, elle parle un anglais convenable mais avec un fort accent valaisan, ses parents ayant des attaches là-bas. Au naturel c’est une petite boulotte assez autoritaire.

L’une de ses servantes ayant égaré une dizaine de paires de chaussures elle a demandé au douanier de la faire fouetter. Le fonctionnaire franchouillard a eu du mal à lui faire comprendre qu’il n’était pas équipé pour cela. Puis lors de la conférence de presse elle demandera par deux fois de faire bastonner le journaliste du Figaro qu’elle qualifiera de fassiste après qu’il l’eut interrogé sur de prétendus avoirs bancaires suisses, ce qui fut fait, le centre de presse de Roissy venant d’être heureusement modernisé selon les normes de la Mosquée de Paris.
Pour ce que j’en ai compris l’essentiel de son programme politique tourne autour de l’émasculation promise au Général Goulashalodong le chef de la junte qui serait son cousin et bien sûr du respect des droits de l’homme… et du secret bancaire.
Je la salue au nom des intellectuels français en lui disant que nous serons toujours à ses côtés contre, je la baise… aux joues et je ne sais quelle mouche la pique… elle me saute dessus, déchire ma chemise blanche, me prend la bouche et me met la langue et tout ça devant les photographes.
Il faut que Jean-Thaule intervienne pour la faire lâcher prise :
-Putain la braise ! Me dit-il avec son accent pied-noir.

Que ferais-je sans ce cher Jean-Thaule Empauven, mon plus sûr ami, que d’aucuns veulent absolument faire passer pour mon éminence grise ou plus triste encore: mon manageure, certes il m’est indispensable car il possède toutes les qualités que je n’ai pas : il est… il est ponctuel. Il n’y a que son prénom ridicule qui me gêne, quand je l’ai interrogé là-dessus, il m’a répondu que Saint Thaule était connu pour guérir les rages de dents.
Il me rappelle que je dois donner avant mon départ une conférence de presse afin d’annoncer ma conférence de presse de retour, en effet j’embarque pour le Povmekistan où les événements se précipitent et réclament ma présence, il me faut savoir si mon engagement dans ce conflit aux côtés des gentils Gromeks musulmans à cols sport qui ne demandent qu’à vivre pacifiquement chez leurs voisins les méchants Povmeks à nuque raides catholiques et fassistoïdes est réel et complet, j’ai a vivre, à écrire, à penser là-bas auprès d’eux, pour eux et… et puis Marielle Tombale, ma compagne et même… et oui, mon épouse, avec elle ça chiffre tout de suite, répète à longueurs de journée, à la maison, elle doit donner à l’Olympia une série de récitals à la rentrée et à la longue la vie avec une cantatrice très… comment dire ?… Oui très aiguisée n’est pas de tout repos et peut même se révéler assez éprouvante.
Et puis il y a ces touristes japonais qui défilent sans cesse devant mes fenêtres du boulevard Saint Germain dans leur car à étage, j’habite un duplex au premier, et encore à ceux là je peux encore pardonner, la civilisation japonaise a des côtés admirables, non le pire ce sont tous ces franchouillards qui viennent sonner avec leur petit papier pour avoir un autographe et « voir l’intellectuel » ceux là je les vomis!

Je suis d’ailleurs en train d’écrire un livre: “La question franchouillarde” où je révèle que si les français ont été battus en 1940 c’est parce qu’ils l’ont fait exprès à fins de pouvoir collaborer tout leur soûl avec le régime national-socialiste qu’ils avaient eux-mêmes fomenté par transmutation idéologique; le cher Robert Paxtonne avec toute la rigueur et l’honnêteté intellectuelles qui l’animent a d’ailleurs écrit de très belles pages dans son prochain livre (Froggies and others assholes!) sur des essais de télétransportation des panzers allemands par le deuxiéme bureau français dès 1938, je l’ai lu sur épreuves c’est confondant.
Je croise dans le salon d’honneur ce cher Bernard qui revient d’Afghanistan, il est assez dépité car les Baloutches du nord, lui ont retourné ses 65 tonnes de riz Unkeule Bintz (il a un contrat d’exclusivité avec la marque) et de pâtes Lustucru (je sais ça fait assez franchouillard mais le pauvre a pris ce qu’il a trouvé au Franprix de la rue du Bac) sous le prétexte que la marchandise s’était en partie avariée à la suite de trop nombreuses manipulations :
-Tu ne sais pas à qui je pourrais refiler ça? Six mois que je les trimballe, j’en ai marre… sans compter les frais… et les sacs plein la baignoire… Christine commence à me faire des remarques…
Je lui demande des nouvelles de notre chère Christine qui a signé un magnifique éditorial dans Tricot Magazine sur le massacre des Gromeks et l’engagement citoyen qu’il réclame de la part de tous et même des autres, elle a aussi proposé une taxation du point de croix, c’est bien le minimum.
-Alors pour mes nouilles ?
-Viens avec moi tu les livreras aux réfugiés. Ils seront contents après trente six heures de tracteur d’avoir de quoi bouffer.
-Bonne idée… je vais leur mettre aussi mes 18 tonnes de sauce carbonara, elle est un peu hors délais mais… Ah oui mais… c’est ennuyeux on avait prévu un week end en amoureux avec Christine en Tasmanie orientale.
-Tu sais je crois que la situation est grave là-bas… et même quasi génocidogêne…
-Ouais j’ai entendu aux infos : les Etats-Unis parlent de charniers itinérants et d’un demi-million de morts rien que pour la journée de samedi, qui était certes un véquende de départ d’épuration ethnique et donc classé rouge, mais ces chiffres me semblent quand même quelque peu exagérés, les américains en font toujours trop !
-Bon va-t’occuper des formalités de douane. Lui dis-je assez paternaliste.
Quant à moi je téléphone au Dalaï-lama pour faire retarder le vol, le temps que Bernard puisse embarquer sa marchandise, nous en profitons pour discuter un peu de l’avenir du monde et tout ce genre de choses, il me dit qu’il pleut en ce moment dans le Valais et que cela lui rappelle un peu son… Tyrol, il a une dilection particulière pour le Tyrol où il a fait des études de Philologie Germanique, précieux ami. Nous nous promettons de nous revoir cet hiver à Gstaad. C’est un très bon descendeur.
Ma surprise est grande lorsque je découvre que nous allons voyager en charter sur Povmek’s Airways, j’attrape Jean-Thaule :
-Mais tu n’as pas téléphoné à la Présidence pour avoir un avion ?
-Sûr que j’ai téléphoné mais ils étaient tous réservés pour un séminaire gouvernemental de trois jours en Tasmanie orientale.
-Mais qu’est-ce qu’ils ont tous à me faire chier avec leur putain de Tasmanie !
-L’office de tourisme Tasmanien qui arrose à tout va en ce moment, ils balancent nuits d’hôtel et safaris gratis aux pipoles alors tout le monde en profite. Si ça te dit t’as reçu des invites je les ai refilés au concierge mais je peux…
-Mais je me fous de la Tasmanie ! Et toi tu pouvais pas prendre une compagnie américaine en classe affaire !
-Tout était complet je te dis !
Je suis bien certain qu’il ne me livre que la moitié de la vérité, cet imbécile de Jean-Thaule veut absolument me faire faire des économies. Enfin je suis à l’heure actuel le plus gros actionnaire personnel des conserves Saupiquet, je monte en puissance chez William Saurin sur les conseils de notre cher Alinminque et cet imbécile me fait voyager dans un bouic !
J’entre dans l’avion, un vieil Iliouchine, je sens tous ces visages hostiles qui se portent vers moi, c’est plein de marmaille et de vieilles femmes, de travailleurs calleux et moustachus qui retournent au pays, ce pays avec lequel je suis personnellement en guerre, je calme prudemment ma haine pour ce peuple tellement coupable qu’il en devient presque… oui presque franchouillard, j’arrache son imperméable, ses lunettes noires, son écharpe et son bouquin de Bellemare à ce crétin de Jean-Thaule, qui au fond vit à mes crochets depuis des années et je vais me réfugier dans les lavabos, très vite j’y suis rejoins par le cher Bernard en loden et cache-nez :
-Non mais tu réalises, on va voyager dans un zinc de la compagnie nationale de ces fassistes de Povmeks, s’ils nous reconnaissent on va se faire lyncher, ah je le retiens ce connard d’Empauven, mais qu’est-ce que tu fiches avec un type comme ça c’est vrai on se demandait l’autre fois avec Christine, ses souvenirs de petit blanc oranais, c’est proprement insupportable. Ah si j’avais pas chargé la marchandise et si les Gromeks n’avaient pas besoin de mes nouilles, tu peux me croire…T’aurais pas des lunettes noires en trop ?
-Demande à l’hôtesse.
Malgré nos craintes le voyage se passe à peu près normalement, s’il faut compter pour normal le grill qu’ils installent dans l’allée avec l’assentiment de l’hôtesse et sur quoi ils font griller saucisses et côtelettes, qu’ils arrosent abondamment, équipage compris, de lampées d’alcool détaxé.
Tenons aussi pour « traditionnel » le détour que fait le commandant de bord vers son village natal, et la nostalgie bruyante qui prend tous ces gens : faux sentimentaux, slaves ignobles et pogromesques, à l’évocation qu’il entonne de ses souvenirs d’enfance à la radio de bord, avec Bernard nous sommes obligés de partager saucisses et souvenirs mais je profite très vite de leurs ronflements pour écrire mon éditorial de la semaine prochaine, qui tient plus de l’ordre de mobilisation contre cette race punissable et maudite que de la chronique familière.
Quand nous arrivons à l’Aéroport Mikhaïl Platinov de Povmekograd et alors que je me précipite vers la coupée, l’hôtesse qui vient d’ouvrir la porte et s’apprête à saluer les passagers et rendre les poules égarées à qui de droit, s’incline devant ce cher Bernard qui est pourtant parvenu à acheter des lunettes de soleil détaxée pendant le vol et lui dit en un français hétéroclite et roucoulé :
-Le commandant Besenik et son équipage se tiennent fiers d’avoir transporté à leur utile destination des français aussi pondéreusement célèbres et renommés que vous-mêmes messieurs et nous vous souhaitons la bonne venue dans notre pays aimé.
Maintenant il nous faut rejoindre Pinovica (prononcez Pinovitcha) puis Pennecu (prononcer Peigne… non prononcez rien.) Bernard est comme moi toujours aussi remonté contre tous ces gens :
-Ils n’auront pas mes nouilles murmure-t-il orgueilleusement entre ses dents.
Il parvient à louer des camions dont deux citernes pour la sauce carbonara et nous voilà partis… en car.
-Tout ce que tu as trouvé Jean-Thaule tu pouvais pas louer des 4×4 ?
-Purée t’es fou t’as vu ce que ça consomme ! Dit-il en sortant sa carte orange et en commençant de négocier auprès du contrôleur des réductions pour Intellectuels assis.
Je… déteste ce type… je… je hais ce petit blanc mal blanchi, ce… ce métèque !
Un peu avant d’arriver sur la ligne de front un nouvel incident a lieu, coups de feu, explosions violentes, j’ai tout juste le temps de me coucher dans l’allée centrale, lorsque je relève la tête, le contrôleur et les voyageurs me regardent en souriant et m’expliquent que c’est juste des mômes qui fêtent le nouvel an local, ils démarrent l’année le 26 Août ces crétins-là ! Comment peut-on tolérer des gens comme ça, des gens qui sont simplement pas comme nous.
Je me relève mais le répit est de courte durée, Jean-Thaule s’exclamant presque aussitôt :
-Putain le con de fils de sa mère j’ai oublié le dossier avec les noms pour passer la ligne et prendre contact avec les Gromeks.
Je suis sur le point de l’étrangler lorsque le moustachu assis à côté de nous qui a une cage à poules sur les genoux nous dit :
-Le commandant de secteur Gromek est un cousin je vais l’appeler pour lui dire que vous arrivez.
De fait cela cousine pas mal dans le coin et le passage se déroule au mieux, il n’y a que les citernes de sauce carbonara de ce cher Bernard qui inquiètent un peu les autorités des deux côtés, il faut dire qu’avec le soleil, elle commence à puer terriblement, il explique au nouveau ministre des exactions rituels qui vient nous accueillir que c’est une nouvel arme défoliante, une manière d’agent orange… mais rouge.

Les autorités Gromeks ont fier allure dans leurs costumes rayés, arborant lunettes noires et Montres Rolex et le nouveau ministre de la culture me propose deux de ses nombreuses nièces afin de m’accompagner au mieux dans les formalités administratives, cet imbécile de Jean-Thaule n’en obtient qu’une, des filles charmantes et modernes au demeurant qui ne demandent qu’à s’employer pour nous être agréable. Quand je vois les Porsche et les Béhemvés qui sillonnent les rues de Pennecu je ne peux m’empêcher de sourire à l’évocation des propos de nos adversaires qui soutiennent que les Gromeks sont des fanatiques rétrogrades ? Ils me semblent au contraire extrêmement ouverts à la modernitude.
Je passe l’après-midi à visiter les charniers qu’ont laissé ces salauds de Povmeks, c’est très éprouvant, je téléphone à Tony Blair en direct de l’un d’eux, il est aussi ému que moi et me dit de faire attention où je mets le pied et qu’il ira à Gstaad dés que son épouse aura accouché. C’est un excellent grimpeur.
Jean-Thaule plus fouille-m… que jamais à l’issue de la photo-souvenir et du reportage me tend une pancarte qu’il a déterrée :
-Ce qui est écrit là dans leur foutue langue : c’est Cimetière des Chiens de Pennecu.
-Et tu en déduis ?
-Qu’on se fout de nous !
-C’est peut-être un peu plus compliqué que cela.
-Sans doute… sans doute après tout c’est toi l’intellectuel en chef me dit-il en me tendant un collier pour chien marqué Medorov qu’il vient de retirer d’un tas d’os sur quoi les vaillants combattants Gromeks posent hilares.
Après quoi l’on nous présente des femmes violées, c’est très émouvant la journaliste de Rustica pleure et jure qu’elle va faire un éditorial vengeur, l’une de ces pauvres filles expliquent que ces ordures de soldat Povmeks sont partis sans même payer les consommations, le ministre de la Kultur lui met une baffe :
-Tagole salopovna riturnir al bordellito !
Je téléphone à Gisèle Halimi mais son répondeur m’indique qu’elle est en Tasmanie Orientale pour le véquende.
Je murmure entre les dents :
-Cette fois nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Jean-Thaule arrive triomphant :
-Bon j’ai tout arrangé, tu vas être content l’Elysée t’attend demain matin à dix heures pour une entretien sur la situation au Povmekistan et il t’envoie un avion cette nuit.
-Demain à dix heures c’est peut-être un peu tôt ?
-C’est la bonne heure. Le président n’a plus qu’une heure de lucidité par jour.
-Il est en progrès pendant son premier mandat je ne me souviens pas de l’avoir vu lucide une minute.
-Ouais hein. Il paraît qu’il a un nouveau kiné qui lui fait travailler les ischios-jambiers, c’est là que tout se tient chez l’homme !
-Jean-Thaule arrête tes conneries.
-Mais c’est pas des conneries je l’ai lu dans un livre de Jean-Michel Larqué.
Il va vraiment falloir que je m’en sépare, je vais essayer de le faire élire à l’Académie Française.

Nous passons la soirée avec un détachement de l’ONU, dans l’ancienne MJC du coin, ce sont des Zambiens, ils sont venus avec leurs sœurs et les sous-louent à un autre détachement composé de jamaïcains. Très vite le local est enfumé et nous sortons pour respirer un peu:
Bernard ému, me pousse du coude :
-Et jamais malgré leurs souffrances ils ne perdent la foi non plus que leur esprit de tolérance. Me dit-il en désignant les ouvriers qui bâtissent à la nuit la mosquée avec les pierres de l’église.
-C’est émouvant.
Je téléphone à Zapateros, je le réveille mais nous parlons longuement de cette admirable civilisation andalou.
En raccrochant je pense : quel dommage qu’il ne sache pas skier.
Le lendemain en sortant de l’Elysée, après l’entretien et la remise de mon rapport où je recommande l’envoi de forces de l’Otan et des frappes sur le Povmekistan et sur sa capitale Povmekograd, je n’ai qu’une hâte: retrouver le calme de mon appartement du boulevard Saint Germain.
Mais quand Meklouf, mon maître d’hôtel m’ouvre la porte ce sont les aigus de Marielle Tombale ma compagne qui m’accueille et j’ai bien envie de battre en retraite et de me trouver une petit hôtel tranquille :
-Bonjour Meklouf. Madame répète de plus en plus tôt le matin.
Il enlève ses boules Quiés et approuve avec ce fatalisme oriental qui souvent me trouble.
-Dîtes au cuisinier de me préparer une collation légère… ah et puis que le nouveau chauffeur aille me chercher les journaux.
-Le courrier personnel , Monsieur.
Je reçois énormément de courrier les gens me lisent surtout à la télé et après ils regardent mes livres dans les transports en commun, ce cher Alinminque me dit que c’est la même chose pour lui. Aussi ma secrétaire fait-elle le tri et répond personnellement à ces gens en joignant une photo dédicacée, une photo de moi s’entend… mais dédicacée par elle.
-Bon je vais voir les chevaux.
Marielle Tombale a fait aménager une écurie et un terrain de polo sur les toits de l’immeuble, elle aime à monter le matin . Pour ma part je ne pratique pas, je ne sais jamais par quel bout les prendre.
Dans l’épais paquet je découvre une lettre de Maman, elle m’écrit de … Tasmanie, elle me dit qu’elle y a rencontré mon concierge et qu’elle n’y retournera pas, je lis en caressant distraitement les chevaux… mais pas par le bon bout, il faut croire et je me prends un coup de sabot : quelle saloperie ces bestiaux là !Je me relève avec peine et boîte jusqu’à l’ascenseur, la lettre de maman se termine par un notabéné qui me foudroie sur place, enfin juste à côté : «… mon grand tant que te tiens je dois te confier un petit secret : ton papa n’était pas ton vrai papa, mais je te rassure tu es le fruit d’une superbe histoire d’amour quand même, quand j’ai connu Jean-Claude il faisait son service militaire en Algérie dans la gendarmerie, malheureusement nous venions de milieux trop différents son père était tôlier-chaudronnier, tu imagines ? Et puis hier à Hobart en faisant du shopping qui je rencontre ce cher Jean-Pierre, nous avons un peu parlé, non décidément je n’y retournerai pas, il m’a laissé son adresse, je te l’écris si cela peut t’intéresser… »

Je n’ai pas pu dormir de la nuit, non pas seulement à cause des vocalises de Marielle, elle travaille trop il faudra que je le lui dise. Ce matin j’ai voulu rencontrer cet homme, il habite un pavillon modeste à La Garenne-Bezons, une femme avec des bigoudis sur la tête et en peignoir m’a ouvert :
-… vous voulez voir Jean-Claude, il est pas trop en état, hier il avait un match au Parc… c’est important… vous voulez vraiment que je le réveille.
-Oui c’est important.
-Bon, après tout je m’en fiche, je vais h-aux courses, moi.
Il est arrivé, il était grand et lourd malgré son âge avancé, il portait un maillot du PSG, il m’a offert une bière. Tout de suite il m’a appelé « fiston » et parlé de sa carrière. Après son service il s’est engagé dans les troupes parachutistes coloniales puis dans la police, il y a fait toute sa carrière, il est devenu brigadier-chef de CRS… et il en est fier.
-Si tu veux fiston cette après-midi on sort ensemble, avec les copains.
Je ne sais pas pourquoi, j’ai accepté et je suis allé vomir sa bière dans le jardin.
L’après-midi nous sommes allés avec « ses copains »aux BBR c’est la fête du Flan National, il en est membre, j’ai vomi plusieurs bières. Ce fut un moment effroyable au milieu de tous ces franchouillards fiers de l’être. Et puis soudain dans l’allée principale mon… mon « père » s’est exclamé, je crois qu’il était assez saoul, ses amis aussi :
-Putain les mecs on s’est encore gouré c’est la fête de l’Huma ! Chaque année on fait pareil tu vois fiston, faut dire que quand on a vendu des vignettes pendant trente ans, difficile de pas avoir encore le réflexe.
Il a salué d’anciens copains à lui ouvriers chez Michelin et on est tous allés vomir des bières aux BBR.
Voilà maintenant ils sont tous dans mon salon et ils regardent un match de danse classique sur Arte depuis l’Opéra Bastille à la tévé en buvant de la bière.
-Bébert encore de la bière… c’est chouette chez le fiston hein ! Et alors ce couscous il arrive !
Je vais à la cuisine Razul mon cuisinier est en train de pisser dans la semoule :
-Ne vous dérangez pas Razul je prends juste de la bière dans le frigo.
Pour me donner une contenance j’ouvre la radio, Conserves Saupiquet a encore perdu 15 points. Quel con cet Aliminque !
Je vais pour refermer la porte quand une explosion secoue tout l’arrondissement et Jean-Thaule fait son entrée, assez exalté.
-Oh putain fils tu vas encore m’engueuler, j’ai fait une belle connerie, hier à l’Elysée j’ai échangé les dossiers, et à la place de ton rapport d’envoyé spécial de la Présidence au Povmekistan, je leur ai refilé ton plan média avec ton planning… Dis c’est normal que ton cuisinier pisse dans la semoule ?
-Oui, oui… c’est normal… tout va bien.
A ce moment un car de touristes japonais passe juste à hauteur de la fenêtre de la cuisine, nous sommes pourtant au second étage, Jean-Thaule se penche à la fenêtre et commente :
-Ah les salauds ils ont rajouté un étage à leur car !
Un missile Tomahawk file au ras de l’immeuble suivi d’une seconde explosion :
-Tu veux dire que…
-Ouais c’est exactement ça : l’OTAN est en train de bomber sévère le 5°, le 6° et le 8° arrondissements de Paris, Europe 1 est en feu. Maintenant ils devraient taper le petit restau japonais en bas de chez toi que tu aimes bien : Okokdorychu et après c’est Téhéfhun… ouais remarque ça aura au moins servi à quelque chose.
-Mais tu ne peux pas arrêter ça, téléphone à l’Elysée !
-Tu penses bien que c’est ce que j’ai fait en premier mais le président est sur le pot et on peut pas le déranger.
Soudain Marielle recommence à chanter, c’est… c’est simplement insupportable, je prends un couteau en gueulant :
-Je vais la buter, putain je la bute si elle la ferme pas cette conne !
Jean-Thaule essaye bien de me ceinturer mais je le bouscule et court jusqu’à sa chambre, j’ouvre la porte et je découvre ma femme sous Raffit le nouveau chauffeur.-C’était pour ça… pour ça qu’elle gueulait tout le temps !
Je réfléchis un instant, j’ai recouvré mon calme :
-Continuez ! Continuez ! Vous dérangez pas pour moi ! Bon ça c’est réglé ? Plus à la baiser c’est déjà un souci de moins.
Dans les tribunes… je veux dire dans mon salon ils gueulent :
-Bébert avec nous ! Bébert avec nous !
Ainsi j’étais de cette race immonde et collaborateuse, je leur appartenais. J’en étais z’un.

Nordnmark one point ! 9

Ce garçon n’est que sensibilité, c’est ce que j’apprécie le plus chez lui, rien de l’intellectuel parisien déssiqué, d’abord il y a, sa bonne humeur, un enjouement permanent tout frisé de son accent béarnais. Il n’y a que dans le choix des lectures qu’il fait à la Reine qu’il me désarme un peu, mémoires d’officiers parachutistes, de rescapés du djebel, chroniques de la Légion Etrangère et des troupes de marine, ils nous détaillent même les phylactères d’illustrés en couleurs qu’il prise particulièrement contant les exploits de militaires culturistes et suréquipés oeuvrant à longueurs de bulle pour la survie du monde libre… tout celà à force de répétitions lassent un peu l’auditoire sans représenter exactement toute l’étendue et la diversité de la littérature française je pense quoique la Reine s’en accommode fort bien, tout juste si elle ne demande de temps à autre la signification de quelque expression argotique ou militaire.
Avec le cher Petcho Larigaïe nous marchons quelque temps dans le Parc et je m’ouvre à lui, je sais qu’il peut être de bon conseil.
-… oh entendez-moi bien, ce que je vous en dis mon cher, ajoutai-je je n’en fais pas une affaire personnelle mais une question de principes. Habeas corpus et tout ce genre de choses, vous voyez, une atteinte à l’intégrité de l’individu pris dans le cas général même si l’on veut faire de moi la victîme sacrificielle autant qu’inaugurale de sordides calculs comptables. Ils admirent les rosbifs, grand bien qu’ils les imitent doncque jusqu’au bout en matière de libertés individuelles et du droit à disposer librement de soi-mâme.
Après un temps de réflexion, il me dit :
-Il faut que j’en référe… je veux dire, laissez-moi le temps de la réflexion Monseigneur, je ne voudrais pas m’engager à la lègère dans une affaire aussi grave vous concernant.

Malgré tout j’ai fait préparer par le fidéle Pezzolino mon bagage au cas où il me faudrait déménager dans l’urgence, je n’ai aucune envie de sacrifier pour de basses menées démagogiques mes capacités génésiques.
Quelle n’est pas ma surprise de découvrir mon serviteur de l’autre côté des grilles du Parc attendant le bus devant l’arrêt Palais Royal .
Il faut voir comme il est fagoté, il porte trois vestons en cheviotte superposés, deux chapeaux de chasse empilés, trois parapluies et de volumineuses et lourdes (je le vois à la courbure de ses épaules) valises en cuir Hermés. Tiens pensai-je ce garçon a la même dilection que moi pour la cheviotte et les bagages Hermés… avant que de réaliser que ce sont mes vestons et mes valises et que le gredin s’enfuit en emportant une bonne part de mon trousseau.
Je cours sus à lui, ramasse, en passant, un fusil dans la cahute d’entrée de la Garde et je sors dans la rue, marche prestement jusqu’à l’arrêt de bus, je suis en robe de chambre, robe de chambre, habillée certes, mais robe de chambre quand même, il y a un grand nombre d’Upschloupiens employés de bureau ou ménagères qui attendent le bus de 11 heures 24 et l’arrivée en armes du second personnage de l’état, moi-même donc, ne manque pas de les étonner, je pointe l’arme sur Pezzolino qui se jette à genoux puis tout à fait à plat ventre à mes pieds en pleurant d’abondance:
-Altesse ne me tuez pas j’ai des enfants oh oui tellement d’enfants !
Tiens première nouvelle il se disait célibataire jusque là!
Les usagers sont effrayés et c’est un « ÔÔÔÔÔÔ !!! » unanîme mais très vite ils sont agréablement surpris par ma simplicité, après tout le prince consort qui vient assassiner son prochain en pleine rue comme tout le monde, c’est très démocratique tout ça.
Il y a quelques flashs qui partent comme en approbation.
Finalement le vil personnage obtempère à mes objurgations et nous rejoignons le Palais lui devant, les valises à la main, moi derrière pointant mon fusil lorsqu’une escouade d’une vingtaine de policiers municipaux montés et en armes eux aussi nous entourent tout soudain, suivis d’une autre vingtaine mais cette fois ce sont des gardes Royaux toujours à chevaux qui entourent les policiers, bref cela commence à faire de l’uniforme et du crottin sur les trottoirs :
-Monseigneur, je vous en prie, rendez-nous ce fusil et relâchez l’ôtage. Crie dans un mégaphone l’un des gradés perchés.
-Ce n’est pas un ôtage, mais un domestique fautif et c’est une affaire privée captainkë (nota : c’est l’équivalent de commandant chez nous) Thor Dupondsen (c’est le chef des services de sécurité), j’ai droit de haute et basse justice sur ma domesticité, alors un conseil ne vous mêlez pas de ça et lâchez cet appareil bruyant vous êtes ridicule !
Je passe sous les fenêtres de la Reine dans cet équipage étrange et nombreux avec ce crétin qui continue de gueuler dans son mégaphone, je léve les yeux, j’aperçois ce saligaud de Urinald Fun Froeben qui exulte derrière les rideaux.

Finalement je fais grâce à cet imbécile de rital après l’avoir fait mettre à poils et je regagne dignement mon pavillon de chasse au moment mâme où des parachutistes en tenue d’hommes grenouilles coiffés de bérets verts atterrissent qui, pour les plus chanceux, dans le grand bassin, qui, pour les plus maladroits et nombreux, sur les pelouses.
Qu’est-ce que ça encore ! Tsss ! Tsss ! Sans doute ce salopard de premier ministre qui prévenu en grand hâte par Urinald Fun Froeben et sa clique aura déclenché je ne sais quel plan Orsektkë d’urgence aussi superfétatoire que ridicule.
Semaine éprouvante, certes mais où je crois malgré les adversités successives avoir su conservé ce qui me tient le plus à cœur: ma dignité.

Aussi le dimanche!

Aussi le dimanche! 1/1 par G.M.Néoletto

Aujourd’hui shoppingue, c’est quand même bien agréable de pouvoir faire son shoppingue le dimanche quand on a du temps, que l’on est bien reposé, c’est aussi ça le confort moderne, pouvoir consommer quand on veut, dire que l’on a vécu pendant des siècles dans ce carcan obscurantiste, des siècles à s’emmerder le dimanche en famille! Il faut dire aussi qu’au Moyen-Âge on pensait pas beaucoup à consommer, les loisirs on les passait à bâtir des cathédrales, j’ai toujours pas compris à quoi ça servait d’ailleurs, j’ai demandé vendredi au cheikh El Poilard l’imam du quartier il a pas trop su quoi me répondre.
J’ai sorti ma Prenault 409, je viens de la toucher, elle est vraiment très chouette, dans 98 mensualités elle sera vraiment à moi, maintenant dans 98 mensualités je sais pas ce qu’il en restera, mais enfin, comme ils disent dans la pub Preunault: “…il faut savoir se faire plaisir, maintenant, tout de suite allez bouge-toi Ducon consomme!” J’aime bien ça moi la pub.
Je me gare devant le pavillon, histoire de bien la montrer aux voisins, on habite dans un lotissement, un coin très chouette entre la cimenterie et la déchetterie, c’est Maison Bouic qui a construit ça, c’est des maçons comme y disent dans la pub Maison Bouic qui passe à la tévé et ça se voit. Bon c’est sûr on a dû essuyer les plâtres au début, non mais pour de vrai, ils suintaient, le chef de chantier, un portugais qui connaissait son affaire nous a expliqué pourquoi, mais comme il nous a expliqué en portugais on a rien compris.
Quand ils ont coulé les fondations en pleine nuit alors que le toit était déjà en place, on a demandé des explications, il nous a répondu que c’était la coutume chez Maisons Bouic, les fondations toujours en dernier, une sorte de rite quoi!
J’ai demandé au Cheikh El Poilard, c’est un ancien du bâtiment si ça lui semblait normal, il m’a dit que à son avis, sans doute qu’ils avaient oublié de les couler au départ du coup mais que l’important c’était que les fondations soient hallals, mais pour ça.j’avais fait gaffe, je les avais fait bénir par mon agent d’assurances.
Ce qui m’inquiète un peu c’est la mensualité de crédit Sofincon qui arrête pas de monter à cause des “frais d’apéro et autres”, je me suis renseigné auprès de ma banque ils m’ont dit que c’était normal et qu’ils m’en comptait eux aussi des “frais d’apéro et autres” en plus des agios.

-Bon allez en route les enfants, il vaut mieux arriver tôt sinon avec les fêtes ça va être la cohue!
J’embarque toute la famille dans la bagnole et en route pour le centre commercial Les Pelades 3000 de Bourzy-le-Ronc, on est à même pas dix minutes… en semaine, le dimanche forcément ça bouchonne et il nous faut une heure et demi pour y arriver, les enfants chialent, ma poupignette renaude, enfin on arrive, on tourne un peu pour trouver une place, elles sont rares, des types s’engueulent ou se tapent dessus pour en décrocher une.
Dans la zone commercial de Bourzy-le-Ronc il y a toutes les enseignes: Auchiottes, Put, E.Letrouble, Déthadclons… ça frotte pas mal à cause du monde et avec ma poupignette on se partage les tâches:
-Bon, moi je m’occupe du sapin et toi du reste! On se retrouve ici.
Elle s’éloigne avec les mômes dans la foule énorme pendant que je rallie le magasin de bricolage, après avoir tourné une bonne heure dans les rayons bondés, j’aurais du venir un vendredi c’est quand même plus calme, je me décide pour une nouvelle scie sauteuse avec écran LCD et TV /TNT intégré pour pas s’ennuyer quand on coupe une planche, je prends aussi un débouche-chiottes à ultrasons et visée laser (pour pas rater le trou!) et un sapin… putain j’ai failli oublier le sapin, j’en prends un super commode qui se replie comme un parapluie et s’illumine quand on le déplie, il marche sur batterie et il a un GPS embarqué des fois qu’il se paumerait les lendemains de réveillon.
Arrivé à la caisse je sors ma carte bleue, j’en ai pour seulement 298 teuros et cette conne de caissière m’annonce que ma carte est bloquée:
-Vous avez pas du liquide?
Derrière moi la file de 1,5 kilomètres de long commence à s’animer et se propose de se transformer en soviet pour me juger et me pendre sur place. Ils ont pas tort c’est vrai que je les empêche de consommer.
Je sors fébrilement de la monnaie, heureusement qu’il m’en reste de mes frais de déplacement que le comptable de ma boîte m’a remboursés hier matin.

J’attends un bon moment avec mon sapin, ma scie sauteuse et mon débouche-chiottes dans la grande halle noire de monde et enfin j’aperçois ma petite famille qui revient vers le rivage avec difficulté ballottée par la foule:
-On a rien pu acheter toutes les cartes sont bloquées par la banque, j’ai essayé de tirer du liquide rien à faire.

On retourne à la bagnole, ma poupignette me reproche mes achats inconsidérés et les mômes trouvent mon sapin haïgh-téche ridicule et chialent parce qu’ils ont pas eu leurs consoles WIIIIII! à télétransportation.

Après une heure et demi de trajet on arrive enfin à la maison:
-Tiens on dirait qu’il y a du monde, tu m’as pas dit que tes parents devaient venir? Je demande à ma Poupignette
-Je t’e l’ai pas dit parce qu’ils ne doivent pas venir.

Mais non, c’est pas la famille, c’est un type en costard sport très élégant et pull à col roulé spécial véquinde:
-Maître Patouillard de l’étude Patouillard, Patouillard et Disdeudére, je suis mandaté par la société Sofincon afin de procéder à une saisie conservatoire sur vos biens…
-Mais… mais… mais…
-Comme vous dîtes en effet, vous n’avez pas reçu nos courriers?
-Mais… mais… mais …
-Nous avons bloqué tous vos comptes en effet.
-Mais… mais… mais c’est Dimanche! Je réussis à bafouiller au complet enfin.
-Ah mais maintenant l’huissier c’est aussi le dimanche! D’ailleurs c’est bien plus agréable de travailler le dimanche les gens sont plus détendus! Bon nous disions donc un sapin de Noël, un débouche-vécés…
-A visée laser…

Nordnmark one point! 8…

22 Juin 

Les journaux du matin parlent d’une tentative d’attentat conte le Palais Royal alors qu’il s’agissait d’une tentative d’anniversaire, qui fut d’ailleurs fort brillamment réussie à mon goût. Le premier Ministre Wöölaf Plöömquist (il est d’origine suédoise, incroyable le nombre de météques qu’il peut y avoir dans ce foutu pays !) est arrivé au Palais dés qu’il a appris la (fausse) nouvelle. C’est le secrétaire du Parti Social Démocrate (PDÖ) actuellement au pouvoir après avoir conclu une alliance avec les Démocrate Sociaux de l’ÖPD,  toujours cette manie du consensus propitiatoire à toutes sortes d’arrangement et de combinaisons avantageuses pour ces messieurs. En cinquante années le PDÖ n’a point exercé le pouvoir que pendant 43 minutes et encore ne fut-ce que parce que le premier ministre de l’époque était demeuré enfermé dans les vouatères du Palais pendant une réception officielle. Je dois confesser d’ailleurs que c’était moi qui l’y avait enfermé exaspéré que j’étais par ces remontrances après que le presse espagnole eut publié des photos de moi en accorte et dévêtue compagnie sur une plage de Marbella. Je n’admets point l’insolence, j’ai le souci de mon rang et de ma charge mais quoi eut-il voulu que je me baignasse en haut de forme et queue de pie. Ces gens-là sont proprement insupportables. J’envoie le fidéle et tarifé Pezzollino espionner à mon profit, la rencontre entre

la Reine et le pseudo démocrate en chef.

 Je patiente dans le pavillon de chasse désaffecté au fond du parc ou le grand-père de Gretaetkë le roi Uürald XII recevait dit-on ces conquêtes, un sacré luron. J’en visite les piéces, c’est charmant, décrêpi, mais charmant, dans le style années 30,  vrai l’on se croirait à la campagne, malgré le métro qui passe en dessous, il faudra que je fasse aménager tout ça pensais-je, au moins lorsque les humeurs se seront calmés.

Pezzolino revient enfin :

-Alors fidéle serviteur où en sommes-t-on ?

-Couic ! Me dit cet imbécile d’italien en agitant des ciseaux imaginaires devant mon visage.

-Ils ne songent quand même pas à me…

Que je sache la peine de mort n’est plus exercée par ici depuis au moins les années 50, ils ont songé un temps à la rétablir pour les tueurs de rennes et puis ils y ont renoncé.

Ils ne vont pas la rétablir seulement pour moi, d’autant que je n’ai jamais fait le moindre mal à l’un de ces détestables bestiaux. Un bref instant, je le confesse, je cherche dans ma poche, ma brosse à dents qui ne me quitte plus, depuis le divorce de mes parents, un instant, oui je le confesse, je songe à fuir.

-Couic ! Couic !

L’imbécile surenchérit en se mettant les mains sur ses génitoires.

-Mais parle donc imbécile !

Il m’explique que cette petite ordure de Wöölaf  Plöömquist va présenter au parlement une proposition de loi visant à me faire stériliser, il a mis en avant auprés de

la Reine que mes prétendues divagations galantes récentes et passées risquaient de me valoir un surcroit de postérité, descendance supplémentaire qui quoique conçue hors les liens du mariage et selon la loi du pays risquait de faire valoir auprés du gouvernement des droits à pension, que la liste civile de la famille royale s’en trouverait sensiblement augmentée et l’ordre de succession rallongé d’autant et qu’il n’était pas plus que ses collégues et encore moins ses électeurs-contribuables disposait à voter de nouveaux crédits ! Et donc selon lui le seul moyen d’y mettre un terme serait de me traiter comme n’importe quel matou de gouttières.

Non mais a-t-on idée ? Quel jean-foutre !

Maintenant je ne vois pas comment me sortir de ce mauvais pas ? Il s’agit de manœuvrer promptement et adroitement.

Voyons quel pourrait-être mon plan de bataille, je réfléchis, longtemps, si longtemps que je m’endors… comme ça en pleine réflexion, cela m’arrive quelque fois, tant peut être grande ma capacité d’abstraction et c’est cet imbécile de Pezzolino qui me réveille, en me faisant les pôches :

-Eh bien quoi qu’est-ce qu’il te prend ?

-Excusez-moi Altesse, il faut que je régle le livreur de pizza.

-Je n’ai pas commandé de pizza !

-Moi si.

-Eh bien régle-la avec tes gages plutôt que de me voler !

-Je ne volais que le pourboire Majesté. C’est bon pour votre publicité de donner de bons pourboires aux livreurs de pizza qui viennent au Palais. Et avec les gages que vous me servez, je ne peux pas.

-Et si tu y ajoutes tout ce que tu me voles ?

-Même ce n’est pas encore suffisant.

Ce garçon a des raisonnements d’une logique toute ancillaire et pratique. C’en est presque alarmant.

-Eh bien alors prends ce qu’il te faut… mais pas plus.

Une fois dépouillé, douché, rasé et habillé je vais un peu marcher dans le parc je ne veux pas faire mon retour avant d’avoir mis sur pied un plan de contre-attaque opérationnelle, mais j’ai beau réfléchir tant et plus, je ne trouve rien jusqu’à ce que je bute… sur Pétcho Larigaïe, le lecteur français de

la Reine qui ronfle le nez dans l’herbe, pas encore tout à fait remis de notre soirée d’anniversaire.

-Eh bien l’ami, on paresse ! L’apostrophai-je en lui donnant un amical coup de pied dans les côtes.

-Merde quel est le con qui a osé ?…. oh pardon Monseigneur.

Il se frotte les yeux, se redresse, se met au garde à vous, cette manie qu’a ce garçon de se mettre toujours au garde à vous lorsque il me croise, étonnant pour un littéraire non ? Il a publié quelques délicats recueils de poêsie : « Incomplétude II » notamment dont l’on attend avec impatience le premier tome et c’est lors de la présentation de l’un de ses livres à la presse, à l’ambassade de France que nous nous sômmes connus et reconnus pour ce que nous sômmes : deux fiers et bons compagnons.

Il souhaitait impérieusement s’installer dans notre capitale qu’il jugeait beaucoup plus lancée en matière de vie littéraire que Paris (de fait nous avons reçu l’année dernière la visite de Miss Univers, du Dalaï Lama qui était en transit et de Barbara Cartland qui voyage en cercueil rose depuis une bonne douzaine d’années à travers la planête et ne manque jamais , par volonté testamentaire, de faire hâlte chez nous une fois l’an) mais ne trouvait pas d’emploi selon ses goûts et compétences, je lui ai proposé cette place de lecteur de français de

la Reine qui était à l’encan depuis trop longtemps, le français, je l’ai dit, malgré mon apostolat énergique, reste peu prisé et mal enseigné. Il a accepté.

Les journaux et les mauvaises langues ont tout de suite ragoté et sous entendu que le brave garçon était un agent des services secrets français délégué à la cour pour me surveiller et veiller aux intérêts français, il le décrivait comme un ancien militaire des troupes de marine, passé dans l’espionnage et la barbouzerie, roi du camouflage et du travestissement, se mouvant habilement dans les populations tel un reptile dans une jungle fournie, l’on racontait qu’il avait été marchand de glaces au Tchad pendant les guerres avec

la Lybie, vendeur de barbe à papa en Centrafrique au temps de Bokassa et je ne sais quoi encore, bref on le disait un véritable Frégolo. Roman que toutes ces billevesées. Je l’ai aussitôt convoqué et les yeux dans les yeux, je suis capitaine de réserve dans l’armée française (et entre autres adjudant général du Génie rural dans la réserve du royaume), je lui ai posé la question :

-Est-ce vrai que vous êtes un ancien militaire de carrière mon garçon ?

-Négatif mon altesse. M’a-t-il simplement répondu.

Je lui ai tapoté l’épaule, j’ai tout de suite été convaincu de sa sincérité. Je connais les hommes.(à suivre…)

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